mai 2008


Universite-Etat

Série d’articles sur la “nouvelle famille d’accueil” dans Le Devoir de ce matin, signée “Louise-Maude Rioux Soucy”, où l’on apprend notamment que l’État ne rechigne pas à refiler des enfants abandonnés à des couples homosexuels. Une nouvelle orientation - si l’on me passe le calembour - due, on s’en doute, à une infiltration universitaire ciblée.

Il y a deux ans, un certain Bill Ryan, de l’École de service social de l’université McGill, a été appelé à donner la formation rééducatrice nécessaire aux fonctionnaires des centres jeunesse pour accueillir la nouvelle réalité : “Je ne dirais pas qu’ils avaient des inquiétudes, mais ils avaient certainement beaucoup d’interrogations puisque cette question n’est pas abordée dans leur formation. Or, toutes les recherches indiquent que les familles de même sexe sont en fait des familles comme les autres puisque les capacités parentales ne relèvent pas de l’orientation sexuelle, mais bien des valeurs et des habiletés de chacun.

Amen, Bill. Voilà ce qu’on appelle un chapelet récité sans faille, en droite ligne avec l’orthodoxie techno-progressiste. Rien n’est fixe, rien n’est prédéterminé ; tout est un construit social ; l’ordre symbolique est une chimère ; la différence sexuelle est un préjugé sexiste ; tels sont les nouveaux commandements pieux proférés par les apparatchiks du régime. Encore faut-il appliquer concrètement ces commandements sur les masses sans défense.

Ainsi n’est-on pas étonné d’apprendre que Ryan, un spécialiste de “l’homophobie” et de la “bisexualité”, siège au Conseil de la famille et de l’enfance du Gouvernement du Québec. La composition de l’équipe du Conseil mérite par ailleurs un commentaire plus élargi. En effet, Bill Ryan n’est pas le seul, semble-t-il, à avoir compris l’intérêt de s’impliquer dans cet organisme aux ressources financières et technocratiques considérables.

Sur une douzaine de membres, on compte en effet des représentants de plusieurs lobbys victimaires, dont au moins deux fonctionnaires syndicaux spécialistes de “l’équité salariale” ; une conseillère municipale attitrée à la “condition féminine” ; deux militants antiracistes ; ainsi qu’une missionnaire des questions autochtones.

Les intervenants des centres jeunesse rééduqués par le Conseil de l’enfance, lui-même infiltré par des idéologues formés dans l’enfer bétonné de l’Université techno-progressiste, sont donc amenés à courtiser des “familles atypiques”. On comprend, à la vue de la composition de l’équipe du Conseil, pourquoi “la diversité culturelle” est également invoquée, avec l’orientation sexuelle, comme l’un des nouveaux critères auxquels les intervenants doivent se référer pour évaluer les familles. Au-delà de l’intérêt réel de l’enfant, dont se fout éperdument le Conseil à la suite de toute l’État techno-progressiste, il s’agit en effet d’appliquer le Programme idéologique à la lettre. Point barre.

Le Devoir, dont le rôle - comme tous les autres médias traditionnels d’aujourd’hui - consiste à embrumer la réalité plutôt qu’à la révéler, nous présente évidemment un portrait pastoral de la “nouvelle réalité atypique” des “familles d’accueil ouvertes d’esprit”. Comble de l’arrogance idéologique, on nous impose la photo répugnante d’un petit garçon se baladant main dans la main avec ses deux nouveaux parents adoptifs, des lesbiennes.

Un cas est cité dans l’article, celui de deux lesbiennes ayant fondé une famille avec l’aide de l’Université-État. “On n’a jamais senti de réticences de la part des centres jeunesse ou de nos proches, disent-elles. Au début, notre fille a mis quelques limites. Au parc Lafontaine, c’était ‘cool’ de s’afficher, mais pas à l’école. Les gars, qui étaient plus vieux, n’ont jamais rien trouvé à redire.

Quand ce sont les enfants qui doivent mettre des limites aux adultes, on comprend en effet qu’on se trouve sur un “terrain familial atypique” où l’inversion a force de loi. Un beau cas de psychose, en somme. Le couple, d’après l’article, susciterait “encore une certaine curiosité chez les amis de ses enfants, mais toujours dans un sens positif“. On nous cite, sur un ton sympathique, les deux lesbiennes en plein délire : “Ils s’imaginent qu’on est plus ouvertes que les autres couples parce qu’on est gaies. Ils nous parlent donc très ouvertement de leurs histoires d’amour et de leur sexualité, c’est très rafraîchissant.

Très rafraîchissant, que des enfants d’une autre famille viennent raconter leurs histoires intimes à des “parents” de même sexe ? Mais bien sûr ! Alors quoi ? Qu’est-ce que vous avez ? Un malaise peut-être ? Vous n’êtes pas confortable ? Vos préjugés vous étouffent ? C’est que vous avez une mauvaise perception de la réalité.

Car il n’y a aucun indice de crise dans le fait que l’État refile des enfants à des couples homosexuels, se posant en agent négateur de l’ordre symbolique et différentiel qui a construit l’Occident depuis le Moyen Âge. Aucun, voyons.

Aucun.

 

Bonpoint

Cahier Vacances/Voyage, La Presse, samedi le 31 mai, p. 14 :

MONTMAGNY COURTISE LE TOURISME GAI

Sylvain Fournier

Le Soleil

Montmagny - L’association Gai Côte-Sud sollicite présentement les commerçants de la région de Montmagny afin qu’ils adhèrent au mouvement Gay Friendly, démontrant ainsi que la clientèle homosexuelle est la bienvenue dans leur établissement.

Déjà, 40 commerces ont accepté l’invitation qui vise à attirer la clientèle touristique gaie dans la Côte-du-Sud et à lutter contre la discrimination. “Au Québec seulement, la clientèle touristique homosexuelle représente un marché évalué à 20 milliards”, a ditle président de l’association Gai Côte-Sud, Tony d’Amours.

