Chiens

Voici un autre épisode savoureux de la saga techno-progressiste : la Cour suprême a statué que les chiens renifleurs ne pouvaient fouiller n’importe qui, poussés par le seul “flair” de leur maître policier. Eh bien ! Après ça on viendra dire qu’on s’emmerde en régime techno-progressiste ! N’est-ce pas qu’on s’amuse ?

Dans les deux cas étudiés par la Cour, le suspect s’est avéré coupable de possession de drogue, après avoir été “piffé” par les chiens renifleurs. Et les deux accusés se retrouvent néanmoins dans une position de victimisation, grâce aux juges de la Cour suprême, qui ne reconnaissent pas l’instinct policier comme une prérogative acceptable : “La cour a statué que ‘l’impression qu’un individu se livre à une activité criminelle’ et la ’seule intuition du policier, basée sur son expérience’ ne suffisaient pas à entamer une fouille.

Autrement dit, les policiers ne peuvent plus travailler. Ils doivent impérativement se transformer en préposés à la gestion sociale ou en agent sociocommunautaire, et rester dépendants de la bonne volonté citoyenne pour faire leur travail. Pour le reste, c’est bel et bien fini : les véritables policiers sont menottés.

Dans le premier cas, un agent de la GRC repère un voyageur louche dans un terminal d’autobus de Calgary : il décide de lui poser quelques questions et lui demande d’ouvrir son sac. Le suspect refuse, en proie à la panique. L’agent revient avec un chien renifleur, qui confirme ses appréhensions : il y a bel et bien de la drogue à l’intérieur. De fait, la récolte ne fut pas mince : 17 onces de cocaïne.

Dans le deuxième cas étudié par la Cour, un directeur d’école secondaire lance une invitation aux policiers après avoir instauré une politique de tolérance zéro en matière de drogue. Les policiers débarquent avec des chiens renifleurs, tandis que les jeunes restent dans les classes. Dans le gymnase, le chien renifleur découvrira de la marijuana et des champignons magiques dans un sac à dos.

La justification de la Cour pour le deuxième cas ne manque pas de piquant, il faut l’avouer. Les magistrats écrivent : “Il n’y a aucun doute que les hommes et les femmes d’affaires ordinaires qui utilisent les transports en commun ou les ascenseurs des tours à bureaux seraient outrés si on laissait entendre que la police peut inspecter au hasard le contenu de leurs serviettes même en l’absence de soupçons raisonnables qu’un acte illégal est commis.

Premièrement, il est étonnant que des magistrats aussi sages mettent sur le même niveau des adultes et des enfants. Aux dernières nouvelles, les jeunes de l’école secondaire étaient à l’école secondaire pour être éduqués, ce qui n’est pas le cas des “hommes et des femmes d’affaires ordinaires” qui utilisent les transports en commun. Que les jeunes sentent que la police est du côté du directeur d’école ne me semble pas une mauvaise chose, surtout quand il s’agit de leur faire comprendre que la possession ou la consommation de drogue n’est pas sans conséquence dans la société.

Mais non. Il faut désormais se “mettre dans la peau des jeunes”. Attendez un instant, je crois que je vais pleurer. Ils font tellement pitié. A-t-on idée de brimer ainsi leurs droits fondamentaux ?

Si j’avais une formation en droit, j’intenterais un recours collectif au nom des chiens renifleurs pour discrimination. Ce serait magnifique. Je me ferais accompagner en cour par les deux charmants cabots ci-dessus, l’un à ma droite et l’autre à ma gauche. Et je commencerais ma plaidoirie en invoquant toute la galerie de chiens glorieux qui, au cours de l’Histoire, ont jalonné le long parcours de l’émancipation canine. Je présenterais comme discriminatoire le jugement de la Cour suprême puisqu’il heurterait le droit des chiens à exercer leur profession à égalité avec l’espèce humaine.

Que va-t-on faire de ces chiens renifleurs ? J’invite tous les lecteurs de L’Intelligence conséquente à écrire à leur député, à faire des méchouis, à harceler leurs voisins, à organiser des soupers spaghettis, tout le nécessaire enfin pour que la communauté appuie correctement nos compatriotes les chiens renifleurs.

Nos compatriotes et amis, oui. Car dans toute cette histoire vaudevillesque, parmi les juges et les éditorialistes, les chiens renifleurs sont probablement les seuls qui font la preuve d’un certain sens commun.