mai 2009


La première question qui se pose, pour toute personne un peu sensée, surtout lorsqu’elle habite Expérience Montréal, c’est : “pourquoi ce régime tient-il debout ?“. Comment se fait-il que les citoyens acceptent, malgré cette évidente aberration qu’est notre État, de payer des impôts et des taxes, de respecter la loi (je parle de ceux qui vivent en-dehors de Montréal-Nord), de travailler et de suivre généralement les codes de la civilité la plus courante ? Ce genre de questionnements sur la pérennité du “vivre ensemble” a tôt fait de venir à l’esprit, en effet, quand se renouvelle en début d’été le triste spectacle de notre métropole de province : des gens banals et enthousiastes, qui se croient doués pour la fête, s’autorisent à déambuler bruyamment dans les rues avec un air de contentement ridicule. La procession des Gens Heureux se déroule au milieu de clodos schizophrènes, de petits délinquants dissimulateurs, de vendeurs de L’Itinéraire, de représentants de Médecins sans frontières et de brigadiers de la vertu en tout genre. Les couples métissés, surtout, sont les plus heureux de tous, arborant cet air triomphant caractéristique des militants ”du sens de l’Histoire”. Les familles recomposées bobos, soucieuses de publiciser leur “bonheur”, vont gambader au parc Laurier après le brunch du dimanche, la mère s’exclamant : “Brâvo Félix-Antoiiiiine ! Je suis si fièèère de toiiiiiii !” — alors que le dénommé Félix-Antoine, 2 ans, aligne petit pied après petit pied à l’ombre d’un père qui n’est pas vraiment son père… À quelques mètres de là, un couple homo embourgeoisé débarque d’une Saab étincelante. Il se dirige d’un pas preste au club vidéo, où il ira probablement louer Milk, avant d’aller au cinéma s’attendrir sur J’ai tué ma mère. En traversant la rue, il passe près de se faire renverser par un cycliste enragé qui, sorti de nulle part, n’en est pas moins convaincu d’incarner l’Avenir. C’était avant de croiser au club vidéo un Noir revampé selon les codes vestimentaires dominants, qui sortait avec une copie de Vers le sud sous le bras. Les bobos se croisent, se bousculent par accident, s’excusent, puis s’excusent de nouveau, reculent, avancent, reculent, et enfin ils se dépassent, se saluent, opinent de la tête, se brisent l’échine de politesse : enfin ils se côtoient et ils sont contents. Ils éclatent de rire un peu trop souvent, laissent pendre leurs mains paresseuses, grillent des cigarettes clandestines. Leur activité générale se déploie, tandis que la rue fourmillante, bordée de deux trottoirs, se voit marquée des deux côtés par le roulement continu des piétons. Un flot de piétons, un torrent d’identités, une cavalcade d’egos se déchaînent ainsi dans les limites fermes mais bienveillantes des boutiques vitrées. Et pourtant un calme lénifiant vient recouvrir toute cette agitation anxieuse comme une pluie acide sur un tas de pneus neufs.

Mais voilà, la question demeure, intacte mais reformulée : “qui mettra le feu ?” Qui lèvera le voile ? Débranchera le respirateur ? Qui subtilisera le miroir aux Narcisses citoyens ? Je veux dire par là que le spectacle urbain nous renvoie à tous les jours le reflet d’une société décomposée, déconstruite, instable, erratique et par ailleurs d’une extraordinaire cohérence dans son désir d’autofragmentation perpétuelle. Les stigmates de l’égo n’en finissent plus de meurtrir la chair sociale, de la rougir de noirceur. Les feux éteints du moi post-occidental règnent dans toute leur splendeur sur une cité désertée par les hommes. “Dieu devrait me respecter“, est allé jusqu’à dire un transsexuel cubain, imbu de sa prétention à incarner l’ultime singularité ontologique face à un monde jugé intolérant et homogène. Au shopping mall de la différence, la théorie de l’offre et la demande domine en absolu et remodèle la matière plastique humaine selon les nouvelles potentialités thérapeutiques. S’il est légalement possible de changer de sexe, c’est donc qu’il y aura des candidats, et de plus en plus au fil du temps, concurrence mimétique oblige  : le raffinement de la psychose ne connaît pas de limites lorsqu’on met la technologie à son service. Ce régime-ci ne se fonde plus sur des raisons historiques, sur un contrat social, voire moral, mais sur une promesse mégalomane qui traverse tout l’appareil d’État : la promesse de guérison, qui est aussi promesse de toute-puissance. La promesse, folle et infondée, de délivrer l’homme de la rupture avec le cosmos, de le délivrer de la mort, de la vieillesse, de la décrépitude, du sexe et du temps. La promesse de délivrer son corps de l’arbitraire de la nature. Or, la promesse de guérison, en contexte modernitaire, ne peut que stimuler l’assommante passion des “pathologies inconnues”. On se teignait jadis les cheveux pour être original, aujourd’hui on se découvre une maladie nouvelle. Après la dystrophie d’identité de genre, à quand une nouvelle pathologie : la dystrophie d’identité raciale ? Je crois d’ailleurs qu’une chroniqueuse bien connue, Lysiane Gagnon, en souffre plus que n’importe qui : ses symptômes, on l’a vu avec l’affaire du pain Weston, semblent en effet extrêmement sérieux. Si seulement notre société n’était pas aussi bornée, aussi figée dans ses réflexes réactionnaires, elle pourrait admettre qu’un individu n’a pas à se faire imposer sa couleur de peau. Il devrait être inscrit dans la loi qu’un citoyen peut choisir la peau qui convient le mieux à sa personnalité, au même titre que n’importe quel attribut corporel. La nature n’est-elle pas une domination de trop qui mériterait d’être déconstruite jusqu’au bout ?

