Le 29 juin dernier, la Cour suprême des États-Unis invalidait une décision rendue en appel sur une question de “discrimination raciale” au travail. 5 juges contre 4 se prononçaient en faveur d’un groupe de pompiers de New Haven (19 Blancs et 1 Hispanique selon NBC), au Connecticut, qui s’estimait lésé dans ses droits suite à la décision de son employeur d’annuler des tests de compétence, au motif que les résultats de ceux-ci auraient entraîné la promotion de pompiers exclusivement non-noirs (il y aurait 19 Noirs sur 118 pompiers à New Haven). Aucun membre d’une “minorité”, si ce n’est l’Hispanique, n’aurait eu des résultats suffisants pour se faire octroyer une promotion. Pour justifier l’annulation des tests, la Ville de New Haven avait exprimé sa crainte d’être l’objet de poursuites judiciaires pour “discrimination raciale”, si elle devait en effet se baser sur les résultats des tests pour accorder des promotions aux membres de son département des pompiers. Pour information, l’une des trois juges qui, en appel, avait rejeté la demande du pompier Frank Ricci, était Sonia Sotomayor, une candidate aujourd’hui pressentie par le président Obama pour siéger à la Cour suprême des États-Unis.

Notons tout d’abord que cette “victoire”, saluée à juste titre par les commentateurs les plus sensés, demeure bien fragile à plusieurs niveaux. En premier lieu, on ne peut pas ne pas souligner l’invraisemblable imbroglio judiciaire qui a entouré l’affaire de New Haven, sur une question que le simple sens commun aurait pourtant suffi à résoudre. C’est dire l’importance démesurée qu’a prise, aux États-Unis comme ailleurs en Occident, l’idéologie anti-discrimination, qui se veut une réponse aux supposées “dérives de l’institution” alors qu’elle est devenue elle-même l’institution. Cette idéologie, qui est à l’origine du très contestable programme de “affirmative action” (”discrimination positive”), peut être repérée aujourd’hui à un stade institutionnel très avancé dans à peu près toutes les sphères de la vie civile, dans le domaine de l’emploi mais aussi dans celui de la culture, de la politique et des médias. Je l’ai déjà noté sur L’I. C., plus d’un “journaliste” aux prétentions éditoriales reprend dans la langue courante, sans distance apparente, des termes directement inspirés de l’idéologie anti-discrimination. C’est sans compter tous les sujets de “reportage” fabriqués par la grille de lecture anti-discrimination, qui inventent littéralement une actualité de substitution au détriment des conflits et injustices réels que ne manque pas de créer cette idéologie dans la vie des gens ordinaires.

Victoire fragile, donc, car il n’est pas normal que dans des sociétés dites démocratiques, l’on en soit rendu à recourir aux plus hautes instances judiciaires pour faire respecter les libertés fondamentales. Victoire doublement fragile, puisque même la plus haute autorité américaine n’a pu faire part que d’un jugement extrêmement partagé sur l’affaire (5 contre 4 !). Ce ne sont plus seulement les journalistes qui reprennent le jargon de la sociologie anti-discrimination en toute innocence, ce sont également les juges. Et c’est sans doute ce qui est le plus inquiétant. Car comment freiner l’influence d’une idéologie liberticide lorsqu’elle en vient à se normaliser dans les esprits les plus autorisés de la nation ? On ne parle plus de chaires de recherche universitaires, de thèses ou de mémoires, de lobbys ou encore d’intimidation médiatique, on parle — à 5 contre 4 — d’une accréditation au sommet de la pyramide judiciaire américaine. En ce sens, les prosélytes de l’anti-discrimination n’auraient pas tort de considérer leur défaite comme une victoire. Dans l’éventualité de deux mandats consécutifs de l’administration Obama à la Maison Blanche, la composition de la Cour suprême pourrait se voir modifiée dans le sens espéré par les idéologues anti-discrimination. Jeudi, en réaction au jugement de New Haven, le président Obama confiait à Associated Press que la “discrimination positive”, dûment structurée, restait appropriée et nécessaire dans plusieurs cas. Habile politicien, il a manifesté une empathie certaine pour les pompiers de New Haven, tout en réitérant son adhésion aux principes fondamentaux de l’idéologie anti-discrimination. Il dit rejeter les quotas (qui sont “inconstitutionnels”), mais d’un autre côté il ne peut s’empêcher d’affirmer: “I do think that there are still circumstances in which on a college admissions or a hiring decision, taking into account issues of past discrimination or taking into account issues of diversity of a workforce or a student body can still be appropriate“. Autrement dit, Obama est momentanément contre la “discrimination positive” le temps que se dissipe “l’effet New Haven”, tout en restant fondamentalement pour dans la durée. Imbattable dans la rhétorique du “dialogue”, Obama a insisté sur la “perception” de l’affaire de New Haven : il aurait fallu, dit-il, situer la problématique dans le temps et penser à concilier les impératifs de la “diversité” et de la compétence (”let’s design promotion approaches that reconcile these two things“), plutôt que de voir en le premier rejet de la demande des pompiers de New Haven une forme d’injustice. Si je comprends bien, le public indigné par l’affaire de New Haven devrait apprendre à relativiser l’injustice particulière infligée aux pompiers par rapport à l’injustice générale subie par les minorités persécutées. L’injustice à l’encontre de citoyens américains blancs ne sera toujours qu’accessoire et infinitésimale au regard du crime global de “racisme systémique”. Curieuse logique, qui semble se satisfaire des ratiocinations judiciaires qui font de la liberté individuelle une pure abstraction. On peut se demander, en effet, ce que vaut la liberté individuelle — et le réel tout court — pour des intelligences à ce point dominées par l’esprit de système.

Deux semaines avant le jugement, de l’autre côté de l’Atlantique, The Guardian révélait, dans un tout autre dossier, les conséquences ultimes auxquelles pouvait mener l’idéologie anti-discrimination, une fois poussée au bout de sa logique par l’État. Le 17 juin dernier, The Guardian nous apprenait que le vérificateur public attitré à la loi anti-terroriste, Lord Carlile, avait noté dans son rapport annuel que la police de Londres (Metropolitan police) avait utilisé la prérogative 44 (”stop and search”) pour équilibrer artificiellement ses statistiques raciales. Sous l’autorité du Terrorism Act, voté en 2000, cette prérogative permet à la police d’interpeller et de fouiller toute personne dans un périmètre prédéterminé, sans qu’il soit nécessaire d’évoquer des motifs sérieux de suspicion. Désirant se protéger de toute accusation de “profilage racial” (les terroristes les plus suspects, nous le savons tous, sont britanniques de souche, de religion judéo-chrétienne et de race blanche…), la police s’est ainsi appliquée à fouiller des individus qui, de toute évidence, n’étaient aucunement suspectés de terrorisme, et ceci dans le seul but de gonfler des statistiques trop racialement orientées. La prérogative 44, rappelle un officier, était au départ conçue pour être utilisée dans un périmètre très limité (autrement dit : dans des quartiers, des arrondissements criminogènes). Politiquement correcte jusqu’à la moelle, la police a fait semblant que la grande région londonienne au grand complet était ciblée par le menace terroriste. Dans leur volonté absurde de “caser du Blanc” dans leurs statistiques, les policiers ont interpellé, par hasard, le diplomate Sir Edward Clay, qui était en route vers son travail à la National School of Government, au centre-ville de Londres, près de Victoria Station. Qualifiant l’expérience de “sinistre” et “d’intimidante“, Sir Clay a affirmé, interloqué : “I’m 63, I’m a grey-to-brown-haired white male, I’m 5ft 10ins tall, looking extremely conventional.” Justement, Sir Clay. Extremely conventional, white male, aged 63 : c’était ce que recherchait la police. Il y avait un trou dans leurs statistiques et il fallait le remplir : l’équilibre multiculturel était à ce prix.

