DANIEL COHN-BENDIT ÉTABLIT UN PARALLÈLE AVEC LE FASCISME, NouvelObs.com, 3/12/2009.

“Tout débat qui cherche à sanctifier une identité veut exclure”, dénonce le leader d’Europe Ecologie. “On peut exclure à un moment historique les juifs. Maintenant, c’est les musulmans“, ajoute-t-il.

L’eurodéputé Daniel Cohn-Bendit a estimé, jeudi 3 décembre, que “tout débat qui cherche à sanctifier une identité veut exclure”, à propos du débat sur l’identité nationale lancé par le gouvernement.

“Je trouve que ce débat ne sert à rien”, a déclaré Daniel Cohn-Bendit sur Europe 1. “Qu’on arrive à définir l’identité républicaine, à définir l’identité nationale, et alors, ça nous avance à quoi? Les problèmes qu’ont les gens, ils ne disparaissent pas parce qu’on a une définition abstraite”, a-t-il expliqué.

De surcroît, “moi, je dis que tout débat qui cherche à sanctifier une identité veut exclure”, a-t-il ajouté.

“Une tentation fascisante”

Le fascisme, c’est l’exclusion“, a aussi déclaré le leader d’Europe Ecologie interrogé sur la polémique provoquée par le référendum suisse sur les minarets. “On peut exclure à un moment historique les juifs. Maintenant, c’est les musulmans”, a-t-il dénoncé.

Il y a, selon lui, actuellement “une tentation fascisante, une tentation de l’extrême, de repousser, de mettre dehors: c’est ça qui a été la définition première du national-socialisme“.

Dans le Nouvel Observateur de cette semaine, dont il est rédacteur en chef, Daniel Cohn-Bendit écrit : “Ce qui me frappe, c’est que, comme toujours, ce débat surgit en lien étroit avec celui de l’immigration… Que fait-on alors du nazisme ? Et que fait-on alors en France de Vichy et du colonialisme ? (…) Pour moi, tout débat qui veut bloquer une évolution est un débat conçu pour exclure. Alors que nous aurions bien besoin d’un débat pour inclure”.

P. Foglia. RIEN À VOIR, La Presse, 4/12/2009.

LA HONTE – Que dit le dicton déjà? Quand on se regarde on se désole, quand on se compare on se console?

S’est-on assez désolé de Hérouxville, cet îlot de bigots qui ont fait rire la planète en décrétant qu’il était interdit de… lapider.

Les Suisses qui viennent de se prononcer par référendum contre la construction de minarets font moins rire. Le sociologue suisse Jean Ziegler, ex-rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation, parle d’un vote raciste qui fait honte à la Suisse.

Si ce n’était que cela. Exploité par les mouvements populistes, ce référendum haineux a déclenché une chasse à l’islamisme dans toute l’Europe, en Autriche, en Allemagne, en Flandre, aux Pays-Bas, au Danemark… Quand on se regarde on se désole, et quand on se compare, hélas, on se désole encore plus.

Joëlle Quérin signe, pour l’Institut de recherche sur le Québec, un cahier de recherche sur le cours d’Éthique et culture religieuse.

RÉSUMÉ

LE COURS ÉTHIQUE ET CULTURE RELIGIEUSE (ÉCR) anime depuis un certain temps la controverse politique et médiatique. Plusieurs lui reprochent d’avoir été improvisé à la hâte pour correspondre à certaines exigences politiques ou ministérielles. Mais loin de relever de l’improvisation pédagogique ou technocratique, le cours ÉCR a été préparé depuis plusieurs années dans les différentes instances de l’État québécois et vise explicitement la transformation radicale de la société québécoise en la reprogrammant à partir du logiciel idéologique du multiculturalisme. Ce cahier de recherche de l’Institut de recherche sur le Québec analyse la structure conceptuelle et les finalités politiques déclarées du cours Éthique et culture religieuse. Il fait aussi le portrait des différentes objections qui y ont été formulées, notamment celle provenant de la Coalition pour la liberté en éducation qui lui reproche son relativisme moral, celle provenant des milieux laïques qui s’opposent à la présence d’un enseignement religieux à l’école et celle critiquant justement les aspects dénationalisants du cours ÉCR sur le plan identitaire.

Lu sur le site de LCN.

(D’après PC) – Un député conservateur du Nouveau-Brunswick a présenté ses excuses pour avoir dit sur son profil du site de réseautage Facebook que les femmes devraient faire plus d’enfants.

En réponse au budget déficitaire déposé mardi, Carl Urquhart a affiché ce commentaire sur sa page Facebook: «Les filles: on a besoin de plus de bébés sinon on ne pourra jamais soutenir notre futur».

La député libérale Joan MacAlpine-Stiles a déclaré, mercredi, qu’elle avait été offusquée par le commentaire. Elle estime qu’il est dégradant de suggérer aux jeunes femmes de la province que leur seul rôle dans la société et leur seule façon de contribuer à l’économie provinciale est d’avoir des bébés.

Carl Urquhart s’est levé au Parlement et s’est excusé auprès de toutes les personnes qui ont été offensées par son commentaire, après avoir été invité à le faire par Mme MacAlpine-Stiles, le premier ministre, Shawn Graham, et le leader parlementaire du gouvernement, Mike Murphy.

Aujourd’hui sur Cyberpresse, Mathieu Bock-Côté signe un texte remarquable sur la “métamorphose de la question nationale”. Notons que Bock-Côté, contrairement à d’autres penseurs souverainistes, a la franchise élémentaire de parler de “multiculturalisme québécois” et non de “multiculturalisme à la canadienne”. Les nationalistes se plaisent à croire que le multiculturalisme ne vient pas du Québec, et qu’il nous a été imposé par Ottawa. C’était vrai en 1982 mais ce ne l’est pas en 2009, alors que les intellectuels québécois, en phase avec un État national réduit à des fonctions gestionnaires, s’appliquent depuis une vingtaine d’années à penser le multiculturalisme comme une nouvelle religion d’État. Le multiculturalisme auquel nous faisons face au Québec est un multiculturalisme québécois, mené et pensé par des Québécois, par le biais d’un État national on ne peut plus québécois. Il serait bon de ne pas l’oublier.

M. Bock-Côté. LA MÉTAMORPHOSE DE LA QUESTION NATIONALE, Cyberpresse, 1/12/2009.

Le récent colloque du Parti québécois sur les questions liées à l’identité québécoise a été bien accueilli par sa base militante. Il confirme le sérieux du tournant identitaire enclenché à l’automne 2007 et la sortie de la longue décennie post-référendaire qui avait vu les souverainistes se convertir au multiculturalisme en dissociant de plus en plus la cause de l’indépendance de celle de l’identité québécoise.

Plusieurs analystes ont expliqué un tel virage par des considérations strictement stratégiques. Ces dernières ne sont pas absentes. Le souverainisme sans nationalisme a correspondu au long déclin d’une option vidée de sa pertinence et placée sous le respirateur artificiel d’un argumentaire technicien, basculant entre le registre comptable et celui du «projet de société progressiste».

Mais la raison stratégique n’explique pas tout et ce virage correspond à une mutation en profondeur de la question nationale, qui passe lentement de la question constitutionnelle à la question identitaire.

Très longtemps, la question nationale s’est déclinée sur le registre constitutionnel. Il s’agissait d’institutionnaliser le dualisme du Canada historique et depuis 1982, de réparer une constitution fondée sur la négation explicite du Québec comme État national. Avec l’échec des réparations constitutionnelles des années 90 et la loi C-20 quelques années plus tard, nous avons assisté à la consolidation d’un nouvel ordre constitutionnel tirant définitivement un trait sur la réforme du fédéralisme selon la vision québécoise du Canada. Sans surprise, les griefs historiques des Québécois se sont attiédis en s’habituant au nouvel ordre des choses canadien. Si on peut se désoler d’un tel état d’esprit, on ne peut le nier.

Cela ne veut pas dire que la question nationale se dissolve pour autant. Avec la diffusion partout en Occident du multiculturalisme, on peut dire qu’elle se métamorphose. Si les discussions sur l’identité nationale traversent toutes les sociétés, c’est parce que le multiculturalisme diffuse un virus idéologique, celui de la haine de soi, qui affecte de manière particulièrement virulente les couches supérieures de la population. Depuis une quinzaine d’années, nous avons assisté au retournement des élites dominantes contre l’identité nationale qui ont mené contre elle une guerre idéologique de tous les instants. Le programme était partout le même: remplacement de l’identité nationale par les chartes de droits, inversion du devoir d’intégration, dénationalisation de l’enseignement de l’histoire, disqualification des symboles nationaux et censure du malaise identitaire.

C’est avec la crise des accommodements raisonnables que le Québec a découvert à sa manière les problèmes du multiculturalisme mondialisé. De la question constitutionnelle à la question identitaire, la question nationale regagne sa pertinence dans la société québécoise. Cela ne veut pas dire que la constitution canadienne ne pèse plus sur le Québec, comme le jugement sur la loi 104 nous l’a rappelé, mais tout simplement que la dynamique idéologique du nationalisme est moins porteuse d’un désir de réaffirmation du Québec au sein du Canada que de la majorité francophone dans le Québec même. Il n’est plus seulement demandé aux nationalistes de se tenir fermement devant Ottawa, mais de défendre l’identité québécoise contre une idéologie qui travaille à sa dislocation. Le malaise identitaire des Québécois est moins généré par le Canada fédéral qui les indiffère que par leurs propres élites gagnées au multiculturalisme qui les exaspèrent.

