avril 2008


Eco

Terreur

L’expert a parlé : il n’y a pas de crise. Il n’y a pas de violence. Qu’importe que les enseignants disent tout le contraire? Qu’ils soient au bord du désespoir? Qu’importe que toute la putain de société soit en train de se fissurer et que les uns se dressent contre les autres dans un ultime sursaut? Qu’est-ce que cela fait, quand il y a la Chaire de recherche du Canada?

C’est le credo des “experts” techno-progressistes : rien ne change, vous n’en entendiez pas parler avant et vous en entendez parler maintenant, voilà pourquoi vous avez l’impression que ça va plus mal. D’accord, mais pourquoi la société d’avant était vivable et que celle où nous avons le malheur de “vivre” ne l’est plus? Simple question de perception?

Les “experts” du régime techno-progressiste n’existent que dans la mesure où la situation objective s’aggrave et que le besoin de cacher la réalité s’intensifie. Leur tâche est de rééduquer subjectivement les “citoyens” du régime pour que ceux-ci en viennent à renoncer à toute forme de liberté critique, à un point tel que le moindre problème de l’existence, dans leur esprit, ne puisse plus être soluble désormais que par le biais de l’État et de ses programmes expertifiés.

Pas de crise avec les accommodements raisonnables. Pas de crise à l’éducation. Pas de crise dans les affaires étrangères. Pas de crise de la santé. Pas de crise avec la démographie. Pas de crise avec l’analphabétisme institutionnalisé. Pas de crise avec l’université. Pas de crise nationale. Pas de crise de la famille. Pas de crise de l’autorité. Pas de crise d’incivisme. Pas de crise étatique.

PAS DE CRISE.

Passager

Impudeur

Quel roman! Quelle finesse! Quelle intelligence! Quelle heureuse surprise que L’Impudeur d’Alain Roy! Et comme la semi-indifférence salope dans laquelle ce roman fabuleux a été accueilli en dit long à la fois sur notre époque et notre élite!

Alain Roy est un écrivain très étrange, peut-être même un excentrique refoulé : il a écrit un roman qui parle de la réalité. Drôle d’idée n’est-ce pas. Parler de la réalité après tout, c’est un mythe pour naïfs. Les “non-dupes” en avaient fini il y a bien longtemps avec la réalité. Congédiés les corps et les hommes, congédiée la chair et son relief tour à tour rosé et bleuté, volupté et souffrance. Que du style désormais, ce qui correspond bien entendu à un stylisme de pacotille, depuis que tout le monde a cru pouvoir comprendre de Céline dans Le style contre les idées que les choses seraient aussi simples. La rébellion est dans le sac, qu’on n’en parle plus, et que la réalité reste enfouie quelque part bien au fond! Écrasée, torpillée, humiliée sous les bibelots du dadaïsme pompier et du durassisme à monture noire…

Eh bien non! Voici un romancier qui remet les pendules à l’heure, voici un écrivain surprenant qui nous révèle l’aiguille de minuit sous celle de midi. Voici un roman, c’est-à-dire un délicieux jeu d’ombre qui se déroule en marge de l’assommante positivité de nos contemporains, et à travers lequel se perpètre le meurtre tranquille des vanités. Tout cela dans le doux écoulement des jours subventionnés, entre les quatre murs plâtrés d’un quelconque enclos universitaire de Montréal, et au milieu de la petite faune (jamais ce terme n’aura été aussi approprié) du grand ratage intellectuel québécois.

Alain Roy a un joli terme pour qualifier la “folie académique” de l’élite québécoise : la dementia prudentia. Quelle formule! La justesse qui émane de ces syllabes latines, mes amis! Oh la la! Alain Roy s’est-il résigné à ne plus recevoir d’invitations pour des 5 à 7 dans l’une ou l’autre de ces “librairies-bistros” pseudo-françaises où l’on souffre silencieusement de la faim jusqu’à neuf heures, par simple souci de ne pas manger à six heures, comme tous les Québécois? Eh bien soit! Le prix du style, le prix à payer pour faire une oeuvre, nous dit Alain Roy entre les lignes de son merveilleux roman, réside dans la dérogation souveraine à toute dementia prudentia. Et de fait cette leçon magnifique innerve chacune des pages de L’Impudeur.

Pour une fois, voici un écrivain québécois qui ne verse pas dans la sacralisation de la femme, ni dans l’éloge du marasme sentimental, et qui, dégagé de l’authenticité factice du “je” (”première personne de l’aveuglement“), entreprend de voir les choses telles qu’elles sont. Certains esprits superficiels n’ont vu dans L’Impudeur qu’un “roman à thèse” qui s’opposerait sur un plan intellectuel aux postures “médiatiques et littéraires” de Nelly Arcan. Ça me semble court, très très court. Pour ne pas dire idiot. Et plutôt pratique pour ne pas lire ce qu’il y avait réellement à lire dans cette oeuvre d’Alain Roy.