Le 17 mai 2007, lors de la Journée nationale contre l’homophobie, le conseil de Montmagny a signé une déclaration de lutte contre l’homophobie. C’est dans cet esprit que l’association Gai Côte-Sud a voulu s’associer à l’Office du tourisme afin de mener une campagne promotionnelle auprès de la clientèle gaie. La Côte-du-Sud sera ainsi bien en vue cet été dans les revues et les journaux du quartier gai de Montréal.

M. D’Amours souhaite faire adhérer 75 commerces qui paieront 25$ par an pour afficher l’autocollant aux couleurs de l’arc-en-ciel. Les commerces membres seront identifiés sur le site internet de Gai Côte-Sud et seront recommandés par l’association, qui se réserve cependant le droit de retirer ce privilège si une plainte s’avérait fondée.

“On veut dire aux gais et lesbiennes qu’on est bien à Montmagny, qu’il y a pas de discrimination à leur endroit et que la région est superbe à visiter”, dit M. D’Amours, qui dirige un commerce de coiffure à Montmagny avec son conjoint, Jean-Louis Morin. Le couple fut l’un des premiers à se marier, il y a deux ans.

L’association Gai Côte-Sud est un organisme à but non lucratif qui dessert un territoire entre Montmagny et Rivière-du-Loup. Elle compte environ 70 membres.

 

Une association d’à peine 70 membres a donc réussi à faire signer une “déclaration contre l’homophobie” au conseil municipal. C’est ce qui s’appelle un chantage efficace. D’ailleurs, le titre retenu est mensonger : ce n’est pas “Montmagny” qui courtise le tourisme ”gai”, mais bien “une association de Montmagny”.

Remarquez la logique de cette “association” : nous avons de l’argent ; nous sommes organisés ; nous connaissons la charte des droits ; et nous allons aller là où nous sommes les mieux “accommodés”. “Accommodés” non pas dans un cadre libre, où des individus de sens commun se parleraient avec franchise, mais accommodés par suite d’un chantage.

Qu’il ne soit pas dans les moeurs de Montmagny de s’afficher en public comme homosexuel ne semble pas perturber outre mesure nos lobbyistes victimaires ; au contraire, ça excite leur fibre activiste. Leur seule motivation relève du ressentiment, tandis que leur seule volupté réside dans l’idée de faire plier tout le monde au nom de leurs principes faussement vertueux. Car contrairement à ce que ces activistes de la Vertu prétendent, il s’agit d’étiqueter non pas les “gay friendly”, mais les “gay unfriendly”, aisément repérables par le refus qu’ils auront opposé à leur demande d’afficher le drapeau de propagande. Le petit drapeau arc-en-ciel sert d’abord et avant tout à identifier ceux qui n’appartiennent pas encore au clan, et à canaliser les énergies militantes en ce sens.

Toute l’action du militantisme homosexuel (comme bien d’autres militantismes de type égalitaire, qu’il s’agisse d’ethnies, d’handicapés, d’obèses, de femmes) repose sur la mauvaise foi. La stricte mauvaise foi.

Le crime de nos sociétés, à travers l’adoption très récente des chartes des droits, a été de rendre cette mauvaise foi légitime. On en paie aujourd’hui le prix.

Ambiguite

La propagande continue, et elle va s’amplifier intensivement dans les 5-10 prochaines années. La propagande autour du “métissage culturel” et de “l’hybridité identitaire” ayant fait son oeuvre, le succès est total, de telle sorte que chaque citoyen du nouveau peuple se dit convaincu que la diversité ethnique est une idée neuve en Occident. C’est le génie de la propagande : le mot crée la chose. Si l’on parle pour la première fois de “métissage culturel”, c’est que ça doit être nouveau, le passé n’étant rien d’autre qu’une Grande Noirceur d’homogénéité et de “refus de l’Autre”.

Alors que dans les faits, loin de permettre l’expression de la différence, notre époque l’anéantit. Comme la “citoyenneté”, qui a été célébrée avec furie ces dernières années, et employée dans tous les contextes, la “différence” ne sert plus que de fétiche à nos barbares anthropophages. Nos contemporains exhibent la “différence” et la “citoyenneté” comme les barbares jadis se paraient de la peau et des bijoux de leurs victimes.

Le propre du “métissage” culturel et des apparatchiks qui s’en font les défenseurs est de “déconstruire” les sédiments d’une culture dans une perspective racialiste. Plus ces imbéciles voient de noms d’ethnies sur leur tableau Excel, plus ils sont contents, et plus ils se flattent de vivre dans une société “bio-diversifiée”. Sans voir, bien sûr, qu’ils nous ramènent ainsi - sans que personne ne s’en indigne vraiment - à l’archaïsme pré-moderne des sociétés tribales.

Le même raisonnement inspire la propagande nouvelle autour de l’identité sexuelle. J’ai prédit, dans mon billet précédent, que dans une quinzaine d’années une Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences sexuelles serait créée par le gouvernement pour “gérer” le “malaise identitaire” de la majorité “hétérosexuelle d’origine canadienne-française”. Ce n’est pas de la frime, j’étais sérieux. Je suis fermement convaincu qu’on nous demandera de “gérer la diversité sexuelle” de la même manière qu’on nous demande maintenant de “gérer la diversité culturelle”. Donc en nous sommant d’avouer que la majorité structurelle, avec ses fondations anthropologiques, son expérience historique, n’est plus garante de l’expression de la “différence” dans la société.

L’essentiel de la propagande sur l’identité sexuelle consiste en ceci : les “transgenres” sont l’incarnation d’une “différence” authentique que la société refoule. Le but étant de saper le principe structurant de la différence sexuelle, qui est pourtant à lui seul la garantie de l’expression de la différence. Autrement dit, une minorité de petits pervers cherchent à faire plier la majorité par un chantage victimaire continu (et subventionné).