De fait, la police ne s’est pas privé : ses plus récents rapports indiquent que sur 117 278 personnes interpellées dans le cadre de la “section 44″ en 2007-08, 73 967 étaient Blancs, 20 768 Asiatiques et 15 218 Noirs (l’article du Guardian ne parle pas d’Arabes, c’est curieux). Bref, de l’excellent boulot.

[Lord Carlile] later said that while the police should not discriminate racially, it was equally important that they should not balance the statistics“, écrit le Guardian, avant de donner la parole à Lord Carlile : “If, for example, 50 blonde women are stopped who fall nowhere near any intelligence-led terrorism profile, it’s a gross invasion of the civil liberties of those 50 blonde women. [...] The police are perfectly entitled to stop people who fall within a terrorism profile even if it creates a racial imbalance, as long as it is not racist.

Entre le “racisme” et le “déséquilibre racial”, où est la limite, quelle est la différence du point de vue “anti-discrimination” ? C’est une nuance purement théorique qui ne change rien sur le fond. Comme Obama avec les “quotas”, jugés par lui trop “crude” (”grossier”), les apparatchiks de l’anti-discrimination prônent une application “rationnelle” d’une idéologie qui ne peut tout simplement pas, en raison de sa nature, rester “rationnelle”. En d’autres termes, quelles que soient les dérives observées, qui contribuent à défaire le tissu social et à affaiblir la notion de service public, ils tiennent à préserver le paradigme anti-discrimination en toutes circonstances, quitte à déplorer de temps à autre ce qui est trop “crude” ou “unbalanced”. Ils ne voient pas que c’est leur idéologie en tant que telle qui est radicale, et qu’elle contient tout naturellement en son sein ces “dérives” qui ne sont pas tant des “dérives” que le reflet exact de la logique anti-discrimination. Lorsqu’Obama se dit contre les quotas, tout en se disant pour une approche de la “diversité” en emploi, il nous prend pour des imbéciles. La “diversité” mène tout droit aux quotas directs ou indirects, et Obama le sait fort bien. Les quotas n’ont pas à être délimités ou officialisés pour être respectés : il suffit de laisser planer l’accusation de racisme pour orienter le système dans le sens de l’idéologie anti-discrimination, c’est-à-dire pour la formation forcée de quotas non-revendiqués.

Retournez la situation comme vous voulez, la sur-représentation ethnique dans les prisons, par exemple, restera à tout jamais un scandale à dénoncer pour un idéologue anti-discrimination. Qu’importe que ces individus aient effectivement commis des crimes ? C’est le “facteur général”, plutôt que la “réalité particulière”, qui le passionne et l’interpelle. Ce sera toujours vers ces portraits généraux, statistiques à l’appui, qu’il se tournera pour justifier son mépris des libertés fondamentales. La justice grandiose, sublime, générale, globale (et ultimement : mondialiste) lui sera toujours préférable aux libertés fondamentales concrètes dont jouissent au quotidien les individus anonymes dans les démocraties libérales véritables.

* * *

PROCHAIN ÉDITORIAL : samedi le 11 juillet 2009.

Y. Berthou. SPECTACLE — AU COEUR DES FABLES ET DES TRADITIONS DES PREMIÈRES NATIONS, Le Devoir, 5/7/2009.

Véritable plaidoyer, Kiugwe invite au respect et à la reconnaissance des Premières Nations du Québec — Innus, Mohawks, Cris, Algonquins, Atikameks, Inuits, Abénaquis, Hurons-Wendats, Malécites, Naskapis, Micmacs –, mais aussi du monde entier. En préambule, le conteur rappelle que «l’homme blanc est venu avec sa religion, ses maladies et il a pris nos terres». Grâce à une mise en scène efficace, avec ses jeux de lumière et une occupation intelligente des lieux, les spectateurs plongent sans retenue dans cet univers. «Les projections imposantes, la finesse de la lumière et les effets spéciaux créent la magie nécessaire pour que ces mythes et légendes des Premières Nations touchent le coeur du spectateur», se félicite le metteur en scène, Jacques Crête.

La métissolâtrie est de saison, et les Tartuffes accourent pour enfiler les nouveaux habits de la bigoterie. On sait que le cours ECR consacre une partie démesurée de son programme à l’enseignement des si précieuses traditions autochtones, présentées — de façon assez divertissante, il faut bien le dire – comme des prophéties écologistes d’avant-garde en comparaison de la science arrogante et pollueuse de l’homme blanc… On me permettra de souligner que la glorification des “traditions millénaires” autochtones doit toujours s’en remettre à une condamnation sans partage de l’arrivée de l’homme blanc sur “l’île de la Tortue” pour susciter un intérêt qu’elle serait d’ailleurs bien incapable de susciter par elle-même.

Si ce n’était pour déverser tout notre fiel à l’encontre de l’héritage occidental, personne ne s’intéresserait aux “Premières Nations”.

E. Pépin. PAR-DELÀ LE NOIR ET LE BLANC, La Presse, 20/6/2009.

Alain Mabanckou :

«Je viens d’Afrique, j’ai vécu en France et je vis maintenant aux États-Unis. Il fallait un jour que je regarde la communauté noire de France, mais pour cela, il me fallait une distance, que je sois loin, aux États-Unis. Ça a donné ce Black Bazar qui peint les Africains dans leur vie de tous les jours».

[...]
«L’héritage du monde noir est tellement vaste. Le défi qui se pose à l’Africain est d’écrire sans être prisonnier de l’idéologie qui veut qu’il parle toujours du problème noir. Je voudrais dire aux écrivains noirs: oubliez que vous êtes noirs, sans pourtant vous laver pour devenir blancs. Ne faites pas de la race l’objet fondamental de votre discours

La question de la littérature n’est pas une question raciale, selon Mabanckou [auteur de Black Bazar, NDLR]. «La littérature se fonde pour moi sur une compréhension des rapports. Pourquoi tel peuple est proche de tel autre? Pourquoi je suis plus sensibilisé par un écrivain haïtien que congolais?» Black Bazar entrelace en effet une multiplicité de voix, des truculents poètes de rue aux auteurs classiques de toutes origines, et cet amalgame cacophonique montre toute la solitude des cultures qui se parlent sans se connaître.

