Cancer

Après les articles consternants de La Presse - publiés en page couverture - sur la maternité et les “hôpitaux où accoucher”, voici que Le Devoir riposte avec un article ce matin sur la “lutte contre le cancer encore bien imparfaite“. Que voulez-vous, la fin de l’Histoire impose une nouvelle actualité, de nouveaux journalistes, de nouveaux sujets, mais de très anciennes obsessions : la peur de la mort, autrefois sublimée dans les grandes médiations historiques et artistiques, se trouve ici exhibée dans son état le plus clinique, le plus déshumanisé.

La “lutte contre le cancer”! Comme c’est de notre temps! Comme ça reflète bien ce qu’on est devenus! Apparemment, le cancer n’en finit plus de se propager. Ça me semble être une évidence. Ce qui étonne, en revanche, c’est l’acharnement hygiéniste qui accompagne la montée du cancer. Tout le monde se dit convaincu que si, demain matin, la planète Terre était débarrassée de toute trace de pollution, les rivières purifiées et le feuillage des arbres rendu à leur innocence première ; si les “citoyens” étaient délivrés du tabagisme, de l’alcool et des conflits conjuguaux ; si, enfin, toute l’existence était savonnée, javellisée, nickelisée de fond en comble, le genre humain imparfait arriverait finalement, après des siècles d’obstacles et de rechutes, à la perfection de la Santé et de la Guérison. À la victoire sur le cancer.

Voici ma question : pourquoi, alors que les campagnes antitabac n’ont jamais été aussi efficaces, plongeant dans l’abstinence bienheureuse des milliers de fumeurs aujourd’hui convertis au cyclotourisme, le cancer continue-t-il de proliférer? Comment se fait-il, alors qu’on vit dans un monde qui, quoi qu’on en dise, n’a jamais été aussi douillet, les maladies (en particulier cancéreuses) continuent de prospérer?

Peut-être que le cancer n’est pas là où on pense. Peut-être qu’il n’est pas dans la cigarette. Dans les toxines alimentaires. Dans l’air qu’on respire. Peut-être que le cancer est en nous. Peut-être que la folie meurtrière consiste précisément à nier sa réalité par le biais d’un appareil hygiéno-légaliste trop vaste, trop grotesque, trop paranoïaque pour ne pas être lui-même la cause artificielle d’un bien plus grand nombre de malheurs que la cause naturelle de l’arbitraire humain.