Eh bien ça y est : Bernard Bigras, député du Bloc québécois, est désormais certifié “Carbone zéro”. Selon le communiqué émis par Arbres Canada (!), “M. Bigras s’est engagé à planter 77 arbres dans sa circonscription”, ce qui lui permettra, nous dit-on, ”d’effacer son empreinte carbonique d’ici 20 ans.”
Bernard Bigras : “Je conduis un véhicule hybride depuis déjà plusieurs années et bien sûr nous recyclons, autant à la maison qu’à notre bureau de comté, mais je cherchais le moyen d’en faire plus… Je suis donc très heureux de participer au programme Compagnies et Organisations Carbone Zéro de l’organisme Arbres Canada. Nous enjoliverons le quartier tout en aidant l’environnement!“
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BERNARD BIGRAS INAUGURE LE PROGRAMME “DOUBLE INTERLIGNE ZÉRO”
(publié dans L’Intelligence conséquente, 22 avril 2028)
Montréal, Destination Québec, planète Terre - Le député de la circonscription Jacques-Languirand/Rosemont-Grande patrie, M. Bernard Bigras, a annoncé aujourd’hui son intention d’aller de l’avant avec le nouveau projet de loi “Double Interligne Zéro”. “Je conduis une trottinette à propulsion aquatique depuis plusieurs années, explique-t-il, et bien sûr nous recyclons la luminosité cathodique de nos écrans autant à la maison qu’au bureau de comté, mais je cherchais un moyen d’en faire plus…“
Rappelons que le programme “Double Interligne zéro” est une nouvelle initiative du député Bigras, qui fait équipe plus que jamais dans cette aventure avec la cheffe en chef de son parti, Laure Waridel. L’ambitieux projet de loi, qui promet d’occuper pour plusieurs années les gestionnaires de l’État, entend systématiser - à l’échelle de toute l’Administration publique fédérale - la réutilisation des pages imprimées en double interligne afin de regagner un espace depuis trop longtemps gaspillé. “Cela s’inscrit parfaitement dans le cadre de notre politique nationale de développement durable : l’espacement d’un centimètre entre les deux lignes d’un double interligne doit être utilisé plus écologiquement“, renchérit M. Bigras.
Le nouveau programme exigera des fonctionnaires une fouille complète de leurs classeurs pour retrouver tous les documents inutiles imprimés en double interligne, et susceptibles de servir à nouveau. ”On est conscient que certains de ces documents ont été réutilisés une première fois, par exemple sur le recto ou le verso, et que ça commence à faire beaucoup de contenus différents sur une même feuille. Mais on demande aux gens de faire un effort“, dit-il. Quant à l’impression de documents futurs en double interligne, elle sera désormais proscrite et impossible sur le système informatique de l’Administration. “Idéalement, on aimerait étendre cette interdiction à tout le secteur privé, mais on n’en est pas encore là…“, ajoute M. Bigras, rêveur.
Contrairement à ce que l’on aurait pu croire, cette annonce n’a pas provoqué de remous dans les rangs du Syndicat de la fonction publique. “Bien sûr, affirme le président Yves Gingras, il faudra reconfigurer toutes les imprimantes et logiciels de l’Administration pour rendre possible l’impression entre les lignes de pages déjà imprimées“. Le président reconnaît la complexité de la tâche, mais assure que son Syndicat est prêt à relever le défi. “Nous sommes un Syndicat du XXIe siècle et soucieux d’innovation“, tranche-t-il.
Questionné à savoir si un tel chambardement technique ne risquait pas de compliquer la lisibilité de documents gouvernementaux par ailleurs déjà illisibles, entraînant parfois la superposition involontaire de deux contenus sémantiquement incompatibles, M. Gingras a dit ne pas comprendre la question. “L’important pour nous, rétorque-t-il, c’est le développement durable et l’invention de solutions porteuses, ce n’est pas de regarder en arrière. Le double interligne en 2028, c’est inadmissible.“
On dit que le programme “Double Interligne Zéro”, s’il devait trouver sa pleine vitesse de croisière, effacerait théoriquement, au bout de vingt ans, l’abattage des quelques quinze forêts de 100 hectares chacune qu’aura exigé la documentation technocratique reliée à sa mise en place initiale par l’Administration.
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