Pour les nationalistes, il reste à passer de la rhétorique identitaire à un programme centré sur le démantèlement du multiculturalisme québécois. Mais on ne peut sérieusement combattre le multiculturalisme sans lutter contre les élites qui l’ont transformé en religion d’État. Il reste ainsi au Parti québécois à assumer la nécessaire polarisation idéologique de l’électorat pour passer d’une stratégie de conquête illusoire d’un centre mou à celle d’une majorité nationaliste qui lui donnera l’élan pour mener les grandes réformes nécessaires à l’affirmation décomplexée de l’identité québécoise.

Si les souverainistes parviennent à marquer un contraste fort entre le Canada multiculturel et un Québec enfin sorti d’un tel modèle, il n’est pas impensable que l’indépendance sorte du cul-de-sac où elle est enfoncée.

Serge Truffaut, ou les joies de la nazification.

S. Truffaut. LE DÉDAIN, Le Devoir, 1/12/2009.

Dans une proportion étonnamment forte, les Suisses ont exprimé le dédain ou la peur qu’ils nourrissent à l’endroit de l’islam. En effet, près de 60 % d’entre eux ont signifié par référendum leur volonté qu’un amendement soit imprimé dans la Constitution afin d’interdire la construction de minarets. De ce côté-ci de l’Atlantique, on pourrait être enclin à croire que ce symbole de la religion musulmane ayant été le sujet d’un scrutin il est visible dans tous les coins et recoins de la Suisse champêtre. Autrement dit, que le pays compte des dizaines et des dizaines de minarets. Ce n’est pas le cas. Au royaume du secret bancaire, il y a quatre minarets seulement.

Premier fait à souligner, les Suisses ont contredit la ribambelle de sondages tenus sur le sujet. En clair, ils ont mis en relief ce quelque chose de rampant, de sourd, qui agite actuellement l’identité dite nationale et qui se nomme: racisme. Comme hier à l’égard des Italiens, ils manifestent leur souhait de voir le musulman cantonné dans les bas-côtés de la société. En clair, on veut qu’il soit condamné à faire les travaux que les nationaux ne veulent plus faire depuis des lunes. À noter que la vaste majorité des 400 000 musulmans qui vivent entre Berne et Genève viennent d’Europe, de l’Europe balkanique.

Deuxième fait à relever, les descendants de Guillaume Tell ont pris à contrepied les principales formations politiques qui avaient combattu l’interdiction du minaret pour le plaisir immense, évidemment, de la droite populiste et nationaliste à l’origine de ce référendum. Cette dernière a profité du paravent avancé au début du combat, soit le minaret, pour transformer, pour élargir le débat au Coran, à l’islam, etc. Or, contrairement à ce qui a pu être constaté, de manière très épisodique, dans d’autres endroits de la vieille Europe jamais on n’a pu prouver que la charia était imposée dans tel immeuble de Lausanne ou de Zurich.

On s’en doute, cette victoire de la droite nationaliste a fait le bonheur des autres. Du Front national en France au Parti pour la liberté aux Pays-Bas, en passant par la Ligue du Nord en Italie ou le Vlaams Belang en Belgique, tous les nostalgiques de la peste brune réclament à cor et à cri la tenue d’un référendum sur la question quand ils ne suggèrent pas des prises de position plus draconiennes. Chose certaine, depuis les bons scores obtenus lors des dernières élections européennes, on observe que l’extrême droite est décomplexée. Elle monte en force.

Aujourd’hui, c’est le minaret, comme hier on interdisait que la hauteur de la synagogue dépasse celle de l’église et du temple. Quelle sera la prochaine mesure? Transformer des citoyens en citoyens de seconde zone parce qu’ils ne sont pas de la même religion que celle de la majorité. Des gens qui se sont exilés en Suisse parce que les banques suisses financent la gabegie du monde. Que la nation de Calvin ait oublié ce principe très calviniste dictant que l’on ne doit pas faire aux autres ce que l’on ne veut pas que les autres nous fassent est sidérant.

Le 24 novembre dernier, Les Affaires nous parlait de Foursquare, un nouveau venu dans le monde des “médias sociaux”. Foursquare est un “média social” émergent qui pourrait bien devenir, à l’instar de Facebook et de Twitter, un outil de communication à grande échelle. Au réseau de contacts que l’utilisateur possède déjà sur Twitter, Foursquare permet d’ajouter une fonction de “géolocalisation”, qui signale à tous vos correspondants l’endroit exact de votre localisation du moment. L’outil serait adapté à l’iPhone, au Blackberry et au téléphone Android. Le journaliste écrit : “On a tous souhaité au moins une fois posséder une telle application : quand on s’emmerde dans une conférence, une soirée ou un événement mondain et qu’on découvre soudainement que certaines de nos connaissances s’y trouvent, c’est toujours agréable.” M. McKenna, un enthousiaste des “médias sociaux”, semble croire que la présence de connaissances est toujours souhaitable. Il est pourtant dans la nature humaine de ne pas vouloir jouir en tout temps et en toutes circonstances de la compagnie de connaissances, même lorsque celles-ci se retrouvent au même endroit que soi, rendant en apparence la rencontre inévitable. Comment faire semblant de ne pas avoir aperçu une connaissance, avec laquelle on n’a guère le goût de discuter (cela peut arriver), alors qu’elle s’était annoncée au préalable sur son réseau Foursquare ? Se dissimuler à autrui sera de plus en plus difficile.

Avant d’aller plus loin, j’admets ne pas utiliser Facebook et Twitter. Bien loin d’être un technophobe, je suis plutôt du genre modéré. Je suis de ceux qui s’émerveillent encore du courrier  électronique, à mon humble avis l’une des plus belles inventions depuis le téléphone. Le “email” n’est pas revêtu de la même immédiateté et de la même sophistication contrôlante que Facebook et Twitter ; c’est un outil qui n’anéantit pas les codes sociaux, mais les préserve tout en les inscrivant dans une nouvelle forme. Le “email” est l’illustration du “progrès” souhaitable et de l’innovation utile. Il n’empiète pas sur votre liberté, tout en repoussant les limites pratiques de la communication. Avec le “email”, il vous est loisible de ne pas répondre au message qu’un inconnu vous aura adressé, ou de différer votre réponse jusqu’à une semaine, voire deux semaines, façon comme une autre de suggérer un emploi du temps surchargé. La protection de votre intimité demeure possible, d’autant plus que le email, à rebours du ”web 2.0″, ne table pas sur le “lien viral” pour fonctionner. Un email de personne à personne demeure de l’ordre de la conversation privée entre deux individus (à la condition que votre correspondant soit de confiance, naturellement). Nul “réseau viral”, nul oeil omniscient qui serait témoin de votre échange et désirerait le relayer à la planète entière.

D’autre part, toute une nouvelle codification sociale s’est établie autour du “email”. Sans être parfaite, elle s’est affinée au fil des ans et elle est aujourd’hui devenue cohérente et compréhensible de tous les gens intelligents. Le courrier électronique ne vous aligne pas sur le  rythme de la machine ; il implique une distance ; sous son influence, vous n’écrivez pas sous l’impulsion du moment, comme sur Facebook ou Twitter. Le email demande un minimum d’effort rédactionnel, il faut y mettre des formes lorsqu’on s’adresse par lettre à quelqu’un d’autre, même si l’envoi reste à la distance d’un clic. On incline moins à écrire des conneries  par email que par Facebook ou Twitter, et déjà cela rend le email plus attrayant. Il y aussi que, à moins d’être un bipolaire, ou d’être atteint de je ne sais quel trouble psycho-affectif, on ne peut aligner les emails comme on alignerait les “tweets”, dans une ignorance aussi délibérée de l’indifférence d’autrui. L’insignifiance n’est pas humiliante sur Twitter, elle est la règle ; ce n’est pas le cas du email, où le rapport est beaucoup plus personnalisé. Après avoir envoyé plusieurs emails sans réponse auprès de la même personne, il est virtuellement impossible de continuer sans tomber dans l’autoflagellation. Je parle, bien sûr, des emails qui exigent tacitement une réponse, et non des emails groupés qu’on envoie à droite et à gauche pour diffuser de l’information, et qui, sans exiger de réponse, n’en demandent pas moins un minimum de retenue chez l’expéditeur. Un email informatif de masse, une fois par mois, auprès d’inconnus : oui ; mais trois fois par mois, non.

Les progrès technologiques, pour être appréciables, doivent se mesurer au réel et passer l’épreuve du temps. Ce fut le cas du email, qui a été intériorisé par notre culture. Le email, en actualisant le format de la “lettre”, a humanisé l’ordinateur. Il est loin d’être certain que la webcam, par exemple, puisse faire la même chose. La webcam, en saisissant notre image, et pire encore, le moindre de nos mouvements faciaux, le plus souvent alors qu’on est tenu de regarder l’écran pour mener les opérations, vient blesser quelque chose d’intime en nous. Dites-vous bien que si on a toujours l’air plus abruti qu’intelligent sur une webcam, ce n’est pas par hasard. Elle déshumanise plus qu’elle n’humanise. Il n’est d’ailleurs guère surprenant que la webcam ait surtout servi, jusqu’ici, les entrepreneurs de la porno, son format étant parfaitement adapté à ce type d’industrie. Elle semble en effet servir d’instinct la transparence la plus totalitaire. Je l’imagine sans peine se fondre dans la nouvelle technologie de “géolocalisation” du logiciel Foursquare.