Comme dans le cas du fameux ”métissage culturel”, le “métissage sexuel” à venir se nourrira en réalité d’une volonté nihiliste d’indifférenciation radicale. Quiconque vit les yeux ouverts à Montréal se rend parfaitement compte que le “métissage” avec lequel on nous bourre le crâne est de la pure foutaise : le Montréalais lucide n’est pas témoin du spectacle émouvant du choc des différences et de leur enrichissement mutuel, mais du spectacle attristant d’un agrégat de subjectivités superficielles, braquant leur “différence ethnique” comme autant de palliatifs à des ressorts institutionnels et symboliques disparus.

Ce sera la même chose avec la supposée “diversité sexuelle”, qui nous imposera des petits pervers de salon dans le métro (c’est déjà commencé, j’en ai croisé quelques-uns), les autobus, à l’Université et au travail. Et on parlera le plus sérieusement du monde d’un “métissage”, d’une “évolution” et d’un “progrès” sur l’obscurantisme hétérosexuel de la différence anthropologique entre hommes et femmes.

Il sera d’autant plus difficile de s’opposer à ce nouveau “progrès” que la Charte des droits aura été amendée - à la suggestion de Bouchard-Taylor 15 ans plus tôt - pour interdire “l’incitation publique à la discrimination”. Entre-temps, les garderies, les écoles et les universités auront eu le temps de fabriquer de toutes pièces un nouveau peuple majoritaire, obsédé paradoxalement par la question “minoritaire” - qui supplantera sans grand effort l’ancien peuple majoritaire, devenu minoritaire. Vous me suivez ?

Peu importe. Vous aurez amplement le temps de méditer ces questions dans les prochaines années. Les choses deviendront plus claires, assurément.

Troisieme

Le Système a une santé excellente. Son embonpoint est celui des bien portants. Un peu de diabète, de la raideur dans les muscles (on le voit aux sondages, où le PLQ est en avance), mais sinon ça va. Les cartilages sont intacts, la machine est huilée, enfin la routine a repris ses droits. Bouchard et Taylor ne sont même pas encore partis pour leurs chalets dans les Cantons de l’Est que d’autres apparatchiks veillent déjà au grain…

Les noms changent, mais les sarraus restent les mêmes. Voyez, le 26 mai dernier, il y avait un colloque techno-progressiste à l’Université de Sherbrooke. Sur le programme, des acronymes inconnus du contribuable… SVR-IRSC ! FQRSC ! SoDRUS ! En somme : de l’argent public. Des impôts. Redistribués de façon équitable comme on dit. Tandis que sous les acronymes, on retrouve des signatures, beaucoup de signatures… Des professeurs adjoints, des professeurs titulaires, des titulaires de recherche, des post-doctorants… Eux aussi payés par l’État pour remplir le programme du colloque.

L’État, par l’État, pour l’État.

Et de quoi était-il question à ce colloque, intitulé “Sexualité et démocratie” ? Le vaillant Albert Bérubé, de La Tribune (Sherbrooke), a fait ce travail pour nous. Pauvre Albert. Qu’est-ce qu’il a fait pour mériter ça ? Le voici dépêché à l’Université de Sherbrooke pour entendre Laure Murat, “professeure (sic) de la University of California à Los Angeles”, lui expliquer que le “troisième sexe” existe, et qu’il est celui qui “défierait la loi du genre masculin ou féminin”.

Où se situent ces gens dans leur orientation sexuelle ? Homosexuels, invertis, transexuels, intersexués, ou travestis, ils refusent une forme de conformisme sexuel qui ne les attire pas, et ce sont pour les autres des gens “bizarres, étranges, en dehors des normes”, explique Mme Murat.

Pauvre, pauvre Albert. Combien d’années avant la retraite ? Merde, Albert, j’aurais bien voulu te voir la face quand la rédactrice en chef t’a dit : “Mon cher Albert, tu vas aller nous couvrir un colloque à l’Université” — “Un colloque de quoi ?” — “Tut-tut. On ne dit pas un colloque de, Albert, mais un colloque sur. Ce n’est pas la première fois que je relève cette faute, et la prochaine fois je risque de me fâcher… — “C’est vrai…” — “C’est donc un colloque sur la diversité, mon Albert, un colloque sur la richesse de la différence, un grand dialogue sur la diversité sexuelle…” — “Diversité sexuelle ?” — “400 mots d’ici demain 13h.”

C’est du sérieux, “Sexualité et démocratie“. Ça l’air de rien comme ça, mais le colloque est parrainé par la Faculté de droit. Son organisatrice est Marie-France Bureau, prof depuis 2007. Elle est de cette nouvelle génération de juristes : décomplexés, désenclavés, émancipés de leur domaine, “ouverts sur le monde”… Copains-copains avec les idéologues des sciences sociales, d’anthropologie, de philosophie, de science politique… Des apparatchiks “interculturalisés” faits sur mesure pour le nouveau régime…

Toujours est-il qu’avec toute cette foutaise autour des “transgenres” et de la “troisième voie sexuelle” le vocabulaire managérial revient comme par magie, appliquant en matière d’identité sexuelle la même grille techno-progressiste qu’en matière d’immigration. Ce qui est assez intéressant, il faut l’avouer. Ainsi, il y a une “majorité” et des “minorités” ; des “frontières” et des “étrangers” ; des “esprits homogènes” et des “esprits hybrides” ; de la “fermeture” et de “l’ouverture” ; de la “méfiance” et de la “tolérance”. Il y a donc - mes salutations au petit bonhomme D. - des “réactionnaires” et des progressistes. Comme toujours.