Alain Roy n’a évidemment pas écrit un “roman à thèse”, pas plus qu’il n’a défendu “d’idée” : il a seulement écrit - et la chose semble inconcevable à nos pauvres ploucs de la dementia prudentia - un roman imprégné d’une pensée. Eh oui. Un roman. Avec. Une. Pensée. Je sais que ça peut sonner bizarre pour nos Québécois romantiques, eux qui ont toujours cru que le roman ne pouvait s’apparier qu’aux sentiments, excluant par le fait même toute forme de pensée séparatrice.

Un roman recelant une pensée, c’est un roman où l’on peut écrire à sa guise à l’imparfait du subjonctif, dissertant ici et là sur la société et les moeurs, entre deux paragraphes où le dérisoire pathétique de l’époque se voit mis en scène, tantôt dans une conversation virtuelle, tantôt dans la “grimace d’actrice porno” d’une jeune étudiante de vingt ans.

Il faut lire ce passage où Xavier, chargé de cours dans une université, voit sa jeune étudiante de vingt ans, “lectrice du marquis de Sade“, tenter de le “séduire” à la façon modernitaire. Devant le refus bafouilleur du jeune homme, qui souffre d’avoir une éducation, c’est-à-dire d’avoir un certain sens des responsabilités et de la distance symbolique, la jeune fille se transforme en sorcière grotesque, exactement comme le ferait une enfant face au refus d’un adulte.

Le visage de l’étudiante se durcit. Elle dévisageait Xavier de ses petits yeux durs et ronds comme des billes. S’il pensait pouvoir jouer les prudes avec elle, eh bien non, ça ne se passerait pas comme ça! Elle enfonça le visage de Xavier dans sa poitrine et se mit à rebondir sur lui en faisant des grimaces d’actrices porno.

Même brutalité splendide dans la description de Vanessa enceinte, perdue dans la jungle féérique de sa célébrité soudaine à Paris :

Elle allait être mère, mais elle avait été elle-même aussi un petit bébé, comme celui qu’elle portait dans le creux de son ventre, un bébé qui avait tété le sein de sa maman, comme celui téterait bientôt le sien! Elle revit le petit éléphant rose en peluche qui avait été le fidèle compagnon de ces années. Par un troublant effet d’osmose, elle devinait le moindre geste, le moindre mouvement, le moindre tressaillement du petit être qu’elle avait été et qu’elle portait maintenant en elle, avec qui elle ne faisait plus qu’un. En ces solennels moments de communion, il lui semblait qu’elle pénétrait enfin dans le sanctuaire de la Vie, dans ce lieu sacré où la Vie est plus large et plus pleine parce qu’elle traverse toutes les frontières que dressent nos esprits cartésiens entre les corps et les êtres. Vanessa était le véhicule de la Vie ; le souffle de la Vie passait à travers elle et le bébé qui se nourrissait d’elle, de sa substance, de tout ce qu’elle-même mangeait et buvait afin de combler son douloureux appétit de vivre. L’avidité de l’enfant devenait la sienne ; et Vanessa, dans une sorte de violent emportement, remuait les lèvres comme le font par instinct tous les petits mammifères.

Aïe, aïe, aïe. Combien de chefs d’inculpation dans ces lignes pour irrespect de la religion maternelle? Pour “propagande haineuse”, comme diraient nos féministes d’État, lesquelles intriguent en ce moment même pour criminaliser à l’avenir ce genre de propos?

Il n’est pas très citoyen, Alain Roy. Les personnages auxquels va toute sympathie - on le sent bien dans le propos et dans le ton - tardent à s’engager dans la voie de l’avenir meilleur. Ils traînent la patte, se font prier, prennent des Xanax et assistent impuissants à la régression définitive de l’espèce. Roy voit bien que des femmes à poil s’affichent partout sur les panneaux publicitaires et dans la rue, dans des tenues primitives, si bien qu’on ne distingue plus trop chez certaines ce qui relève du sous-vêtement et du vêtement. Mais là où une féministe, ou je ne sais quel citoyen verrait une exploitation, ainsi qu’une victime sous le joug d’une force supérieure, Roy voit une matière à interrogation. Il ne s’indigne pas, il s’interroge ; il ne se laisse pas aveugler par les sentiments, il pense.

La dénonciation de la femme-objet est bien connue, mais l’éprouvant supplice de Tantale que l’on impose aujourd’hui aux hommes mériterait qu’on s’y attarde“, écrit-il. Eh voilà. Surtout ces jours-ci alors que l’État, à travers son monstrueux, son indigne et son bouffon ministère de la Culture et de la Condition féminine, a rendu public un “plan d’action contre les agressions sexuelles”, grâce auquel il est désormais possible pour une femme de se dire sexuellement agressée sans avoir été touchée… Le glissement de sens ainsi opéré par “cette époque sans morale et moralisatrice” (dixit Alain Roy) transforme “l’agression sexuelle” en “agression à caractère sexuel”, et déplace l’entreprise puritaine de rééducation progressiste sur le plan du langage. (Veuillez noter que je reparlerai plus en détails de ce nouveau - et si aimable - “plan d’action” techno-progressiste dans un prochain billet.)

