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Certains esprits bouffons à la colonne vertébrale en caoutchouc me reprochent, paraît-il, dans le confort sordide de leur bureau d’université (qui leur sert en réalité d’entrepôt intellectuel), de ne pas aimer les féministes. J’en profite pour réaffirmer ici en toutes lettres ce que je suis prêt à répéter devant n’importe quelle caméra et n’importe quel micro : l’adhésion au féminisme chez un bipède de plus de quatorze ans est la preuve irréfutable d’une infirmité mentale extrêmement préoccupante. Il va de soi que je ne peux pas estimer intellectuellement, voire personnellement un individu se réclamant, de près ou de loin, du féminisme.

C’est qu’on n’a rien dit de valable sur l’État techno-progressiste, donc sur le nouveau régime politique dans lequel on vit (qui n’a plus rien à voir avec la démocratie parlementaire traditionnelle) tant qu’on ne porte pas sa critique sur le féminisme, une idéologie qui, sous couvert de vertu démocratique égalitaire, vise l’indifférenciation entre les sexes. Le féminisme n’a rien à voir avec le principe d’égalité, mais avec celui d’utopie ; ni même rien à voir, à tout prendre, avec l’attribution du droit de vote aux femmes, une conquête naturelle du libéralisme. Le féminisme est avant tout un prétexte à la tartufferie universitaire, au chantage communautariste, au délire technocratique et à la destruction acharnée de ce tout qui fait de l’homme et de la femme des créatures sexuées. Le féminisme, en somme, est un ressentiment. Et comme tous les ressentiments, il veut en finir avec l’érotisme, la liberté, l’ironie et l’écart critique.

Je fais ce petit préambule parce que j’ai lu un autre article complètement cinglé ce matin dans La Presse, cette fois sous la plume de Sylvia Galipeau. Comme à chaque année, une journaliste conscientisée, prise d’une fièvre d’originalité autour du 8 mars, “Journée internationale de la femme”, se dirige dans une école primaire pour voir comment se porte le dogme de l’égalité entre les hommes et les femmes - comme on dit chez les robots. Avec la complicité d’une enseignante comptant plusieurs décennies d’expérience, elle constate ce que d’autres journalistes avant elles ont constaté également : malgré les millions de dollars investis dans l’application des théories les plus rééducatrices qui soient, supposées délivrer les petites filles et les petits garçons de ces affreux stéréotypes dont ils souffriraient sans se rendre compte, les petites filles continuent à vouloir se comporter comme des petites filles, et les petits garçons comme des petits garçons. Alors, madame l’enseignante? Les jeux des enfants ont-ils changé depuis trente ans? Se comportent-ils de façon différente? “C’est pas mal pareil : les petites filles sont davantage attirées à jouer à la maman, les petits gars à faire du bruit.

Mon Dieu, comme c’est désolant. “Certaines filles jouent moins aux jeux de construction, d’autres beaucoup. Je dirais que ce qui est majeur, c’est plutôt que certains garçons ne vont JAMAIS à la cuisine.” Il y a quelque chose qui cloche, c’est certain. Ne faudrait-il pas forcer les garçons à jouer dans la cuisine? Hélas, selon l’enseignante, “les gars qui vont à la cuisine, ils ne vont pas pouponner. Ils vont sortir toute la vaisselle, faire du bruit.” Encore ce bruit différencié… Ce tapage sexué… Cette intimidation… Cette inégalité forcément…

Cela dérange beaucoup nos ingénieurs sociaux. Jocelyne Robert, la Mère supérieure des psychologues, “faisant allusion aux rangées rose bonbon de poupées, poussettes, dînettes“, déplore que les “étalages des magasins” renforcent les “stéréotypes“. Elle est secondée par l’idéologue d’extrême-gauche Francine Descarries (que l’on finance comme des imbéciles à raison de 120 000$ par année) : “Il y a 40 ans, il n’y avait pas de jeux de construction pour les filles, dit-elle. Aujourd’hui, il y a des Lego pour filles, mais ils servent à construire des châteaux de fées. Les stéréotypes sont toujours très présents.

Quelle profondeur intellectuelle, n’est-ce pas? Rappelez-vous que ces gens-là ont passé leur vie à sucer la moelle de l’État techno-progressiste et à jardiner leurs petites perversions personnelles à nos frais. En l’absence de toute critique et de toute résistance (merci aux professeurs aux vertèbres caoutchoutés), leur règne ubuesque continue. À un point tel qu’on peut dire de l’État québécois qu’il se confond avec le féminisme ; il en partage et les desseins et la nature fanatique. Il n’y a même plus de différence entre les deux, ils sont devenus un (ou une…).

Je comprends que des politiciens hésitent à attaquer de front le féminisme d’État. Pourtant, il me semble que certaines fenêtres politiques sont d’ores et déjà ouvertes et pourraient permettre aux conservateurs de faire des percées importantes. Que l’on pense seulement à la question de la mixité scolaire. Là se trouve une occasion en or de briser l’alliance funeste entre les féministes et les pédagogistes. Mettre fin à la mixité scolaire pour les féministes, c’est comme enlever cinq steaks saignants à un chacal habitué d’en manger quatre… Ce serait un coup mortel. En séparant les garçons des filles, vous compromettez sérieusement l’agenda de rééducation pédagogique de nos ingénieurs sociaux progressistes.

Ce qui vaut pour les féministes vaut également pour les “dialogueurs” interculculralistes du type Georges Leroux. Imposer un “diâlôôôgue” doucereux et res-pec-tu-eux à toute une classe (oops, pardon, à toute une communauté de recherche), c’est toujours possible quand il y a 50% de filles et 50% de garçons, mais serait-ce possible s’il n’y avait que des garçons? J’en doute. Le tapage viendrait vite à s’installer. Une concentration de jeunes garçons dans une même institution forcerait les autorités à se réaligner sur les savoirs fondamentaux et la compétition sportive, faisant sauter le schème de pensée dominant, qui relie l’égalitarisme à l’apaisement maternel des comportements.

J’irais même jusqu’à dire que la mixité scolaire est la pierre angulaire politique de la crise entourant la réforme scolaire. Restez sur le terrain de la critique centriste et modérée, celle qui déplore sagement les écarts “transversaux” de la réforme, et vous perdrez une fois de plus devant les idéologues du Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport. Poussez l’idée de la non-mixité, et vous mettez de l’avant non pas un gigantesque projet de renversement du MELS, mais une idée concrète susceptible de recevoir rapidement l’aval du sens commun.