En l’état actuel des choses, nos contemporains ne paieraient pas leurs impôts et n’accepteraient pas de se soumettre à la loi commune s’ils n’étaient à ce point paralysés par la peur de mourir. Le régime thérapeutique, sous lequel il est si avilissant de vivre, tient debout pour une seule et unique raison : parce qu’il a réussi à convaincre ses sujets qu’il était en son pouvoir de les protéger de la mort, de la maladie et surtout du hasard. C’est le sens profond de “l’État-Providence”. L’État providentiel, c’est-à-dire l’État qui pare à tout, y compris les phénomènes les plus inéluctables. L’État qui programme. L’État qui décrète. L’État qui sensibilise. L’État qui gère. L’État qui rééduque. L’État qui moralise. L’État qui réglémente. L’État qui vole. L’État qui, du haut de ses laboratoires tout-puissants, se permet de nier l’existence historique de tout un peuple ; de redessiner la carte anthropologique de le nature humaine ; d’imposer des utopies collectivistes comme des évidences, sans demander l’avis de personne et surtout pas du peuple. Ce même État qui, après avoir encouragé toutes les “innovations” imaginables pour détruire la famille, se présente désormais comme une alternative thérapeutique incontournable pour sauver les vieux de la solitude et de la détresse. Et le voilà, tout fier, en train de subventionner des armées de clowns pour apporter “tendresse et réconfort” à des ex-adultes qui ne peuvent plus compter sur une famille élargie pour leur tenir compagnie ou pour les protéger du programme festivocrate de l’État. Il va de soi que, sans famille à leur côté, les vieux ne peuvent garder à distance les fonctionnaires festifs de l’État, se trouvant complètement à la merci de leurs pitreries niaises et de leurs méthodes psychologisantes barbares. Ce sont des proies faciles.

Avec le recul, cette histoire de clowns n’est-elle pas emblématique du régime de terreur de l’État thérapeutique ? En tout cas, le système n’a pas tardé à contre-attaquer. Le processus de rééducation est en cours. Cela pourrait étonner, mais cela n’étonne plus : depuis Bouchard-Taylor, c’est toujours la même chose. La Presse en a fait sa une ce samedi, d’autres journaux ou revues ont suivi et le constat est le même partout : le peuple a erré. Le sens commun a failli. Les préjugés ont dominé. Une fois de plus, les gens ont parlé sans savoir et ont stigmatisé un groupe particulier, les clowns de l’État, sans faire l’effort de comprendre un métier qui ne pouvait que leur être inconnu. Poussé par leurs pulsions les plus basses, les plus intolérantes, ils ont méprisé, tourné en ridicule et exposé à la haine publique un groupe de la société qui ne demandait qu’à remplir son rôle au sein de notre précieux “vivre ensemble”. Quelle médisance ! Quelle ignorance ! Quel lynchage gratuit ! Une anthropologue de l’UQAM, intellectuelle-experte et directrice d’un loufoque “Centre d’étude sur la mort”, nous fait l’honneur d’un sermon : “Ceux qui ont participé à ce débat ont démontré qu’ils ne prenaient pas au sérieux les choses importantes, tout en se prenant eux-mêmes très au sérieux“. Qu’est-ce que ça veut dire ? Si l’on outrepasse la formulation alambiquée, qui essaie de faire passer pour profond ce qui n’est, à la base, qu’une ineptie fumeuse, cela signifie simplement que l’État thérapeute, qui a déjà l’ambition de nous déposséder de notre vie amoureuse, familiale et sociale, a aussi le désir de s’approprier la mort. La mort et les morts. Votre mort, celle de votre voisin, de votre mère, de votre père. Celle de tout le monde. Se moquer des clowns, représentants attitrés de la thérapie légitime, équivaut à faire preuvre d’un sérieux excessif, parce que cela revient à se poser en opposants forcément illégitimes de l’approche de l’État sur la mort. Pour nos intellectuels-experts, les gens ordinaires n’ont pas la capacité ni la légitimité de réfléchir sur la mort, ça ne fait pas partie de leur code génétique. C’est pourquoi il nous faut des “Centres d’étude sur la mort” et des anthropoloques condescendantes de l’UQAM pour comprendre ce qu’il en retourne, et surtout pour prescrire à l’ensemble du peuple ce qu’il convient de dire et de ne pas dire sur les moyens que prend notre État festiv0-païen pour mettre en scène la mort des gens. Elle l’a dit elle-même : le fait même de “participer au débat”, donc de remettre en question la décision de l’État, faisait des rieurs anti-clowns des mécréants. La distinguée anthropologue, écrit la journaliste de La Presse, déplore les “propos méprisants et ignorants” qui ont été tenus sur les clowns thérapeutes. Est-ce à dire qu’il serait impossible de connaître une réalité et de la mépriser en même temps ? Car c’est la logique qui sous-tend le discours des apparatchiks. Le désaccord face au système serait toujours dû à “l’ignorance”, la “fermeture” et aux “préjugés”. La méthode admise consiste à le neutraliser dans le cadre d’un “dialogue”, par lequel on expliquera avec componction au citoyen désaccordé ces notions “complexes” dont il était initialement dépourvu, et à l’aide desquelles il pourra enfin devenir légitime, c’est-à-dire de nouveau en accord avec le système.

Que Dieu soit loué, nous avons des Centres d’étude sur la mort pour savoir quoi penser de la mort. Des Instituts sur le vieillissement pour savoir comment vieillir. Des Écoles sur la nutrition pour savoir comment manger. Des Sécrétariats à la condition féminine pour savoir comment faire des levrettes égalitaires. Des Observatoires sur le racisme et la discrimination. Des Commissions de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles. Des Commissions des droits. Des Offices de la santé. Des ministres immigrées au Ministère de l’Immigration. Des Conseils de ministres paritaires. Des Instituts de Nouveaux Mondes. Des Fondations Papa et Maman Chagnon. Des Coalitions sur la problématique du poids. Des Écoles d’été sur le développement durable. Des Centres de recherche sur le dépérissement. Et nous avons même, vous le savez peut-être, des laboratoires pour dépister les types de cancer. Qui ne seraient tout à fait top niveau, selon ce qu’on a pu entendre ces derniers jours. En fait, ils seraient à l’image de tout le reste : tout simplement déments. Taux d’erreur de 30% dans trois labos, tandis que de 15 à 20% des patientes atteintes du cancer du sein auraient reçu un mauvais traitement. Mais le Ministère se fait rassurant : l’échantillon du pathologiste est extrêmement limité, il n’y aurait donc pas lieu de paniquer, tout en omettant de dire que le fait que l’échantillon soit aussi restreint pourrait justement cacher une réalité encore pire. Ce n’est pas seulement les femmes atteintes qui retiennent leur souffle en attendant le nouveau “plan d’action”, c’est tout le Québec thérapeutisé. 7,5 millions de contribuables terrorisés et infantilisés, traqués par le fisc et tenus en respect par la bureaucratie. N’oublions pas que nous touchons ici au coeur de la légitimité du régime : la Santé. La vraie de vraie. Celle qui concerne le cancer, les bactéries assassines, les virus fatals. Celle qui nous ramène directement à notre condition de tristes mortels. Et sur cette question, les contribuables prisonniers de l’État ne négocieront pas. Le système a intérêt à ramener les éprouvettes aux bons endroits et vite fait, parce que sinon ça risque de barder. Parole de contribuable materné.