L’époque a quand même réussi quelque chose d’exceptionnel : la propagande féministe, combinée à l’essor prodigieux de l’intimidation judiciaire et égalitaire, a réussi à créer une société libertaire paradoxalement carcérale où les femmes peuvent se promener dévêtues dans la rue sans se faire le moins du monde importuner par les hommes - tous neutralisés par la loi égalitaire du respect “sans contact”. Évidemment, tout le monde dit trouver cela normal. Le travail de l’écrivain, au contraire, est de montrer que quelque chose ne va pas, et que la vraie persécution n’est pas dirigée contre la cible que nous indique le consensus de la communauté - en l’occurence, la femme-objet. Le roman est une démystification qui révèle la bestialité derrière l’angélisme des fausses victimes, et en même temps la bestialité qui se trame dans la jouissance qu’éprouve la communauté à s’illusionner sur l’objet de sa persécution.

Surplombant le théâtre des basses passions, Alain Roy, c’est le moins qu’on puisse dire, ne se fait pas d’illusion sur la capacité des êtres à aimer. Sur la femme, il écrit :

Rien n’est plus émouvant que la vulnérabilité soudaine qui afflige la femme, au milieu de sa vie, lorsqu’elle subit l’étiolement injuste de ses charmes ; c’est là le caractère si envoûtant de la « seconde beauté », dont tout le prix tient à sa précarité, de même que le soleil couchant est infiniment plus beau que les assommants rayons de midi. C’est à cet âge que la femme peut aimer vraiment, quand son désir de l’homme commence par être habité par le désespoir ; et pour l’homme, c’est alors une douce revanche, après toutes les vexations que lui ont causées dans sa jeunesse les jolies jeunes femmes qui sont des monstres d’égoïsme et de vanité.

Brider la niaiserie et la vanité des jolies jeunes femmes a de tout temps été un problème difficile. Quand les médiations institutionnelles tenaient toujours debout, et qu’il était encore envisageable de canaliser par ce biais les pulsions les plus destructrices en marge de la réalité, contenir la stupidité et l’arrogance des jolies jeunes filles était certes pénible, mais tout à fait possible en pratique. Ces cocottes pouvaient même dans certains cas devenir des femmes. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Notre époque signe le triomphe - en même temps que la chute burlesque - de la petite reine, ce personnage à lulus avide de reconnaissance, de gloriole et de paternité de substitution.

D’un de ses personnages les plus cyniques, l’éditeur parisien Stéphane Brouffe, Roy écrit :

Depuis son second divorce, il avait eu quelques maîtresses dont il s’était lassé rapidement. Cela lui avait donné le loisir d’étudier le vice commun à ces drôlesses souhaitant se faire entretenir par des hommes comme lui, qui auraient pu être leurs papas, plutôt que de sortir avec des garçons de leur âge. C’était le vice de la paresse.

Et Roy de poursuivre, un couteau entre les dents :

Incapables de quoi que ce fût d’autre que d’essayer des vêtements dans des boutiques, de parler au téléphone sur les terrasses des cafés ou de sortir dans des soirées rave, ces paresseuses n’avaient que mépris pour le travail, cette chose vaine et harassante qui ne convenait pas à leur tempérament. Aussi trouvaient-elles parfaitement naturel de se la couler douce grâce au labeur de ces hommes défraîchis, pas encore vieillards mais pas loin, à qui elles faisaient don de leur jeunesse et de leur beauté. Quel intérêt auraient-elles à partir de zéro (avec un jeune homme sans le sou) quand elles pouvaient jouir tout de suite de ce qu’elles n’auraient pu obtenir qu’au bout de trente années de pénibles efforts?

Le vice de la paresse! Comme il est partout dans L’Impudeur! Chez chacun des personnages! Et pas seulement chez les midinettes! Tous ploient le dos, semble-t-il, sous l’influence d’une torpeur inexplicable et toxique. Engourdis par la paralysie sociétale! Par le ronron routinier de la rhétorique gauchisante et gender friendly! Piqués de temps à autre, bien sûr, notamment par les commentaires sarcastiques d’un arriviste anarchisant spécialiste de Bakounine, de Bataille et de demandes de subvention. Et voici que s’échangent des coups de poing grotesques, avec cette incompétence manifeste des intellectuels pour la bagarre… Embarras devant le secrétariat, fuite rapide sous le regard semi-paternel du directeur de département… Et puis, hop! l’action repart dans un autre sens, ou laisse la place à une réflexion sur la méconnaissance amoureuse… L’Impudeur est ainsi : un roman de moeurs avec ce sens si feuilletonesque, en cascades, de l’action romanesque, tel qu’on peut le goûter dans les dernières oeuvres d’un Balzac (La cousine Bette, Le cousin Pons).