«Chaque peuple a tendance à tirer la couverture de son côté. Il y a beaucoup de problèmes qui n’ont pas été réglés entre Blancs, Arabes, Noirs, Français et Africains.» L’écrivain s’inspire de ces incompréhensions pour rendre hommage à la différence.

Désormais professeur de littérature francophone en Californie, Mabanckou accueille l’élection d’Obama comme une belle démonstration que «l’intelligence n’a pas pour habitacle une couleur de peau» et se réjouit que «la leçon vienne de la première puissance du monde, moins ancienne que les pays d’Europe qui se targuent d’avoir créé les droits de l’homme, mais n’avaient pas précisé que c’étaient les droits de l’homme blanc.»

V. Ballivy. QUÉBEC INVESTIT POUR RAPPROCHER LES CITOYENS ET LES POLICIERS À MONTRÉAL, La Presse, 3/7/2009.

Québec investira 3,3 millions $ au cours des trois prochaines années pour améliorer les relations entre les citoyens de certains de Montréal et les forces policières dans huit arrondissements la métropole.

Le montant servira à créer huit nouvelles patrouilles formées d’un policier et d’un agent de concertation, habillé en civil et issu du milieu communautaire, qui auront pour mission d’identifier et de désamorcer les tensions entre la population et les forces de l’ordre en organisant des rencontres d’échanges d’information ou des tournois sportifs, par exemple. Les équipes patrouilleront huit quartiers «chauds» de la ville situés dans les arrondissements de Montréal-Nord, Villeray-St-Michel-Parc-Extension, Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grace, Sud-Ouest, LaSalle, Saint-Laurent, Pierrefonds-Roxboro et Ahuntsic-Cartierville, où les indices de pauvreté et d’exclusion sociale sont généralement plus élevés que dans le reste de l’Île.

Selon Yolande James, ministre responsable des Communautés culturelles et de l’Immigration, l’embauche de ces 16 nouveaux agents est essentielle améliorer les communications entre les citoyens et les policiers afin de corriger certaines perceptions négatives.

«Les jeunes pourront démystifier les pratiques policières et atténuer leurs préjugés, et les policiers pourront mieux comprendre la réalité des communautés culturelles, et des jeunes en particulier, et améliorer leurs interventions», a-t-elle insisté vendredi matin lors d’un point de presse dans un parc du quartier Côte-des-Neiges.

Un projet pilote lancé en novembre dernier a permis de tester l’efficacité de ces nouvelles escouades mixtes depuis le mois de novembre dernier dans le quartier Montréal-Nord.

La possibilité d’étendre ces actions à d’autres arrondissements de Montréal, et même à d’autres villes, est envisagée par le ministère de la Sécurité publique du Québec.

Moins de pouvoir aux policiers, mais plus de pouvoir aux “agents communautaires” issus des “communautés culturelles”. Ce qui veut dire plus de pouvoir pour le multiculturalisme institutionnalisé.

On remarquera que la ministre James interprète les tensions entre les “jeunes” et les policiers dans les termes de la “lutte aux préjugés” et de la “lutte à l’intolérance”. Ces tensions seraient dues à des “malentendus” : il suffirait de laisser intervenir les “grands frères” du ghetto pour démystifier les préjugés de part et d’autre et garantir de nouveau la paix civile. Nous voilà rassurés. En tout cas, en déléguant un dossier de sécurité publique à sa ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, le gouvernement québécois aura au moins eu la franchise — bien involontaire, cela va de soi – de lier la tribalisation criminelle de Montréal à l’immigration… C’est déjà ça.

J. Léger. LETTRES — UNE FOULE HEUREUSE, MAIS EN DANGER, Le Devoir, 1/7/2009.

Magnifique et émouvant spectacle de Stevie Wonder ce mardi soir à la Place des festivals. Une soirée inoubliable! Pourtant, ce que j’en retiens, c’est que cette foule immense était en danger.

Les gens entassés comme des sardines dans un espace sans couloirs sécuritaires assez larges et suffisants pour les divers besoins de déplacements, il s’en serait fallu de peu pour que cette soirée mémorable tourne à la tragédie. En partant avant la fin, ma compagne et moi avons pris un temps fou pour rejoindre la station de métro Saint-Laurent. Il était presque impossible de tourner vers l’est au coin du boulevard de Maisonneuve. Des écrans géants avaient été installés à plusieurs endroits et la foule s’y était aussi massée. À pas de tortue et presque étouffés, nous avancions dans la rue exempte de couloirs de protection. Il faut de toute urgence que les organisateurs du Festival de jazz aient un sens beaucoup plus élevé de leur responsabilité pour faire de ce festival un endroit convivial et plus que minimalement sécuritaire. La Ville de Montréal et les divers corps policiers doivent aussi exiger une sérieuse réévaluation de la sécurité à cette Place des spectacles et dans les rues avoisinantes.

MONTRÉAL-NORD : LA FUITE, La Presse, 2/7/2009.

Hugo Meunier signe un article excellent, dans La Presse d’aujourd’hui, sur la fuite des habitants de Montréal-Nord à l’occasion du 1er juillet (jour de déménagement).

Extrait :

Un futur Bronx

Coiffé d’une casquette du Québec, Michel sort de sa poche une photographie. On y voit sa voiture garée en bordure du trottoir d’en face, derrière une rangée de voitures de la police de Montréal. Une image croquée en pleine nuit il y a deux semaines, lors du dernier épisode de violence entre les policiers et une bande de jeunes. «Je vis dans le quartier depuis des années, mais là, c’est assez! C’est rempli de jeunes de 15 ans qui veulent prendre le contrôle du coin. D’ici 10 ans, ça va devenir un ghetto!» tonne Michel.

Une prédiction partagée par Caroline Pelletier, résidante de la rue Arthur-Chevrier, à un jet de pierre de là, qui part avec sa famille s’installer dans l’arrondissement de Rivière-des-Prairies, après avoir vécu 30 ans à Montréal-Nord. «J’ai l’impression que les problèmes iront de mal en pis. Les bonnes familles vont s’en aller et le quartier va ressembler au Bronx d’ici 10 ans», déplore Mme Pelletier, qui tient entre ses bras Ylana, âgée de quelques mois.

CHAQUE NÉO-CANADIEN A SON HISTOIRE, CNW/Telbec, 30/6/2009.

Chaque Néo-Canadien a son histoire

BMO célèbre la Fête du Canada en conviant les nouveaux arrivants à raconter leur histoire

MONTREAL, le 30 juin /CNW/ – Pour célébrer la Fête du Canada, BMO Banque de Montréal invite les Néo-Canadiens à participer à “Destination Canada” en racontant leurs réalisations et en témoignant des possibilités qui se sont présentées à eux dans leur nouveau pays.