Tout progrès technologique est-il désirable ? Parce qu’un gadget existe, nous faut-il absolument l’exploiter et l’utiliser à grande échelle ? La technologie de la “géolocalisation” est désormais à portée de main et est prête à intégrer la micro-communication de type Twitter. Si on peut estimer que la géolocalisation est utile chez le chauffeur de taxi, qui risque d’avoir besoin de cet outil dans le cas de trajets plus complexes, on se demande bien en quoi cela pourrait être intelligemment utile chez les individus ordinaires. Je dis “intelligemment utile”, car il existe quelque chose comme une “utilité stupide”, qui serait réduite à une fonctionnalité dépourvue de sens. Le email est intelligemment utile, alors que le système de (dé)verrouillage à distance des portes d’auto est absurdement utile. Enfin, n’y a-t-il pas certaines inventions qui n’ont été inventées que pour nous rendre plus dépendant de la technologie et plus indépendant de notre corps ? Foursquare, c’est surtout une option de plus qui exigera des clics et des réglages de plus. Un gadget, en somme, qui risque de vous rapprocher davantage de votre machine que de vos “connaissances”.

Être documentariste, je consacrerais un film à la nouvelle psycho-motricité induite par notre époque, pour montrer à quel point, au fond, la coordination de nos mouvements, la sensualité naturelle de notre corps se trouvent à être bridées par des obstacles de plus en plus nombreux, et paradoxalement de plus en plus invisibles. Un film qui passerait plus de deux heures à zoomer le quotidien ultra-réglementé d’un branché post-moderne, qui se lève et se couche avec un iPhone, en pitonnant plusieurs milliers de caractères par jour, serait sans doute très troublant à regarder. Il serait en tout cas difficile, après une telle expérience, de croire que le branché post-moderne est l’homme le plus libre qui ait jamais existé sur terre. Foursquare le rendrait-il plus libre qu’il ne l’est actuellement ? Plus fonctionnel et transparent, certes, mais plus libre, certainement pas. L’équation selon laquelle plus de fonctionnalité entraînerait plus de liberté est une équation fausse, typique de consciences régies par la technicité la plus primaire. Il n’est pas sûr que le branché post-moderne soit en mesure de comprendre ce que signifient la liberté, l’intériorité, l’intimité, et les autres spécificités de ce qu’on appelait naguère la “nature humaine”. Sait-il lire les “inventions” dont on le gave pour ce qu’elles sont : des “inventions”, des gadgets parmi d’autres, ou ces “inventions” ne seront-elles toujours que des “options fonctionnelles” dont il se prévaudra pour augmenter sa propre “fonctionnalité”, suscitant ainsi une exigence de fonctionnalité accrue chez ses proches, dans une spirale d’adaptation sans fin ? Si nous sommes de moins en moins nombreux à pouvoir “lire” ces “inventions” comme des obstacles qui ne disent pas leur nom, au contraire de plusieurs de nos contemporains avides de fonctionnalités nouvelles, c’est parce que nous sommes de moins en moins nombreux à ne pas penser comme des machines. Inversement, penser comme une machine équivaut à ne pas penser, puisque le propre de la machine est justement de ne pas penser, quoi qu’en disent les obsédés de l’intelligence artificielle. C’est parce que l’humain refuse à se résoudre à la steppe sans signification de l’existence qu’il est poussé à penser et à lui donner un sens. Bien au-delà de la biologie, c’est par la parole que le corps humain peut habiter le monde. On sait que les cadavres, en pourrissant, continuent de vivre d’un point de vue biologique… La parole donne le sens et, avec lui, la vie de l’esprit ; elle insuffle une chaleur précaire dans un monde unanimement glacé. La machine, elle, ne connaît pas le froid, non plus que l’angoisse du vide. Elle ignore la solitude et les abîmes du désir. Mais elle est fonctionnelle…

Il sera intéressant d’observer, dans les prochaines années, les effets concrets des “médias sociaux” sur la vie en société. Que restera-t-il de la société réelle une fois qu’elle aura été “travaillée” de fond en comble par la micro-communication de masse, de type Twitter et Foursquare ? Que restera-t-il du lien social physique, entre les individus d’un même lieu, alors qu’ils seront branchés en permanence sur des “réseaux” parallèles et fragmentaires ?

Il y a environ cinq ans, il était encore tabou d’avouer à quelqu’un qu’on avait utilisé Google pour se renseigner sur lui. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les gens se surveillent les uns les autres et tout le monde trouve cela normal. Combien d’autres de ces réflexes, que j’ai peut-être moi-même oubliés, avons-nous désappris en cours de route ? C’est dire à quelle vitesse les mutations technologiques effacent en nous des réflexes de pudeur dont on pouvait croire qu’ils remplissaient un rôle essentiel.  “J’ai vu sur Google que tu as fait ceci… que tu as écrit cela…” Un article brillant que vous avez publié dans une revue scientifique se voit ramené au même niveau qu’un commentaire insultant et peu glorieux, impossible à effacer, que vous avez laissé par inadvertance sur un site quelconque, il y a plusieurs années… Une “identité numérique” se façonne contre votre volonté et se substitue à votre “identité réelle”. Dans le monde réel, l’identité réelle fait encore autorité sur l’identité numérique, et on continue majoritairement de juger les autres sur la base de cette identité qu’il nous faut appréhender physiquement, socialement et pour ainsi dire affectivement. Mais sera-ce le cas dans dix ans, quand les médias sociaux auront pris le pas sur les parts restantes de réel, et que l’identité numérique aura supplanté l’identité réelle ?

Le monde que construisent les “médias sociaux” n’est pas un monde chaleureux.

* * *

PROCHAIN ÉDITORIAL : samedi le 5 décembre 2009.

J. Larose. HITLER, EN PASSANT PAR TARANTINO ET KRACAUER, Le Devoir, 28/11/2009.

Très bon papier de Jean Larose dans Le Devoir d’aujourd’hui sur Inglorious Basterds de Tarantino (la version complète de l’article n’est malheureusement pas disponible pour les non-abonnés). Il y aurait un grand texte à écrire sur la récupération du nazisme par la “modernité publicitaire”, ou par la “manufaculture”. Je pense à l’idéologie inter/multiculturaliste, qui s’est construite sur le néo-anti-fascisme — donc sur le fantasme du fascisme, bien plus que sur les leçons réelles du fascisme. Quels liens unissent le cinéma à la Tarantino, la néo-culture trash et l’idéologie dominante ? Ne constituent-ils pas les facettes d’une même néo-culture “spectaculaire” ? À l’instar de l’artiste trash, qui ne sait pas lire l’histoire, l’idéologue universitaire crée lui aussi pour “cacher qu’il ne sait rien”. Ils sont le produit d’une même contre-anthropologie.

Citation :

C’est la transgression nouvelle et le signe des temps dont je parlais au début : l’usage pervers esthétisant d’images vidées de sens par leur séparation de l’histoire. It felt so good to kill, every one of them. On n’y croit pas. Une tueuse demande à un innocent vicieux : veux-tu me fourrer ? Oui, répond-il. Elle lui plonge un couteau dans le ventre. “Hein ? Lequel pénètre l’autre maintenant, hein ?” On n’y croit pas. Les Juifs sont censés jouir comme des bêtes quand ils scalpent un nazi. Mais c’est parce qu’on voit bien que personne ne jouit qu’on laisse passer. Tarantino ne sait rien de la jouissance, de la culture ou de l’histoire, tout son cinéma est pour cacher qu’il n’en sait rien.

Histoire parallèle, nazisme virtuel, Shoah à la carte, jeu de rôle sur Internet : mon avatar (hybride samplé de Juif-Capone-Sioux) éclate la tête de ton avatar Hitler. Du coup, le crime qui accable notre culture est singulièrement allégé. Et on fera mieux la prochaine fois. Bien sûr, les gens ne sont pas dupes, personne n’y croit réellement. Voir.

Curieux article dans Le Devoir sur l’homosexualité à Cuba, réprimée par Castro. On remarquera que le désaveu du communisme ne passe plus par la liberté politique des démocraties libérales traditionnelles mais par le mantra techno-progressiste de “l’acceptation des différences”. Les “stéréotypes” seraient plus préoccupants que la tyrannie…

VIVE LA DIFFÉRENCE !, Le Devoir, 28/11/2009.

Il fallait du courage au cinéaste cubain Tomas Gutierrez Alea pour aborder le thème de l’homosexualité au pays de Fidel Castro. Évidemment, à côté des extravagances de Pedro Almodóvar, Fraise et chocolat (1994) offre un traitement bien timide, parlant d’amour entre hommes plutôt que de simplement le montrer…

Ceci est pourtant loin de constituer un frein au plaisir de voir se nouer une amitié profonde entre deux êtres que tout sépare, dont les convictions politiques et l’orientation sexuelle. Il a d’ailleurs suffi d’une simple discussion autour d’une crème glacée pour que Diego (Jorge Perrugoria) craque devant la candeur de David (Vladimir Cruz). Le premier ne cherche plus depuis longtemps à camoufler ses préférences pour les garçons tandis que le second, jeune étudiant enivré par les discours révolutionnaires de Castro (l’action se déroule à La Havane en 1979, avant la désintégration de l’URSS), cherche le grand amour, mais pas dans les bras de Diego.

Dans un petit appartement décoré tel un sanctuaire et où résonne la voix de Maria Callas, Diego attend fébrilement les visites d’un David fasciné devant tous les livres interdits qui traînent, mais allant d’abord chez son nouvel ami en qualité d’espion du régime… Sa mission est vite reléguée au second plan, puisqu’il apprécie la tendresse de Diego, ainsi que les charmes de sa voisine Nancy (Mirta Ibarra), une ancienne prostituée qui se consacre aussi à la révolution, mais à sa manière.