En dépit de la variété des angles sous lequel on peut lire cette oeuvre, il me semble que L’Impudeur est également la répudiation d’une paternité symbolique déficiente, et l’imposition corollaire, par le coup de force de la réussite esthétique, d’une toute nouvelle paternité qui ne doit rien d’autre qu’à la littérature. Antoine le reconnaît lui-même : ce monde-ci, qui nous a été légué, est un monde invivable ou en voie de l’être. C’est par ce recul, par cette mise à distance que d’aucuns qualifieront de désespérée (et qui pourtant est condition même de l’espérance) que le roman prend véritablement forme, sous l’égide d’une autorité qui n’a plus rien à voir avec la fausse autorité des éternels fils mis en scène dans le roman - tel un George Marguerite, archétype du professeur soixante-huitard.

Comme dans tout vrai roman, il n’y a pas de “modèles à suivre” dans L’Impudeur. La Comédie racontée figure l’autonomie, et en même temps la solitude absolue de ce monde-ci, qui est un monde que rien ne pourrait sauver. Un monde déserté par l’art et la beauté, et où la seule règle inspirant les hommes se réduit à la maxime scientifique : “rien ne se perd, rien se crée”. Autrement dit, un monde où tout le monde croit retirer de son illusion de jouissance un supplément de distinction ontologique, alors qu’en réalité il n’y a de part et d’autre que du vide et de l’aveuglement. Or, ce monde c’est le nôtre, nous rappelle Alain Roy.

Dans un pareil contexte, où les faux maîtres ont achevé de détruire le monde et d’humilier les lois naturelles de l’intelligence humaine, que faire d’autre sinon que de goûter, pour une fois, à la volupté de se dissocier d’eux et à la liberté de les confronter? Ainsi Antoine ira au micro lors d’un colloque sur l’art contemporain, pour démontrer l’absurdité de la théorie d’un obscur intellectuel de l’Université de Glasgow, qui prétendait que l’art n’avait pas à “produire d’effets esthétiques”, c’est-à-dire de la beauté. Comme nous le savons tous désormais, n’est-ce pas, la beauté est une construction, un préjugé de l’ère classique… La beauté est une fabulation réactionnaire… “Ils étaient tous habillés en noir“, commente Antoine, qui sera forcé de quitter le colloque après qu’il eut échoué à raisonner la foule des bigots post-modernes. “Ils étaient tous sérieux comme des papes“, continue-t-il, comme pour se convaincre à haute voix qu’il n’a pas halluciné, qu’il était bel et bien devant des nouveaux curés, mais des curés qui n’auraient même pas cette fois l’excuse de l’élection spirituelle… La seule vocation des nouveaux curés progressistes en effet, c’est la mort… Le culte immodéré de la mise en terre de toutes les figures humiliantes et inégalitaires de l’Histoire… L’exécution finale de l’Occident, tel que le monde libre a pu le connaître avant nous… Le début d’un temps nouveau… Un temps nouveau où plus personne ne rit et où les jeunes hommes et les jeunes femmes ont toutes les difficultés du monde, apparemment, à se rencontrer et à se toucher.

Plus profondément, Alain Roy dévoile un drame de grand échelle, celui de la jeunesse qui se retrouve sous la responsabilité d’institutions qui n’en sont pas. Voir à cet effet le passage touchant où une “jeune femme plutôt jolie au regard triste“, qui travaille comme hôtesse dans le colloque sur l’art contemporain, sort de son ennui à la suite de l’intervention d’Antoine, allant ensuite le retrouver pour lui dire combien elle était d’accord avec lui mais qu’elle n’avait jamais osé avancer ce genre d’opinion en public. Alain Roy ne nous le dit pas explicitement, mais cette difficulté pour la jeunesse de s’extirper du nouveau totalitarisme anti-normatif explique pour beaucoup la misère sexuelle ambiante, et les invraisemblables obstacles - matériels et psychiques - que les jeunes gens d’aujourd’hui ne cessent de poser entre eux à mesure qu’on tente de leur graver dans la cervelle “qu’il n’y a plus d’interdit”. Plus tout le monde se dénude, plus les coeurs se ferment. N’étant plus le relais d’aucun volupté, les coeurs ne s’échauffent plus : ils pompent le sang, un point c’est tout. Et comme tous les tuyaux où il n’est question que de plomberie, ils finissent par rouiller.

On ne peut pas demander aux jeunes d’affirmer leur hypothétique “souveraineté” à un âge pareil. Une fois à l’université, ils font confiance à l’institution et ils prennent le moule qu’on leur donne ; que voulez-vous qu’ils fassent d’autre? La liberté critique, le rire oblique de l’ironie, le style tranchant ne concernent qu’une infime minorité d’esprits. La majorité des jeunes demandent autre chose à l’institution : un savoir vivre qui fera d’eux, une fois lancés dans la jungle de la réalité, des adultes forts qui ne seront pas complètement démunis face à l’adversité. Un savoir vivre, à tout le moins, qui leur permettra de sauver leur dignité, d’échapper à l’avilissement, de mener sans tambour ni trompette l’existence la meilleure possible : la plus douce, la plus profonde, la plus sensée. C’est exactement l’inverse qui se produit. Le “moule” proposé à ces jeunes, - car bien qu’il s’agisse de subversion déconstructionniste, ce n’est encore qu’un moule parmi d’autres - est un moule qui leur enseigne à vivre l’existence la plus chaotique, la plus vide et la plus insensée possible.