“En tant que première banque du Canada, BMO possède une longue et fière histoire de services financiers auprès des communautés multiculturelles, affirme Heather Grand, vice-présidente, région Cité de Toronto, Marché multiculturel, BMO Banque de Montréal. Nous comprenons qu’il faut du courage pour émigrer vers un nouveau pays et que le périple peut être riche en rebondissements. Nous demandons à nos clients de partager leur expérience avec nous et de célébrer leur fierté d’être Canadiens.”

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LA JOURNÉE CANADIENNE DU MULTICULTURALISME CONCLUT LE 17E MOIS DE LA DIVERSITÉ ANNUEL DE LA CIBC, CNW/Telbec, 29/6/2009.

La Journée canadienne du multiculturalisme conclut le 17e Mois de la diversité annuel de la CIBC

TORONTO, le 29 juin /CNW/ – Pendant que les Canadiens célébraient la Journée du multiculturalisme, samedi dernier, les employés de la Banque CIBC de partout au pays concluaient les célébrations du Mois de la diversité de la Banque, qui se tient en juin pour la 17e année.

Tout au long du mois, les employés de la Banque CIBC ont pris part à de nombreux événements et activités, notamment des repas-partage, des réceptions, des cours de langue et des activités de financement au profit d’organismes de bienfaisance, qui visaient à mettre en valeur et à souligner la grande diversité au sein du personnel de la Banque.

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F. Deglise. MONTRÉAL SUR LES TRACES D’ÉDIMBOURG, Le Devoir, 29/6/2009.

Soixante-dix spectacles, cent vingt artistes, seize jours. Le nouveau venu des festivals estivaux de Montréal, le Zoofest, se prépare à faire des premiers pas plutôt modestes, le 10 juillet prochain dans la métropole, avec sa programmation bigarrée, multidisciplinaire et à la marge. Mais ce n’est qu’un début, prévient la pilote de l’objet culturel planant, Lucy Eveleigh, qui veut faire de cet événement le festival des festivals à Montréal dans les prochaines années. À l’image du Festival international d’Édimbourg, en Écosse, d’où elle a d’ailleurs été débauchée.

[...]
Planifié et orchestré par Rozon comme un autre moteur de la création à Montréal, ce nouveau festival est également parrainé par l’homme aux grosses américaines décapotables qui produit une poignée de spectacles de ce Zoofest. Son budget de l’an un, d’un million de dollars, est également intimement lié aux trois millions que Juste pour rire a obtenus cette année du Programme des manifestations touristiques de renom d’Industrie Canada.

«Mais nous sommes voués à voler de nos propres ailes dans les prochaines années», loin de la multinationale de la blague en tout genre, assure Mme Eveleigh, qui, avant même le début de la première édition de son zoo festif, rêve déjà à la suite des choses: «Un mois de festivités dans un espace consacré autant aux artistes émergents qu’à ceux plus établis» et où comédie, art du cirque, créations littéraires, vocales et numériques, sur pellicule ou enchâssées dans des fichiers sonores, vont avoir droit de cité. Dans les deux langues officielles, et à bas prix.

 

Rampant et jurant, on a remonté la rue jusqu’à mon appart la voiture et moi. On ne peut plus se garer dans le quartier. Même le dimanche après-midi, on ne peut plus se garer dans le coin. On se gare en double file : on coince les gens, et ils vous coincent. Les voitures se multiplient pendant que les maisons se divisent. Les maisons se divisent en deux, en quatre, en seize. Dès qu’un proprio ou un promoteur tombe sur une pièce de taille décente, il la transforme en labyrinthe, en casse-tête chinois. Les interphones des portes cloquées ressemblent aux tableaux de bord des anciens vaisseaux spatiaux. Les pièces se divisent, les pièces se multiplient. Les maisons se dédoublent — les maisons se détriplent. Les gens doublent, aussi, en se divisant, en se dédoublant. En double trouble nous divisons nos pertes. Pas étonnant qu’on se cogne aux murs, qu’on s’énerve.

[...]
Avez-vous remarqué comme les gens parlent fort dans les snacks et dans les cinémas, comme les jardins clos frémissent d’horreur aux prodiges des transistors sous-doués, battants, sifflants, concurrents, comme on voit et comme on entend les jurons et les appels de l’intense drame sexuel qui se joue aux arrêts d’autobus sous des fantômes de nuages, comme la vie est descendue dans la rue ? Et dans les pubs ivres morts, les anciens grimacent et encaissent le rock en conserve. Nous parlons plus fort pour nous faire entendre. Nous serons bientôt tous des hurleurs.

La télé nous travaille. Le cinéma aussi. Pour l’instant, nous ne savons pas trop dans quel sens. Nous attendons, en comptant les symptômes. Il y a un problème de réalisme, ça, nous le savons tous. La télé, c’est réel ! pensent certains. Et ça la laisse où, la réalité ? Chacun doit avoir, chacun exige ses personnalités piquantes, son feuilleton personnel, son théâtre de rue, chacun ”doit avoir” un peu d’art dans sa vie… Nos vies hébergent une forme, un contour artistique, et nous voulons que notre forme se révèle, même si nous n’évoluons qu’à l’intérieur de notre peloton, avec clés, gant de toilette, tasse à café, tiroir à chemises, chéquier, linge, look, supports de tringles, garantie de frigo, bics, boutons, fric.

Martin Amis. Money, money

Ainsi, François Legault a annoncé son retrait de la vie politique. Legault, un homme d’affaires qui a fait fortune dans le milieu de l’aviation commerciale, avait embrassé la carrière politique pour ”changer les choses” et remettre en question quelques “vaches sacrées”. Il s’inscrivait dans le sillage des disciples de Lucien Bouchard, et plus largement des “lucides” préoccupés par la situation économique du Québec. La société québécoise était alors, et est toujours jugée par eux inapte à remplir les “défis sociaux et économiques” du prochain siècle. La nouvelle économie du savoir et la montée en puissance de nouveaux concurrents mondiaux auraient changé radicalement la donne, jusqu’à mettre en péril la capacité de l’État québécois à assurer un service public minimal de qualité. Le “réformisme administratif” de Legault, ainsi que d’autres entrepreneurs, comme lui interpellés par l’intérêt public, consiste à prôner un “redressement” essentiellement fiscal sur des questions particulières (les universités, les hôpitaux, les syndicats, les sociétés d’État, etc.). Lors du point de presse qui annonçait son départ, Legault s’est d’ailleurs félicité d’avoir instauré une “culture de la performance” et une “culture des résultats” dans les écoles et les hôpitaux, tout en se désolant de ne pas avoir réalisé la souveraineté, qu’il jugeait indispensable à la santé fiscale du Québec. On s’en souvient, il avait même réalisé un très contesté “budget de l’an 1″ de l’État québécois souverain. On ne s’étonnera donc pas de voir Legault parler de “déclin tranquille de la nation”, mais dans le langage quelque peu sclérosé des économistes.