Ce magnifique trio est composé de personnages contrastés mais réunis par leur bonté et leur amour de la vie, malgré un régime qui, pour certains, les transforme en parias. Même si le cinéaste dresse un portrait idyllique de la situation des homosexuels cubains (en réalité, Diego serait probablement déjà sous les verrous…), Fraise et chocolat propose une autre révolution: celle de l’acceptation des différences.

Excellent papier d’Émilie Dubreuil, paru le 2 novembre dernier sur MSN Actualités. Passons sur les marques d’affection obligées envers les personnes attaquées (“je t’aime René”, “je t’aime Nathalie”), c’était inévitable. Le Québec eût-il compté 15 millions d’habitants plutôt que 7,6, deux grandes métropoles plutôt qu’une, et Émilie Dubreuil aurait eu la belle liberté de passer son message sans payer cette fâcheuse “taxe de protection”, qui est l’apanage des sociétés “consanguines”. Quoi qu’il en soit, l’essentiel du message est là et il mérite d’être entendu.

É. Dubreuil. NE SOMMES-NOUS QUE SIX DANS CETTE CITÉ ?, MSN Actualités, 2/11/2009.

Sommes-nous que six dans cette cité ?

7 millions six cent mille âmes peuplent la Belle Province, une petite société certes, mais quand même! 7 millions et demi de personnes et j’ai pourtant l’impression qu’il n’y a que 7 personnes et demie qui ont le droit de cité.

Chaque fois qu’en pitonnant, je tombe sur la nouvelle émission de critique culturelle animée par Catherine Perrin à Radio Canada, j’étouffe, je frémis. Ce n’est pas le mauvais jeu de mots du titre clin d’œil à Sex in the city qui m’irrite, ni la tentative nostalgique de faire renaître la légendaire Bande des six qui m’agace. C’est le choix des chroniqueurs. Que j’aime bien par ailleurs. Là n’est pas la question. Mais, la réunion de Petrowski, Homier-Roy, Nuovo et Marie-Christine Blais sur un même plateau constitue la négation même de la diversité des points de vue au Québec ou la démonstration que cette société est aussi étroite et tricotée serrée que les mailles des mitaines de ma grand-mère. Renée Homier-Roy anime C’est bien meilleur le matin, 15 heures de présences hebdomadaire en ondes, sans parler de son show à Art TV, Nathalie Petrowski, c’est 4 à 5 textes par semaine dans La Presse, une chronique hebdomadaire à l’émission de Christiane Charrette, Nuovo anime une émission culturelle à la Radio de Radio-Canada…et ainsi de suite. Bref, qu’avons-nous besoin de les réentendre dans une autre émission sur les mêmes sujets ? N’y a-t-il personne d’autre au Québec capable de torcher une critique potable sur le dernier show du Cirque du Soleil? Qui plus est, n’y a-t-il personne d’autre que des baby-boomers dont on entend les points de vue depuis Mathusalem qui sont capables d’aller au cinéma et d’en faire un compte rendu ? Je n’ai rien contre René, mais j’écoutais déjà son Show avec Chantal Jolis lors de la dernière guerre mondiale juste après avoir regardé un épisode de Passe-Partout. J’adore Nathalie que j’ai découverte en même temps que l’acné et Corey Hart, mais là c’est trop ! Fais-je de l’âgisme? Peut-être, un peu, mais j’assume. Les idées et les opinions des baby-boomers qui ont bercé mon enfance et mon adolescence, je les entends déjà assez souvent et, depuis assez longtemps, pas besoin d’en rajouter.

Au Québec ce n’est pas le jour de la marmotte, mais l’opinion de la marmotte. Tiens, on parle d’écologie. Ah! Surprise! C’est Saint Steven Guilbeault, néo-Jésus de Montréal qui parle à la TV. Selon un rapport de l’ombudsman, le porte-parole du vert, ex-directeur de Greenpeace a été interviewé pas moins de 129 fois à Radio Canada en 2007. Sur 365 jours, c’est une maudite bonne moyenne au bâton. N’y a-t-il personne d’autre capable d’émettre une opinion intéressante sur les enjeux écologiques? J’aimerais bien faire le test avec la présidente de l’ordre des psychologues du Québec. Combien d’heures de présence médiatique cette année ? On l’entend tellement souvent et à toutes les sauces que je me demande parfois si elle n’est pas la seule membre de son association. Et que dire de Richard Martineau qui, comme Dieu, est partout, en tout et a une opinion sur tout à Télé Québec, TVA, Elle Québec, le Journal de Montréal. Et que dire de Denise Bombardier? De Laure Waridel qui semble être la seule à pouvoir s’exprimer sur le commerce équitable? Que dire en effet? Que c’est irritable ! Bref, J’aimerais bien comprendre comment ça marche dans la tête des gens qui engagent ou invite ces pieuvres tentaculaires de l’opinion. Tiens, il ou elle est partout, pourquoi pas chez nous ? Est-ce de la paresse? Fâcheuse, cette tendance bien de chez nous à la surexposition ! Pendant ce temps, de jeunes journalistes peinent de piges faméliques, en contrats précaires ou sont carrément sur le trottoir ou sur les bancs des H.E.C histoire de réorienter…en attendant que le Québec ait envie d’entendre la chronique d’un jeune de Chicoutimi ou d’un Haïtien de Montréal Nord ou d’un jeune tout court.

N’y a-t-il que six critiques culturelles dans cette cité incestueuse? Je devrais proposer la question à la fédération professionnelle des journalistes qui tient son congrès à la mi-novembre. On pourrait en faire un atelier de réflexion et inviter Rose-Marie Charest pour animer le débat, elle a fait ses preuves n’est-ce pas? Il faudrait se demander si le Québec est une famille dysfonctionnelle qui radote et se complait dans un spectre d’opinion limitée? Où tous les leaders d’opinion se ressemblent : né après la Deuxième Guerre, probablement divorcés, souvent à gauche, résidant à Montréal, propriétaire de la collection complète des 33-tours de Jacques Brel et présents lors de la soirée référendaire de 80. Avons-nous au Québec un problème de consanguinité intellectuelle? On est juste 7 millions, mais faudrait s’en parler ! Non?

(Photo : Jacques Nadeau, Le Devoir)

Difficile de trouver abîme plus profond, entre l’Amérique du Nord et le reste du monde, que la Coupe du monde de foot. Le foot est un sport que nous ne comprenons pas, et c’est peu dire que les manifestations de “joie” ou de “colère” que la Coupe du monde occasionne chez certains  partisans nous sont étrangères. Ainsi, l’Algérie s’est “qualifiée” cette semaine pour la Coupe du monde en battant l’Égypte 1-0, suscitant chez moi — et sans doute chez un nombre considérable de Montréalais témoins de la soudaine liesse algérienne dans les rues de la ville — une perplexité double : comment peut-on s’exciter pour une simple qualification, étape préliminaire à la vraie Coupe où se disputeront les vrais enjeux, et d’autre part trouver intéressant un jeu qui se conclut par des scores aussi faméliques que “1-0″ ? Je passe sur l’étrangeté même du jeu, l’occupation comateuse du terrain ; le vol au ralenti du ballon sous le soleil, relayé par des figurines en sueur, bulle de savon sur laquelle des enfants en miniature soufflent tour à tour, du bout des pieds plutôt que du bout des lèvres, dans un après-midi qui ne semble jamais avoir de fin. La trame sonore, composée des vivats et des cris de la foule électrisée, suggère une ambiance folle, tandis que le rythme sur le terrain, plus décalé qu’autre chose, paraît bien plus adapté au cortex cérébral de Méditerranéens tout juste sortis de leur sieste qu’à celui d’adultes emportés par un jeu de compétition. Mais ne soyons pas mauvais joueurs. Reconnaissons que le foot — comme bien des sports – n’est pas sans grâce. Il est seulement dommage que ce soit dans le foot que l’on retrouve les partisans les plus disgracieux, les plus tapageurs.

Le Petit Maghreb est en liesse“, titrait TVA, à la suite de la victoire de l’Algérie, nous apprenant au passage qu’il existerait un “Petit Maghreb” à Montréal : dans l’est de la ville, sur Jean-Talon entre Saint-Michel et Pie-IX. Ronald King, de La Presse, se trouvait sur place par hasard : “J’allais attaquer ma deuxième pâtisserie à La Table Fleurie d’Algérie après être demeuré comme hypnotisé devant ces merveilles multicolores, ces petits gâteaux qui sont aussi des fleurs. [...] Les femmes se sont mises à chanter et des pétards, beaucoup de pétards, à exploser. C’était soit une émeute, soit la fin du match Algérie-Égypte. [...] Il y avait des policiers partout, même sur les balcons, avec des téléphones, la rue était barrée.” Doté d’une bouille sympathique, King, malgré quelques remarques mordantes, ne s’inquiète pas outre mesure des débordements potentiels auxquels toute cette “liesse” pourrait donner lieu : “Notre communauté algérienne est jeune, les filles ne portent pas le voile, elles s’habillent à l’occidentale, les hommes ne portent pas de barbe. Plusieurs jeunes étaient vêtus du maillot de Bouguerra, qui est sans doute la star du foot algérien.” On aime ça comme ça, même si on ne peut s’empêcher de noter que sur une photo prise par Jacques Nadeau, du Devoir, une jeune fille voilée s’affiche aux côtés de ses copains algériens. Cette image n’est du reste pas très surprenante, car on y est confronté souvent dans les rues de Montréal, en particulier lors de la sortie des classes en fin d’après-midi, lorsque des jeunes décident d’arpenter en groupe des rues plus commerciales pour flâner entre copains. Les jeunes filles voilées se mêlent à ces groupes avec beaucoup de naturel, comme si leur voile, qu’elles se font pourtant un devoir de porter, n’était qu’un accessoire vestimentaire parmi d’autre.