Mettez-vous à leur place. Ils ont tout accepté. Ils ont renoncé à la liberté pour la sécurité. Ils ont sacrifié ce qu’il leur restait d’individualité pour une hégémonie thérapeutique collective. Délaissé le hasard pour la Providence. Consenti à se faire dévaliser de la moitié de leurs avoirs en taxes et en impôts. Ils ont cru en l’hygiène, le principe de précaution, la “sensibilisation”. Ils ont pensé pouvoir bouter le mal hors de la réalité. Ils se sont soumis à tous les exercices possibles concoctés par les apparatchiks et les techniciens de l’État, et toujours en faisant semblant de ne pas être humiliés, de ne pas se sentir diminués dans leur intelligence. Ils ont laissé l’État parasiter leur famille, retourner leurs enfants et leur femme contre eux. Ils ont permis au gouvernement de voter des lois contre le “harcèlement”, la ”violence psychologique” et toute une série de concepts abstraits que le premier chien battu peut interpréter à sa guise. Toujours dans le but de normaliser les comportements et de maintenir ses sujets dans l’angoisse de la mort, l’État a imposé l’urgence, ces quinze dernières années, de traquer les mauvais mangeurs, les mauvais buveurs, les mauvais fumeurs. En théorie, pour éviter la généralisation des cancers, l’explosion des coûts de santé et des maladies. Mais en pratique, pour brider les consciences dans les seuls paramètres du souci de soi sécuritaire. Le régime est même allé jusqu’à considérer l’interdiction de fumer dans les voitures en présence d’enfants, donc de décider de ce qui se ferait ou non dans votre propre automobile. Tout cela alors que le peuple continue d’aller travailler le iPod dans les oreilles, le dos courbé, l’air sinistre, et que partout s’effrite le lien humain fondamental, non médiatisé par l’État. Et ça continuerait ainsi ? De façon aussi inégale ? Sans que le peuple ne se révolte ?

Si le régime n’est même plus en mesure d’assurer la Santé, que deviendra-t-il ? Les histoires d’horreur sur la barbarie de nos hôpitaux  s’accumulent depuis un certain temps et ce n’est qu’un début. Contrairement à ce que l’on croit, les journaux sont plutôt discrets sur la question. On nous parle de temps d’attente monstrueux, certes, on nous parle de problèmes structurels. Sans doute. Mais nous parle-t-on des erreurs médicales ? Des tragédies personnelles ? De la dissimulation permanente des directions d’hôpitaux ? La vérité, c’est que la majorité d’entre nous savons intimement qu’il est préférable de ne jamais se présenter à l’hôpital sous quelque prétexte que ce soit, à moins d’être à l’article de la mort. On en est au point où les gens quittent l’urgence sans même avoir consulté, simplement par lassitude, un peu comme on le fait lorsqu’on est mis en attente au téléphone trop longtemps. On raccroche, vaincu par la médiocrité de la musique d’ascenseur et par l’attente, et puis on feint de se dire que notre appel n’était pas important. Idem pour les corps malades qui échouent à l’urgence, et qui se résignent à quitter sans se faire soigner. C’est sans compter, encore plus grave, l’improvisation de certains traitements, ainsi que la violence du principe de précaution, qui s’est manifesté dans le dossier des erreurs de laboratoire pour le cancer du sein, mais qui se retrouve aussi à d’autres degrés dans toutes les sphères du domaine médical. Antibiotiques bioniques, chirurgies agressives, médicaments, sirops décapants, tout est bon lorsqu’il s’agit de “prévenir” à grands coups de lance-flammes. Avec pour résultat que l’on ressort du sytème médical encore plus malade qu’on l’était.

Non seulement l’État-Providence ne nous sauvera pas de la mort, mais il ne nous sauvera pas plus de l’indignité. Mieux : le régime est déterminé à nous faire croire, grâce à l’intimidation vigilante de ses intellectuels-experts, que l’indignité auquel nous destine son programme thérapeutique n’en est pas vraiment une. Que c’est une illusion malheureuse qui n’existerait que dans nos têtes, et dont il serait urgent de nous débarrasser. On comprend alors la nature profondément malsaine de ce régime : ce qu’il aime et chérit avant tout, ce n’est pas la santé en elle-même, ce n’est pas la vitalité, ce n’est pas la vigueur. C’est la santé, oui, mais une fois passée par le filtre de l’idéologie dominante. Soigner ne se résume donc pas à soigner, mais à rééduquer ; non pas à nous remettre sur pied, mais à nous diriger dans le droit chemin. Les clowns dépêchés auprès des vieux ne sont rien. Nous aussi, avant même d’être vieux, nous aurons nos clowns, qui sans être des clowns seront quelque chose comme des “médiateurs culturels”. Avec une formation en théâtre et tout. Ils feront le pont entre nos “brèches intérieures” et le “vivre ensemble”. Ils distribueront de la “joie”, de “l’enthousiasme” et de l’affection ; ils répandront un peu de “douce folie” dans notre monde uniformisé et atomisé. Et ils seront d’autant plus légitimés aux yeux de la néo-société qu’ils risquent bien, je le crains, d’être les seuls “amis” de beaucoup de patients adultes. C’est inéluctable : le programme de déconstruction radicale de l’État thérapeutique mènera les individus à vivre l’essentiel de leur vie dans la solitude. Les familles décomposées et recomposées figureront des états temporaires, et finalement assez restreints en comparaison de la solitude où la plupart des êtres seront appelés à consommer leurs jours. La vie psychique individuelle n’existera plus. Elle sera entièrement et littéralement prise en charge par l’État thérapeutique, qui coordonnera, par le biais de ses hôpitaux tiers-mondisés et insalubres, la remise en réseau éphémère des affects inemployés des citoyens. Et ainsi de suite jusqu’à la prochaine maladie, dépression ou baisse de tension. Ainsi de suite jusqu’à la mort.