À l’annonce de son départ, on a parlé d’un “homme d’envergure” de plus qui quittait le navire chancelant de la vie politique québécoise. Un homme d’affaires millionnaire, qui s’était engagé non pas pour la carrière, mais pour l’intérêt public, jetait l’éponge et désirait quitter le “rôle d’opposition” où il était confiné pour retourner dans le milieu privé, plus orienté vers “l’action”. Legault apparaissait ainsi comme l’expression métaphorique de l’impuissance étatique québécoise : quelle que fût la qualité de l’homme qu’on lançait à son encontre, le consensus mou de l’étatisme québécois répondait par une mise à l’écart progressive, une élimination silencieuse, un épuisement planifié et sournois. Legault lui-même ne semblait pas être en mesure d’éclaircir avec précision ce qui l’avait poussé à la démission, si ce n’est qu’il se sentait dépossédé de ses moyens d’action et qu’après dix ans d’engagement politique, il ne pouvait faire autrement que de constater le déclin inexorable de la nation. Jean Charest, avec une tristesse étudiée, a salué en Legault un “parlementaire aguerri”, moyen comme un autre de consacrer l’absorption de l’homme d’action Legault par le succube québécois. Quand on sait que tout ce que touche Jean Charest se transforme en momie friable, et qu’en l’occurrence, un éloge prononcé par Jean Charest équivaut toujours à un éloge funèbre, on ne peut entendre ces paroles sans compatir pour Legault.

Sinon, les réactions au départ de Legault ont convergé dans la célébration de “l’homme d’envergure”, avec toujours, en sourdine, un culte plus ou moins avoué pour la réussite économique de l’homme d’affaires. Certes, Legault n’était pas un homme médiocre. Mais d’où vient cette manie de saluer en chaque millionnaire — ou en chaque comptable doué — un sauveur potentiel de la nation ? C’est ainsi que Legault fut accueilli à son entrée en politique, et c’est ainsi — étrange ironie — qu’il fut décrit à sa sortie. Raymond Bachand, Yves Séguin, Pierre Arcand, Jacques Ménard, voire PKP et Guy Laliberté… C’est curieux, mais aussitôt que les éditorialistes parlent “d’envergure”, ils ne voient que les chiffres du compte en banque, comme si la réussite économique était garante de l’homme public. La raison d’État exige pourtant une largesse de vue et une profondeur de jugement qui n’a que peu à voir avec le pragmatisme unilatéral des super-entrepreneurs modernes. Je ne dis pas que ces qualités ne peuvent pas se retrouver chez les hommes d’affaires, je dis qu’elles sont distinctes et qu’elles ne doivent pas être prises pour ce qu’elles ne sont pas. Pratte est allé jusqu’à parler de “testament” à propos des commentaires laconiques que Legault a tenu lors de son point de presse, et que les grands quotidiens ont repris le lendemain sous le titre “Le déclin tranquille de la nation”. Encore aurait-il fallu, pour parler de testament, que les propos de Legault dépassent le simple constat et qu’ils soient rendus dans un style visant à la postérité plutôt qu’à la communication éphémère. Or, si Pratte était enclin à parler de testament, c’était pour mieux situer Legault dans la grande généalogie de ce ”réformisme administratif” dont il est lui-même un promoteur depuis la publication du Manifeste pour un Québec lucide, en 2005. Pratte le fédéraliste et Legault le souverainiste représentent chacun à leur façon un même courant de pensée.

Les “lucides” et les “réformistes administratifs” ont raison d’affirmer que certains problèmes qu’ils soulèvent transcendent les conflits partisans, mais bien souvent cette affirmation est aussitôt suivie d’une prétention à une légitimité totale, voire exclusive, sur la vie politique québécoise. Le fait est que les “lucides” aiment à se croire persécutés par ceux qu’ils désignent comme les “promoteurs de l’immobilisme québécois” : les syndicats, les groupes de pression, les militants dogmatiques, etc. Mais ce faisant ils oublient une catégorie importante de la population : les Québécois, simples citoyens, qui leur tournent le dos non pas parce qu’ils seraient indifférents, mais parce qu’ils sont tout simplement déçus de la réflexion avancée. Je parle de ces Québécois qui ne confondent pas “réformisme administratif” et “réformisme politique”, et qui ont assez de dignité pour ne pas engager un “débat de fond” sur des questions aussi banales que la hausse des tarifs d’électricité, le dégel des frais de scolarité ou la “méthode Toyota” du ministre Bolduc… Les réformistes administratifs s’aveuglent sur “l’envergure” de leur approche, et croient à tort que leur non-partisanerie sur des questions économiques serait forcément due à leur hauteur de vue. Ils ne semblent pas concevoir que cette non-partisanerie puisse être simplement le résultat prévisible de la nature par trop administrative, et par trop peu politique, de leur doctrine “pragmatique”. Il n’est pas difficile d’être non-partisan sur la hausse des tarifs d’électricité, la réduction de la dette et la “culture de la performance” dans les institutions publiques. Il n’est pas plus difficile, ensuite, de crier au “cynisme de la population”, une fois qu’il a été avéré que ces multiples hypothèses administratives n’ont été d’aucun effet sur le peuple.

La composition de la classe politique a grandement changé dans les dernières décennies. Jadis, les professions libérales se chargeaient de fournir l’essentiel de la classe politique. Sans idéaliser en rien cette période, force est d’admettre qu’elle a donné à la nation ses hommes d’État les plus mémorables. La puissance des humanités n’est pas tapageuse, elle n’est pas immédiate comme peut l’être la puissance économique, mais elle a l’avantage de véhiculer, par l’enseignement des lettres et de l’histoire, une notion classique du politique. C’est précisément l’ignorance de cette notion qui me paraît être la lacune majeure des “réformistes administratifs” qui dominent la vie politique québécoise depuis les années quatre-vingt-dix. Ces entrepreneurs-nés, ces gestionnaires dynamiques, ces hommes d’affaires vigoureux étonnent la population par leurs réussites économiques dans leur vie personnelle, mais ont tôt fait de s’étonner, à leur tour, du peu d’enthousiasme que suscite leur discours managérial une fois transposé dans la sphère politique. C’est que le génie entreprenarial, laissé à lui-même, pris dans son obsession comptable de “l’efficacité” (terme employé à satiété dans l’allocution de Legault), produit quelque chose de pire que la méfiance en politique : l’ennui. Le sens pratique sans le voile de l’idéal, ce n’est rien d’autre que le pape sans la toge, l’empereur sans le pourpre, le roi sans le sceptre. Le pouvoir, ainsi désymbolisé, s’exerce mécaniquement en l’absence du plein consentement moral de l’électorat ; d’où la fatigue de la population, décriée avec légèreté par Legault sous le nom de “cynisme”. Ici se révèle le schisme béant entre ces nouveaux héros de la vie politique moderne et le phénomème politique en tant que tel, archaïsme traversant les âges et les modes. Les “réformistes administratifs” croient naïvement que le gouvernement des ressources humaines se confond avec le gouvernement des hommes ; que le gouvernement de la nation ne diffère que fort peu de la gouvernance d’une entreprise ; et enfin, que la première institution publique venue, produite par l’histoire et l’État, n’est somme toute pas bien différente de n’importe quel organisme du domaine privé. Exemple parmi d’autres du réformisme administratif à courte vue sur la vie institutionnelle : les conséquences déplorables des “contrats de performance” de Legault sur l’organisation universitaire québécoise, en particulier à Montréal, où se jouent des enjeux nationaux qui dépassent la simple logique administrative. Marc Chevrier avait abordé cette question dans un article lumineux paru dans L’Action nationale (”La petite politique d’un naufrage annoncé”, octobre 2008).

