Délire écologiste


Chartes

Watching

Notre monde, qui est déserté par la véritable charité et le véritable amour, est pourtant rempli - du moins si l’on se fie à ce qu’on entend dans les médias et un peu partout - “d’empathie”, de “compassion” et de souci “humanitaire”. C’est que le droit de l’hommisme effréné de notre époque est le versant visible et renversé d’un monde infernal - le nôtre, en réalité - où les humains s’entretuent, se siphonnent, se trahissent, s’entredévorent. De tout temps, et notre époque ne fait pas exception, les hommes se sont servis des bons sentiments pour cacher leurs crimes. Si les vertueux onusiens pullulent en 2008 et agitent leurs drapeaux arc-en-ciel, ce n’est pas parce que notre civilisation triomphe… C’est parce qu’elle est en train de brûler…

Je sais que plusieurs habitués de L’Intelligence conséquente sourcillent devant mes attaques contre les écologistes. Ils disent me “suivre” sur beaucoup de sujets : le politiquement correct, Espace Culture, le théâtre poupon, l’égalitarisme maniaque… Mais l’écologie ? Pourquoi être si méfiant ? N’est-il pas vrai que la Terre se réchauffe ? Et que nous vivons dans un monde pollué ? Et ainsi de suite…

Tout d’abord, je dois préciser une chose : vous n’avez pas besoin de me “suivre” sur quoi que ce soit. Vous n’avez qu’à me lire, et c’est bien suffisant. Le reste, vos accords ou vos désaccords, ça ne me concerne pas. Deuxièmement, mettons cartes sur table, au risque d’être brutal : le réchauffement climatique et l’hypothétique fin du monde… Les algues bleues… L’Arctique et les ours polaires…  Je m’en tape. Complètement. Vous m’entendez ? Que l’humanité soit encore sur Terre dans 200 ou 300 ans est le cadet de mes soucis. M’en fous, c’est clair ? Je ne ressens aucune angoisse face à cette éventualité. Aucune. Mon angoisse, si angoisse il y a, ne naît pas du futur, mais du présent. Elle naît du constat que je fais au quotidien, sur la base des abjections que je recense ici même, même si je n’ai pas le temps de tout recenser. Ce qui se retrouve sur L’Intelligence conséquente représente, je ne sais pas, disons 6-7% de tout ce que j’entrepose dans ma cervelle…  Ces crimes, ces abjections et ces lâchetés qui ne cessent d’être faits pendant que les techno-progressistes agitent les drapeaux arc-en-ciel, voilà ce qui m’intéresse. Pendant que les écologistes professionnels agitent le spectre de l’anéantissement, tout le monde regarde ailleurs n’est-ce pas… Plus personne ne voit ce qu’il fait… Là, maintenant. Au moment où je vous parle. En 2008 !

Mesurer le niveau des océans, soigner les baleines, dépolluer les rivières, ce n’est pas mon boulot. Mon travail ne consiste pas à sauver l’humanité, mais à la regarder aller… Les choses sont ainsi… Et ce que je remarque, c’est que la formidable énergie qui se concentre autour de l’écologisme, les passions innombrables qui s’y investissent, traduisent une hantise de la durabilité du monde et de l’espèce : une hantise de la reproduction. L’humanité pose à la Terre une question qu’elle n’a pas le courage de poser directement à elle-même : pourquoi continuer ? Pourquoi se reproduire ? Avons-nous seulement encore des raisons de continuer d’exister ?

Excellente question ! Mais qui n’est jamais posée dans les bons termes… Parce que la réponse est dite d’avance, depuis toujours, et qu’elle n’est guère flatteuse pour le genre humain. Allons, pourquoi ne pas mettre fin au suspense tout de suite ? La réponse c’est NON, vous le savez aussi bien que moi…  Aucune raison de continuer ! Aucune !