* * *

PROCHAIN ÉDITORIAL : samedi le 6 juin 2009.

C’était la citation de la semaine…

I. Sanchez. LES TRANSSEXUELS CUBAINS SORTENT DU PLACARD, Cyberpresse (Agence France-Presse), 29/5/2009.

Assis les jambes croisées sur le boulevard de front de mer à La Havane, sa minceur masculine soulignée par une robe rouge très ajustée, «Malu» rêve de chirurgie depuis que les opérations de changement de sexe sont autorisées à Cuba.

«J’espère que ça va marcher. Je me sens femme, mais comment le montrer à un homme si j’ai un pénis devant?», raconte à l’AFP avec un sourire malicieux ce jeune homme de 25 ans. «Malu» est suivi depuis neuf mois par des médecins et psychologues qui doivent décider s’il est apte à subir une opération de changement de sexe.

La sexologue Mariela Castro, fille du président Raul et nièce du Père de la Révolution cubaine Fidel Castro, a annoncé cette semaine qu’avaient commencé «les chirurgies de réattribution sexuelle complète pour les personnes qui remplissent les critères de santé».

Et ce, vingt ans après que l’île communiste eut procédé à sa première et unique chirurgie réussie sur un homme. Les choses en étaient restées là en raison du tollé qu’avait alors suscité cette opération dans un pays connu pour son machisme et qui expédiait les homosexuels dans des camps de travail dans les années 1960 et 1970.

(Lire la suite…)

Oui, mais malheureusement pas dans le sens escompté par les hommes infidèles :

AP (Kuala Lumpur). DIRE À SA FEMME QU’ELLE EST MOCHE POURRAIT BIENTÔT CONDUIRE À LA PRISON, Cyberpresse, 29/5/2009.

Dire à sa femme qu’elle est moche pourrait bientôt être considéré comme un délit en Malaisie, et conduire à une amende, voire à la prison. 

Le Département pour le développement des femmes (WDD), un organisme gouvernemental, compte demander au Parlement d’interdire la «violence émotionnelle» contre les femmes, qui ne bénéficient actuellement que d’une protection de la loi pour les violences physiques, rapporte le quotidien «Star».Des organisations de défense des droits des femmes ont demandé au WDD que les maris qui infligent des «souffrances mentales ou psychologiques» puissent se voir imposer une aide psychologique, des amendes et des peines de prison, selon Ivy Josiah, directrice de l’Organisation d’aide des femmes (WAO). 

(Lire la suite…)

C. Rousseaux. LE STREET-MARKETING, UNE NOUVELLE FORME DE MILITANTISME, Marianne2.fr, 27/5/2009.

Faire de la politique exige de renouveler les méthodes de militantisme. Tout est bon pour convaincre des électeurs dont l’intérêt pour la politique est limité, y compris distribuer des ponchos dans la rue.

La communication politique doit-elle être abordée comme la communication d’entreprise ? Études d’opinion, spin doctors, marketing offensif : les stratégies utilisées ressemblent de plus en plus à celles des entreprises. Le parti devient une marque, et doit défendre son marché. Un moyen efficace : le street-marketing.

(Lire la suite…)

P. Lacerte. LA DÉRIVE DES IDENTITÉS, Journal UQAM, vol. XXXV, no. 17 (4 mai 2009).

Comment mieux vivre ensemble ?

Selon Caroline Désy, la question identitaire n’est pas quelque chose d’inné, mais bien plutôt un concept qui se crée, se développe et se transforme. «L’héritage culturel, dit-elle, n’est que le point de départ de ce qui prendra la forme d’une appartenance, au fil du temps et en fonction des interrelations que l’on développe avec son entourage.» Les marqueurs d’appartenance peuvent être très variés. Pensons, par exemple, aux graffitis qui tapissent les murs de certaines zones urbaines. Ils constituent une façon de se définir et de créer un sentiment d’appartenance.

(Lire la suite…)

À une sidérante unanimité, le renforcement de la Loi sur l’équité salariale a été adopté par l’Assemblée nationale. La loi s’étend désormais aux petites entreprises d’une dizaine d’employés, comme si les PMEs n’étaient pas déjà suffisamment entravées dans leur développement par la bureaucratie d’État. Cette loi est l’une des pierres d’assises de la sociologie antidiscriminatoire, qui consiste à ne pas se satisfaire de l’égalité libérale et à mobiliser, de façon toujours plus croissante et déraisonnable, les ressources bureaucratiques et légales de l’État pour atteindre une illusoire ”égalité de fait”.

Au nom de “l’égalité de fait”, on anéantit, dans les faits, toute forme de liberté — et de justice, car de toutes les lois, la Loi sur “l’équité salariale” est l’une des plus injustes qui soient.

Gouvernement du Québec. RENFORCEMENT DE LA LOI SUR L’ÉQUITÉ SALARIALE — AU QUÉBEC, L’ÉGALITÉ ENTRE LES FEMMES ET LES HOMMES PASSE PAR L’ÉQUITÉ SALARIALE, 27/5/2009.

(Lire la suite…)

L’Institut du Nouveau Monde, machine militante réputée pour son inter/multiculturalisme, annonçait dernièrement son implantation en Mauricie. L’enthousiasme est tel, au Collège Laflèche, que même les professeurs du programme de Sciences, Lettres et Arts voudraient s’y mettre en associant leur “enseignement” aux “valeurs et aux projets de l’INM”. J’imagine que cette résolution, relayée par le coordonnateur du département, n’a pas fait l’unanimité au Collège Laflèche et qu’il s’y trouve encore des professeurs pour vouloir préserver leur indépendance. S’il y en a parmi mon lectorat, je serais curieux de les lire (pour m’écrire : cliquez ici). Confidentialité garantie.

(Lire la suite…)

Le Soleil publie aujourd’hui “Le féminisme d’État en régime multiculturaliste“.

Ou quand la subversion consensuelle ne fait plus rire…

F. Y. Gourd. BRAVO POUR LES CLOWNS, Le Devoir, 26/5/2009.

Lettre adressée à Madame la ministre Marguerite Blais.

En 2004 j’étais en tournée des orphelinats et des résidences pour personnes âgées en Russie, au Tibet et en Chine avec le docteur Patch Adams. Le bon docteur disait: «Si je réussis à faire rire un enfant, ne serait-ce qu’une heure dans sa vie, ce sera déjà une bonne affaire.» 