Je me souviens d’une “conférence” chez Olivieri où un ami, qui venait de quitter l’université, s’était aventuré - à l’instar d’Antoine au colloque d’art contemporain - à critiquer Spirale, une revue fréquentée par les bigots post-modernes. Aux panélistes, il disait ne pas comprendre où voulaient en venir les collaborateurs de cette revue ; et que chaque fois qu’il lisait un de leurs textes, il était irrémédiablement déçu par la confusion délibérée qui y était entretenue. Son intervention avait provoqué un léger malaise au sein de l’auditoire, lequel fut vite combattu par les antidotes habituels. Le plus intéressant cependant était cette jeune fille et ce jeune homme derrière nous, qui avaient ensuite touché timidement l’épaule de mon ami pour lui dire combien ils étaient d’accord avec lui. Je connaissais bien ces deux jeunes gens. Je les avais fréquentés lors de mon cours de maîtrise, et tous les deux travaillaient sur des sujets de “déconstruction”, dans le langage hermétique qu’ils venaient pourtant de renier en secret lors de cette conférence.

Une voix libre s’était élevée pour dénoncer l’imposture, et les jeunes gens avaient répondu à l’appel, soulagés. Mais pour une voix libre, combien d’injonctions? De contrats de recherche échappés? De subventions mirobolantes? De chantage mondain? Ce n’est pas tout d’être libre, il faut encore vivre. Le système est tel aujourd’hui qu’il est extrêmement coûteux de s’y opposer. Donnez-moi seulement le dixième de tout le fric que peuvent recueillir de l’État tous les apparatchiks subversifs de salon, et d’ici six mois à un an vous allez vous surprendre de la soudaine popularité de la critique conservatrice chez les jeunes… Tout à coup les étudiants vont faire des thèses sur ce sujet, tourner le dos à leur ancien fétiche… Après Lacan et Derrida, ils vont se passionner pour Raymond Aron…

Notre époque, qui sacralise effrontément la jeunesse, a tout simplement oublié que la jeunesse ne demandait rien de plus que d’être orientée, dirigée et formée. Des limites, de l’autorité, de la culpabilité, ELLE EN BAVE. Elle jouirait de voir rétablie du jour au lendemain la distance entre le maître et l’étudiant, entre les aînés et les jeunes, entre les homos et les hétéros. La jeunesse s’autodétruit parce qu’elle se désespère de ne plus pouvoir sortir de la prison de l’indifférenciation où elle est maintenue par des aînés qui n’en sont pas, à la tête d’institutions qui n’en sont pas, dans une réalité qui n’en est plus une.

Comme pour transposer ce drame dans la sphère privée et sexuelle, Alain Roy a composé une fin magnifiquement cruelle et poignante. Il a imaginé un théâtre de la destruction unique, où le dénommée Vanessa du Bois (qui s’appelle en réalité Vanessa Lirette…) termine son parcours de romancière exhibitionniste dans une chambre d’hôtel à Paris, partagée entre ses petits amis pédés et mondains d’un côté, et nul autre que George Marguerite de l’autre. Débarqué en catastrophe de Montréal pour lui déclarer un “amour pur”, George Marguerite, qui sent la fin approcher, est bien décidé à racheter son ancienne vie, faite de conquêtes viles et faciles auprès d’étudiantes sans relief. Il arrivera dans la chambre de Vanessa, au moment même où celle-ci, étendue sur son lit, est en train de cuver dans un désespoir complet son échec amoureux et existentiel.

Quand il pénétra dans la chambre du Ritz, Vanessa était assise dans son lit, la tête penchée de côté, les deux mains délicatement posées sur la petite bosse de son ventre. Plongée dans un état de rêverie, elle n’avait pas remarqué son entrée. Marguerite s’avança en silence, le souffle court, la bouche entrouverte. Il était dévasté. Jamais il n’avait rien vu d’aussi beau. Ce tableau de la jeune femme enceinte rêvassant surpassait toutes les Madones de Raphäel. Il tomba à genoux au pied du lit.

Ici Alain Roy touche au sublime. Quelle claque! Quelle violence lancée contre l’illusion romantique! Quelle victoire suprême de l’art! Quel triomphe de la lucidité, de la séparation, de la souveraineté romanesques! Alain Roy avec ce George Marguerite dérisoire, qui s’autoflagelle, enseignant déchu, aux pieds du lit d’une catin, fait écho à l’humiliation du Swann de Proust devant Odette… L’esthète leurré par sa compétence théorique, l’esthète trompé par sa fausse expérience, par la croyance renouvelée en la fusion avec la femme fantasmée : c’est une véritable mine d’or pour le romancier qui sait y faire… L’artiste raté soudain démasqué par l’artiste véritable…

L’Impudeur d’Alain Roy est une oeuvre exceptionnelle.

