Par-delà la critique légitime du corporatisme policier, observez l’amalgame malhonnête qu’opère Rima Elkouri entre le “Nous” d’esprit de corps et le “Nous” de la majorité nationale. Façon comme une autre d’encourager une interprétation multiculturaliste des événements et de paver la voie à une enquête sur le présumé “profilage racial”.
R. Elkouri. LE NOUS QUI DIT TOUT, La Presse, 28/10/2009.
«Nous, les policiers, on est honnêtes.» La phrase lancée comme une grande évidence par l’enquêteur de la Surêté du Québec dans le cadre de l’enquête du coroner sur la mort de Fredy Villanueva a eu l’effet d’un coup de poing. Sans le vouloir, le policier Bruno Duchesne, irrité par les questions répétées remettant en question son impartialité, confirmait en rougissant l’utilité même de cette enquête publique.
«Nous, les policiers, on est honnêtes.» Le coeur du problème, ou du moins son oreillette, semble être là, dans ce Nous qui mène une enquête sur un autre honnête membre du même Nous. Ce Nous qui se définit forcément par opposition à un Eux qui n’est pas nommé. Dans le coin droit, Nous, les policiers foncièrement honnêtes. Dans le coin gauche, Eux, les jeunes délinquants de minorités foncièrement malhonnêtes. La cause est-elle donc déjà entendue? À quoi bon mener une enquête, alors?
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En soulevant ce genre de questions, on comprend que l’enquête publique sur les causes et les circonstances du décès de Fredy Villanueva ne concerne pas que la famille du disparu. De façon plus large, il y est forcément aussi question de l’impartialité du système de justice, de la conduite des policiers dans les quartiers défavorisés où sévissent des gangs de rue et des relations entre «Nous, les policiers» et «Eux, les minorités». Et on aurait tort de croire que les enjeux – la justice et la paix sociales – ne concernent que l’arrondissement de Montréal-Nord.