Dans une résidence chinoise pour les vieux, on nous a dit de ne pas nous occuper d’une vieille femme, car elle ne parlait ni ne bougeait depuis plusieurs années. 

Au bout de quinze minutes, portant un nez rouge, l’aînée dansait et riait au son de l’accordéon. L’infirmière nous regardait comme des faiseurs de miracles.

Dans les hôpitaux, les clowns font des miracles. Dr. Clown est essentiel pour la santé mentale de toute la société. 

La foulosophie doit se répandre comme un rire sans pince dans ce monde malade qui ne rit plus. La moitié droite du cerveau est atrophiée tandis que le côté gauche règne en seigneur de la guerre. 

(Lire la suite…)

La Coalition pour la liberté en éducation a commandé un sondage à la firme Léger-Marketing sur la liberté de choix en matière d’éducation morale et religieuse. Le sondage a été mené du 13 au 17 mai 2009 auprès de 1 008 Québécois, avec une marge d’erreur de 3,1% (19 fois sur 20).

La vaste majorité des Québécois (76 %) sont d’accord pour que les parents aient le choix entre l’enseignement religieux confessionnel et le cours d’éthique et de culture religieuse (une hausse de 7 points par rapport à octobre 2008), alors que 20 % sont en désaccord et que 4 % n’ont pas d’opinion sur cette question ou refuse d’y répondre.

C’est parmi les Québécois âgés entre 35 et 44 ans que nous retrouvons la plus forte proportion de personnes en accord avec le fait que les parents aient le choix entre les deux types d’enseignement (85 %), mais aussi parmi les femmes (81 %), les parents (80 %) et les personnes ayant complétées des études secondaires ou collégiales (81 %). Inversement, ce sont les hommes qui sont significativement plus opposés à ce que les parents aient le choix entre les deux types d’enseignements (25 %), ainsi que les personnes de plus de 65 ans et plus (27 %).

(Lire la suite…)

La Presse couvre aujourd’hui l’affaire de cette dame de Montréal-Nord qui est morte après que trois adolescents eurent volé son sac à main. On nous offre la “version des adolescents”, ce qui paraît tout à fait légitime, mais avec un curieux penchant pour la psychologisation et la victimisation. On comprend certes qu’un vol qui débouche sur la mort de la victime puisse être qualifié ”d’incident qui a mal tourné”. Il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’un meurtre. La justice a un nom pour ce type de crime : meurtre non-prémédité. Pourquoi, plutôt que d’avoir interrogé le psychologue-expert, qui, quoi qu’il arrive, trouvera toujours des justifications psychologisantes à tous les crimes de l’univers, n’a-t-on pas interrogé un criminologue qui nous aurait expliqué les fondements juridiques et historiques de la distinction entre meurtre prémédité et non-prémédité ? Voilà qui aurait été intéressant.

Patrick Lagacé signe aussi une chronique sur l’affaire. Même ton psychologisant que l’article de D. Cameron, mais cette fois sur le mode de la chronique et du récit personnel.  (Lire la suite…)

LA MAUVAISE LEÇON DU PROFESSEUR BOUCHARD

Mathieu Bock-Côté

(L’Action nationale, mai-juin 2009, p.103-107 — aussi disponible sur le site de l’auteur)

Dans un style de grand professeur qui reprend le mauvais élève, Gérard Bouchard me fait l’honneur d’une leçon (Le Devoir, 20 mai 2009). Il me reproche au mieux de mal comprendre sa pensée et de ne pas en décoder les subtilités, au pire d’en faire une caricature pour la transformer en repoussoir (Le Devoir, 15 mai 2009). Je lui reprocherais d’adhérer au multiculturalisme alors qu’il en ferait une critique d’autant plus sévère qu’il serait contradictoire avec ses convictions souverainistes. Un multiculturalisme dont il aurait d’ailleurs fait le procès à Harvard au cours de la dernière année ! En fait, ma critique révélerait mon rapport trouble à la démocratie et une intolérance qui me ferait manquer de retenue, de prudence dans le travail scientifique. Voyons voir. (Lire la suite…)

On est contre toutes les formes de discrimination“, a tenu à préciser Michèle Asselin, la présidente de la Fédération des femmes du Québec, en prenant position contre l’interdiction des signes religieux dans la fonction publique québécoise. Nous le savons, l’affaire a pris des proportions considérables en raison du sujet plus sensible du voile islamique, qui heurte les valeurs occidentales d’égalité entre les sexes.

La FFQ dit agir dans le sens de l’intégration : sur un mode de pensée qui relève plus de la psychologie de croissance personnelle que de l’intelligence politique, elle affirme que l’État, en permettant aux femmes musulmanes de porter le voile dans la fonction publique, se trouverait à “accompagner” dans leur processus d’acclimatation à la société d’accueil des femmes déjà vulnérables en raison de leur origine culturelle. Il n’y a qu’à lire le communiqué de la FFQ (9 mai) : tout l’argumentaire de l’organisme repose sur l’idéologie anti-discrimination, autrement dit sur le multiculturalisme. “On doit tenir compte du croisement des multiples discriminations subies par les femmes issues de groupes ethnoculturels et racisés, discriminations qui les contraignent à des situations de vulnérabilité et d’exclusion encore plus importantes que pour l’ensemble des femmes“. Interdire le voile équivaudrait à une “stigmatisation” de plus, nous dit la FFQ, ce qui pourrait entraîner un “repli identitaire de certains groupes minoritaires dans la société“.

La FFQ, dans le sillage de la doctrine multiculturaliste, se plaît à évoquer le “devoir de tolérance” pour justifier son refus obstiné de juger les pratiques culturelles et religieuses extra-occidentales. Cette tolérance qui se refuse à nommer le réel, au prétexte d’éviter les “stigmatisations”, n’est pas la tolérance que nos démocraties libérales ont appris à chérir et à défendre. C’est une “tolérance” qui fait le nid de l’acceptation indifférenciée des coutumes et des moeurs, parmi lesquelles il s’en trouve pour être radicalement incompatibles avec les nôtres.