C’est la même chose, exactement. D’un côté, une majorité de contribuables, de l’autre une minorité d’apparatchiks. D’un côté, quelqu’un qui paie ; de l’autre, quelqu’un qui encaisse. Le premier payant le second pour se faire raconter combien il est ringard, coincé et parfaitement débile… Et surtout pour se faire dire qu’il n’a pas les compétences requises pour la “délibération éthique” ; c’est pourquoi il a besoin des apparatchiks savants, qui savent, eux, l’essentiel plus que quiconque, à savoir que la “troisième voie sexuelle” constitue le pilier du nouveau régime pluralistique. Les travelos en tant que nouvelle chance pour la tolérance…

Dans la présentation du colloque, il est écrit :

L’idée de démocratie sexuelle et notamment l’idée d’égalité entre les hommes et les femmes est souvent mise de l’avant par les États occidentaux comme représentant une valeur fondamentale de «nos sociétés» comme en témoignent les discours récents des politiciens au Québec comme en Europe. Dans ce contexte, on voit aisément la difficulté de traiter de questions telles que port du hidjab, la polygamie ou l’éducation religieuse des jeunes filles sans tomber dans une forme de post-colonialisme. La démocratie sexuelle a le potentiel d’opérer des frontières entre ceux qui adhèrent au modèle libéral et les «autres», les musulmans, les africains etc… qui refusent de se plier au nouvel ordre sexuel.

Je goûte beaucoup ces guillemets mis à “nos sociétés” ; on voit tout de suite où se situent les responsables du colloque. Ce sont “nos sociétés”, mais en même temps elles ne le sont pas ; ce sont “celles” de “celui” qui voudra bien s’en réclamer. Bref, on est sur du solide. L’absolutisme relativiste des apparatchiks leur interdit jusqu’à l’enracinement de leur pensée - ce qui est tout le contraire de la liberté d’esprit.

Il faut lire le programme du colloque, ça en vaut le coup. Retenez les noms, vous risquez de les retrouver dans une quinzaine d’années sur le comité-conseil de je ne sais quelle Commission de consultation sur les accommodements, créée à l’improviste au milieu d’une crise de la “gestion de la diversité sexuelle”. Face à la montée du nouveau peuple intersexué, une bourgade beauceronne adoptera un Code de vie qui interdira la sodomie et le travestissement sur son territoire, entraînant la panique chez les élites québécoises. On imagine alors aisément Jean Charest, vieillard toujours au pouvoir, annoncer la nomination de “deux de nos plus grands intellectuels” - puisés dans la banque à apparatchiks - à la tête de cette Commission chargée de “gérer” le “malaise identitaire” des “Québécois hétérosexuels d’origine canadienne-française” au regard du “défi de la diversité sexuelle” … Je suis certain qu’avec un peu d’effort on pourra trouver dans l’histoire des Québécois assez d’exemples “d’homophobie” et de “malaise atavique” pour montrer que, quoi qu’on en dise, les “Québécois hétérosexuels d’origine canadienne-française” ont plus besoin des “minorités intersexuées” que l’inverse.

5M$ ? 10$M ? 15M$ pris à même nos impôts ? Tout ça pour conclure - on parie combien ? - à une “crise des perceptions” plutôt qu’à une “crise réelle”. J’entends déjà les applaudissements des éditorialistes du Devoir et de La Presse, deux quotidiens que l’on dit antagonistes en théorie, mais qui sont indifférenciés dans les faits. Comment pourrait-il en être autrement dans un pays de myopes où toutes les “crises” sont dues à des problèmes de lunettes ?

Vive le pluralisme culturel ! Vive le pluralisme sexuel !

VIVE LE PLURALISME INTÉGRAL !

Delire

 Un gros, très gros délire dans Le Devoir de ce matin, signé Joël Des Rosiers (”poète et psychiatre” - ce qui est loin d’être contradictoire). Maintenant que tout le monde accepte les prémisses de Gérard Bouchard,  ”l’un de nos plus brillants intellectuels” (dixit le petit bonhomme P.) ; maintenant qu’il est admis que le territoire national est illégitime et qu’il ne peut prétendre à rien d’autre qu’un agrégat de féodalités ethniques ; maintenant qu’on est bel et bien de retour au Moyen Âge ; voici les élites mégalos de chacune des tribus qui s’y mettent, gonflant leurs idoles jusqu’à étouffer toute possibilité de contestation.

Que les mégalos à la Des Rosiers, Laferrière, Dubourg et cie - de parfaits irresponsables - se mettent bien ça dans la cervelle : Michaëlle Jean n’est pas un modèle à suivre. Qu’elle ait un joli sourire et une certaine grâce dans le mouvement du coude lorsqu’elle porte sa tasse de thé à ses lèvres ne change rien au fait qu’elle se comporte de la plus ignoble manière avec le Québec, et que cela est inacceptable. Est-ce le modèle que nos chefs de tribu improvisés veulent pour leurs sujets ethniques ? C’est un peu comme si André Pratte devenait un icône intouchable, digne représentant de la fierté canadienne-française parce qu’il est éditorialiste en chef de La Presse. Alors que tous les actes, tous les écrits de Pratte, par conséquent TOUS LES FAITS ne peuvent que mener l’honnête homme à mépriser un pareil individu.

Passons sur l’irresponsabilité du Devoir, et de sa responsable à la page Idées, Marie-Andrée Chouinard, qui se sont abaissés une fois de plus à nourrir un lynchage public. Publier un texte aussi démagogique, un tel étalage de niaiserie mégalo et de haine anti-occidentale est déshonorant, mais semble s’inscrire dans la nouvelle philosophie de ce journal, qui privilégie l’esprit de procès à l’esprit critique.

J’entends déjà les lecteurs de L’Intelligence conséquente s’écrier, face à un spectacle aussi dégoûtant, que ”ça va arrêter un jour, ils ne pourront pas continuer ainsi tout le temps”. Vous vous trompez, lecteurs. Vous vous trompez lourdement. Ça n’arrêtera pas. La situation va empirer, parce qu’ils poussent tous dans le même sens, et que plus personne ne se voit aller. Quand de part et d’autre il n’y a plus que déclamations humanistes, pompe droit-de-l’hommiste et prose majusculaire sur le moindre titre comme Son-Excellence-la-Très-Honorable-et-Divine-Michaëlle Jean, c’est que le délire est général, et que la barbarie va nous devenir de plus en plus particulière.

Toute cette histoire a commencé dans La Presse. Évidemment. Un directeur de l’information peu scrupuleux a jugé utile, voire même d’intérêt public (et ici il faut retenir notre dentier, tant le rire est violent), de souligner la parution d’un texte de Victor-Lévy Beaulieu sur Michaëlle Jean, “La Reine-Nègre”, dans le dernier numéro de L’Aut’journal. Ce titre fait référence à l’appellation historique “les rois-nègres”, qui désignait jadis les autorités locales complices des colonisateurs.

