Voilà exactement comment il faut procéder : préserver la liberté de religion d’une part, et affirmer les prérogatives nationales d’autre part. Le raisonnement mériterait d’être étendu au hijab, qui trahit également un défaut d’assimilation majeur à la société d’accueil. Là où la burqa est un rejet complet et spectaculaire des valeurs occidentales, le hijab se pose comme une alternative subtile, qui défie les valeurs occidentales tout en testant au quotidien la capacité de soumission de la société d’accueil.
Il serait temps, pour l’intelligentsia québécoise, de quitter l’angélisme niais où elle a coutume de loger et de rompre avec le discours islamolâtre qui fait des femmes voilées des “femmes modernes, coquettes et charmantes” — tout ça parce qu’elles ont des téléphones mobiles, des Ph.D. et une diction parfaite. Qu’elles soient coquettes à leur façon, je n’en doute pas : toutes les femmes sont coquettes. Ce n’est pas la question. La question qui doit être posée est une question politique : ces jeunes femmes, par leur comportement public, affichent-elles, oui ou non, une ferme volonté d’assimilation à la nation québécoise ?
La réponse est évidente : c’est non. La citoyenneté ne devrait pas être accordée à ceux qui se placent de façon aussi visible, et aussi ostentatoire, en marge de la société. Modifiez la position de l’État en ce sens et vous verrez les musulmans s’ajuster en conséquence. Les plus modérés, qui se laissent actuellement tentés par le hijab et autres excentricités, reviendront à des sentiments plus favorables à la cohésion nationale, tandis que les excités moyenâgeux, qui étaient de toute façon réfractaires dès le départ, partiront d’eux-mêmes pour des contrées plus “tolérantes” et moins “islamophobes”.
Les musulmans qui sont en ce moment citoyens québécois ne doivent en aucun cas être persécutés en raison de leur croyance religieuse. Ce qui n’empêche pas qu’il est du devoir de l’État de prendre tous les moyens à sa disposition pour assimiler sociologiquement cette population à terme, sans quoi leur présence sur notre territoire n’aurait aucun sens.
Par ailleurs, une réflexion de fond sur la sélection de l’immigration devrait être menée en toute sérénité par le gouvernement, dans des termes politiques plutôt que moraux — ce qui revient à faire le trajet inverse de la Commission Bouchard-Taylor. Les Québécois ont un historique d’immigration important, et savent que certaines populations s’assimilent plus facilement que d’autres à leur société.
Par exemple, entre un Libanais chrétien et un Marocain musulman, il serait préférable de choisir le Libanais, même s’il parle un français plus boiteux que le séduisant Marocain. La langue est une matière plus aisée à modeler que la religion, c’est entendu. Il me semble que c’est le bon sens même.
Mais voilà, apparemment ces choses-là ne se disent pas.