Tunnel

Secretaire

Dans quel monde étrange vivons-nous : même les secrétaires veulent être “originales” et “reconnues”. Les secrétaires, donc, ne veulent plus être des secrétaires. Elles sont désormais “cogestionnaires responsables de dossiers”, ce qui fait d’elles de remarquables “commis de bureau” et d’indispensables “adjointes administratives”. Faudra-t-il trouver des nouvelles secrétaires pour les anciennes secrétaires, pour que quelqu’un, quelque part dans la hiérarchie, s’occupe enfin de faire le boulot?

La propagande de l’époque sur les “rôles traditionnels des femmes” est vraiment fascinante. Cette époque qui prétend combattre tous les stéréotypes réduit les femmes d’avant la révolution libertaire et féministe au mieux à un statut de femmes soumises malgré elles, au pire à un statut de petites sottes ignorantes.

C’est méconnaître profondément ce qu’était la réalité des femmes. Dans le monde dit “patriarcal” (lui-même plus ou moins une fiction depuis de nombreuses décennies), les femmes, qu’elles fussent maîtresses des finances à la maison ou secrétaires d’un patron dans une grande entreprise, ont toujours mené les hommes par le bout du nez. La vanité du pouvoir est une vanité virile, les femmes d’autrefois l’avaient compris : pendant que les hommes paradaient comme des paons dans les sphères de l’économie et de la politique, et qu’ils concouraient tous - à travers tirades, palabres et intrigues - à devenir les rois du monde, les femmes ricanaient en marge et manoeuvraient à leur aise. Les décisions du Parlement ou du conseil d’administration étaient toujours sujettes à des remaniements dans la chambre à coucher ou au bordel.

Les femmes du monde historique obtenaient ce qu’elles voulaient des hommes. Les femmes d’aujourd’hui, convaincues pourtant d’être les premières affranchies de l’histoire de l’humanité, ont quant à elles toutes les difficultés du monde à se faire faire un enfant ou à obtenir d’un homme qu’il accepte de les marier. Elles sont seules et pleines de ressentiment. Les hommes qui se risquent encore à les draguer ou à les toucher sont de plus en plus rares, pour ne pas dire inexistants. La vie est dure et sans frivolité. Et il faudra beaucoup, beaucoup de Botox pour cacher toute cette amertume.

Elles se croient au firmament de l’émancipation et du bonheur, alors qu’il n’en est rien : elles sont plutôt les victimes d’un mauvais calcul, qui a fait passer la réalité du désir derrière la séduction de l’idéologie. Avec les résultats que l’on sait : des femmes tourmentées en viennent aujourd’hui à réclamer toutes sortes de “reconnaissances” pour compenser le vide de leur existence.

Adjointes administratives et cogestionnaires responsables de dossier avec pouvoir décisionnel, donc.

C’est noté?

UQAM

Groupe de recherche sur les espaces festifs (GREF) :

http://www.geo.uqam.ca/recherche/gref_f4.htm

 

Je suis consterné.

Theatre

Un “outil de conscientisation“, c’est ce que devient l’art en régime techno-progressiste, la rééducation devant répondre aux impératifs managériaux de la ”culture des résultats”.

Tout le monde en a marre des classiques, il faut dire. On les achève à coup de “relecture” toutes plus débilitantes les unes que les autres, question de bien s’assurer d’éliminer dans les consciences tout élément de comparaison humiliant pour les productions actuelles. Que peut Shakespeare devant la cyberintimidation? Que peut dire Molière sur le multiculturalisme? Que l’on fasse enfin entrer que de l’art-jeunesse dans les écoles et qu’on en finisse avec l’élitisme de la “haute culture”. Que “l’éducation à la différence” commence! Dans le respect le plus complet! Le silence! La soumission! En l’absence de tout témoin gênant!

Nathalie Collard, dans son éditorial sur “Les rejets”, évoquait les “livres, les voyages, le cinéma” pour “éduquer à la différence“. Au fond, elle en appelait au département Espace Culture du régime pour assurer la convivialité d’une opération de rééducation.

L’art-jeunesse est au coeur d’Espace Culture. Le Québec étant lyrique depuis 1534, Espace Culture, n’en doutez pas, s’arrangera pour que le Québec reste lyrique, c’est-à-dire infantile, pour au moins les quatre prochains siècles. À défaut de savoir parler la langue des adultes non-lyriques, le Québec “sait parler la langue de ces éternels incompris que sont les ados“, pour aborder notamment ces mystérieux problèmes que sont “la vie, la mort, le sens, la mort, le cul“.

“La vie, la mort, le sens, la mort, le cul”… Cet enchaînement de lieux communs sonne tout particulièrement creux avec le dernier mot, “le cul”, qui vient en quelque sorte révéler la nature profondément anti-symbolique de la mission éducative de l’État québécois et de son Espace Culture pédagogique.