Plusieurs Québécoises ont reçu avec émotion la décision de la FFQ, et cela se comprend. Elles ont eu tôt fait de brandir les valeurs féministes, d’évoquer les “luttes passées” et l’ancienne tutelle de l’Église, dont elles ont réussi depuis longtemps à se libérer. Elles emploient ainsi un langage prévisible qui est loin d’être adapté à la nouvelle réalité. Leur ennemi le plus sérieux, ce n’est pas le “machisme”, le “système patriarcal” ou encore les “curés”, mais bien le multiculturalisme. Les féministes outrées peuvent bien continuer à employer le même langage si elles veulent, mais elles doivent comprendre qu’elles se condamnent ainsi à l’impuissance face aux avancées de l’islam politique. L’idéologie islamiste, bien qu’imprégnée de caractéristiques patriarcales et machistes, est d’abord soutenue par le multiculturalisme. Le multiculturalisme, en comparaison du machisme, n’est pas ce qui choque les féministes à première vue ; il est pourtant infiniment plus dommageable du point de vue politique.

La FFQ n’est pas la première institution québécoise à se retourner contre la société québécoise au nom du multiculturalisme. Elle n’est sans doute pas la dernière. Des cours d’histoire aux cours de “culture religieuse”, en passant par la liberté des femmes, un ennemi commun se profile : l’idéologie multiculturaliste. Le plus tôt les Québécois l’auront compris, le plus tôt ils pourront redevenir maîtres de leurs institutions et de leur destin.

* * *

Que les féministes en rupture avec la FFQ soient en première ligne du combat contre l’islamisme n’est pas nécessairement une bonne nouvelle. Les sociétés occidentales, en particulier celles où l’inter/multiculturalisme d’État a frappé le plus fort, semblent impuissantes à étudier les nouvelles menaces autrement que dans les termes périmés de l’idéologie anti-discrimination. Doit-on comprendre que l’on risque d’assister, face à la progression symbolique et démographique de l’islam politique, à une radicalisation du féminisme et de l’homosexualisme anti-discrimination ? Mon petit doigt me dit qu’on n’est plus bien loin de voir apparaître publiquement un nouvel amalgame entre Stephen Harper et Mahmoud Ahmadinejad, entre les “rednecks” du Texas et ceux de Téhéran. La gauche morale, on le sait, a une longue expérience de ce type de procédé. La talibanisation des machos et la nazification des “homophobes” n’annoncent rien de bon en ce sens.

Il va de soi que chacune des catégories de “victimes” visées par l’islam politique (les femmes et les homosexuels, en particulier) devront être défendues à la lumière de nos principes de libertés civiles. Il m’apparaît évident que la très grande majorité des Québécois, quelles que soient par ailleurs leurs réserves personnelles sur l’homosexualisme militant, trouveraient inacceptable que des homosexuels soient victimes de violence en raison de leur orientation sexuelle. En Europe, la corrélation entre le multiculturalisme, l’islamisation et les crimes haineux contre les homosexuels est avérée. Les homosexualistes professionnels continuent pourtant, conformément au paradigme pénitentiel de l’idéologie multiculturaliste, de militer dans le sens d’une rééducation toujours plus poussée du peuple québécois, lequel, parce qu’il ne serait pas complètement homosexualisé, serait suspecté d’entrenir à l’égard des homosexuels une pulsion haineuse latente. Les homosexualistes, tout comme les féministes, continuent de voir en la “majorité silencieuse” québécoise leur principal ennemi, au mépris de tout sens des réalités.

L’idéologie anti-discrimination, qui est devenue hors de contrôle, et qui cède depuis quelques années à une inclination totalitaire, ne fait plus la différence entre les pensées et les actes. Les homosexualistes et les féministes exigent une adhésion entière et morale à leur cause, comme si les individus n’avaient plus le droit d’entretenir des pensées personnelles et traditionnelles sur le rôle social des femmes et des homosexuels. On sait que dans leur document préparatoire à une politique nationale de lutte à l’homophobie, les homosexualistes ont pathologisé l’hétérosexualité normative sous le nom d’”hétérosexisme”. Et ce sont ces idéologues de l’anti-discrimination qu’il faudrait se réjouir de voir sur la ligne de front anti-islamiste ?

* * *

On l’a oublié, mais bien avant la menace de l’islamisation, les zélotes de l’anti-discrimination causaient déjà beaucoup de dommages dans les démocraties libérales. Il y a une vingtaine d’années, à l’époque de la chute du mur de Berlin, leurs organisations militantes commençaient à s’activer dans les marges sous le regard indifférent de populations absorbées par la passion hédoniste et consumériste. Personne ne portait attention à ces revendications fielleuses qui prenaient pour objet premier de répulsion l’homme blanc hétérosexuel occidental. Grave erreur, on le voit aujourd’hui. L’antiracisme, l’homosexualisme et le féminisme ont préparé chacun à leur manière le terrain du multiculturalisme intégral, qui à son tour a enclenché le processus d’islamisation des sociétés occidentales, avec l’Europe comme avant-garde. Les militants ignorés de jadis sont maintenant au pouvoir à la tête de la technocratie d’État. Leur pouvoir est d’autant plus élargi qu’il se voit légitimé par une intelligentsia académique qui semble avoir renoncé à toute distance critique et intellectuelle. Les universitaires ne réfléchissent plus : ils prescrivent, ils soutiennent, ils pétitionnent. Ils disqualifient. Ils “observent”. Ils moralisent. D’où viendra la critique du régime si l’institution du savoir elle-même, représentante de la liberté intellectuelle, est imbriquée dans le programme de l’État techno-progressiste, comme c’est actuellement le cas ?

Si l’antiracisme, le féminisme et l’homosexualisme sont si bons pour nous, comment se fait-il qu’ils ont été incapables, en Europe, d’enrayer le processus d’islamisation et d’érosion des libertés ? La réponse est simple : parce que leur fond de commerce anti-discrimination les prédisposait déjà à l’aveuglement face aux sophismes multiculturalistes. Sur les points stratégiques, ces idéologues de la vertu resteront toujours incapables d’aller jusqu’au bout de leur critique puisque celle-ci les mènerait fatalement à remettre en question la logique anti-discrimination, qui est à la base du multiculturalisme mais aussi de leur propre idéologie. Pourquoi ne pas admettre la déviance stupide de leur obssession anti-discrimination, qui est passée d’un besoin de nommer des injustices réelles à un désir effréné de rééducation massive ? Pourquoi ne pas reconnaître que la critique du multiculturalisme est la seule à même de combattre l’islamisation des sociétés occidentales ? Pourquoi ne pas mettre au rancart leurs fantaisies constructivistes puériles et consentir enfin à aborder frontalement le réel ?

