avril 27, 2008
La drame de la quête de la souveraineté, au Québec, a été de coïncider avec le carnaval libertaire de mai 68. Que plusieurs apparatchiks de l’élite souverainiste aient eu un passé gauchisant et communiste n’est un secret pour personne. Tout le monde en rit désormais, y compris Gilles Duceppe, comme si ce passé ne constituait pas encore la trame principale de son action politique.
Radio-Canada a diffusé il y a plusieurs mois un documentaire sur la “révolte des cégeps” de la fin des années soixante. Il était stupéfiant de voir la complaisance des protagonistes de cette période, lorsqu’ils étaient interrogés sur leur propre parcours. Louise Harel, notamment, a probablement eu le témoignage le plus débilitant de tous : les yeux pétillant de puérilité enfantine, elle a dit ”je suis fière de moi”, alors que défilaient en arrière-plan les images de la jeune Louise Harel, qui, à vingt ans et des poussières, ressassait des clichés gauchisants qui n’avaient pourtant rien de bien glorieux. La souveraineté, pour ces jeunes gens qui devinrent plus tard des ténors de l’intelligentsia souverainiste, ne fut rien d’autre, apparemment, qu’un accessoire à l’aide duquel ils mirent en scène leur récit personnel d’émancipation. Un simple motif dans le décor, en somme. Louise Harel est une “jeune femme” qui a réussi dans la vie et qui espère que “d’autres jeunes filles” pourront s’inspirer de son exemple pour devenir aussi épanouies qu’elle. C’était tout ce qu’il y avait à tirer de cette période : la libération féministe de Louise Harel. Quant au seul récit qui importe, le récit historique et politique : rien à foutre.
Le rêve de la souveraineté et le rêve libertaire. Une guerre des rêves où l’un a été assujetti à l’autre. Devinez lequel ?
En fait, pour être plus précis, il faudrait plutôt dire qu’il y avait au départ une cohabitation ambigue de deux éléments hostiles : d’une part le projet de la souveraineté, né d’une trame historique complexe, patiemment mise à jour par le conservatisme nationaliste des années 20 et 30, et d’autre part le rêve libertaire. Un projet historique contre un rêve lyrique.
La défaite de la souveraineté s’est peut-être jouée là : quand elle a été usurpée par le lyrisme révolutionnaire des boomers de mai 68. Quand elle s’est transformée en rêve…
