
Il me semblait aussi qu’il y avait quelque chose dans l’air. Une poisse flottante. Un nuage existentiel. Une absence radicale d’humour. J’avais oublié que la plus récente brique de Marie-Claire Blais venait d’arriver en librairie.
Difficile de trouver plus anti-littéraire que Marie-Claire Blais. Ce regard brumeux et ésotérique… ce style “sans frontières”, si assommant, qui épouse le “fluide des drames humains”… Ces briques qui en appellent à plus d’Amnistie internationale, à plus de cris, à plus de chants, à plus d’hôpitaux : à plus de lyrisme. Tous ces enchevêtrements de “filiations maudites”, qui miment avec le plus parfait mauvais goût - et sur un mode onusien, de sucroît ! - le style de la grande tragédie…
“Le féminisme serait parvenu à l’ère de la responsabilité créatrice et gouvernementale“, qu’est-ce que cela signifie, nom de Dieu ? Alors quoi ? On est censé se pâmer ? Quand Marie-Claire Blais parle de la “compassion, seul espoir au fond des ténèbres” et de “l’ère de l’intelligence des femmes“, elle évoque en effet le nouvel ordre mondial en train de se mettre en place, mais sans s’en moquer. Bien au contraire : elle statufie le nouveau pouvoir, elle en bave, elle n’en finit plus de l’appeler de tous ses voeux. Marie-Claire Blais et Louise Arbour, même combat. Voilà donc comment se conjugue la responsabilité “créatrice” et “gouvernementale”: quand “l’écrivaine” féministe se place aux côtés de la matrone onusienne pour le bien de l’humanité.
Pour le bien de l’humanité, c’est-à-dire pour la fin de toute littérature.
