Je l’avais manqué lors de sa parution : Antoine Robitaille révélait, dans un article du 11 mars dernier, que le nombre de cours d’histoire du Québec et de cours sur le Québec serait “en chute libre” dans les cégeps. Le constat est détaillé dans une étude de Gilles Laporte, professeur d’histoire au Cégep du Vieux-Montréal.
“Le cours Histoire du Québec, qui représentait 25,4% des cours d’histoire offerts au cégep en 1990, n’en représentait plus que 13,3% en 2006 et n’est plus offert que dans une dizaine d’établissements.“
Tout cela est désolant, mais les prescriptions demandées par M. Laporte, comme l’imposition obligatoire du cours d’Histoire du Québec, ne changeront rien au déclin.
Quand, en 1999, j’ai dû faire mon choix de cours au Cégep du Vieux-Montréal, le cours Histoire du Québec s’est imposé à mon esprit comme une évidence, et jamais il ne me serait venue l’idée saugrenue de faire autrement. L’enracinement à l’origine de cette adhésion naturelle ne devait rien à un quelconque décret ministériel.
J’ai beaucoup de sympathie pour M. Laporte, un professeur remarquable dont je fus l’élève admiratif. Mais il ne voit pas que nous sommes, dans les faits, devant la montée d’un nouveau peuple, qui s’accompagne d’un coup d’État atypique nous imposant également un nouveau régime politique.
J’insiste beaucoup sur le changement de régime car cette réalité me semble être la moins reconnue, personne ne la prenant vraiment au sérieux. C’est pourtant la stricte vérité. Vous verrez bien dans deux mois, lors du dépôt du rapport de la Commission Bouchard-Taylor, qui de l’ancien peuple ou du nouveau peuple sera entendu…
D’ici dix ans, ce qui reste de cours d’Histoire du Québec sera remplacé par des cours d’introduction citoyenne à Destination Québec. Il n’y aura plus de Conquête. Plus de Patriotes. Plus de menaces de sécession. Plus de conflits. Plus d’Histoire tout court. Plus de nation. Plus de peuple québécois.
Le nouveau peuple aura enfin pris toute la place, tandis que sa mainmise sur les institutions - déjà bien entamée, mais encore si peu comprise - sera définitive. Nous ne sommes pas face à un déclin arbitraire et mystérieux, mais face aux premières conséquences, dans ce cas-ci en matière d’enseignement collégial de l’histoire, de la guerre idéologique que nous mènent, sous couvert de convivialité et d’ouverture, les apparatchiks techno-progressistes au pouvoir.