Bien sûr, les problèmes environnementaux ! Bien sûr ! L’homme doit les considérer, tenter de les résoudre… Mais ce n’est pas de cela qu’il est question ici. Avant aussi il y avait des problèmes environnementaux, mais il se trouve que la perception que l’humanité en a aujourd’hui est tout à fait autre, et ne relève pas seulement de l’observation de son habitat… L’espèce investit une demande existentielle, quasi métaphysique, dans l’écologisme…

Il y a trop d’événements qui se bousculent actuellement, trop de métamorphoses anthropologiques et philosophiques, pour que l’écologie soit une préoccupation purement empirique tout à fait indépendante du contexte culturel où nous vivons. Et de fait, à lire les chroniques, ou à entendre le discours des écologistes dans les médias (depuis quelques années il n’est plus possible de les manquer), c’est justement la nature idéologique de leur préoccupation “vertueuse” pour l’environnement qui finit, avec le temps, par ressortir.

Comment voulez-vous ne parler que de plastique et de détergents verts dans tous vos textes, une ou deux fois par semaine, sur plusieurs années ? Il vient un temps, quand les lecteurs sont assez abrutis et usés par la propagande, où le propos politique doit prendre le pas, et transformer tous ces abrutis passifs en militants actifs. En électeurs paranoïdes et en zélateurs délateurs. En onusiens convaincus !

L’écologisme, disais-je un peu plus tôt, trahit une hantise de la reproduction. Et qu’observe-t-on, aujourd’hui même, alors que la reproduction humaine passe de la nature à la science ? Alors que la fécondation n’est plus un accident, ou une espèce d’épreuve mettant en cause deux sexes, deux épidermes, deux sensibilités, deux fonctions symboliques, mais de plus en plus un planning scientifique, techno-régulé, éprouvettes et chartes des droits à l’appui ? Qu’observe-t-on, alors que les féministes d’hier, qui militaient pour l’avortement, militent aujourd’hui pour le “droit à la fertilité” ? Qu’observe-t-on, alors que les évolutions scientifiques ne sont plus harmonisées avec la pulsion hédoniste des hommes (par exemple : la pilule contraceptive), mais avec leur pulsion reproductrice ? Qu’arrive-t-il, quand tout à coup les femmes se mettent à envisager sereinement de se faire féconder dans les laboratoires, sans même l’intervention du père ? Eh bien on observe, à gauche et à droite, un déploiement rhétorique extraordinaire sur le motif de la “nature”, nous imposant par la bande un romantisme inspiré des merveilles des prés, de l’Himalaya, du Groenland et des Laurentides. Les gens parlent et fabulent, “expriment leurs inquiétudes”, “font part de leurs émotions” sur la “nature souillée”, “compromise”… Ils s’impliquent dans Greenpeace, “prennent la parole” sur “la place publique”… Or, parlent-ils vraiment de ce qui est extérieur à eux, de la planète, ou parlent-ils en réalité d’eux-mêmes, comme ils en ont d’ailleurs toujours eu l’habitude ?

Ils parlent d’eux-mêmes, bien entendu. D’eux seuls. Et de ce qu’ils sont en train de devenir. Le succès idéologique de l’écologie tient à cette vulnérabilité particulière des masses, aujourd’hui en 2008, au carrefour d’un développement scientifique exponentiel et d’une révolution contre-culturelle expirante. Enlevez ce questionnement latent sur la reproduction, et l’écologie redeviendrait ce qu’elle a toujours été : un passe-temps pour intellectuels de camping et pour charlatans cyniques. Mais ce n’est pas le cas. L’écologie fusionne donc avec tous les autres champs de l’investigation idéologico-universitaire, en particulier avec le champ des sciences sociales et de la philosophie morale. Des gens qui n’auraient jamais été pris au sérieux dans un autre contexte sont aujourd’hui écoutés, pris en considération, invités dans des sommets internationaux, tout cela après s’être bâti bien souvent une expertise de façade en grappillant dans la biologie, la philosophie et la politique. Autrement dit, l’écologie fait maintenant partie du Programme techno-progressiste.

