Troisieme

Le Système a une santé excellente. Son embonpoint est celui des bien portants. Un peu de diabète, de la raideur dans les muscles (on le voit aux sondages, où le PLQ est en avance), mais sinon ça va. Les cartilages sont intacts, la machine est huilée, enfin la routine a repris ses droits. Bouchard et Taylor ne sont même pas encore partis pour leurs chalets dans les Cantons de l’Est que d’autres apparatchiks veillent déjà au grain…

Les noms changent, mais les sarraus restent les mêmes. Voyez, le 26 mai dernier, il y avait un colloque techno-progressiste à l’Université de Sherbrooke. Sur le programme, des acronymes inconnus du contribuable… SVR-IRSC ! FQRSC ! SoDRUS ! En somme : de l’argent public. Des impôts. Redistribués de façon équitable comme on dit. Tandis que sous les acronymes, on retrouve des signatures, beaucoup de signatures… Des professeurs adjoints, des professeurs titulaires, des titulaires de recherche, des post-doctorants… Eux aussi payés par l’État pour remplir le programme du colloque.

L’État, par l’État, pour l’État.

Et de quoi était-il question à ce colloque, intitulé “Sexualité et démocratie” ? Le vaillant Albert Bérubé, de La Tribune (Sherbrooke), a fait ce travail pour nous. Pauvre Albert. Qu’est-ce qu’il a fait pour mériter ça ? Le voici dépêché à l’Université de Sherbrooke pour entendre Laure Murat, “professeure (sic) de la University of California à Los Angeles”, lui expliquer que le “troisième sexe” existe, et qu’il est celui qui “défierait la loi du genre masculin ou féminin”.

Où se situent ces gens dans leur orientation sexuelle ? Homosexuels, invertis, transexuels, intersexués, ou travestis, ils refusent une forme de conformisme sexuel qui ne les attire pas, et ce sont pour les autres des gens “bizarres, étranges, en dehors des normes”, explique Mme Murat.

Pauvre, pauvre Albert. Combien d’années avant la retraite ? Merde, Albert, j’aurais bien voulu te voir la face quand la rédactrice en chef t’a dit : “Mon cher Albert, tu vas aller nous couvrir un colloque à l’Université” — “Un colloque de quoi ?” — “Tut-tut. On ne dit pas un colloque de, Albert, mais un colloque sur. Ce n’est pas la première fois que je relève cette faute, et la prochaine fois je risque de me fâcher… — “C’est vrai…” — “C’est donc un colloque sur la diversité, mon Albert, un colloque sur la richesse de la différence, un grand dialogue sur la diversité sexuelle…” — “Diversité sexuelle ?” — “400 mots d’ici demain 13h.”

C’est du sérieux, “Sexualité et démocratie“. Ça l’air de rien comme ça, mais le colloque est parrainé par la Faculté de droit. Son organisatrice est Marie-France Bureau, prof depuis 2007. Elle est de cette nouvelle génération de juristes : décomplexés, désenclavés, émancipés de leur domaine, “ouverts sur le monde”… Copains-copains avec les idéologues des sciences sociales, d’anthropologie, de philosophie, de science politique… Des apparatchiks “interculturalisés” faits sur mesure pour le nouveau régime…

Toujours est-il qu’avec toute cette foutaise autour des “transgenres” et de la “troisième voie sexuelle” le vocabulaire managérial revient comme par magie, appliquant en matière d’identité sexuelle la même grille techno-progressiste qu’en matière d’immigration. Ce qui est assez intéressant, il faut l’avouer. Ainsi, il y a une “majorité” et des “minorités” ; des “frontières” et des “étrangers” ; des “esprits homogènes” et des “esprits hybrides” ; de la “fermeture” et de “l’ouverture” ; de la “méfiance” et de la “tolérance”. Il y a donc - mes salutations au petit bonhomme D. - des “réactionnaires” et des progressistes. Comme toujours.

C’est la même chose, exactement. D’un côté, une majorité de contribuables, de l’autre une minorité d’apparatchiks. D’un côté, quelqu’un qui paie ; de l’autre, quelqu’un qui encaisse. Le premier payant le second pour se faire raconter combien il est ringard, coincé et parfaitement débile… Et surtout pour se faire dire qu’il n’a pas les compétences requises pour la “délibération éthique” ; c’est pourquoi il a besoin des apparatchiks savants, qui savent, eux, l’essentiel plus que quiconque, à savoir que la “troisième voie sexuelle” constitue le pilier du nouveau régime pluralistique. Les travelos en tant que nouvelle chance pour la tolérance…

Dans la présentation du colloque, il est écrit :

L’idée de démocratie sexuelle et notamment l’idée d’égalité entre les hommes et les femmes est souvent mise de l’avant par les États occidentaux comme représentant une valeur fondamentale de «nos sociétés» comme en témoignent les discours récents des politiciens au Québec comme en Europe. Dans ce contexte, on voit aisément la difficulté de traiter de questions telles que port du hidjab, la polygamie ou l’éducation religieuse des jeunes filles sans tomber dans une forme de post-colonialisme. La démocratie sexuelle a le potentiel d’opérer des frontières entre ceux qui adhèrent au modèle libéral et les «autres», les musulmans, les africains etc… qui refusent de se plier au nouvel ordre sexuel.

Je goûte beaucoup ces guillemets mis à “nos sociétés” ; on voit tout de suite où se situent les responsables du colloque. Ce sont “nos sociétés”, mais en même temps elles ne le sont pas ; ce sont “celles” de “celui” qui voudra bien s’en réclamer. Bref, on est sur du solide. L’absolutisme relativiste des apparatchiks leur interdit jusqu’à l’enracinement de leur pensée - ce qui est tout le contraire de la liberté d’esprit.

Il faut lire le programme du colloque, ça en vaut le coup. Retenez les noms, vous risquez de les retrouver dans une quinzaine d’années sur le comité-conseil de je ne sais quelle Commission de consultation sur les accommodements, créée à l’improviste au milieu d’une crise de la “gestion de la diversité sexuelle”. Face à la montée du nouveau peuple intersexué, une bourgade beauceronne adoptera un Code de vie qui interdira la sodomie et le travestissement sur son territoire, entraînant la panique chez les élites québécoises. On imagine alors aisément Jean Charest, vieillard toujours au pouvoir, annoncer la nomination de “deux de nos plus grands intellectuels” - puisés dans la banque à apparatchiks - à la tête de cette Commission chargée de “gérer” le “malaise identitaire” des “Québécois hétérosexuels d’origine canadienne-française” au regard du “défi de la diversité sexuelle” … Je suis certain qu’avec un peu d’effort on pourra trouver dans l’histoire des Québécois assez d’exemples “d’homophobie” et de “malaise atavique” pour montrer que, quoi qu’on en dise, les “Québécois hétérosexuels d’origine canadienne-française” ont plus besoin des “minorités intersexuées” que l’inverse.

5M$ ? 10$M ? 15M$ pris à même nos impôts ? Tout ça pour conclure - on parie combien ? - à une “crise des perceptions” plutôt qu’à une “crise réelle”. J’entends déjà les applaudissements des éditorialistes du Devoir et de La Presse, deux quotidiens que l’on dit antagonistes en théorie, mais qui sont indifférenciés dans les faits. Comment pourrait-il en être autrement dans un pays de myopes où toutes les “crises” sont dues à des problèmes de lunettes ?

Vive le pluralisme culturel ! Vive le pluralisme sexuel !

VIVE LE PLURALISME INTÉGRAL !