Délirant article dans Le Soleil sur les élèves “perfectionnistes”, étouffés par le “stress de performance” (sic). Un élève sur cinq, selon nos technocrates en sarrau, souffrirait de ce mal et aurait “besoin d’aide”. On parle même sans rire de “burn-out scolaire”, et de la nécessité d’alléger le fardeau de ces élèves épuisés “scolairement” en leur accordant différentes faveurs.

À De Rochebelle, certains étudiants auront droit à un allègement d’horaire pour se sortir la tête hors de l’eau. On les dispense temporairement d’un cours qu’ils apprécient plus ou moins afin de pouvoir aller travailler à la bibliothèque. «Ça dégage leurs soirées et ça leur permet de se reposer», explique Mark Mercier.

Érika en a passé, des heures, dans le petit bureau de la psychologue Odette Bussières, au Séminaire Saint-François, à essayer de comprendre pourquoi elle avait constamment l’impression qu’elle allait échouer. «J’étais incapable d’évaluer ma performance», reconnaît l’adolescente.

Aujourd’hui, la jeune fille a l’impression d’être mieux en mesure de contrôler son anxiété… sauf peut-être durant la période des examens finaux. «Je me force tellement pour me calmer, raconte-t-elle. Je prends ça journée par journée. J’étudie, mais je me dis que je ne peux pas faire plus

Michaël, tellement angoissé qu’il a du mal à lever les yeux sur son interlocuteur, ne veut pas continuer ses études secondaires dans un tel état de stress. «Il faudrait vraiment que la note devienne moins importante que l’effort, soupire le garçon. Ça me rend triste, j’ai l’impression d’être seul avec ce problème-là…»

Rien d’étonnant à ce discours dépressif. Le système de maternage étatique produit des loques à son image. Michaël, tout dépressif qu’il soit, fera un bon préposé plus tard à Info-suicide ou à quelque centre d’assistance psychologique. Quant à Érika, le caractère suave de sa médiocrité la prédispose naturellement à une carrière en éducation. Parfaitement modelée pour la réforme, elle saura travailler par “compétences” et réconforter les élèves ignares.

L’erreur serait de croire que ces jeunes se retrouveront au chômage plus tard en raison de la faiblesse qu’ils affichent si impudemment aujourd’hui. Dans une économie de marché, ces loques se retrouveraient certes sur le carreau en moins de deux. Mais le Québec, n’est-ce pas, dispose d’un Système, le modèle québécois, qui régule en marge de l’économie de marché une certaine économie de la dépression et de la victimisation. De sorte qu’Érika et Michaël sont en vérité des candidats très attrayants pour le modèle québécois, qui saura les recruter rapidement pour remplir des fonctions de première ligne. Tant que le modèle québécois continuera à vampiriser les contribuables et à se maintenir comme une chape de plomb sur le peuple québécois, Érika et Michaël n’ont rien à craindre.

Le chemin de leur “carrière” est déjà tout tracé.

À lire sur L’I. C. :
La dépression, maladie d’État“, 23 février 2008.