Les féministes québécoises auraient tout avantage à prendre exemple sur Ayaan Hirsi Ali, une femme courageuse qui a compris les rapports destructeurs entre multiculturalisme, islamisation et liberté des femmes. Hirsi Ali nomme bien le problème en parlant d’incompatibilité radicale entre la tradition islamique et la démocratie occidentale. La “tolérance” véritablement libérale n’implique pas de supporter indistinctement, sur un mode passif, voire torpide, tout ce qui nous est étranger, mais d’accueillir l’étrangeté du monde à l’aune de la raison politique, et donc de juger de ce qui est bon et de ce qui est juste. La ”tolérance” fait appel à la raison et non aux sens. Lysiane Gagnon, qui, décidément, ne brille pas par son intelligence ces temps-ci, écrivait le 16 mai dernier dans La Presse : “Dans une société remplie de gens défigurés par des tatouages et d’adolescents rongés par des piercings jusque sur la langue, la vue d’une femme en hijab, franchement, ce n’est pas la fin du monde !” Autrement dit, puisqu’on fait déjà pitié, autant continuer à s’enfoncer en se refusant le droit de juger autrui. On fait difficilement mieux comme délire ethnomasochiste. Il est vrai que Lysiane Gagnon, dans une autre inspiration de génie (La Presse, 30 avril 2009), a aussi assimilé la couleur de peau de la population “homogène” de Québec au célèbre pain blanc tranché Weston.

C’est au contact des véritables menaces que s’éprouvent les sociétés libres. Il pouvait sans doute être enivrant, pour certaines féministes et certains homosexualistes, dans les années 80 et 90, de crier à l’oppression parce que des machos s’autorisaient dans la rue à traiter les unes de catins et les autres de pédés. Nous n’en sommes plus là. L’étape des susceptibilités victimaires et du narcissisme militant doit être dépassée. Une véritable menace frappe aujourd’hui aux portes des démocraties occidentales, et elle peut compter sur un cheval de Troie que nous lui avons nous-mêmes fourni : le multiculturalisme.

L’alliance de la liberté ne saurait donc se constituer à l’intérieur du cadre inter/multiculturaliste, ou de ce que Bouchard et Taylor ont promu sous le nom de ”pluralisme intégral”. Bien au contraire, elle ne peut se constituer que contre lui, ainsi que contre nos élites qui le défendent.

* * *

PROCHAIN ÉDITORIAL : samedi le 23 mai 2009.

M. Thibodeau. “L’HOMOPHOBIE CONTINUE DE FAIRE DES RAVAGES EN FRANCE“, La Presse, 23/5/2009.

Malgré les demandes de SOS homophobie, les écoles de formation de la police n’ont pas intégré de volet relatif à la discrimination qui permettrait de faire reculer les préjugés dans le milieu, dit-il.

Le Syndicat national des policiers municipaux dénonce, de son côté, la persistance d’une «mentalité de machos» qui veut qu’il faut «être un homme viril pour être dans la police» ou encore que les homosexuels sont «faibles».

SOS homophobie se préoccupe également de la «très forte progression» du nombre de plaintes concernant l’internet.

«C’est un lieu de l’anonymat où se déchaînent des propos homophobes d’une très grande violence», souligne l’organisation, qui recense, dans son rapport, plusieurs exemples problématiques relevés sur des sites de réseautage, des forums ou des blogues.

Le document reproduit notamment une bande dessinée montrant une enseignante qui présente à ses élèves un couple d’hommes flanqués de diablotins.

Les trois personnages «ont des traits qui rappellent les caractères antisémites des années 30», relève SOS homophobie, qui déplore le fait que certains opérateurs de sites évoquent la liberté d’expression pour refuser de sévir contre les homophobes.

QUELQUES REMARQUES :
(Lire la suite…)

C. Lalonde. “FESTIVAL TRANSAMÉRIQUES – JEAN FABRE : ARTISTE DE SANG, D’URINE ET D’ENCRE“, Le Devoir, 23-24/5/2009.

Soyons avertis, L’Orgie de la tolérance pèche par tous les excès. Créée en 2008, la plus récente pièce de Fabre s’est fait Paris en février. Le journal Le Monde: «Tout est tellement énorme, choquant même parfois, qu’on en croit à peine ses yeux. La question des limites, du goût, et surtout du mauvais goût [...], de la vulgarité qui va avec, est au coeur de L’Orgie de la tolérance.» Le spectacle a pourtant fait mouche au Théâtre de la Ville, récoltant rires et applaudissements.

Pour dénoncer le capitalisme et la consommation à outrance, Fabre et ses neuf interprètes servent un bouillon d’audace. Il faut bien le dire, puisqu’il faudra le voir, et appeler un chat un chat: mains aux culottes, orgasmes simulés, masturbation de ces messieurs, fusil planté dans un cul, ces dames qui accouchent de boîtes de conserve dans un panier d’épicerie, Jésus Christ top model. Et injures au public, au metteur en scène, «fuck you all» et le reste de l’univers.

[...]
Artiste prolifique qui peut mettre en scène jusqu’à quatre nouvelles pièces en un an, c’est la montée de la droite radicale qui l’a fait réagir pour L’Orgie. «L’extrême droite a gagné tellement de votes dans mon pays, elle est maintenant considérée comme une présence normale, et ç’en est une pour moi, une orgie de tolérance.»

[...]
«Le but de l’artiste est de guérir, presque, les blessures dans l’esprit des gens. Mon théâtre, mes dessins sont toujours une célébration de l’individu et de l’être. Pour défendre la vulnérabilité de l’humain et de son corps.» Même s’il faut pour ce faire passer valeurs et conformisme au hache-viande.

La campagne de financement 2009 de L’Intelligence conséquente est maintenant terminée. J’aimerais, une fois de plus, remercier tous ceux qui, à coup de 20, 50 et 100$ (et même de 500$), m’ont manifesté leur soutien. J’ai été agréablement surpris par la qualité de votre réponse. Cette campagne, bien au-delà de l’argent, touchait à des questions fondamentales de reconnaissance et de légitimité. Vous êtes heureusement plusieurs à l’avoir compris. Elle fut aussi l’occasion d’échanger avec mon lectorat, si réservé et discret, et d’en savoir un peu plus sur sa composition. Vous êtes profs d’université, journalistes, journaliers, représentants, cadres de PME, fonctionnaires, informaticiens, médecins, autodidactes ou doctorants, scandalisés ou inquiets : diversifiés, vous avez pour point commun de ne pas être fou. Qualité très rare qui vous distingue de vos contemporains.