Nos “réformistes administratifs”, qui se croient à l’avant-garde du progrès, seront peut-être les derniers à comprendre que la “crise des finances publiques” qu’ils décrient si souvent — et à juste titre — n’est que le symptôme d’une crise politique beaucoup plus large. Legault disait vouloir augmenter les dépenses en santé et en éducation en stimulant les revenus du gouvernement : fort bien, mais lui est-il seulement venu à l’esprit que le système de santé comme le système d’éducation pourraient ne plus susciter l’adhésion en profondeur du peuple québécois ? Comprend-il que le clientélisme, qui triomphe actuellement dans le service public, détruit le lien social beaucoup plus qu’il ne l’entretient ? Comprend-il que l’État québécois n’est plus perçu comme un élément structurant de la vie nationale, mais au contraire comme une machine à désintégrer et à atomiser ? Comprend-il que l’État n’incarne plus le souci de continuité historique de la société ? Conçoit-il que le système fiscal, dans un tel contexte, est vécu comme une aliénation, et l’impôt perçu comme un vol ? Est-il prêt à débattre des causes d’une telle mutation ? Dispose-t-il de l’horizon intellectuel nécessaire ? L’heure n’est plus à l’acrobatie comptable pour maintenir l’artifice de la “solidarité”, l’heure est à la discussion sur les grands principes qui fondent la vie nationale. L’impression d’être un paquet de viande ou un numéro de série dès son entrée dans l’un ou l’autre des immeubles estampillés “État québécois”, que ce soit à l’école, à l’hôpital ou ailleurs, devra être traduite tôt ou tard dans le langage commun. C’est à ce moment, et à ce moment seulement que la fameuse “fatigue de la population” pourra être démystifiée, et par le fait même, commencer à être combattue. Il est facile d’imaginer que ce sera également à ce moment que la pensée magique entourant les sciences économiques et les entrepreneurs s’évanouira, et que les conditions nécessaires à l’émergence et à l’épanouissement d’authentiques hommes d’État seront rétablies.

* * *

PROCHAIN ÉDITORIAL : samedi le 4 juillet 2009.

A. Robitaille. LES FONDEMENTS “RATIONNELS” DE LA NATION, Le Devoir, 27/6/2009.

C’est en réaction à ces idées hostiles à la nation que Pierre Manent a tenté, explique-t-il, «de réfléchir à la nation comme une organisation rationnelle». Il fait valoir qu’elle constitue «l’élément vital de choses que tout le monde considère comme précieuses». Il affirme qu’«historiquement, c’est un fait que l’on n’a pas connu de démocratie moderne en dehors d’un cadre national. Donc, il faut déjà que ceux qui nous invitent à abandonner la nation se posent la question, à savoir: est-ce que vraiment leur démocratie pure, la démocratie sans territoire ou dont le territoire ne cesse de s’étendre, est quelque chose de viable?».

Un journaliste a un jour suggéré à Pierre Manent que le commerce mondialisé, la communication et la «globalisation» étaient en train de créer de «nouvelles communautés», de «nouvelles formes politiques» démocratiques. Manent a répondu avec scepticisme. Il considère que, contrairement à ce qu’on croit, «la communication ne produit pas de communauté». Car à ses yeux, elle «ne met en relation que des individus, et qui restent tels»; des individus qui ne se conçoivent jamais comme appartenant à un tout plus grand auquel ils seraient obligés, qui auraient des responsabilités. Pis encore, estime-t-il, «au lieu de produire de la communauté, [la communication] tend à renforcer les idiosyncrasies et les isolats. C’est sur Internet que la pédophilie, le négationnisme ou les théories du complot fleurissent. Ce sont les résultats, non de la communication, mais de la solitude multipliée. Sur Internet, vous échappez aux contraintes de l’espace public qui sont éducatives. Si on parle de communautés “virtuelles”, c’est bien qu’elles ne sont pas réelles

Déclaration de Montréal pour la diversité culturelle et l’inclusion

Déclaration adoptée à l’unanimité par le conseil municipal de la Ville de Montréal le 22 mars 2004.

Préambule

ATTENDU QUE tous les citoyens et toutes les citoyennes de la Ville de Montréal bénéficient des droits et des libertés proclamés et garantis par la Déclaration universelle des droits de l’Homme du 10 décembre 1948 et par les instruments internationaux et interaméricains des droits de la personne, auxquels le Canada est partie et à l’égard desquels le Québec s’est déclaré lié;

ATTENDU QUE tous les citoyens et toutes les citoyennes de la Ville de Montréal bénéficient des droits fondamentaux proclamés et garantis par la Charte des droits et libertés de la personne du Québec (1975) et par la Charte canadienne des droits et libertés (1982);

ATTENDU QUE la Déclaration de Montréal contre la discrimination raciale (1989), que la Proclamation du 21 mars « Journée internationale pour l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale » (2002) ont été formellement adoptées, et en tenant compte de la proposition de la Charte montréalaise des droits et responsabilités (10 décembre 2003);

(Lire la suite…)

L.-M. Gervais et G. Bourgault-Côté. UNE FÊTE PLUS ROCK ET PLUS ENGAGÉE, Le Devoir, 25/6/2009.

Plus loin, Lepage a indiqué que «l’apport des autres cultures a enrichi Montréal», mais que le «français demeure une langue menacée». Sur ce, Lepage a lancé quelques phrases en grec, en italien, en anglais, en créoleCette notion de diversité a été souvent mise de l’avant au cours du spectacle.

«Les Québécois de toute allégeance sont fiers d’être Québécois. Allophones, anglophones, ils veulent tous avoir du fun», a résumé Lepage.

Bon enfant

Dans la foule, la supposée controverse linguistique et culturelle n’occupait pas les conversations. Aidée de sa famille, Claudia Da Silva a ainsi vendu des empanadas toute la journée sur le site. Autour d’elle, des kiosques de limonade, de hot-dogs, mais aussi quelques-uns vendant des tacos mexicains et des jus de fruits exotiques. La diversité illustrée.