La grille de lecture religieuse n’est sans doute pas adéquate pour comprendre l’intrication symbolique à l’oeuvre dans les communautés maghrébines, comme l’algérienne. Elle n’est en tout cas pas suffisante. Quel que soit notre degré d’investissement dans l’étude de l’islam et de ses manifestations politiques, une part d’ambiguité subsiste dans la confrontation de certains de ses symboles visibles avec la culture d’accueil. Le voile peut être uniquement religieux pour une frange d’individus, alors que pour d’autres, il fera surtout office de marqueur identitaire. Les deux exemples méritent cependant une égale attention : ce n’est pas parce que le voile peut être, dans certains cas, un marqueur identitaire avant d’être un marqueur religieux, qu’il cesse pour autant d’être problématique du point de vue occidental. Se promener dans les rues de Montréal avec le voile islamique n’est pas innocent ; un telle pratique, dans les faits, est synonyme d’une désaffiliation de principe. La jeune fille ou la jeune femme voilée nous dit clairement qu’elle  n’appartient pas au même monde que le nôtre, et surtout, que la situation n’est pas prêt de changer et qu’il est inutile de vouloir la convaincre du contraire. On pourrait dire la même chose des immigrés qui sortent de chez eux, après la victoire de l’équipe de leur pays d’origine, pour fêter dans les rues de Montréal, en brandissant agressivement le drapeau de l’Algérie au milieu des klaxons et des cris, comme s’ils se trouvaient toujours dans les rues d’Alger non dans celles d’un nouveau pays, avec ses moeurs, sa civilité propres. Il est certes utopique, voire inquiétant d’imaginer un monde commun intransigeant qui ne tolérerait pas en son sein des fractures, des dissonances, des croisements identitaires inattendus. Montréal est après tout une ville cosmopolite, bien que son cosmopolitisme soit en général mal orienté, en raison des fractures historiques et politiques toujours béantes entre Canadiens français et Canadiens anglais. Montréal sera encore pour longtemps une ville politiquement indéterminée. Cela dit, la densité identitaire de la communauté algérienne, qu’on a pu observer lors de la qualification de la Coupe du monde, comporte une dimension politique qu’il serait tout à fait irresponsable d’esquiver.

Le “Petit Maghreb” est, pour l’instant, encore relativement petit. Considérant que les Algériens constituent la source principale de l’immigration au Québec, on peut supposer qu’il sera de moins en moins petit avec les années et que le “Petit Maghreb”, dans dix ans, n’occupera plus qu’un simple tronçon de rue mais tout un quartier, voire tout un arrondissement. C’est sans compter, évidemment, que les îlots de population maghrébine ne se concentrent pas seulement dans le “Petit Maghreb”, et sont dispersés un peu partout dans la ville, comme dans Côte-des-Neiges. Selon l’Institut de la statistique du Québec, pour la période de 2004 à 2008, pas moins de 18 500 immigrés algériens se sont installés au pays, en première place devant la… France, un pays justement connu pour abriter un nombre considérable de citoyens d’origine algérienne. À ma connaissance, il est toutefois impossible de savoir — pour le commun des mortels, j’entends — l’origine ethnique précise de l’immigration dite “française”, mais on peut supposer que 15 à 20% de cette immigration, au moins, est en réalité africaine ou méditerranéenne. Notons, soit dit en passant, que la troisième place revient au Maroc, qui a fourni de son côté un peu plus de 15 000 immigrés durant la même période. En quatrième position, on retrouve la Chine, suivie de la Colombie, de la Roumanie, du Liban, d’Haïti, de l’Inde et du Mexique. La surreprésentation des pays arabes, dans la stratégie d’immigration québécoise, nous le savons, est due à un désir de perpétuer le patrimoine linguistique francophone. Notre social-démocratie nationaliste, dans son infinie sagesse, sollicite en priorité les pays francophones (la France, bien sûr, mais surtout les pays arabes, plus sujets à l’immigration en raison de leurs conditions de vie difficiles). D’où la présence, en première place, de l’Algérie, suivie de près par le Maroc et la France. L’État québécois croit – bien naïvement — que l’intégration des immigrés se fera d’autant plus facilement que ceux-ci seront francophones, tout en ignorant la densité identitaire de ces populations pour la plupart extra-européennes. Comme si, parce que quelqu’un parlait votre langue, il parlait nécessairement le même langage. Le Québécois moyen, quoi qu’on en dise, a beaucoup plus d’affinités avec l’anglophone occidental qu’avec l’Algérien francophone, qui porte le kieffeh et allume des pétards après la victoire de son équipe au foot.

Cette vérité élémentaire doit être soulignée, alors qu’en parallèle des festivités plutôt bien contenues du “Petit Maghreb” à Montréal, des violences d’une ampleur inquiétante éclataient dans plusieurs villes de France. Sauf erreur de ma part, les médias québécois ont gardé le silence sur les 200 voitures qui ont brûlé outre-Atlantique, dans le triste sillage de la “liesse” algérienne. 650 flics dépêchés à Marseille, émeutes aux Champs-Élysées, vitrines de commerce cassées, supermarchés pillés à Lyon et dans le Rhône, coups de feu tirés dans la Drôme sur les pompiers. À Toulouse, des Algériens ont même réussi à retirer le drapeau français du Capitole pour lui substituer le drapeau algérien, geste hautement symbolique que se sont empressé de minimiser les autorités de l’endroit. “Ce sont des gamins qui ont fait cette bêtise, a-t-on dit, il ne faut pas leur prêter plus d’importance qu’il n’en faut“. Sans doute, mais comment interpréter un geste pareil autrement que comme une déclaration de guerre, lorsqu’au même moment des simili-émeutes éclatent un peu partout en France ? Jamais les tensions ethniques et sociales entre Algériens et Français n’ont paru aussi vives que suite aux parades vandales de la Coupe du monde.

Au-delà de la relation historique entre la France et l’Algérie, il semblerait que les troubles observés récemment, et qui ne sont pas isolés, soient motivés par la mutation d’une loi politique fondamentale : la démographie. Il est difficile d’avoir accès aux chiffres véritables, la France républicaine interdisant les statistiques selon la religion et l’ethnie. Bernard Godard et Sylvie Taussig, dans leur étude sur les musulmans en France, ont estimé à 1,5 million le nombre d’Algériens de nationalité ou d’origine sur le territoire hexagonal (source). À l’opposé de cette estimation, un quotidien algérien parlait de 4 millions d’Algériens résidant en France (source). Donc, bien qu’un flou demeure et qu’on ne saurait parler avec exactitude du poids démographique algérien en France, la variété géographique des troubles récents n’en démontre pas moins une appropriation territoriale en phase avec une expansion démographique d’envergure nationale. Il y a longtemps, en France, qu’on ne parle plus de “Petit Maghreb” ; à ce niveau de présence démographique, on parle bien de deux pays concurrents sur un même territoire. Le modèle assimilationniste français ne peut pas faire son travail alors que la loi du nombre s’effrite du côté de la majorité française et qu’un transfert de pouvoir démographique s’opère entre les citoyens d’origine européenne et d’origine arabe. C’est une évidence mathématique qu’il est inutile de nier. Aucun décret, aussi solennel soit-il, ne pourra venir à bout des lois politiques fondamentales qui se meuvent actuellement en des proportions folles dans le sens d’une maghrébinisation et d’une africanisation de la France. La seule mesure qu’aurait pu prendre la France pour prévenir son basculement concernait l’immigration et elle aurait dû être prise dans les années 80, pas en 2009. La “liesse” des Algériens que les Français ont dû subir cette semaine était une “liesse” de conquérants et de colons, certainement pas une “liesse” d’immigrés engagés sur le chemin de leur assimilation.

Je n’ai pas envie de me moquer de ceux qui ont été charmés par les festivités du “Petit Maghreb” à Montréal. Les Québécois sont d’incorrigibles sentimentaux ; leur candeur est affolante ; le moindre exotisme les émeut ; aussi j’aurais depuis longtemps fait une crise cardiaque si je me laissais atteindre émotionnellement par tout ce que mes compatriotes font ou ne font pas. Sur le plan politique, les Québécois sont immatures et inconséquents, en bonne partie parce qu’ils n’ont jamais appris à défendre leurs intérêts dans une perspective stratégique ; grands humiliés de l’histoire, ils ne connaissent que le repli instinctif. Je n’ai pas envie, non plus, d’insulter les Algériens montréalais qui ont fêté la victoire de leur équipe en toute bonne foi, parmi lesquels on retrouvait plusieurs familles de toute évidence inoffensives et sympathiques. Mais cela n’empêche pas qu’une responsabilité civique minimale doit nous amener à penser géopolitiquement ce type de “fêtes” à caractère tribalo-communautaire, ne serait-ce que pour empêcher, à long terme, que notre pays ne subisse une fracture similaire à ce que connaît la France. Ce qui est aujourd’hui “familial”, dans un cadre communautaire sous contrôle, pourrait bien ne plus l’être si les paramètres démographiques continuaient d’être déstabilisés. Il me semble, du moins, qu’envisager pour une fois les choses d’un point de vue politique et non sentimental pourrait contribuer à nous épargner de bien cruelles désillusions.

