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Éditorial subtil de Mario Roy ce matin dans La Presse.

Pour reprendre l’analogie avec la culture, il n’est pas normal, pour une société qui se dit aussi scolarisée, que certains livres importants publiés ici par des essayistes d’ici ne dépassent pas les 500 exemplaires vendus. Ce n’est pas qu’une question de marché, mais également une question de culture.

Il y a quelque chose de pourri dans la culture québécoise (dans son sens élargi), une fracture qui révèle une anémie intellectuelle et morale d’une rare envergure. Les Québécois ne semblent plus intéressés à comprendre la réalité québécoise ; tout au plus consentent-ils à se comprendre comme un particularisme nord-américain, en transit quelque part sur la toile mondialiste des échanges culturels.

Si cette société ne ressent plus le besoin d’être informée dans sa propre référence, c’est qu’elle est déjà entrée en exil ; elle est donc prête à adopter un autre univers mental, culturel et politique que le sien. Dans un tel contexte d’effritement, le Québec se laissera progressivement entraîner par un joueur plus fort.

Les crétins québécophobes, qui bandent chaque matin en rêvant à l’Alberta ou à l’Ohio, haussent évidemment les épaules face à un tel constat. Ils rêvent déjà à une “Union américaine” sur tout le territoire nord-américain, où ils pourraient se déplacer partout en immigrés contractuels, délivrés enfin du fardeau québécois. Cette sous-race médiocre se retrouve pour l’essentiel chez les libertariens et les néo-libéraux.

Ce qui était hier encore le fait d’une minorité circonscrite à une frange marginale de la jeune petite bourgeoisie scolarisée, en pleine réaction face à l’héritage - par ailleurs problématique - de la Révolution tranquille,  est en voie de généralisation à toute la société.

Une nation peut certes survivre à la désaffection de quelques jeunes hommes dévorés par la honte du père. Mais elle ne peut certainement pas survivre à un exil intérieur de masse.