J’ai bien dit l’écologie, et non l’environnement - deux choses distinctes. L’écologie est l’idéologisation de l’environnement. Son incorporation dans un programme politico-philosophique doctrinaire. Les écolos aimeraient bien transformer le monde entier en écosystème, et abolir la hiérarchie entre l’espèce humaine et l’espèce animale, entre les hommes et les plantes (voir mon texte sur le Parlement des plantes). En somme, ils veulent abolir la spécificité humaine - le point de vue politique - pour lui substituer une doctrine éthique où le génie humain, qui est splendidement diviseur par définition, deviendrait trivial, voire malvenu. Cette doctrine éthique harmonisante, qui est en voie d’être imposée un peu partout dans le monde (il n’y a qu’à lire le rapport de la Commission Bouchard-Taylor pour en voir une expression québécoise), appelle une réduction de l’individu au statut d’un spécimen végétal parmi d’autres, représentant par son origine ethnique une quelconque “appartenance”, elle-même composante d’une vaste macédoine appellée “biodiversité” ou “multi/interculturalisme”.

Le Programme se manifeste, dans le discours des écologistes, par des amalgames de plus en plus fréquents entre les “changements climatiques” et “la culpabilité de l’Occident”, entre “bouleversement de l’ordre planétaire” et “bouleversement de l’ordre politique”. On conviendra qu’on est loin des bacs à recyclage, et des “petits efforts” que ces mêmes écologistes nous demandaient de faire dans les années 90 ; en tout cas, il ne s’agit plus de pragmatisme scientifique, et encore moins de réalisme politique. On est au contraire devant un fantasme idéologique, et le fait que ce fantasme idéologique aux accents humanitaires soit porté par les écologistes devrait susciter la méfiance chez tout honnête homme. L’angoisse reliée à notre inutilité croissante d’humains dans la reproduction “humaine”, et notre tendance à voir dans l’écologie une compensation métaphysique indispensable, ne doit pas nous faire oublier que la réalité politique, elle, continue de se “reproduire” et risque de nous réserver des surprises à brève échéance.

Le fait est que les écologistes sont des idéologues anti-nationaux, favorables à un pouvoir central onusien, voire à un “gouvernement mondial scientifique”. Mêmes normes pour tous. Même Code de l’Harmonie. Car avec la législation éco-onusienne vient toute une catéchèse, sur la marche à suivre en matière “d’ouverture à l’Autre”, de “dialogue” et de “respect de chacun”. C’est inévitable. Dans sa chronique de dimanche dernier dans La Presse, le curé Jean Lemire y allait d’un sermont en chaire sur la “valeur de la vie d’autrui”, selon les nouveaux “critères” que seraient censés nous révéler les “changements climatiques”. Dans la logique de Lemire, puisque les “changements climatiques ont un coût” (de quel coût parle-t-on ? de quel effets ? et qu’entend-on exactement par changements climatiques ? - mystère), l’Occident coupable de pollution devrait se pencher sur les pays pauvres, gravement touchés par le “réchauffement climatique”, et les indemniser de façon équitable. Je n’ai pas trop compris où voulait en venir Lemire, lui qui citait pêle-mêle des pays comme la Chine ou l’Inde, auxquels plusieurs pays occidentaux demandent des concessions, et des malheureux du tiers-monde n’ayant pas accès à l’eau potable - en raison, paraît-il, de ce fameux “réchauffement climatique”.

       Quel est notre réel sentiment devant la mort de millions d’enfants dans le monde, incapables d’avoir accès à une eau potable de qualité? demande fiévreusement Lemire. Et quelle serait notre réaction si notre enfant mourait, victime d’une grave diarrhée après avoir bu l’eau de notre robinet? Nous sommes attristés devant le sort des plus pauvres, certes, mais nous serions complètement scandalisés devant la mort d’un seul des nôtres devant la même tragédie. Inacceptable dans nos sociétés modernes! Triste dans les pays pauvres… Alors, quelle est la réelle valeur d’une vie en ce monde? Et est-ce que cette valeur est la même que l’on vive au Canada, en Éthiopie ou en Birmanie?