* * *

PROCHAIN ÉDITORIAL : samedi le 28 novembre 2009.

Ce grand événement, un incontournable de notre vie culturelle, ne reflète-t-il pas la vitalité de la société québécoise ? L’I. C. vous encourage à aller y faire un saut, après une visite au centre de vaccination H1N1 le plus proche. En vous souhaitant bonne lecture et bon sommeil.

(Photo : Radio-Canada, Christiane Charette)

J. Richer. LE PQ ÉTENDRAIT L’APPLICATION DE LA LOI 101 AUX CPE, Cyberpresse, 19/11/2009.

[...]
Quant à savoir si, à son avis, le Québec accueille déjà trop d’immigrants pour sa capacité de les intégrer à la majorité francophone, Mme Marois donne dans la nuance.

Elle dit qu’il faudra «sans doute se poser la question», si les prochaines années n’annoncent pas «une meilleure participation des nouveaux arrivants à la culture majoritaire».

Le PQ doit aussi proposer des moyens de ramener les trop nombreux francophones qui quittent l’île de Montréal pour s’installer en banlieue, a indiqué Mme Marois.

S. Ménard. DES MOTS QUI NE SONT PLUS DES FAUTES, Journal de Montréal, 18/11/2009. (Merci à M. S. pour le lien)

À compter de juin 2010, les élèves qui écriront «renouvèlement», «ognon», «bruler» ou «iglou» dans les examens du Ministère ne seront plus pénalisés. Au risque de froisser des générations entières de parents qui ont appris à écrire le français autrement, Québec a décidé qu’il tolérera désormais ce que les experts appellent «la nouvelle orthographe.»

«Les élèves ne seront pas pénalisés, dans la mesure [où ces rectifications] seront inscrites dans les dictionnaires usuels», a confirmé hier la porte-parole du ministère de l’Éducation, Ahissia Ahua. Or, depuis un an, au moins deux ouvrages de référence publiés par Larousse tiennent compte de ces modifications.

«Une note à cet effet sera ajoutée [...] dans les guides et grilles de correction des épreuves d’écriture de français de 4e et 6e années du primaire et de 2e et 5e années du secondaire de juin 2010», précise Mme Ahua.

Il faut évoluer, insiste Chantal Contant

Approuvée par l’Académie française depuis près de 20 ans, cette nouvelle façon d’écrire la langue a pourtant bien du mal à s’implanter au Québec. «L’orthographe rectifiée», qui vise à «simplifier la langue» en supprimant notamment plusieurs accents circonflexes, consonnes doubles, traits d’union et «anomalies historiques», n’est pour l’instant réservée qu’à quelques rares publications, dont le bulletin hebdomadaire de l’Université de Montréal.

Les étudiants en enseignement ont beau être formés pour l’inculquer à leurs élèves, rien ne garantit qu’ils le font vraiment, avoue Chantal Contant, une experte des rectifications orthographiques.

«Ça varie beaucoup d’une école à l’autre», indique cette linguiste qui oeuvre à l’UQAM.

Mais il est grand temps que les profs acceptent ces changements, croit Chantal Contant

«Si les coiffeuses et les mécaniciens évoluent, c’est juste normal que les enseignants se mettent à jour [et que] les parents évoluent», lance la spécialiste, qui a reçu le mandat de mettre à jour le guide de conjugaison Bescherelle, il y a quelques années.

«Ce qu’on vit, c’est juste une petite réformette par rapport aux vraies réformes qu’a déjà connues la langue», dit-elle.

L’experte est ravie

Chantal Contant est ravie que le ministère de l’Éducation ait décidé de tolérer la nouvelle orthographe dans les examens de fin d’année.

«Il y avait des écoles qui disaient ne pas être au courant [des modifications orthographiques], indique-t-elle. On a enfin le papier qui dit que c’est accepté», se réjouit l’experte

«C’est maintenant aux gens de s’initier en douceur, estime Chantal Contant. L’orthographe évolue pour le mieux.»

V. Larouche. UN CHEF DES BLOODS EST RENVOYÉ À PORT-AU-PRINCE, RueFrontenac.com, 17/11/2009.

Treize années après son arrivée au Canada, le chef des Blood Mafia Family, un redoutable gang de rue «rouge» de Montréal-Nord, a pris l’avion il y a quelques jours pour être expulsé vers son Haïti natal, pays qu’il avait quitté lorsqu’il n’était qu’un enfant.

Valdano Toussaint, qui a eu 23 ans le mois dernier, était résident permanent au Canada, n’ayant jamais obtenu sa citoyenneté. Déclaré interdit de territoire en raison de ses frasques, il a échoué dans sa tentative d’obtenir un sursis à son renvoi en plaidant qu’il courait de graves dangers si on le renvoyait en Haïti.

Son avocate, Me Marie-Hélène Giroux, entend contester cette décision devant la Cour fédérale, mais les autorités de l’immigration ne l’ont pas attendue et ont mis son client dans un avion à destination de Port-au-Prince il y a quelques jours.

«Ça s’est fait tellement vite, c’est comme si l’avion réchauffait déjà le tarmac!» déplore-t-elle en entrevue avec Rue Frontenac.

La nouvelle génération de Bloods

La police avait depuis longtemps dans sa mire Valdano Toussaint, qu’elle considère depuis longtemps comme le chef des Blood Mafia Family, la nouvelle génération de Bloods (rouges) à avoir essaimé dans les rues de Montréal-Nord, dans les foulées de leurs «grands frères» les Bo-Gars.

«Ce n’est plus une organisation é­mergente de jeunes qui vendent un petit peu de pot sur le coin de la rue. On parle de joueurs assez importants», a té­moigné le sergent-détective Benoît Desjardins-Auclair, un expert de la police de Montréal, au cours des procédures devant la Commission de l’immigration et du statut de réfugié.

En 2007, une opération de la police contre les Blood Mafia Family avait mené à la saisie de plus de 2000 roches de crack, deux revolvers, des gaz lacrymogènes et une grenade. Un suspect avait dit à un agent double que la grenade devait servir à faire exploser un poste de police.

Prêts à affronter les Hells

Toussaint et son gang étaient tellement sûrs d’eux qu’ils n’ont pas hésité à jouer dans les plates-bandes des Hells Angels, révèlent d’autres informations divulguées en cour.

En 2008, un conflit entre gangs de rue et motards avait éclaté pour le contrôle du marché de la drogue près de la station de métro Berri-UQAM. Selon la police de Montréal, Toussaint et ses Bloods énervaient tellement les Hells que ceux-ci avaient remis sur pied une «équipe de baseball», comme ils appellent leurs groupes de fiers-à­-bras, pour corriger les jeunes membres de gangs de rue.

Lors d’une prise de bec dans un restaurant McDonald’s avec cette «équipe de baseball», Toussaint avait sorti devant tout le monde ce qui semblait être une arme à feu et l’avait pointée au visage de ses opposants.

Au cours des années qu’il a passées au Canada, Toussaint a été condamné pour séquestration, vol qualifié, présence illégale dans une maison, possession d’arme, voies de fait armées et autres. Il a été accusé de tentative de meurtre à la suite d’une fusillade à Montréal-Nord, mais les accusations ont ensuite été retirées.

Loin de se laisser démonter par l’expulsion de son client, son avocate entend maintenant transporter ce dossier devant l’ONU afin de pousser le Canada à revoir sa politique concernant les renvois vers Haïti. Elle estime que les Haïtiens de Montréal déportés vers Port-au-Prince courent le risque d’être maltraités par les autorités locales à leur retour dans l’île des Antilles.

Le gang compte environ 30 membres ou relations et travaille dans la drogue et les vols, selon la police.

Jacques Brassard, qui a récemment quitté Le Quotidien dans la controverse, a ouvert un blogue. Ses lecteurs — dont je suis — pourront continuer de le suivre à l’adresse suivante :

http://blogjacquesbrassard.blogspot.com

J’en profite pour vous inviter à lire (ou à relire) l’entretien que Jacques Brassard accordait à L’I. C. il y a un an et demi (1/6/2008).

La notion de profilage social, qui constitue une forme de discrimination
au sens de l’article 10 de la Charte, est dérivée de celle de profilage racial.
Dans le cas du profilage racial l’élément déclencheur de l’intervention policière
est la couleur de la peau tandis que dans le cas du profilage racial, il s’agit
plutôt de signes visibles de pauvreté ou de marginalité.

Pour qu’il y ait profilage social, il suffit que la personne en situation d’autorité
assigne une identité d’itinérant à un individu sur la base de signes visibles tels
que l’apparence physique, les comportements, l’attitude et la tenue vestimentaire.
Par exemple, une tenue débraillée et négligée, des vêtements usés, ainsi qu’une
mauvaise hygiène ou odeur corporelle, sont autant de signes qui peuvent suffire
à motiver un policier à réserver un traitement différentiel à un individu dans
l’application des règlements municipaux.

De manière similaire, le « look » marginal adopté par certains jeunes peut rendre
ces derniers plus suspects aux yeux des policiers qui, en conséquence, peuvent
tendre à exercer une surveillance et une répression plus grande à leur endroit.

Commission des droits de la personne et de la jeunesse, 6 novembre 2009.

