Charte

Le projet de loi 63 du MCCCF, qui entend inscrire dans la Charte dite des droits et libertés l’égalité entre les hommes et les femmes comme « valeur fondamentale« , est actuellement en consultation générale auprès de la Commission des affaires sociales. Ce projet de loi, on s’en souvient, a été évoqué pour la première fois par les autorités lors de la crise des accommodements raisonnables. Le premier ministre, ayant voulu poser un geste fort, comme on dit dans la novlangue, a tout simplement, comme ça, de but en blanc, proposé de modifier la Charte et d’y inclure l’égalité entre les hommes et les femmes, ceci afin de souligner, auprès de la population mais surtout auprès des juges, la préséance symbolique que le Québec accorderait à cette « valeur« .

L’égalité entre les hommes et les femmes n’est évidemment pas une valeur. Il s’agit d’une simple et très vulgaire construction technocratique, censée perpétuer l’illusion bouffonne, aujourd’hui en 2008, d’une oppression générale de la femme. Ce que les technocrates appellent l’égalité entre les hommes et les femmes n’a de pertinence théorique qu’en tant que la femme reste éternellement une victime. Dans le couple, victime de violence conjugale ; au travail, victime d’inéquité salariale ; dans la langue, victime du genre masculin ; dans la loi biologique, victime de la maternité ; dans la société de consommation, victime de la publicité ; dans le lit, victime de ne pas avoir de pénis. Victime avec un grand V.

Le ministre St-Pierre aurait reçu 29 mémoires, « dont la majorité souligne l’initiative gouvernementale » : « Le projet de loi 63, peut-on lire dans le communiqué, est une affirmation solennelle que l’égalité entre les sexes est un pilier de notre société et une valeur partagée par toutes et tous. Cette mesure vient s’ajouter à de nombreuses autres mesures prises depuis plus de trente ans, lesquelles confirment le statut du Québec à titre de chef de file dans le monde. » Ces mots feraient sourire, s’ils n’étaient aussi bêtes. Comment croire qu’une « valeur » est universelle lorsqu’elle n’est partagée non pas de tous, mais par toutes et tous? Ce poison qu’est l’égalité entre les hommes et les femmes est une négation du politique, en tant qu’il insinue au coeur de l’État un précepte idéologique forcément biaisé, qui désavoue et humilie l’égalité juridique constitutionnelle, garantie à tous les citoyens, que l’Occident a mis des siècles à conquérir. L’égalité entre les hommes et les femmes, dans une société où l’égalité est déjà garantie, constitue un supplément technocratique de contrôle social, et ne doit en aucun moment être confondue avec un supplément de justice.

A-t-on vu des hordes de femmes opprimées envahir le Parlement, pleines de reconnaissance, lors de la conférence de presse du ministre St-Pierre? Qui s’émeut de cette modification dans la Charte? La Charte n’ayant jamais eu à voir qu’avec la liberté des technocrates, on peut comprendre que le peuple se contente d’approuver passivement par voie de sondage téléphonique. En réalité, le projet de loi 63 ne peut qu’exciter la soif des chacals habituels de l’antichambre de l’État. Ainsi les a-t-on vu, après l’émission du communiqué du MCCCF, rapidement manifesté leur intérêt pour cette nouvelle ouverture stratégique : Fédération des femmes, Conseil québécois des gais et lesbiennes et Commission sur l’équité salariale se sont relayés pour y aller de leurs commentaires et surtout de leurs suggestions.

Le Conseil québécois des gais et lesbiennes, notamment, entend profiter de la commission pour « rappeler au gouvernement que par-delà l’égalité des sexes, il existe encore des personnes qui sont peu ou pas protégées par la Charte car elles ne peuvent s’identifier en fonction de leur sexe de naissance« . Le CQGL demande par conséquent au MCCCF de poursuivre sur sa folle lancée et de modifier l’article 10 de la Charte pour « interdire la discrimination fondée sur l’identité de genre« , ce qui reviendrait à reconnaître les « personnes transsexuelles et transgenres comme des citoyennes et citoyens à part entière« .

Chaque avancée féministe dans la technocratie progressiste est l’occasion d’une désymbolisation accentuée de la société, c’est-à-dire d’une ouverture à tous les groupes organisés qui prétendent, par leur nature identitaire et communautariste, remplir le vide symbolique ainsi créé. Or, on ne bâtit pas une société sur la revendication, et encore moins sur la désymbolisation.

La pente actuelle nous mène tout droit à un authentique programme totalitaire de type socialiste, déjà en cours à bien des égards, comme il a été relevé dans les précédents billets. Le seul but des manoeuvres technocratiques des dernières années en matière de lutte « antidiscriminatoire » est de nous faire avaler une bonne fois pour toutes que la Charte est l’assise de la démocratie et de nos libertés. C’est grâce à cette imposture qu’il ne sera bientôt plus permis ne serait-ce que de critiquer la Charte. Chaque offensive critique sera perçue comme un désir de renverser le nouveau régime.

Notre liberté réelle ne repose que sur des résidus d’un monde écroulé. Ne doutez pas que le monde que nous préparent les technocrates chartistes ne laissera pas de place à la liberté, et encore moins au monde écroulé.

L’homme nouveau ne peut habiter qu’un monde nouveau.