Le cul, ça fait “moderne”, dégagé, sans complexe. Ça fait québécois. En disant “le cul” plutôt que le “sexe”, on se passe d’explication. Le cul c’est le cul, pas vrai? Qu’y a-t-il à ajouter? Le cul! Rien à dire. Rien à enseigner. Rien à expliquer.

De la même façon, le “théâtre jeunesse” sert à pallier à la grave carence du système éducatif québécois, qui ne sait plus offrir que de la Technique (des ordinateurs, de la gestion de classe) et de la Communication (des groupe-classes, des psychologues) à des enfants maintenus pour cette raison dans un désoeuvrement épouvantable. À des lieues du Savoir et du Verbe. À des lieues de la vie elle-même, qui déborde non seulement de “cul”, mais de volupté, de charme, de division, d’excitation, de violence, d’affrontement.

Le “cul” sans complexe, la vulgarité “authentique” dans ces monologues où on aligne les blasphèmes pour “illustrer” la vie des jeunes participent du même désarroi pourtant dénoncé à grands renforts de pubs, de cours parascolaires, d’ateliers, de “plans d’action”…

On fait du théâtre jeunesse pour ne pas assumer la vraie littérature, comme on parle de “cul” et de proximité pour ne pas avoir à parler de volupté et de distance…

Ceci pour une raison fort simple. Dans un cas comme dans l’autre, sortir du chemin prescrit par le régime révélerait sur-le-champ l’immense misère morale, intellectuelle (et sexuelle) qui constitue l’inspiration, hélas, du programme d’enseignement actuel. Et la culpabilité de tous dans la mort psychique de ces jeunes que l’on dit “comprendre” et vouloir “sauver” alors qu’on les envoie en réalité chaque jour un peu plus à l’abattoir.

Une simple note pour ceux d’entre vous qui, depuis quelques semaines, me demandent des nouvelles de mon livre, L’État québécois et le carnaval de la décadence. Je vous demande en retour un peu de patience, car ça ne saurait tarder maintenant. J’ai les épreuves sous les yeux, et elles sont en cours d’approbation. Le processus suit son cours. L’impression est proche.

Le livre sera disponible dans quelques points de vente bien connus des lettrés à Montréal, ou par Internet pour les lecteurs plus éloignés. Plus d’informations seront publiées sur L’Intelligence conséquente le moment venu.

Je préfère ne pas donner de date, puisque je m’étais déjà avancé pour le mois de mars sans réussir à respecter l’échéancier. J’ai dû en outre retarder la production en raison de l’intérêt manifesté par un éditeur, mais les négociations ont échoué. Quoi qu’il en soit, c’est pour bientôt. Très bientôt.

Vous pouvez d’ici là réserver une copie en m’écrivant à contact@carlbergeron.com. Le tirage sera limité.

Extrait de l’éditorial d’aujourd’hui de Nathalie Collard sur la “cyberintimidation”.

Ceux et celles qui n’ont pas d’enfants l’ignorent ou l’ont peut-être oublié: ces petits chéris peuvent être très méchants. Rien ne leur échappe. Le zézaiement d’un gamin, les dents croches de la maîtresse, la nervosité d’un élève à prendre la parole devant la classe. Plus l’autre est «différent», plus il représente une victime de choix. À l’école, et malgré le travail des enseignants, la différence n’est pas toujours bien acceptée. À l’âge où ils construisent leur estime d’eux-mêmes, les jeunes peuvent être d’un conformisme tyrannique.

Que peuvent faire les écoles face à ce fléau? La grande majorité se dit démunie. On comprend. C’est une chose de gérer les petits conflits entre élèves (et bien des classes ont mis en place des processus de médiation pour gérer la dispute) mais face aux tentacules de l’Internet, on perd le contrôle. Il serait illusoire de croire qu’on puisse éliminer la cyberintimidation, mais il est tout de même permis d’espérer qu’avec un soutien, les écoles pourront à tout le moins limiter les dégâts. Le très attendu Plan contre la violence qui doit être annoncé sous peu par la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, permettra sans doute la création de programmes semblables à celui de l’école Sainte-Germaine-Cousin, où avait lieu la conférence de presse de la CSQ. La directrice de cet établissement a mis sur pied un processus de médiation: deux élèves ont été choisies pour arbitrer les conflits entre leurs camarades. On a également organisé des jeux de rôle, pour que chaque élève puisse se mettre dans la peau d’une victime. Et ça donne des résultats. C’est ce genre d’approche, taillée sur mesure pour la clientèle d’une école, qu’il faut privilégier.

(…)

Les parents ont un autre devoir: celui d’éduquer leurs enfants à la différence. Une tâche délicate qui peut être facilitée par de nombreux outils culturels: livres, voyages, cinéma. Belle coïncidence, au moment même où la CSQ parle de cyberintimidation, le film Ben X sort sur nos écrans. L’histoire de ce jeune autiste victime de l’intimidation de ses pairs devrait être présentée dans les écoles québécoises, question de montrer aux élèves tout le mal qui peut être fait.