Nous avons eu droit, cette semaine, à un nouvel épisode du règne des intellectuels-experts dans le débat public. L’indispensable Commission des droits de la personne et de la jeunesse, financée à même les deniers publics, déposait son rapport sur le “profilage social” relié à “l’itinérance”, une “problématique” qui naîtrait d’une “discrimination systémique” du Service de police de la Ville de Montréal à l’encontre du “groupe-cible” des “itinérants” et des “marginaux”. Pour la Commission, l’approche des policiers envers les “itinérants” souffrirait d’un “biais discriminatoire” qui jetterait d’emblée le “soupçon” sur une partie défavorisée de la population. En d’autres termes, la Commission croit dans son devoir de rappeler que les itinérants, à l’instar des autres citoyens, jouissent d’une série de droits garantissant leur intégrité et leur dignité personnelle. Il serait périlleux, selon elle, de relativiser ces droits par une application de la loi fondée — comme c’est le cas actuellement — sur la lutte au sentiment d’insécurité et aux “incivilités”.

Sur plus de 200 pages, le rapport s’attelle principalement à “déconstruire” — pour reprendre le terme consacré — le sentiment “d’insécurité” ressenti par les résidants de quartiers à forte population itinérante et/ou marginale. C’est ce même sentiment, parmi d’autres éléments, qu’évoque le SPVM pour justifier sa politique à l’égard des itinérants. Tout le fondement épistémologique du rapport consiste à refuser la nature réelle du sentiment d’insécurité : la “dangerosité” créée par une présence massive, en un lieu donné, d’itinérants visiblement psychotiques ou alcooliques, serait en fait une “construction sociale“, le produit d’une simple — et erronée, cela va de soi — “perception de la réalité“. Que le sentiment d’insécurité n’ait pas d’autre racine que la paranoïa injustifiée, comme si les citoyens et les policiers qui en reconnaissent la portée étaient tous plus ou moins fous, était déjà assez fort de café, mais c’est encore rien en comparaison de la ”notion de risque“, qui, selon la Commission, “n’existe pas en soi” : “Tel que nous l’enseigne la criminologie et la sociologie, la notion de risque n’existe pas en soi, c’est une construction sociale.” (p. 108). Les Montréalais qui, au moins une fois dans leur vie, ont été la victime d’un crime (mineur ou majeur), seront sans doute heureux de l’apprendre. Ou doit-on comprendre que la “notion de crime” est également caduque ? Que cela plaise ou non à nos intellectuels-experts, que cela conforte ou non leurs prétentions à la toute-puissance conceptuelle, malgré l’inexistence présumée des “notions de risque” et des “notions de crime”, et le risque et le crime continuent bel et bien d’exister dans la réalité.

Pour la Commission, le “sentiment d’insécurité” crééerait une “demande sociale” propre à reconduire des stéréotypes et des injustices historiquement enracinés. ”Depuis le 19ème siècle, est-il écrit, [les pauvres] ont été assimilés à des « classes dangereuses » qu’il importait de moraliser, de rééduquer ou encore, s’agissant des franges les plus démunies parmi eux, de déloger de l’espace public, quitte à les enfermer si nécessaire. [...] Leur pauvreté extrême, ainsi que leur mode de vie diamétralement opposé aux normes sociales dominantes, en ont toujours fait, dans les représentations sociales, non seulement des déviants, mais également des criminels en puissance qu’il faut craindre.” Les pauvres, une classe dangereuse ? Nous sommes dans ce cas nombreux à être dangereux. Les itinérants, contrairement à ce que laisse croire la Commission, ne sont pas les seuls à être pauvres, certains d’entre eux réussissant même à faire plus d’argent en une journée que beaucoup de travailleurs précaires de la “norme dominante”.  L’itinérance d’aujourd’hui, quoi qu’en dise la Commission, qui ne se contente pas de puiser jusqu’au 19e siècle, mais plus loin encore, dans le Moyen Age (p. 14), pour trouver la source de la persécution présumée de l’État contre la catégorie immuable des “mendiants”, n’a que peu à voir avec la figure du vagabond romantique. Bien au-delà de la stricte pauvreté matérielle, l’itinérance d’aujourd’hui, en milieu métropolitain, procède d’un phénomène de désaffiliation sociale. Celle-ci peut avoir de multiples causes, comme la maladie mentale et la consommation pathologique de stupéfiants, mais elle peut aussi être beaucoup plus banale : qu’il suffise de penser aux fils et aux filles de bonne famille, des régions du Québec et de l’Ouest canadien, qui viennent se déguiser l’été venu en “marginaux” à Montréal. Pour beaucoup de “jeunes”, Montréal n’est certainement pas le royaume de la “discrimination systémique” dépeint par la Commission. Bien au contraire, c’est la réputation de “tolérance” de Montréal à l’égard des drogues et du flânage urbain qui en a fait une destination équivalente à Amsterdam aux yeux d’un bon nombre d’entre eux.

Difficile de ne pas voir dans le rapport de la Commission, qui introduit le concept de “profilage social”, un énième exercice de légitimation de l’idéologie anti-discrimination. Comme c’est souvent le cas dans les études signées par des experts en “sciences sociales”, le point de vue du praticien est systématiquement évacué. La Commission, parce qu’elle a pu consulter les “codes d’appel” mis en place par le SPVM pour catégoriser ses interventions, liste où elle a pu repérer un code réservé à la “présence dérangeante d’itinérants”, croit ainsi comprendre que le SPVM juge de facto la présence des itinérants dérangeante. Elle fait abstraction du jugement du policier, qui est appelé, sur le terrain, à juger si — oui ou non — la présence de tel itinérant est dérangeante et sujet à sanction. On pourrait ajouter que ce qui est vrai pour l’itinérant en ce cas particulier l’est aussi pour toute autre individu qui, de façon similaire bien que dans un autre registre, se retrouve dans une situation inhabituelle ou tout simplement anormale. La Commission soutient que l’itinérant doit être jugé seulement sur ses actes et le tort qu’il peut effectivement commettre à autrui, plutôt que de se voir jugé sur sa présence “inopportune” dans certains lieux publics. Théoriquement, c’est un sans faute. Mais pratiquement, une telle esquive est sans valeur ; elle pèche en tout cas par excès de bons sentiments. Les intellectuels-experts vont jusqu’à qualifier de “discriminatoire” l’ordonnance de l’arrondissement de Ville-Marie, votée en juin 2007, qui prescrit la fermeture de 15 de ses parcs la nuit et le bannissement des chiens au parc Émilie-Gamelin et au square Viger. Indignation de la Commission qui, dans un élan d’une foudroyante perspicacité, affirme que ces mesures ont été prises spécifiquement pour décourager la présence des “itinérants”. Bien sûr que c’était le cas ! ”Et alors ?” avons-nous envie de répondre. Qu’est-ce qu’il y a de mal à cela ? Comme si la présence chronique et groupée d’itinérants “à problèmes” ne jouait aucun rôle dans la détérioration, pour ne pas dire l’annihilation, de toute qualité de vie au parc Émilie-Gamelin et au square Viger ; et comme si l’arrondissement n’était pas dans son droit de voter des mesures ciblées sur son territoire pour contrer ce problème. Le fait est que le parc Émilie-Gamelin était devenu une jungle, où des miséreux en tout genre profitaient du laxisme des pouvoirs publics et de l’impuissance des citoyens pour s’adonner à des actes inacceptables (déféquer et uriner en public, rapports sexuels, consommation ouverte de drogues, insultes aux passants, etc.). Le parc Émilie-Gamelin, soit dit en passant, n’est tout de même pas situé dans les recoins industriels du Vieux-Port de Montréal. Au coeur du “Quartier latin”, il ouvre un quadrilatère bordé au nord par la gare d’autobus de l’îlôt Voyageur (par laquelle transite un nombre important de visiteurs), à l’est par les bureaux de l’arrondissement de Ville-Marie et les commerces de la Place Dupuis, à l’ouest par le pavillon Judith-Jasmin de l’Université du Québec à Montréal, et au nord-ouest par la Grande Bibliothèque du Québec. Ce qui, à la rigueur, pourrait être toléré dans des endroits à l’écart de la vie civilisée, ne saurait l’être dans d’autres endroits exposés au flux de la vie urbaine. Or, ce qui va de soi pour la plupart des gens ne va pas de soi pour les experts de la Commission. Pour les experts, l’asocialité devrait faire partie de la “notion d’espace public”, comme si la “norme dominante”, de par sa nature dominante, n’avait pas la légitimité nécessaire pour imprimer sa marque normative sur les espaces publics qu’elle côtoie au quotidien. Vingt itinérants, concentrés dans un même parc, peuvent décider d’y faire la loi du jour au lendemain et d’y élire domicile. À l’opposé, un arrondissement, qui représente des milliers de résidants, ne peut prendre de mesures spécifiques à cette problématique sans se faire taxer de “profilage social” et de discrimination. Cherchez l’erreur.