Étrange raisonnement. La qualité de l’eau potable dans les pays sous-développés est-elle vraiment du ressort des “changements climatiques”, ou bien d’un développement socio-économique qui reste à faire ? Pourquoi lier les “changements climatiques” aux effets directs de la pauvreté sur les conditions de vie et d’alimentation ? Doit-on comprendre que si l’Occident “polluait moins” (encore faudrait-il détailler ce que l’on entend par “polluer”), il y aurait moins de “réchauffement climatique”, et par conséquent plus d’eau potable de qualité dans les pays du tiers-monde, et ce en dépit du fait que ces pays seraient toujours dans la pauvreté, ainsi que dans l’incapacité de traiter leur eau ? Tout cela est bien abstrait.

       Les économistes ont un défi de taille, car ils devront dorénavant inclure les questions d’éthique dans leurs modèles pour résoudre cette crise mondiale. On ne peut plus simplement parler de chiffres. Il faut dorénavant porter un inévitable jugement sur la valeur des choses, comme la vie, la mort, celles d’ici ou de là-bas, qui n’ont pas toujours le même prix aux yeux des décideurs. La plupart des questions d’éthique peuvent pourtant être résolues par le simple gros bon sens. Un principe moral élémentaire de nos sociétés reconnaît que nous ne devrions pas effectuer un acte pour notre propre bénéfice si cette action cause un tort à une tierce personne. Certes, ces situations se produisent, par ignorance, par accident ou même par mauvaise foi, mais nous devons tout faire pour réparer l’injustice et, devant l’impossibilité de le faire, nous avons le devoir de dédommager les victimes de nos actes.

Qu’est-ce donc un monde où “un acte ne peut pas être commis s’il cause un tort à une tierce personne”, si ce n’est un monde où le politique a été complètement évacué ? Par ailleurs, vous rendez-vous compte qu’avec une pareille philosophie, il n’y a plus de division, plus d’affrontement, plus de sexe, plus de peuple ? Il n’y a plus qu’une Harmonie onusienne et muséale, où chacun de nous se voit statufié, immobile, dans sa cage de verre droit de l’hommiste. Est-ce bien ce que la majorité des gens veulent ? Je ne crois pas.

Et pourtant, c’est bel et bien dans cette direction du radicalisme éthique que nous amènent les écologistes. Ceux qui, parmi nos dirigeants, ne répugnent pas à “dialoguer” politiquement avec ces idéologues devront tôt ou tard comprendre que les écologistes n’ont pas plus le monopole de l’environnement que les socialistes, le monopole du coeur. Malheureusement, la classe politique regarde les écologistes sous un angle médiatique et électoral - philosophie du court terme - plutôt que sous l’angle plus subtil de la guerre idéologique - qui se déroule sur le long terme. Plus ils tarderont à comprendre que les écologistes ont bel et bien une philosophie (a-)politique en contradiction avec les préceptes mêmes de la démocratie libérale, plus nos élus perdront du terrain au profit de la technocratie éco-onusienne.

Que les écologistes n’hésitent plus à abattre leurs cartes et à nous montrer leur jeu idéologique dans les médias les plus autorisés n’est pas un signe de faiblesse, mais de force. C’est le signe, du moins, qu’ils contrôlent l’agenda politique beaucoup plus qu’ils ne le devraient.

Lecteurs ! Approchez-vous, tendez l’oreille, je vais vous parler d’un truc un peu confidentiel… Je dis confidentiel parce que personne n’en parlera vraiment, même si ce dont il est question a été traité en pleine page couverture du Devoir, le 20 mai 2008… Fabien Deglise, journaliste, a interrogé un important penseur, Bruno Latour, “une figure montante en philosophie politique en Europe” à ce qu’on dit…

Ce qui, en somme, se dégage de l’entretien, c’est que l’humanité aurait encore beaucoup de croûtes à manger pour en arriver à sa pleine croissance démocratique… Charte des droits ? Déclaration des droits de l’homme ? Droits des non-fumeurs ? Des transsexuels ? Des balivernes. Des jouets pour gamins. Pour prépubères de la modernité.