Dany Laferrière, avec son sens coutumier du politiquement correct, a relancé le procès en signant un texte dans La Presse, où il qualifie l’intervention de VLB “d’insultante“.

Et voici qu’aujourd’hui, toute une bande de caniches, probablement excités par la posture victimaire de Laferrière, se jettent à leur tour sur VLB : la “Table ronde du mois de l’histoire des Noirs”, le “CONACOH” et la “Ligue des Noirs du Québec” ont publié un communiqué où ils demandent “solennellement à M. Victor-Lévy Beaulieu de présenter ses excuses à la Gouverneure générale, ainsi qu’à tous ceux de près ou de loin qui ont été offusqués et atteints par ses paroles disgracieuses“. Nos caniches associatifs se justifient en évoquant la “dignité de la personne” garantie par “les deux Chartes des droits, autant canadienne que québécoise” (ils connaissent leurs classiques), ainsi que le rapport de la Commission Bouchard-Taylor sur les fameux ”risques de dérapage” encourus récemment par le Québec autour des accommodements raisonnables.

On ne sait pas trop si on doit rire ou s’effarer de la grandiloquence épouvantable avec laquelle les caniches associatifs présentent leur affaire. Il faut voir comment ils parlent de Michaëlle Jean ! “Intelligente, sensible, radieuse, avec une aura qui transcende les frontières“, “suscitant l’admiration, éloges et reconnaissance de la nation canadienne“. Un aura onusien ! Un Messie multiculturel ! Descendante de “Mathieu Da Costa, homme noir, libre et polyglotte, interprète auprès des Mics Macs pour Champlain, fondateur de Québec” ! Eh bien dites donc. En voilà bien de la salive. À vrai dire, le piédestal doré sur lequel les caniches mettent leur vice-reine a moins à voir avec la fonction de gouverneur général - toute monarchique soit-elle - qu’avec une sorte de fierté ethnique aveugle, assez épaisse merci, pour ne pas dire tribale. “Son Excellence la Très Honorable Michaëlle Jean” est par ailleurs une formulation quelque peu loufoque lorsqu’employée en-dehors du protocole diplomatique. Et ici elle est employée dans le titre comme dans le contenu du communiqué.

Séduit par cet appel au lynchage, le député libéral Emmanuel Dubourg, lui-même d’origine haïtienne, en a rajouté une couche en plaidant pour “restreindre la liberté d’expression”, estimant que “Victor-Lévy Beaulieu n’avait pas le droit de s’attaquer à Michaëlle Jean, qui selon lui est “plus qu’une reine”, mais un “modèle, un modèle d’excellence”, une icône intouchable dans la communauté haïtienne”.

Intouchable. Sacrée. On comprend aisément cela en effet après avoir lu le communiqué de La Ligue des Noirs et les propos de Dany Laferrière. “Je vais voir s’il y a un vide juridique quelque part.” Bien sûr ! Allez, renifle, mon gars ! Surtout n’hésite pas ! Va voir dans les coins ! Il faut absolument combler le vide juridique ! Et ajouter un amendement aux deux chartes des droits : art. 1. point 4.9., section 2.3 : tout écrit ironisant sur la contextualisation historique d’un mot préalablement désigné comme problématique par l’Office de la surveillance de la langue doit passer par le Comité de régulation du débat citoyen. Alors ? Qu’est-ce que vous en dites ? Enfin la tolérance intégrale ! Fini les dérapages ! Le double sens ! L’ironie ! Les écarts ! Et surtout ! SURTOUT : fini les écrivains…

Selon le député communautariste Dubourg, le texte de VLB est un “appel à la violence et à la haine“. Si, si. Rien que ça. Relisez le texte de VLB et les commentaires du député communautariste et dites-moi qui est violent ? Le texte de VLB n’est PAS un appel à quoi que ce soit. Ce qui est tout le contraire de Dubourg, qui, en tant que député de l’Assemblée nationale, lance carrément un appel au lynchage juridique et institutionnel.

Appel à la haine” ! Il faut quand même le faire ! S’il y en a un qui devrait être immédiatement désavoué et démis de ses fonctions, c’est bien Dubourg. Un pareil excité n’a pas sa place à l’Assemblée nationale. Les “citoyens” doivent-ils prendre exemple sur lui et comprendre qu’il s’agit là du bon comportement à adopter à l’égard des institutions publiques ?

* * *

Ces récentes tribulations tribales autour de l’utilisation d’un mot historiquement chargé ne sont pas surprenantes. Elles sont la conséquence logique d’un monde converti à la fragmentation ethnique, où les “communautés d’origine machin” sont condamnées à partager l’espace commun sur un mode féodal et éthico-juridique. Dubourg, de même que les caniches associatifs et Laferrière, ne se sont pas exprimés à titre de Québécois mais comme “Québécois d’origine haïtienne” ; de la même manière, ils n’ont pas réagi à un texte d’un Québécois, mais à celui d’un “Québécois d’origine canadienne-française”. Voilà pour le pluralisme.

Cette controverse est typique du nouveau régime, et il est à parier qu’il y en aura de nouvelles. De nouveaux appels au lynchage médiatique et juridique seront lancés, et par des personnes de plus en plus connues et respectées, jugées jusqu’ici “raisonnables”. Les accusations porteront non pas sur les actes mais sur les pensées. Comme dans police de la pensée.

Et la police de la pensée commence toujours par la police de la langue.

Pourquoi ne pas en profiter pour lire La Tache, de Philip Roth ? L’histoire est similaire : un crétin qui ne comprend rien à la langue, obsédé par son statut historique de victime devant l’éternel, dépose une plainte pour racisme contre un prof d’université au sujet de l’emploi d’un mot “problématique” ; celui-ci perd ensuite son job et sa réputation dans toute la ville. J’imaginerais bien Laferrière prendre prétexte de ce livre brillant dans l’une de ses chroniques pour tourner en dérision ce qu’il appellerait sûrement le “puritanisme américain, type George W. Bush”. Sans voir que le puritain dans le cas qui nous occupe n’est pas l’Américain “électeur de Bush”, mais bien Dany Laferrière, M. Progressisme en personne.

