Silent

J’avais lu l’annonce de ce “Silent rave” la veille dans Le Devoir et j’en étais resté bouche bée. Un “silent rave”, c’est-à-dire un “rave” où des centaines, voire des milliers de “jeunes” se rassemblent pour danser, avec pour seule musique celle qu’ils ont dans leur iPod, pendant qu’un DJ fait jouer une musique qui ne sera entendue par aucun d’entre eux, mais par des auditeurs qui auront synthonisé leur radio à une fréquence donnée. Une sorte d’autisme de masse donc, à connotation festive, où se voit révélée la nature profondément masturbatoire du “rave” et de la musique techno en général.

Il n’y a aucun lien entre les participants, aucune texture charnelle, le plaisir qu’il s’agirait de retirer résidant apparemment dans la confusion onirique psychotique ainsi créée. C’est inouï. Jamais peut-être le rite festif post-moderne n’aura été à ce point démasqué, et cliniquement présenté pour ce qu’il est dans les faits : un meurtre psychique général, une entreprise d’indifférenciation, une désérotisation absolue des corps.

Une société d’enfants qui a institutionnalisé la masturbation, voilà exactement ce qu’aura réussi à créer le techno-progressisme. Une masturbation de masse qui a puisé dans les mythes de la subversion contre-culturelle les raisons fondamentales de se perpétuer à l’infini. Il vous faudra penser à cela la prochaine fois que vous croiserez quelqu’un avec un iPod.

Ci-joint, un extrait d’un “Silent rave” tenu à New York en avril dernier :

[AJOUT 6/7/2008] : On me dit que les “silent ravers” peuvent synthoniser CHYZ sur leur iPod à l’aide d’un récepteur FM, ce qui fait qu’ils écoutent bel et bien la même “musique”. Malgré cette précision, l’événement n’en garde pas moins son caractère psychotique et infantile. Tous ces gamins étant barricadés dans leurs écouteurs, à se faire décerveler par une zizique binaire… Immergés dans la “communion” des esprits liquéfiés et collectivisés…