De grace

 L’éditorialiste Jean-Robert Sansfaçon fait une crise d’urticaire aujourd’hui dans un éditorial foireux coiffé d’un titre soixante-huitard, “Plus flyé, tu meurs!“, dont on ne sait s’il est censé être drôle ou même moqueur. C’est que l’humour est d’abord une affaire d’humeur chez nos scribes décadents, d’où la teinte grisâtre qui imprègne la moindre syllabe de leur prose poussive, même quand ils essaient, comme c’est le cas avec Sansfaçon dans ce texte, de lui donner un aura “pamphlétaire” (ne riez pas).

Sansfaçon est outré que l’ADQ évoque la possibilité d’accorder de l’argent aux familles qui ne bénéficieraient pas des calamiteux services de garde de l’État techno-progressiste. Dangereux précédent. Vous n’y pensez pas! Que ferait-on si les gens reprenaient goût à la vie en marge de l’État? S’ils se mettaient à réfléchir par eux-mêmes? À vivre dans un confort relatif, cessant de courir à gauche et à droite pour regarnir un portefeuille constamment vidé par l’État?

Les services de garde n’ont pas été créés comme mesure de réduction des impôts : ils sont là pour permettre aux femmes de travailler tout en offrant un encadrement formateur aux enfants.” Et pour procréer de moins en moins, devrait-on ajouter. Quant au supposé encadrement formateur, qu’il suffise de rappeler que nos ingénieurs sociaux, responsables du désastre que l’on sait dans l’école québécoise, sont justement en train de se pencher de très près sur le nouveau créneau des CPE.

Et de grâce, s’exclame notre pré-retraité de la pensée unique, qu’on n’incite pas les familles, surtout les moins fortunées et les moins instruites, à retirer leurs enfants des garderies en leur faisant miroiter un chèque de 5 000$, 10 000 $ ou 15 000 $! Ce serait complètement irresponsable!” Le peuple a besoin d’être protégé de lui-même. Ce n’est pas lui qui saurait comment dépenser correctement l’argent pour élever ses enfants. L’État le fait pour lui, c’est beaucoup plus sûr - et surtout beaucoup plus payant pour la technocratie, les faux-culs et les profiteurs de tout acabit.

Dans tous les dossiers politiques qui passent dans l’actualité, il n’y a qu’à poser la question : “où va l’argent?” pour comprendre rapidement les enjeux. Que l’argent reste entre les mains des technocrates et que les honnêtes gens soient en tout temps dépendants de la Machine techno-progressiste pour vivre est dans l’intérêt de nos élites. Proposez de transférer l’argent d’un pôle à l’autre, de la Machine abstraite et dévorante aux gens réels de la vie réelle, et c’est la fureur qui se déchaîne dans la voix pathétique de nos apparatchiks.

Autonomie, esprit critique, liberté : ce n’est jamais bon pour notre caste de diplômés en sciences sociales, dont le pouvoir ne peut se maintenir que dans un contexte où domine l’inertie générale. Une seule manifestation de vitalité et d’opposition, et c’est la panique chez nos gouvernants et commentateurs attitrés. C’est la Loi du cadenas version progressiste. L’appel à la mise à mort sociale de toute personne refusant de s’aligner sur les préceptes prescrits.