Toute la folie des intellectuels-experts de la Commission des droits consiste à présumer une application “neutre”, “désincarnée” de la loi, sur toutes les parties du territoire, sans égard à la présence effective d’institutions, de citoyens et de résidants à proximité. Les “itinérants” du parc Émilie-Gamelin, que visait l’arrondissement de Ville-Marie dans son ordonnance de 2007, en étaient venus à considérer le parc non pas comme un “espace public neutre”, mais comme leur espace public à eux seuls. D’où les actes obscènes commis sans pudeur sur la voie publique, et d’où les insultes adressées aux passants qui s’approchaient de trop près. Bien sûr, la police peut délivrer des contraventions pour ces actes contraires à la loi, mais ces contraventions sont condamnées à rester sans suite. La question se pose : que faire, dans les faits, pour faire déguerpir les indésirables, sinon en ordonnant la fermeture des parcs la nuit et en bannissant l’accès aux chiens ? La Commission, que rien ne passionne tant que la lutte aux ”discriminations”, ne semble pas s’émouvoir de la partie considérable de la population qui se trouvait discriminée par les nouveaux propriétaires du parc Émilie-Gamelin. S’il fallait agir par la loi, c’était donc pour combattre ce sentiment d’impunité qui en était venu à s’installer parmi les itinérants réguliers du parc Émilie-Gamelin ; une impunité qui, pourrait-on dire, était née en même temps qu’une certaine forme de communautarisme. C’est ce qui arrive lorsqu’on laisse trop de réguliers dans un même endroit, et qu’on fait preuve de trop de laxisme sur une longue durée. L’erreur de la Commission est de ne voir, dans la misère de l’itinérance, qu’un épiphénomène de l’exclusion sociale et de la pauvreté, comme si, dans ce groupe, on ne trouvait pas des individus (comme dans n’importe quel groupe de la société), qui ne se plaisaient pas à faire le mal pour le mal. Ceux visés par l’ordonnance de l’arrondissement de Ville-Marie n’étaient pas parmi les plus nobles de l’aristocratie de l’itinérance, doit-on vraiment le préciser. Les plus honnêtes et les plus raisonnables d’entre eux avaient déjà entrepris de quitter pour d’autres endroits plus à l’est, ou avaient compris leur intérêt à réintégrer le réseau des refuges et des services d’assistance.

L’”itinérance” et la “jeune marginalité” (du type squeegee) sont transitoires et ne doivent pas, en aucun cas, être considérés par la société comme des états permanents. La Commission des droits de la personne, et elle n’est pas le seul organisme à oeuvrer en ce sens, contribue à normaliser et à perpétuer dans le temps ces états temporaires et non-souhaitables. À trop prendre la défense des “itinérants” et des “marginaux”, ces organismes en viennent à magnifier quelque chose qui ne devrait pas l’être. C’est à se demander s’ils veulent vraiment que ces individus s’en sortent ou s’ils veulent au contraire les garder sous leur loupe, au bénéfice de l’extension du système. L’itinérance et la misère existent, certes. Elles peuvent et doivent être combattues par la société. Mais cultiver une certaine solidarité minimale, une compassion de nature avec les plus miséreux ne doit pas non plus déboucher sur une dégénérescence du jugement. Il y a une différence entre donner un coup de main aux plus miséreux et aux plus faibles, dans les moments les plus creux de leur vie, et fermer les yeux sur le moindre de leurs agissements. Pas plus que la misère, l’indulgence de la société ne doit se transformer en maladie chronique. Rien de moins charitable, de moins humain que la tolérance inconditionnelle. Un jeune “réchappé de la rue”, interviewé par La Presse il y a quelques mois, avait eu ce mot d’une grande justesse : “On ne choisit pas d’être dans la rue, mais on choisit d’y rester“. Lumineuses paroles, qui replacent la responsabilité individuelle au coeur du processus de réinsertion sociale. Elles sont d’autant plus lumineuses qu’elles ne portent pas de jugement a priori sur ceux qui se voient frappés par la misère. Les théoriciens arrogants qui nient le rôle du hasard, ou de la malchance, dans le basculement d’une vie dans la misère trahissent un manque d’expérience de la vie pratique. D’ailleurs, une vie qui n’est jamais effleurée par le risque de l’anéantissement ou de la dépossession n’est pas une vie, mais un “parcours” qui a plus à voir avec la mort ascétique qu’avec l’existence charnelle. Façon comme une autre de dire que la dépossession matérielle, et plus fondamentalement la dépossession de soi, demeurent une possibilité théorique pour chacun d’entre nous. Pour résumer, les structures d’accueil et de soutien sont là, et bien qu’elles ne seront jamais à la hauteur de ce qu’exigent les intellectuels-experts, elles peuvent soulager la misère et parer au plus pressant.

Des intervenants, des organismes, des maisons de réhabilitation pour les plus intoxiqués, sont également disponibles pour assurer une réinsertion progressive et réaliste dans la société. Investir des millions supplémentaires en logement social, comme le préconise la Commission dans ses recommandations, n’est pas plus utile que de donner de l’argent sonnant à des toxicomanes qui liquideront en une journée ce qu’ils auront reçu la veille pour tout un mois. Bien que les solutions matérielles soient incontournables, convenons qu’elles existent déjà en un nombre considérable. Elles ont leurs limites. Il semblerait que la Commission, à travers un rapport jargonnant et revendicateur, n’ait pas eu conscience que celles-ci avaient été atteintes depuis fort longtemps. Il est vrai qu’en s’abstenant d’interroger les policiers, acteurs de première ligne, la Commission a fait l’économie d’une opinion directement branchée sur le réel, qui aurait pu la renseigner — par-delà les concepts fumeux de “profilage” de tout acabit — sur les subtilités du terrain.

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PROCHAIN ÉDITORIAL : samedi le 21 novembre 2009.

Dans ce texte d’une vertigineuse profondeur, l’auteure de Maman Last Call, qui cumule une bonne trentaine d’années d’expérience dans le journalisme dit “culturel”, découvre qu’il existe toujours, sur la planète Terre (celle-là même où est censée régner l’ONU), des artistes qui en veulent à leur maman.

N. Petrowski. COMME UNE ODEUR DE MISOGYNIE, La Presse, 14/11/2009.

Et ce qui inquiète encore davantage, c’est que le mouvement de ressentiment contre les femmes n’est pas que religieux. Lentement mais sûrement, il contamine la culture populaire, aussi bien sur les ondes de la radio poubelle, dans les vidéoclips des rappeurs qui jouent aux grosses brutes épaisses que sur des sites à la gloire de Marc Lépine, qui donnent même un numéro de téléphone pour devenir membre d’une milice pour combattre la terreur que font régner les “féminazies”.

Et quand ce n’est pas de la culture trash qu’émane cette forte odeur de misogynie, c’est du septième art et d’un grand cinéaste palmé à Cannes qui a profité d’une dépression pour accoucher d’un film violent et misogyne. Je parle bien entendu de Lars von Trier et de son Antichrist qui a pris l’affiche hier au Québec.

Le Danois dépressif, dont la mère était une féministe invétérée, se défend bien d’être un misogyne. Fasciné par la chasse aux sorcières, il prétend que pour ce film, il a simplement laissé libre cours à ses fantasmes et à son inconscient. Mais conscient ou pas, le résultat c’est que la femme (magnifique Charlotte Gainsbourg) de ce sanglant cauchemar est une folle dangereuse qui a sciemment tenté d’empêcher son jeune fils de marcher et qui finit par mutiler et castrer son mari. Que le cinéaste l’admette ou non, ce film-là ressemble beaucoup au cri d’un misogyne qui règle ses comptes avec sa mère.

On a longtemps cru que les misogynes étaient une espèce en voie d’extinction. Espérons que ce qui se passe en ce moment un peu partout dans le monde n’est qu’un dernier râlement avant leur disparition.

 

Il faut goûter cette mention d’un “député de droite”, qui serait censée tout expliquer. Marie NDiaye comme Éric Raoult ont été parfaitement insignifiants dans cette histoire ; leurs propos ont été d’une égale stupidité. Mais, bien entendu, convoquer la mythologie émancipatrice était trop tentant. Marie NDiaye, en héritière de Zola… On aura tout vu, tout lu, tout entendu. (Lire James Baldwin pour comprendre les gangs de rue n’est pas mal non plus.)

C. Guy. LE FEU ET LA GLACE, La Presse, 13/11/2009.

L’an dernier à pareille date, le monde vibrait pour Obama. J’étais alors plongée dans l’oeuvre de James Baldwin, que je redécouvrais après les émeutes à Montréal-Nord. Pendant toute une soirée entre amis, nous avions discuté de cela, Dany Laferrière et moi. Obama, Baldwin, Villanueva. S’il partageait l’enthousiasme général pour la montée d’Obama, il déplorait la presse toujours négative dans sa couverture de Montréal-Nord, où elle n’apparaissait que lorsqu’il y avait le feu.

(…)
Je ne sais pas s’il pensait aussi à Marie NDiaye, Prix Goncourt 2009 pour Trois femmes puissantes, plongée dans la polémique depuis qu’on a déterré ses critiques assassines envers la présidence de Sarkozy, qui aurait selon elle créé une «France monstrueuse», particulièrement pour ses immigrants. «Je trouve détestable cette atmosphère de flicage, de vulgarité», a-t-elle dit au magazine Les Inrockuptibles. Un député de droite, Éric Raoult, est monté aux barricades pour exiger un devoir de réserve des lauréats du Goncourt, puisqu’ils seraient la «voix de la France». Zola, avec son J’accuse, n’était-il pas lui aussi la voix d’une certaine France? Pourquoi pas Marie NDiaye?

Ou comment le gauchisme repenti renouvelle son aveuglement dans l’antiracisme islamophile.

P. Foglia. UNE SOIRÉE À BERLIN, La Presse, 11/11/2009.

Je lisais l’autre jour (dans Le Dictionnaire de la bêtise) ce que disaient des juifs La Boétie, Martin Luther, Bossuet. Plus près de nous Céline, Maurras et avec lui la droite pétainiste des années 40, et Hitler bien sûr (tiens, nous revoilà à Berlin). Heureusement, on ne pourrait plus proférer de telles infamies aujourd’hui. Ou je me trompe? Ne dit-on pas, maintenant, à peu près la même chose des musulmans?

De quelle certitude économique, politique, morale dira-ton dans 20 ans, comme on l’a dit du communisme : non, mais quelle merdique connerie! Et qu’il était grand notre aveuglement!

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