Tiré d’une interview d’Éric Lapointe dans Le Soleil :

Le rock, c’est une coquille vide. Même le dictionnaire n’est pas capable de le définir clairement. Moi, mon interprétation, c’est que ça ne passe pas par un ampli ou par une guitare. C’est des propos, une attitude, la virilité, l’authenticité, la transparence. C’est mettre ses tripes sur la table, c’est quelque chose qui est tatoué sur ta peau, c’est la transparence. C’est être un vrai.

Difficile de ne pas donner raison à ceux qui reprochent au rock son infantilisme.

Être un vrai… Authentique, transparent, metteur de tripes sur table, viril… Les gens en général en disent beaucoup plus qu’ils ne voudraient bien en dire, surtout quand ils se prétendent peu loquaces…

Éric Lapointe est un pur produit de la culture québécoise. Un romantique. Un vrai de vrai. Pour lui, pas de “couilles” sur la table (je dis bien sur la table, et non dans les pantalons - à travers lesquels on ne peut rien voir), pas de virilité, pas de vrai, pas de transparence. C’est donc “dire”, n’est-ce pas, que l’érection aura lieu hors langage, le chanteur ne jouissant pas du sens, mais des tripes…

Si le rock s’oppose à la “culture”, ce n’est pas par son message “subversif” : il n’en a pas. Il n’est pas en mesure d’avoir un message, puisqu’il se situe d’emblée dans les tripes plutôt que dans le cerveau. S’il s’oppose à la “culture”, ce serait plutôt par son culte de la transparence et de l’exhibition.

C’est pourquoi le “rock”, malgré ses prétentions “rebelles”, est en réalité constitutif de l’ordre actuel des choses.