François Cardinal, chroniqueur écologiste à La Presse, nous explique aujourd’hui que l’abrutissement physique et moral des enfants serait dû à un “déficit de contact avec la nature“.
Et si l’absence de contact avec la nature expliquait, en partie du moins, les nombreux maux qui affligent les enfants, de l’hyperactivité au déficit de l’attention en passant par l’obésité et l’agressivité ?
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Plus encore, 270 experts de tous les horizons affirmaient, dans une lettre publiée en septembre dernier dans The Daily Telegraph de Londres, que l’absence de tout contact sérieux avec la nature participait à la «détérioration marquée de la santé mentale des enfants».
Et pourquoi pas en parler au Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport ? Je suis certain qu’il serait d’accord pour abolir les murs et les plafonds des écoles - de toute façon déjà en ruines - et de permettre des “classes vertes” à longueur d’année.
Laisser son enfant jouer dehors, bien sûr! Bien sûr que c’est bon! C’est le sens commun même! Mais comme tout cela est intellectualisé par les écologistes! Comme tout cela est idéologisé! Les écolos ne peuvent pas se contenter, dans les faits, de laisser les enfants jouer comme bon leur semble. Il leur faut rappeler à tous que le jeu en plein air s’inscrit dans un programme de mieux-être et de “réciprocité avec le monde qui entoure l’enfant”. Alors qu’une partie de l’éducation de l’enfant consiste précisément à comprendre l’indifférence absolue de la nature pour sa présence au monde. Le marmot doit ainsi finir par sentir que le sens à chercher n’est pas dans les épinettes et les canards mais dans les livres, les institutions, la cité, le politique : la culture.
Le problème avec ce genre de discours n’est pas ce qu’il prône en apparence, mais les tentations auxquelles il cède dans les faits. Et l’une des tentations majeures d’une société plongée en pleine crise culturelle est de s’en remettre à la nature pour “guérir ses plaies”. Or, la société n’est ni un corps qu’il s’agit de guérir, ni une plante qu’il s’agit d’arroser.
Les enfants d’aujourd’hui accusent les contrecoups tragiques de l’effondrement de la famille, de la nation, de l’autorité : de la réalité. Quand Cardinal évoque le nécessaire “contact avec la nature”, il voudrait dire sans doute “le contact avec la réalité”. Les enfants de 2008, comme les “adultes” d’ailleurs, lesquels se montrent de jour en jour incapables d’assumer leur fonction symbolique, souffrent d’un manque de réalité humaine. D’où l’abrutissement général, les crises de nerfs, les dépressions, l’hyperactivité, l’incivisme.
Le “contact avec la nature” avancé par les écologistes est un faux retour aux sources. Les écologistes parlent d’un retour aux sources par les forêts et les rivières pour ne pas parler d’un retour aux sources vitales du génie humain, auquel leur ressentiment interdit de croire.
C’est pourquoi chacune de ces utopies écologistes ne peut faire l’économie d’une complicité avec les théories pédagogistes les plus destructrices. Il ne suffit donc pas aux écologistes de laisser les enfants jouer au hockey dans la rue, il leur faut imposer des classes vertes dans les écoles, ou du “scoutisme” à chacune des années de l’école primaire.
Leur passion reste l’intellectualisation (qui est toute autre chose que la réflexion) et l’idéologie à outrance. Même quand ils ont les deux mains dans la terre humide et un sourire béat collé au visage.