Nathalie Petrowski signait hier, dans La Presse, un papier d’une incommensurable niaiserie sur Barack Obama, ce candidat démocrate à la présidence qui, nous dit-on, aurait l’originalité extrême d’être de couleur NOIRE.

Convenons tout de suite d’une chose, sur Obama : qu’un Noir soit candidat à la présidence des États-Unis est une première qui mérite en effet d’être soulignée. Les États-Unis ont un authentique passé raciste, et les Noirs, en particulier, ont été les victimes de ce racisme jusque dans les années soixante. La victoire d’Obama à l’investiture démocrate, en ce sens, démontre la vitalité de la démocratie américaine, et constitue un symbole d’une exceptionnelle portée.

Mais “souligner” ne signifie pas ”délirer”. “Souligner” ne signifie pas qu’il faut parler de la couleur de la peau d’Obama sur toutes les tribunes à chaque occasion, et réduire l’homme à son parcours personnel de “combattant du métissage”.

Au Québec, la campagne d’Obama a provoqué un déferlement d’idolâtrie sans précédent chez les journalistes et les apparatchiks de tout acabit, sans qu’il fût possible de connaître quoi que ce soit à la pensée politique de ce nouveau candidat à la présidence du pays le plus puissant de la planète. Obama était Noir. Ce détail, apparemment, disait tout.

Pourtant, le combat pour l’égalité n’était-il pas censé nous amener à ne plus considérer la couleur de la peau comme un facteur déterminant d’une personne ? Parler d’Obama comme d’un Noir, comme d’un homme prisonnier de sa couleur de peau, qui ne pourra, en toutes circonstances, que parler encore et toujours de sa couleur de peau n’est-il pas une défaite flagrante de l’évolution dite libérale de la vie politique ?

Je suis personnellement dégoûté par la lexicologie du culte du métissage (un terme à lui seul assez problématique), qui parle du teint “chocolat” et “café au lait” des Noirs, ou encore de la “coloration” de l’élite politique ou de la population. Ce genre de délire accrédite la portée esthétique d’un projet qui doit en rester à une nature politique. Quand on lit les progressistes, et les gauchistes multiculturels en général, on en vient parfois à croire que la “société de demain”, “métissée et multiculturelle”, “ouverte et hétérogène”, serait en quelque sorte une fresque qu’il s’agirait de peindre à même le bios humain.

La couleur de notre peau devient, dans leur langage, un petit pot de peinture nécessaire à la grande fresque de la fraternité humaine. C’est du délire. Du gros délire.

C’est donc par l’antiracisme gauchiste que les schèmes de pensée les plus racistes risquent de reprendre vie et de fusionner avec de nouvelles formes politiques.

Nathalie Petrowski, on le sait, est d’une complaisance très remarquable en toutes choses — et j’ignore, à vrai dire, d’où vient la réputation de “tigresse” qu’on lui accole, tant chacun de ses papiers repousse les bornes du conformisme médiatique. Or, la complaisance n’interdit pas un minimum de rigueur et de décence. Elle écrit :

Ce qui frappe le plus en lisant ce bouquin [l'autobiographie d'Obama, NDLR], c’est à quel point Obama n’a rien à voir avec tous ceux qui ont brigué la présidence américaine avant lui. Je ne parle pas seulement de sa couleur, mais de sa culture, de son érudition, de son expérience de la misère humaine comme des différences culturelles et religieuses, de ses voyages en Europe et en Afrique, de son enfance à Hawaii, mais aussi à Jakarta, en Indonésie. À lui seul, Obama a vécu plus de vies que tous les présidents américains réunis. Si jamais ce type réussit à se faire élire à la présidence, ce ne sera pas seulement un grand jour pour les Américains. Ce sera la preuve que les miracles sont encore possibles.

Pour ces lignes seulement, si j’étais rédacteur en chef de La Presse, je flanquerais Petrowski à la porte. On ne peut pas écrire un pareil torchon dans un grand quotidien, c’est obscène. On dirait un article de cégep, écrit par une minette de 16 ans qui, à la suite de Scarlett Johansson, mouille en pensant à Obama comme à un “grand révolutionnaire”.

OBAMA N’A ENCORE RIEN FAIT, SINON QUE D’ÊTRE NOIR ET D’AVOIR REMPORTÉ L’INVESTITURE DÉMOCRATE. Il n’est pas devenu héros de guerre dès sa sortie du high school, comme George Bush père ; il n’a pas sauvé l’Europe comme Eisenhower ; il n’a pas sorti les États-Unis de la Grande Dépression comme Roosevelt ; il n’a pas réalisé l’indépendance du pays comme Jefferson.

Mais il est vrai que Bush père, Eisenhower, Roosevelt et Jefferson avaient le défaut impardonnable d’être des Blancs, c’est-à-dire des êtres qui, au regard de la nouvelle religion racialiste du métissage, sont parfaitement insignifiants. Il est par conséquent légitime de salir leur mémoire et de piller l’Histoire pour instituer un monument à la gloire d’un nouveau Dieu, le Métis incarné, Barack 1er, ce grand résilient qui “s’en est sorti” à coup de maximes psycho-pop, de voyages en Indonésie et d’implication communautaire à Chicago.

Le parcours personnel, intime, les rapports avec mère et père, notre petite histoire en somme, voilà ce qui fait figure de substitut dans la mythologie populaire quand l’Histoire et ses grands conflits tragiques disparaissent. Quand le monde nouveau advient.