Toilettes

Grave question. Évidemment, on pourrait s’étonner que de pareilles insignifiances soient soulevées, reprises, discutées et finalement légitimées au plus haut niveau éditorial du “plus grand quotidien de langue française d’Amérique”. On pourrait.

Il faudra bien, un jour, que L’I. C. publie une Psychosociologie de l’équipe éditoriale de La Presse. Mais je crains fort qu’une telle oeuvre ne puisse être écrite que sous la forme du roman. Seul le roman en effet peut rendre compte d’un ridicule aussi versatile.

Voyez-vous, pour comprendre quelque chose à La Presse, inutile de se transformer en nationaliste hallucinatoire et de voir en Gesca l’incontournable deus ex machina du récit national avorté. Inutile d’imaginer des complots — bien que, de toute évidence, La Presse soit idéologiquement très marquée. C’est beaucoup plus simple que cela.

Quand vous pensez “équipe éditoriale de La Presse”, pensez New York Times, côte est américaine, Sex and the City, restos branchés, cocktails compliqués, coterie artistique du parti démocrate, etc. C’est là et nulle part ailleurs que se situent nos cocos de La Presse. Imaginez-les à Saint-Lambert, au café chic du coin, à l’ombre de leur VUS, en train d’écumer le New York Times, le Washington Post, tout en regardant d’un oeil distrait, sur leur MacBook, la dernière édition de Salon Magazine. C’est Marie-Claude Lortie étudiant Maureen Dowd, Lysiane Gagnon lisant de près Thomas Friedman… Pour eux, c’est dans ce giron de l’élite du nord-est qu’il s’agit de s’inscrire. Décadents et pour cette raison un brin sophistiqués, dépositaires d’un “progressisme éclairé” à la Christopher Hitchens, anti-religieux et pro-Gay Pride, ils se moquent à la fois de la gauche et de la droite. Par le génie du conformisme subversif, ils occupent le terrain du centre médiatique et paralysent toute éclosion de débat, empêchent toute velléité d’affrontement créateur, tout en se posant bien entendu comme instance de normalisation/moralisation.

Dans un pareil univers, n’est-ce pas, il est absolument vital d’avoir une éditorialiste féministe dans son équipe. C’est une question de marketing social.

Marketing. Business as usual. Rien d’autre.

Certes, on pourrait croire que La Presse prend ainsi ses lecteurs pour des cons. Mais n’est-ce pas le propre du marketing que de prendre ses cibles pour des cons ?

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À lire également :
La nullité féministe révélée, L’Intelligence conséquente, 13 juin 2008 ;
L’éditorialiste Nathalie Collard : le “fist pump” d’Obama annonce une nouvelle ère, L’I. C., 15 juin 2008 ;
Journalisme féministe : le divertissement se poursuit, L’I. C., 26 juin 2008