SAQ

Je reviens de la SAQ épuisé. J’étais précédé au comptoir par un type, doté d’un sac écolo estampillé SAQ, qui s’est assuré à deux reprises que le commis avait bel et bien enlevé le 0,05$ qui lui était dû pour sa bonne action. Mon tour venu, le commis me demande si je veux un sac, une question d’une rare stupidité qu’on ne se fait poser par aucun autre commerçant dans la ville lorsqu’on fait des achats, surtout quand il y a une pile de sacs en plastique tout juste devant, comme c’était le cas. Mais ce commis n’est pas un commerçant comme les autres, c’est un commis au service de l’État, ce qui n’est pas du tout la même chose.

Ma réponse ironique me coûta un sermont écologiste de tout premier ordre, où je me vis incité à me procurer un sac écologiste à l’instar de la personne qui me suivait : je constatai en effet en me retournant que la personne qui me suivait, de même que la personne qui m’avait précédé un instant plus tôt, avait également un sac écolo.

Bref, tout le monde semble se plier sans trop de problème aux nouvelles conditions d’existence. Déjà qu’ils acceptent de se faire escroquer par ce monopole d’État où l’on paie le vin beaucoup trop cher, pourquoi rechigneraient-ils à se faire endoctriner et à se transformer en de petits soldats en mission pour emmerder, à leur tour, les récalcitrants?

La SAQ a déjà annoncé qu’elle ne donnerait plus de sac en plastique à partir du 31 décembre. À mon avis, elle pourrait devancer la date très facilement. Elle pourrait commencer dès demain matin et il n’y aurait pas de résistance. Se faire mettre au pas et rejoindre le troupeau, nos contemporains n’attendent que ça.

J’ai été frappé par l’absence de complicité de mes “concitoyens” quand j’ai confronté le commis-idéologue. Ils avaient tous les yeux baissés. Ils étaient tous occupés, comme par hasard, à faire quelque chose d’autre à ce moment. Tous occupés à ne pas être témoin de la scène.

Tous occupés à porter un intérêt extraordinaire à leur sac écolo, et à fouiller, fouiller et encore fouiller, pour y retrouver on ne sait quoi au juste.