La prochaine campagne de financement aura lieu en avril 2010. D’ici là il vous est possible, bien entendu, de soutenir financièrement le site en tout temps, si tel est votre souhait (“COMMENT AIDER L’INTELLIGENCE CONSÉQUENTE ?“).

Très cordialement,

C. B.

L. Payette. TOMBER DE HAUT…, Le Devoir, 22/5/2009.

Il en fallait un troisième. Ce troisième, c’est Stephen Jarislowsky, ce gourou de la finance, hautement respecté dans le monde de l’argent. En l’entendant jaspiner au sujet des «petites femmes», j’ai tendu l’oreille. Disons que les femmes ne sont pas son sujet habituel et que son âge avancé et sa longue expérience permettaient de penser qu’il aurait sur le sujet un point de vue original.

Je n’ai pas été déçue. Son point de vue exprimé clairement n’était pas tellement différent de celui des talibans qui sévissent ailleurs. Notre taliban à nous a dit que les petites femmes qui avaient élevé des enfants ne pouvaient rien apporter aux conseils d’administration où on envisageait de les nommer pour arriver à une représentation plus équilibrée entre les sexes à ce niveau du pouvoir, ou quelque chose de semblable…

LA FONDATION TRUDEAU OCTROIE 2,7 MILLIONS $ À QUINZE ÉTUDIANTS DE DOCTORAT EN SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES, CNW/Telbec, 20/5/2009.

Six Québécois disposeront de 180 000 $ pour affronter des problèmes cruciaux

MONTREAL, le 20 mai /CNW/ – Résolument engagés à résoudre les difficultés liées notamment au logement abordable, au jeu pathologique, à la gestion de l’eau, à l’assistance aux réfugiés et à la migration des travailleurs de la santé, les quinze boursiers à qui la Fondation Pierre Elliott Trudeau a offert 180 000 dollars sont promis à une renommée nationale et internationale. Les travaux de recherche de ces étudiants de doctorat canadiens et étrangers portent sur des questions cruciales pour l’avenir de nos sociétés, ici et ailleurs dans le monde. [...]

Je vous invite à consulter le communiqué pour voir la liste complète des boursiers : des “organismes de bienfaisance” aux “logements abordables”, en passant par “l’aide aux réfugiés”, aucun de leur sujet d’étude ne fait dans la recherche fondamentale et critique. Il s’agit de sujets qui relèvent uniquement de la logique thérapeutique ou de l’ingénierie sociale.

D. Lemay. SIMON HAREL DE L’UQAM LAURÉAT DU PRIX TRUDEAU, La Presse, 21/5/2009.

Simon Harel, professeur à l’UQAM et pionnier de l’étude de l’impact des migrations sur l’environnement culturel et littéraire, est l’un de quatre nouveaux lauréats de la Fondation Pierre Elliott Trudeau. [...]

Pour le chercheur, Montréal – et en son centre l’UQAM – se posent comme les grands leaders dans ce qu’il appelle le «chantier interculturel», chantier qui, tôt ou tard, devra s’étendre à l’ensemble du territoire québécois. « Ça doit passer par les enfants et par l’éducation. Nous sommes en pleine révolution. Quand les jeunes qui ont aujourd’hui 10, 12 ans iront voter, quelle que soit leur origine, on ne pourra pas se permettre de leur dire qu’ils ne sont pas assez Québécois…»

Comme lauréat du prix Trudeau, Simon Harel reçoit une somme de 150 000 $ étalée sur trois ans plus 75 000 $ à titre d’allocation de recherche, de voyage et de «dissémination». Les autres lauréats sont Isabella C. Bakker de l’Université York de Toronto qui «a choisi de servir la cause des femmes sur le plan économique»; Beverley Diamond de l’Université Mémorial de Terre-Neuve, spécialiste de l’héritage musical des peuples autochtones; et Jeremy Webber, constitutionnaliste et expert des droits autochtones de l’Université de Victoria. [...]

REFUSONS LA TRANSPHOBIE, RESPECTONS L’IDENTITÉ DE GENRE !, Le Monde, 16/5/2009.

[...]
Loin de protéger les citoyens et citoyennes trans, les Etats et les institutions renforcent la transphobie sociale par les politiques réactionnaires qu’ils mènent : bien trop souvent, les lois et les pratiques sociales obligent ces personnes à vivre avec une identité de genre qu’elles ressentent comme fausse. Dans la plupart des pays, le moindre acte visant à changer de genre peut amener des sanctions légales, exposer aux maltraitances et conduire à l’exclusion sociale.
[...]

Voici la liste des signataires de cette tribune :

Martine Aubry, première secrétaire du PS ; Elisabeth Badinter, philosophe ; Bambi, artiste ; Françoise Barré-Sinoussi, Prix Nobel de médecine ; Pierre Bergé, hommes d’affaires ; Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PCF ; Daniel Cohn-Bendit, président du groupe Verts au Parlement européen ; Michael Cashman, président de l’Intergroupe gay et lesbien du Parlement européen ; Bertrand Delanoë, maire de Paris ; Jacques Delors, ex-président de la Commission européenne ; Judith Butler, philosophe (Berkeley) ; Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue des droits de l’homme ; Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts ; Eric Fassin, sociologue, ENS ; Geneviève Fraisse, philosophe, CNRS ; Maurice Godelier, anthropologue, EHESS ; Serge Hefez, psychiatre, psychanalyste ; Jean-Paul Huchon, président du conseil régional d’Ile-de-France ; Jacques Gaillot, évêque de Partenia ; Elfriede Jelinek, Prix Nobel de littérature ; Jack Lang, ex-ministre de la culture ; Noël Mamère, député ; Luc Montagnier, Prix Nobel de médecine ; Michelle Perrot, historienne ; Elisabeth Roudinesco, psychanalyste ; Yvette Roudy, ex-ministre des droits de la femme.

(Lire la suite…)

Page suivante »