Le Journal de Montréal n’avait pas grand-chose à dire, alors il a envoyé un reporter couvrir une “affaire” de discrimination : une taverne de Delson, nous apprend-on, serait toujours interdite aux femmes.
“Aussi incroyable que cela puisse paraître, s’exclame le journaliste Alexandre Geoffrion-McInnis, la taverne La Riviera a réussi à contourner une loi provinciale valable pour l’ensemble des tavernes québécoises depuis 1986 sans qu’aucune plainte ne soit formulée à la Commission des droits de la personne.“
Incroyable, oui. Incroyable que des êtres humains puissent vivre à l’écart des Chartes des droits et des lois anti-discrimination, ne ressentant pas le besoin, au quotidien, de perturber les habitudes de la taverne du coin. Incroyable que des gens respectent encore des règles fixées par un établissement privé. Incroyable que cette situation révoltante n’ait pas attiré plus tôt l’attention de la vigile techno-progressiste…
Incroyable, surtout, qu’il y ait encore des gens sur Terre qui ne soient pas animés du désir d’utiliser un instrument de persécution comme la Commission des droits de la personne pour assouvir leur ressentiment aux dépens d’autrui. Tout simplement incroyable.
Il aura fallu qu’une journaliste rémunérée du Journal de Montréal se rende sur place, à la demande sans doute de son chef de pupitre, pour que les habitudes de l’endroit soient perturbées. Il aura fallu qu’on force quelqu’un de sexe féminin à y aller pour le simple plaisir de foutre la merde, et pour empêcher que les clients de la taverne de Delson puissent continuer leurs petites affaires à l’abri de la vigile.
J’aimerais bien qu’on m’explique : qu’est-ce qui est le plus injuste et le plus choquant ? Des hommes machos qui préfèrent se regrouper entre eux, dans un bled perdu, loin des femmes, et qui n’ont jamais rien demandé à personne ; ou bien des petits cons zélés, qui s’offusquent de cette attitude, et qui entreprennent d’alerter médias et Commission des droits de la personne sous prétexte qu’il y aurait “discrimination” et “sexisme” ?
Les soldats techno-progressistes, ces grands héros de la “différence”, ne supportent la taverne qu’en autant qu’elle soit une “hypertaverne” (comme dans “Edgar Hypertaverne”, sur Mont-Royal). Le vieux monde de la différence sexuelle dont les piliers croulants de la taverne de Delson sont encore les représentants doit, pour devenir acceptable aux yeux du régime techno-progressiste, être subsumé — javellisé, désinfecté, essoré — dans le “kitsch” de “l’hypertaverne” où règnent atmosphère “lounge” et électrobeat androgynifiant.
Le “kitsch”, c’est la haine du passé dialectique devenue esthétique. Cette esthétique “kitsch”, qui s’affiche partout aujourd’hui dans les grandes villes (où se concentrent les élites techno-progressistes), est d’ailleurs l’esthétique officielle du régime.
Une esthétique que le régime imposera de force dans toutes les régions du Québec, que ce soit par Espace Culture, le Conseil du statut de la femme ou le Ministère de la Justice. Tous les moyens sont bons pour transformer le Québec en un gigantesque Luna Park.
C’est ce qui arrive, en effet, quand le principe de mort et d’inversion s’est installé à la tête des institutions. C’est ce qui arrive quand une société entre en décadence et qu’elle se laisse rogner par ses parasites internes.
