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Dans La Presse d’aujourd’hui, l’ineffable et prolifique chroniqueur scientiste Mathieu Perreault se surpasse avec un article qui suggère que les “pères ne transmetteraient pas seulement leurs gènes à leurs enfants, mais également leurs valeurs et comportements“. Tout cela “directement au foetus“, sans médiation. Inutile de vous épuiser à éduquer votre marmot, messieurs : votre héritage paternel serait déjà dans les gènes.

On connaît la rengaine : après des “expérimentations sur des souris“, un chercheur d’une université américaine, ici Gladys Friedler de l’École universitaire de médecine de Boston, en vient à une conclusion propre à bouleverser tous nos préjugés. Dans ce cas-ci, le préjugé étant la conviction absurde et naïve que l’animal humain serait autre chose qu’un simple produit du bios, et qu’il y aurait quelque chose en lui de singulier, l’anthropos, qui le séparerait du monde animal : “Plusieurs études ont confirmé que des transmissions épigénétiques sont possibles de génération en génération. (…) Un stress important vécu par un homme, par exemple des mauvais traitements durant l’enfance ou un choc post-traumatique à la guerre, pourrait provoquer des effets chez leurs enfants à venir. Et ce, même s’ils ne sont jamais en contact avec leur père.

C’est ici que ça devient intéressant. Car, à regarder de plus près l’article, on ne sait pas très bien ce qui relève des voeux personnels du journaliste ou des faits de l’étude en tant que telle. Perreault part de la transmission épigénétique pour extrapoler sur les “valeurs et comportements” que véhiculeraient les gènes masculins, alors que d’après l’étude qu’il nous cite il n’est jamais question d’autre chose que de drogues ou de polluants, voire de graves chocs post-traumatiques auxquels les pères auraient été exposés. Mais puisqu’il voit en la filiation épigénétique un “équivalent chez le père des liens émotionnels entre une mère et son foetus, avant la naissance“, il s’autorise en début d’article à parler à ce sujet de “valeurs et comportements“, c’est-à-dire de culture, d’éducation : d’anthropos.

Ce chroniqueur scientiste trahit de la sorte, d’une façon on ne peut plus limpide, le fantasme délirant de notre époque : tout réduire au bios absolu et à la programmation cognitive intégrale de l’être humain. Ce qui veut dire en finir pour de bon avec l’énigme humaine, ou avec tous ceux - quelques écrivains emmerdeurs, de toute façon bientôt emprisonnés - qui auraient encore l’ambition de l’étreindre et de l’éclaircir, plutôt que de l’éliminer d’un simple et brutal coup de scalpel.