Premièrement, je n’ai pas d’enfant et je n’ai jamais oublié à quel point les enfants sont de sales petits pervers. S’il m’arrive de céder quelques secondes devant le charme d’un poupon, je prends soin de me rappeler ce jour d’été de 1988 quand, à l’âge de huit ans, frappé par la grâce enfantine, j’avais eu l’idée de génie de concocter une “soupe au WD-40 et à la ciboulette” à l’attention d’un “ami” du voisinage. Une soupe pleine de “féérie” toute juvénile, que cet ami a eu - Dieu merci - le bon sens de refuser. Sans quoi j’aurais passé toute ma jeunesse à la DPJ, et probablement toute ma vie avec un mort sur la conscience…

Tout ça pour dire que la plupart des adultes oublient l’effrayant abîme qui est constitutif de la réalité de l’enfance, un abîme d’indifférenciation et de meurtre duquel il est du devoir de la société civilisée de délivrer l’enfant. Deux minutes auparavant, l’enfant est adorable, et puis en un clin d’oeil il se transforme en véritable monstre. Il n’y a pas d’incohérence ou de “problème de personnalité” dans cette vérité si coutumière. L’enfance est un enfer, et notre société est bien la première dans l’histoire à trouver désirable d’y rester le plus longtemps possible.

“L’éducation à la différence” n’a rien à y voir : comme si les enfants étaient nés “intolérants” plutôt que simplement méchants… (Les enfants ne vivent pas la réalité de la “différence”, même devant un petit gros ou un gamin avec des broches. ”Enfants”, ils sont tous pareils : c’est bien là leur drame. De la même façon, ce n’est pas leur “conformisme” qui est cause de tyrannie, mais leur absence de normes, de repères : d’éducation.) Ce qui se vit à travers le massacre d’un souffre-douleur nous ramène plutôt à la réalité de la meute. Nul besoin “d’éducation à la différence” et de “management de l’altérité” pour dire à l’enfant ce que nos grand-mères analphabètes savaient pourtant d’instinct, et qui relève du savoir-vivre le plus élémentaire. “Tu ne tabasseras point ton prochain”, ça ne vous dit rien? Si, si : le christianisme… De fait, la vraie profondeur de la “morale judéo-chrétienne” (dans son sens le plus théologique), c’était exactement cela : sortir l’homme de la meute. Faire oeuvre de civilisation. Et rappeler que le lynchage n’est pas une méthode d’accès à la connaissance et à la vérité.

Nos sociétés “post-modernes” sont confrontées à ce paradoxe : d’un côté, elles disposent de moyens matériels et financiers faramineux ; et de l’autre, jamais elles n’ont semblées si démunies face à l’enfance et à la jeunesse, ainsi qu’à la demande existentielle que celles-ci leur adresse. De quel désarroi inouï, de quelle faillite anthropologique sont nés ces “processus de médiation“, qui demandent aux élèves de ”gérer leurs conflits” entre eux, sans l’intervention d’un adulte? Évidemment, les techno-progressistes se convainquent qu’ils apprennent ainsi aux jeunes à se responsabiliser. Une pantalonnade honteuse. Le propre de l’enfant est de ne pas savoir ce qu’il fait ni ce qu’il dit : comment pourrait-il être en mesure d’arbitrer les conflits de ses “camarades”?

Mais l’école n’est plus un lieu d’éducation, c’est-à-dire un lieu d’autorité et de connaissance, où les enfants viendraient se former au contact de la société et de ses représentants institués. La novlangue managériale y est entrée. D’ailleurs, Nathalie Collard n’hésite pas à parler d’une “clientèle” pour désigner les “écoliers”, “d’estime de soi”, de “gestion des conflits”, etc. - tous des termes sortis tout droit du monstre managérial. Qu’est-ce que cela a à voir avec l’éducation? Rien du tout. Là, d’ailleurs, n’est pas le point. Il est d’abord et avant tout question de rééducation. De techno-progressisme (management + bons sentiments). D’éducation à la différence

Mme Collard parle du “Plan contre la violence” de Michelle Courchesne comme s’il s’agissait d’un document au contenu imprévisible (”Le très attendu Plan contre la violence”). On sait déjà pourtant ce qu’il contiendra : “gestion des conflits”, résolution “ab initio” de toutes les divisions, indifférenciation forcée entre les sexes, psychologisation démentielle des moindres facettes de l’existence, moraline multiculturelle, tolérance féérique, etc. On sait tout ça. Tout, tout, tout. Et si on le sait c’est que le Gouvernement ne parle qu’une langue : la novlangue managériale, une langue d’ailleurs partagée par un nombre croissants d’éditorialistes et de journalistes.

 

À lire : La castration transversale et La nationalisation de l’enfance, L’Intelligence conséquente, 12 février et 29 février 2008.

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