Pour Mme Da Silva, la polémique autour de la langue ne veut pas dire grand chose. «Peu importe la langue qu’on parle, si ça fait des années qu’on vit au Québec, on est des Québécois», a-t-elle soutenu. Arrivée au Québec il y a plus de 25 ans, elle constate une grande ouverture. «Avant, ça n’aurait pas été possible de vendre des empanadas.»

Lukner Conserve, un Haïtien d’origine, n’aurait pas manqué la Fête nationale, sa fête à lui aussi. Chanter en anglais? «Je ne pense pas que les Québécois vont être réellement dérangés par ça», a-t-il noté.

En tout cas, chanter en espagnol n’aura définitivement pas été un problème, puisque Florence K a entonné Las Calles del sur sous les cris de la foule

Acheter des empanadas, un signe “d’ouverture”…

Bienvenue en régime multiculturaliste, lorsque tout, je dis bien TOUT, devient prétexte à “illustrer la diversité” et “l’ouverture”.

D. Cameron. UN DÉFILÉ À SAVEUR HISTORIQUE ET MULTICULTURELLE, La Presse, 25/6/2009.

Des dizaines de milliers de Québécois se sont massés aux abords de la rue Sherbrooke, mercredi après-midi, pour assister au traditionnel défilé de la Fête nationale. Cette année, les spectateurs ont pu admirer un cortège à saveur historique et multiculturelle.

Tout au long du défilé, les statues géantes de personnages marquants de l’histoire du Québec ont côtoyé danseurs africains, rythmes brésiliens et dragons chinois. Des chars allégoriques remplis de bambins asiatiques, d’acrobates ou de musiciens rock se sont succédé de la rue Fullum au parc Maisonneuve.

«C’est le Québec métissé-serré! s’est exclamé le porte-parole de l’événement, l’humoriste Boucar Diouf, originaire du Sénégal. On reconnaît des visages de partout, c’est vraiment touchant.»

«Je pense que le défilé reflète les efforts que l’on fait depuis des décennies pour que Montréal soit une ville inclusive, a renchéri le maire Gérald Tremblay. Les participants et les spectateurs viennent de partout. Cela démontre que nous sommes une véritable terre d’accueil.»

[...]
Saouli Mohamed, qui a émigré d’Algérie il y a huit mois, semblait ému par l’ampleur de l’événement. «On m’avait dit que c’était une belle fête, mais je ne m’attendais pas à quelque chose d’aussi gros, a dit le père de famille. C’est magnifique de voir toutes les couleurs et toutes les cultures du Québec. J’ai déjà hâte de découvrir le grand spectacle au parc Maisonneuve.»

MONTRÉAL, TOUS ARTISTES UNIS, La Presse, 23/6/2009.

[...]
Reconnue dans le monde pour son imposant bassin d’artistes, d’artisans et de créateurs de grand talent oeuvrant dans toutes les disciplines, Montréal abrite un potentiel énorme de créateurs et d’artistes d’origines et d’expressions diverses qui, grâce à leurs créations professionnelles, mettent à la portée des publics du Québec un patrimoine du monde entier et nourrissent le développement culturel montréalais et son rayonnement. Cette diversité culturelle dans les arts, indissociable d’une ouverture sur le monde, contribue bien entendu à l’image de marque de Montréal, mais aussi à sa qualité de vie, à la vitalité de ses quartiers et à son développement économique.

Le 24 juin, comme tous les jours, chaque Montréalais doit pouvoir contribuer à l’identité et à la culture de sa ville, et doit pouvoir faire partie de l’image qu’elle projette dans le monde. En faisant écho à la mosaïque culturelle qui compose la population montréalaise, la diversité artistique métropolitaine permet aux arts et à la culture d’agir pleinement comme outils de rapprochement interculturel et comme moteurs d’intégration citoyenne. On ne peut faire l’économie de cette richesse et de ce potentiel immenses, plus spécialement à l’occasion des célébrations de la Fête nationale du Québec, un 24 juin que l’on veut sous le signe de l’inclusion et du rassemblement.

[...]
À l’aube des festivités qui, dès ce soir, souligneront une fois de plus le plaisir qu’éprouvent les Québécois à vivre ensemble et à se réclamer d’une identité commune, unique et précieuse, Culture Montréal et les partenaires du Chantier Diversité souhaitent à tous les Québécois une très joyeuse Fête nationale.

Image de marque, intégration citoyenne, rapprochement interculturel… On sait ce que ça veut dire. Montréal est un laboratoire où se construit une “identité montréalaise” qui se réclame de la “modernité” et du “cosmopolitisme” pour mieux déclasser l’identité nationale québécoise et, surtout, pour mieux imposer le multiculturalisme comme idéologie de référence. Le moteur d’intégration n’est plus le Québec, mais la “diversité” et le “festivisme” : on parle d’ailleurs du “plaisir de vivre ensemble” [le plaisir de vivre ensemble ?] plutôt que de ”devoir” et ”d’unité nationale”. La “lovelangue” infantilisante du multiculturalisme se substitue avec une déconcertante facilité à la langue adulte de la cité. Aussi, on aura remarqué que le rôle déterminant de la métropole n’est plus d’inscrire le Québec national dans la trame internationale mais de le convertir au mondialisme touristique (”l’image de marque”…). Le Montréalais d’aujourd’hui ne doit plus se définir comme un Québécois, mais comme un Montréalais : ainsi à l’étranger il ne parlera que de Montréal et de “diversité”, et jamais du Québec. Si d’aventure on devait être en désaccord avec cette vision des choses, le régime, qui a depuis un moment conscrit les “artistes” du territoire, pourra toujours nous accuser d’être un obscurantiste qui méprise la culture et la modernité. C’est ce que font les multiculturalistes presqu’à tous les jours dans les publimédias.

M. Corbeil. “L’AVENIR DE L’ADQ N’EST PAS À DROITE” – SÉBASTIEN PROULX, Le Soleil, 23/6/2009.

(Québec) N’en déplaise aux «dogmatiques, aux idéologues et aux Jean-François Plante de ce monde», l’avenir de l’Action démocratique du Québec n’est pas à droite, lance son ex-leader parlementaire Sébastien Proulx.

Dans une lettre ouverte (publiée dans le site Internet suivant : lesoleil.cyberpresse.ca), celui qui a été député de Trois-Rivières de mars 2007 à décembre 2008 met en garde les militants adéquistes contre la tentation de se radicaliser vers cette extrémité du spectre politique.

[...]
Le terrain du centre droit

«Je ne suis pas à droite dans la vie, ajoute-t-il en entrevue. [...] Je le suis encore moins depuis que j’ai des enfants. Je n’émane pas de là.» Selon lui, l’ADQ doit viser le «terrain du centre droit», même s’il n’est pas seul sur ce territoire que patrouillent déjà le Parti libéral du Québec et le Parti québécois.