Et sans voir, bien sûr, que le véritable écrivain est Philip Roth. Mais ça c’est une autre histoire.

Watching

Notre monde, qui est déserté par la véritable charité et le véritable amour, est pourtant rempli - du moins si l’on se fie à ce qu’on entend dans les médias et un peu partout - “d’empathie”, de “compassion” et de souci “humanitaire”. C’est que le droit de l’hommisme effréné de notre époque est le versant visible et renversé d’un monde infernal - le nôtre, en réalité - où les humains s’entretuent, se siphonnent, se trahissent, s’entredévorent. De tout temps, et notre époque ne fait pas exception, les hommes se sont servis des bons sentiments pour cacher leurs crimes. Si les vertueux onusiens pullulent en 2008 et agitent leurs drapeaux arc-en-ciel, ce n’est pas parce que notre civilisation triomphe… C’est parce qu’elle est en train de brûler…

Je sais que plusieurs habitués de L’Intelligence conséquente sourcillent devant mes attaques contre les écologistes. Ils disent me “suivre” sur beaucoup de sujets : le politiquement correct, Espace Culture, le théâtre poupon, l’égalitarisme maniaque… Mais l’écologie ? Pourquoi être si méfiant ? N’est-il pas vrai que la Terre se réchauffe ? Et que nous vivons dans un monde pollué ? Et ainsi de suite…

Tout d’abord, je dois préciser une chose : vous n’avez pas besoin de me “suivre” sur quoi que ce soit. Vous n’avez qu’à me lire, et c’est bien suffisant. Le reste, vos accords ou vos désaccords, ça ne me concerne pas. Deuxièmement, mettons cartes sur table, au risque d’être brutal : le réchauffement climatique et l’hypothétique fin du monde… Les algues bleues… L’Arctique et les ours polaires…  Je m’en tape. Complètement. Vous m’entendez ? Que l’humanité soit encore sur Terre dans 200 ou 300 ans est le cadet de mes soucis. M’en fous, c’est clair ? Je ne ressens aucune angoisse face à cette éventualité. Aucune. Mon angoisse, si angoisse il y a, ne naît pas du futur, mais du présent. Elle naît du constat que je fais au quotidien, sur la base des abjections que je recense ici même, même si je n’ai pas le temps de tout recenser. Ce qui se retrouve sur L’Intelligence conséquente représente, je ne sais pas, disons 6-7% de tout ce que j’entrepose dans ma cervelle…  Ces crimes, ces abjections et ces lâchetés qui ne cessent d’être faits pendant que les techno-progressistes agitent les drapeaux arc-en-ciel, voilà ce qui m’intéresse. Pendant que les écologistes professionnels agitent le spectre de l’anéantissement, tout le monde regarde ailleurs n’est-ce pas… Plus personne ne voit ce qu’il fait… Là, maintenant. Au moment où je vous parle. En 2008 !

Mesurer le niveau des océans, soigner les baleines, dépolluer les rivières, ce n’est pas mon boulot. Mon travail ne consiste pas à sauver l’humanité, mais à la regarder aller… Les choses sont ainsi… Et ce que je remarque, c’est que la formidable énergie qui se concentre autour de l’écologisme, les passions innombrables qui s’y investissent, traduisent une hantise de la durabilité du monde et de l’espèce : une hantise de la reproduction. L’humanité pose à la Terre une question qu’elle n’a pas le courage de poser directement à elle-même : pourquoi continuer ? Pourquoi se reproduire ? Avons-nous seulement encore des raisons de continuer d’exister ?

Excellente question ! Mais qui n’est jamais posée dans les bons termes… Parce que la réponse est dite d’avance, depuis toujours, et qu’elle n’est guère flatteuse pour le genre humain. Allons, pourquoi ne pas mettre fin au suspense tout de suite ? La réponse c’est NON, vous le savez aussi bien que moi…  Aucune raison de continuer ! Aucune !

Bien sûr, les problèmes environnementaux ! Bien sûr ! L’homme doit les considérer, tenter de les résoudre… Mais ce n’est pas de cela qu’il est question ici. Avant aussi il y avait des problèmes environnementaux, mais il se trouve que la perception que l’humanité en a aujourd’hui est tout à fait autre, et ne relève pas seulement de l’observation de son habitat… L’espèce investit une demande existentielle, quasi métaphysique, dans l’écologisme…

Il y a trop d’événements qui se bousculent actuellement, trop de métamorphoses anthropologiques et philosophiques, pour que l’écologie soit une préoccupation purement empirique tout à fait indépendante du contexte culturel où nous vivons. Et de fait, à lire les chroniques, ou à entendre le discours des écologistes dans les médias (depuis quelques années il n’est plus possible de les manquer), c’est justement la nature idéologique de leur préoccupation “vertueuse” pour l’environnement qui finit, avec le temps, par ressortir.

Comment voulez-vous ne parler que de plastique et de détergents verts dans tous vos textes, une ou deux fois par semaine, sur plusieurs années ? Il vient un temps, quand les lecteurs sont assez abrutis et usés par la propagande, où le propos politique doit prendre le pas, et transformer tous ces abrutis passifs en militants actifs. En électeurs paranoïdes et en zélateurs délateurs. En onusiens convaincus !