[...]
«Pour survivre, [l'ADQ] devra se faire rassurante», précise en entrevue Sébastien Proulx, maintenant avocat pour la prestigieuse firme Heenan Blaikie. Il rappelle que les élus péquistes ou libéraux, qui ont «rationalisé les dépenses», n’ont jamais senti le besoin de s’accoler l’étiquette «gouvernement de droite». Si l’ADQ ne recentre pas son discours, elle se condamne à rester là où elle se trouve, au niveau d’un «groupe de pression», analyse-t-il.

[...]
L’idée fédérale

Sébastien Proulx fait partie d’un nouveau groupe de réflexion, L’idée fédérale [le nouveau groupe de réflexion d'André Pratte, NDLR]. «Mes affinités politiques» appartiennent à cette famille politique. Il est donc hors de question de se joindre à un parti souverainiste.

Il est moins catégorique en ce qui concerne une formation fédéraliste, comme l’est celle du libéral Jean Charest. «Dans la vie, rien n’est impossible.»

L’analyse de Proulx est révélatrice. L’ADQ est une création du Parti libéral qui retournera au Parti libéral, c’est écrit dans le ciel. S’il n’y a plus que des Jean-François Plante pour tenir le flambeau des idées dans ce parti, alors l’ADQ n’était faite que de bois mort et elle est condamnée à être dissoute. La frange de droite, la plus authentique, se recomposera ailleurs et dans d’autres paramètres. Le présumé “pragmatisme” de Proulx est exemplaire de son carriérisme : il est mûr pour aller prendre un verre avec Bonnardel et Charest. Du reste, l’appartenance naturelle de ce type de notables provinciaux a toujours été le Parti libéral.

Proulx a cependant raison sur un point, mais avec une nuance : l’ADQ ne peut pas regagner la faveur des électeurs uniquement par la droite. La tradition conservatrice n’est pas enracinée ici comme elle peut l’être aux États-Unis, les seuls résidus de conservatisme de la société québécoise se retrouvant dans le nationalisme. D’autre part, le discours libertarien, étranger au conservatisme moral et/ou identitaire, ne pourra s’imposer dans la réalité électorale québécoise que comme un “vote anti-système ultra” : c’est un discours fait sur mesure pour plafonner à 10% dans les sondages. Oui au discours de droite, oui à la rupture avec le ronron de centre-gauche/centre/centre-droit, mais en passant par le nationalisme.

Si l’ADQ a pu devenir l’Opposition officielle, ce n’est pas d’abord parce qu’elle était de droite, mais parce qu’elle était nationaliste pendant que le PQ et le PLQ ne l’étaient plus. Les Québécois sont ouverts — avec modération — au discours de droite si vous arrivez à les convaincre que cela ne fait pas de vous un Américain ou un Canadien, et que vous restez fondamentalement un Québécois.

Les libertariens trash derrière Jean-François Plante sont allergiques à la référence nationale. Le “Quebec bashing” est d’ailleurs un de leurs passe-temps préférés. Pourtant, la réconciliation avec le nationalisme (je n’ai pas dit séparatisme) est indispensable à la construction d’une alternative politique de droite crédible au Québec.

EN BREF – LE CIRQUE DU SOLEIL DÉAMBULERA DANS LE QUARTIER SAINT-ROCH, La Presse canadienne, 23/6/2009.

Québec — Des amuseurs publics du Cirque du Soleil prendront d’assaut les rues du quartier Saint-Roch de Québec pour tout l’été. Du 24 juin au 7 septembre, l’événement Les Chemins invisibles se déroulera au crépuscule du mercredi au dimanche.

Les 75 saltimbanques campent les membres de quatre tribus qui se réunissent pour échanger musique et mouvement, le tout grâce à diverses manifestations artistiques. Chaque tribu amorce son parcours à un endroit différent et, finalement, elles convergent toutes vers un espace situé sous les bretelles de l’autoroute Dufferin-Montmorency, à l’îlot Fleury. Le public est invité à les suivre tout au long de leur parcours.

Il y a longtemps que je n’avais pas autant ri. L’Express propose un portrait d’une complaisance folle (à ce stade ce n’est même plus choquant, mais seulement hilarant) du chef de l’État français. “SARKOZY : HISTOIRE D’UNE RÉVOLUTION CULTURELLE” raconte le “cheminement” de Nicolas Sarkozy dans son éducation à la culture et à la beauté depuis sa rencontre avec Carla Bruni. Lui qui n’en avait que pour Marc Lévy et Les Bronzés n’en aurait plus que pour Zola, Borges, Stendhal et Visconti… À 54 ans, comme ça, sortie de nulle part, une passion dévorante pour la culture. Il faut lire l’article au complet, c’est renversant de fumisterie.

Le papier où Sarkozy nous parle de Céline, son “auteur préféré”, vaut également le détour. Il y a de quoi se rouler par terre : “Il est une phrase du romancier maudit que Nicolas Sarkozy cite régulièrement : “Le style, c’est final.” Elle permet peut-être de deviner ce qui attire tant le président chez l’auteur de Voyage [au bout de la nuit] : une méfiance viscérale envers les grandes idées générales et une célébration du “style” personnel.” Renversant de bêtise, vous dis-je.

Pauvre, pauvre France…

Le couple festivisme + barbarie : le nouveau quotidien des grandes villes occidentales.

28e FÊTE DE LA MUSIQUE : 223 INTERPELLATIONS, 196 GARDES À VUE, France-Info (AFP), 22 juin 2009.

PARIS, 22 juin 2009 (AFP) – 223 personnes ont été interpellées, dont 196 ont été placées en garde à vue lors de la 28e Fête de la musique, a annoncé lundi la ministre de l’Intérieur.

“Au total, 223 individus ont été interpellés, dont 196 ont été placés en garde à vue, essentiellement pour des atteintes aux forces de l’ordre ou des violences”, a dit Michèle Alliot-Marie dans un communiqué. Mme Alliot-Marie a rendu “hommage au professionnalisme des 14.200 policiers et gendarmes engagés” lors de l’événement. Elle a salué “tout particulièrement leur réactivité pour faire cesser des rixes aux conséquences parfois graves, comme dans le 13ème arrondissement de Paris ou à Bordeaux, où six blessés par balle ou arme blanche sont à déplorer“. A Paris, il y a eu 126 interpellations, qui ont donné lieu à 98 gardes à vue. Dans la capitale toujours, quatre policiers ont été blessés dont trois légèrement. Des incidents se sont produits peu après minuit place de la Bastille. Des projectiles ont été lancés sur les policiers. Par ailleurs, en marge des festivités, des affrontements entre groupes de jeunes avenue d’Ivry (XIIIè) vers 0h30 ont fait un blessé par arme à feu et trois blessés par armes blanches. La gravité des blessures n’a pas été précisée. L’enquête en cours a été confiée à la 3ème division de police judiciaire. Michèle Alliot-Marie “souhaite un prompt rétablissement aux effectifs légèrement blessés” lors des interventions. Le nombre de policiers touchés n’a pas été précisé.

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