L’écologisme, disais-je un peu plus tôt, trahit une hantise de la reproduction. Et qu’observe-t-on, aujourd’hui même, alors que la reproduction humaine passe de la nature à la science ? Alors que la fécondation n’est plus un accident, ou une espèce d’épreuve mettant en cause deux sexes, deux épidermes, deux sensibilités, deux fonctions symboliques, mais de plus en plus un planning scientifique, techno-régulé, éprouvettes et chartes des droits à l’appui ? Qu’observe-t-on, alors que les féministes d’hier, qui militaient pour l’avortement, militent aujourd’hui pour le “droit à la fertilité” ? Qu’observe-t-on, alors que les évolutions scientifiques ne sont plus harmonisées avec la pulsion hédoniste des hommes (par exemple : la pilule contraceptive), mais avec leur pulsion reproductrice ? Qu’arrive-t-il, quand tout à coup les femmes se mettent à envisager sereinement de se faire féconder dans les laboratoires, sans même l’intervention du père ? Eh bien on observe, à gauche et à droite, un déploiement rhétorique extraordinaire sur le motif de la “nature”, nous imposant par la bande un romantisme inspiré des merveilles des prés, de l’Himalaya, du Groenland et des Laurentides. Les gens parlent et fabulent, “expriment leurs inquiétudes”, “font part de leurs émotions” sur la “nature souillée”, “compromise”… Ils s’impliquent dans Greenpeace, “prennent la parole” sur “la place publique”… Or, parlent-ils vraiment de ce qui est extérieur à eux, de la planète, ou parlent-ils en réalité d’eux-mêmes, comme ils en ont d’ailleurs toujours eu l’habitude ?

Ils parlent d’eux-mêmes, bien entendu. D’eux seuls. Et de ce qu’ils sont en train de devenir. Le succès idéologique de l’écologie tient à cette vulnérabilité particulière des masses, aujourd’hui en 2008, au carrefour d’un développement scientifique exponentiel et d’une révolution contre-culturelle expirante. Enlevez ce questionnement latent sur la reproduction, et l’écologie redeviendrait ce qu’elle a toujours été : un passe-temps pour intellectuels de camping et pour charlatans cyniques. Mais ce n’est pas le cas. L’écologie fusionne donc avec tous les autres champs de l’investigation idéologico-universitaire, en particulier avec le champ des sciences sociales et de la philosophie morale. Des gens qui n’auraient jamais été pris au sérieux dans un autre contexte sont aujourd’hui écoutés, pris en considération, invités dans des sommets internationaux, tout cela après s’être bâti bien souvent une expertise de façade en grappillant dans la biologie, la philosophie et la politique. Autrement dit, l’écologie fait maintenant partie du Programme techno-progressiste.

J’ai bien dit l’écologie, et non l’environnement - deux choses distinctes. L’écologie est l’idéologisation de l’environnement. Son incorporation dans un programme politico-philosophique doctrinaire. Les écolos aimeraient bien transformer le monde entier en écosystème, et abolir la hiérarchie entre l’espèce humaine et l’espèce animale, entre les hommes et les plantes (voir mon texte sur le Parlement des plantes). En somme, ils veulent abolir la spécificité humaine - le point de vue politique - pour lui substituer une doctrine éthique où le génie humain, qui est splendidement diviseur par définition, deviendrait trivial, voire malvenu. Cette doctrine éthique harmonisante, qui est en voie d’être imposée un peu partout dans le monde (il n’y a qu’à lire le rapport de la Commission Bouchard-Taylor pour en voir une expression québécoise), appelle une réduction de l’individu au statut d’un spécimen végétal parmi d’autres, représentant par son origine ethnique une quelconque “appartenance”, elle-même composante d’une vaste macédoine appellée “biodiversité” ou “multi/interculturalisme”.

Le Programme se manifeste, dans le discours des écologistes, par des amalgames de plus en plus fréquents entre les “changements climatiques” et “la culpabilité de l’Occident”, entre “bouleversement de l’ordre planétaire” et “bouleversement de l’ordre politique”. On conviendra qu’on est loin des bacs à recyclage, et des “petits efforts” que ces mêmes écologistes nous demandaient de faire dans les années 90 ; en tout cas, il ne s’agit plus de pragmatisme scientifique, et encore moins de réalisme politique. On est au contraire devant un fantasme idéologique, et le fait que ce fantasme idéologique aux accents humanitaires soit porté par les écologistes devrait susciter la méfiance chez tout honnête homme. L’angoisse reliée à notre inutilité croissante d’humains dans la reproduction “humaine”, et notre tendance à voir dans l’écologie une compensation métaphysique indispensable, ne doit pas nous faire oublier que la réalité politique, elle, continue de se “reproduire” et risque de nous réserver des surprises à brève échéance.

Le fait est que les écologistes sont des idéologues anti-nationaux, favorables à un pouvoir central onusien, voire à un “gouvernement mondial scientifique”. Mêmes normes pour tous. Même Code de l’Harmonie. Car avec la législation éco-onusienne vient toute une catéchèse, sur la marche à suivre en matière “d’ouverture à l’Autre”, de “dialogue” et de “respect de chacun”. C’est inévitable. Dans sa chronique de dimanche dernier dans La Presse, le curé Jean Lemire y allait d’un sermont en chaire sur la “valeur de la vie d’autrui”, selon les nouveaux “critères” que seraient censés nous révéler les “changements climatiques”. Dans la logique de Lemire, puisque les “changements climatiques ont un coût” (de quel coût parle-t-on ? de quel effets ? et qu’entend-on exactement par changements climatiques ? - mystère), l’Occident coupable de pollution devrait se pencher sur les pays pauvres, gravement touchés par le “réchauffement climatique”, et les indemniser de façon équitable. Je n’ai pas trop compris où voulait en venir Lemire, lui qui citait pêle-mêle des pays comme la Chine ou l’Inde, auxquels plusieurs pays occidentaux demandent des concessions, et des malheureux du tiers-monde n’ayant pas accès à l’eau potable - en raison, paraît-il, de ce fameux “réchauffement climatique”.

       Quel est notre réel sentiment devant la mort de millions d’enfants dans le monde, incapables d’avoir accès à une eau potable de qualité? demande fiévreusement Lemire. Et quelle serait notre réaction si notre enfant mourait, victime d’une grave diarrhée après avoir bu l’eau de notre robinet? Nous sommes attristés devant le sort des plus pauvres, certes, mais nous serions complètement scandalisés devant la mort d’un seul des nôtres devant la même tragédie. Inacceptable dans nos sociétés modernes! Triste dans les pays pauvres… Alors, quelle est la réelle valeur d’une vie en ce monde? Et est-ce que cette valeur est la même que l’on vive au Canada, en Éthiopie ou en Birmanie?

Étrange raisonnement. La qualité de l’eau potable dans les pays sous-développés est-elle vraiment du ressort des “changements climatiques”, ou bien d’un développement socio-économique qui reste à faire ? Pourquoi lier les “changements climatiques” aux effets directs de la pauvreté sur les conditions de vie et d’alimentation ? Doit-on comprendre que si l’Occident “polluait moins” (encore faudrait-il détailler ce que l’on entend par “polluer”), il y aurait moins de “réchauffement climatique”, et par conséquent plus d’eau potable de qualité dans les pays du tiers-monde, et ce en dépit du fait que ces pays seraient toujours dans la pauvreté, ainsi que dans l’incapacité de traiter leur eau ? Tout cela est bien abstrait.

       Les économistes ont un défi de taille, car ils devront dorénavant inclure les questions d’éthique dans leurs modèles pour résoudre cette crise mondiale. On ne peut plus simplement parler de chiffres. Il faut dorénavant porter un inévitable jugement sur la valeur des choses, comme la vie, la mort, celles d’ici ou de là-bas, qui n’ont pas toujours le même prix aux yeux des décideurs. La plupart des questions d’éthique peuvent pourtant être résolues par le simple gros bon sens. Un principe moral élémentaire de nos sociétés reconnaît que nous ne devrions pas effectuer un acte pour notre propre bénéfice si cette action cause un tort à une tierce personne. Certes, ces situations se produisent, par ignorance, par accident ou même par mauvaise foi, mais nous devons tout faire pour réparer l’injustice et, devant l’impossibilité de le faire, nous avons le devoir de dédommager les victimes de nos actes.

Qu’est-ce donc un monde où “un acte ne peut pas être commis s’il cause un tort à une tierce personne”, si ce n’est un monde où le politique a été complètement évacué ? Par ailleurs, vous rendez-vous compte qu’avec une pareille philosophie, il n’y a plus de division, plus d’affrontement, plus de sexe, plus de peuple ? Il n’y a plus qu’une Harmonie onusienne et muséale, où chacun de nous se voit statufié, immobile, dans sa cage de verre droit de l’hommiste. Est-ce bien ce que la majorité des gens veulent ? Je ne crois pas.

Et pourtant, c’est bel et bien dans cette direction du radicalisme éthique que nous amènent les écologistes. Ceux qui, parmi nos dirigeants, ne répugnent pas à “dialoguer” politiquement avec ces idéologues devront tôt ou tard comprendre que les écologistes n’ont pas plus le monopole de l’environnement que les socialistes, le monopole du coeur. Malheureusement, la classe politique regarde les écologistes sous un angle médiatique et électoral - philosophie du court terme - plutôt que sous l’angle plus subtil de la guerre idéologique - qui se déroule sur le long terme. Plus ils tarderont à comprendre que les écologistes ont bel et bien une philosophie (a-)politique en contradiction avec les préceptes mêmes de la démocratie libérale, plus nos élus perdront du terrain au profit de la technocratie éco-onusienne.

Que les écologistes n’hésitent plus à abattre leurs cartes et à nous montrer leur jeu idéologique dans les médias les plus autorisés n’est pas un signe de faiblesse, mais de force. C’est le signe, du moins, qu’ils contrôlent l’agenda politique beaucoup plus qu’ils ne le devraient.

Solidaires

Bravo ! Bravo à Québec solidaire pour son humanisme ! Merci, QS, d’être si proche du peuple ! 6 millions de “Québécois d’origine canadienne-française”, en plus de dizaines de milliers de “Québécois d’origine irlandaise”, de “Québécois d’origine italienne” et de “Québécois d’origine polonaise” (et j’en passe) se voient ramenés à des catégories technocratiques de gestion racialiste, défaisant ainsi le ciment national si patiemment, si courageusement formé dans les quarante dernières décennies, mais qu’importe ! Tout le Québec national se fait rogner, se fait attaquer par des onusiens enragés, mais qu’est-ce qu’on s’en fout, nous chez QS ! Vive l’Internationale de la Gestion racialiste ! Vive la biodiversité !

Fermez vos gueules, Québécois ! Dressez-vous les uns contre les autres ! Et surtout quand la situation aura une fois de plus empiré, n’oubliez pas de nous appeler, nous les apparatchiks, pour qu’on vienne vous démolir encore plus avec d’autres commissions, d’autres rapports et d’autres lignes 1-800 !

Vive le pluralisme intégral ! Vive la démocratie gestionnaire ! Vive la technocratie milliardaire !

1800

Voici donc que le nouveau règne du “dialogue” s’affiche, transformant les citoyens en “interlocuteurs éthiques” à la solde des “experts chartistes” payés par l’État. Magnifique.

Le nouveau régime politique sous lequel on nous force de vivre désormais signe la fin du sens commun, c’est-à-dire de l’indépendance du citoyen. L’emploi exagéré et hypnotique du terme “citoyen” ces dernières années, et à toutes les sauces, témoigne de la disparition effective de la citoyenneté dans la réalité. On n’a mis de l’avant la “citoyenneté”, on l’a enrobée des guirlandes du progressisme festif que pour mieux célébrer son anéantissement à ras les pâquerettes.

Le régime techno-progressiste, qui se réclame des chartes des droits pour “gérer” nos vies, n’a que faire des individus. Le techno-progressisme est un collectivisme.

Comme il est dit dans le rapport Bouchard-Taylor, le Québec est “une société de droit” - par opposition à un ”État de droit” - remarquez la nuance. Le droit doit infiltrer toutes les strates de la société plutôt que d’être un fait d’institution. Le droit doit se détacher de la Loi instituée pour devenir Gestion intégrale.

Gestion intégrale comme dans “pluralisme intégral”…

Next Page »