On nage ici dans la stratosphère de la démocratie, très haut en altitude… Comme si l’océan s’était inversé avec le ciel… Il faut moderniser la modernité, dit Latour ! Et surtout qu’on ne perde pas de temps ! Qu’importe de produire encore de la paperasse, du discours, du sens, alors qu’on sait très bien que ni le sens, ni la paperasse ne nous sauveront du grand clash écologique ? Qu’importe de s’exciter sur des phrases, alors que se répand la grande détresse climatologique ?

C’est ici que Latour, l’air de rien, après avoir débité son pitch sur l’humanisme déclinant, la séparation entre nature et culture, raison et foi, entreprend de tout révéler… Le GIEC ! s’exclame Latour. Le GIEC, bien sûr ! Groupe international d’étude sur le climat ! Exactement ! L’ONU ! Vous avez tout compris ! Scientifiques de tous les pays unissez-vous ! Et que ça saute !… Que surtout on ne tarde pas à aligner les éprouvettes, les calculatrices, les graphiques. Les sièges de la prépuberté démocratique ont été libérés. L’ascension de la modernité modernisante est devenue irrésistible. Entre les utopies timorées à la Auguste Comte (son idéal d’hôpital universel, c’était trop soft) et les utopies bien solides, bien folles, bien mégalos à la Latour, il faut choisir. Trancher. Pour de bon.

On sentait que ça allait venir tôt ou tard. Eh bien Latour a tout dit, le 20 mai 2008, en pleine page couverture… Dans un entretien à Fabien Deglise… Ils ont tout discuté, soupesé, argumenté : ce sont des savants, des post-humanistes lucides, des hommes de leur époque, vous m’entendez ? Et ces hommes respectés et respectables, pas fous du tout - ils se réclament du GIEC, ce sont des malins - finissent par nous parler d’une crise de la représentation politique… Forcément ! Vous savez comme moi que le système n’est pas juste… Que tout va de travers ! Les choses doivent bien changer un jour ou l’autre ! Françoise David à l’Assemblée nationale, c’est pour quand ? À quand un siège pour Françoise ? Un régime de retraite ? Une chambre à l’Hôtel du Parlement ?

Une crise, donc ! De la représentation ! Du politique, des plantes, des hommes, de la faune ! De tout ! “Les systèmes politiques actuels représentent plus ou moins bien les humains et leurs intérêts, dit Latour. Mais ils ne représentent pas du tout les non-humains.” Et Deglise d’opiner, l’air grave : “C’est peut-être là un frein majeur pour la suite des choses…” Un frein majeur, c’est vite dit ! Quel frein ? Il me semble au contraire que l’accélérateur est plutôt bien enfoncé. Ça roule sur l’autoroute du progrès, mes amis, et pas qu’un petit peu ! Depuis déjà un bon bout de temps ! Ça roule comme ce n’est pas permis ! “Latour avance désormais avec un projet : [...] la création d’un «parlement des choses», seconde chambre du Sénat dont la fonction serait de représenter non pas les humains mais plutôt les non-humains: plantes, animaux, écosystèmes. Et ce, par l’entremise de scientifiques ou de naturalistes, plus aptes que les politiques ou les moralistes à maîtriser les modes de représentation de ces choses.” Et voilà ! Latour AVANCE ! Il avance vers nous ! Avec son projet de Parlement. Celui des plantes, des canards, des icebergs. Enfin réunis.

Nous voici donc entrés dans l’ère de la biopolitique, si je comprends bien… Ça promet… J’imagine assez bien Françoise, après avoir été élue à l’Assemblée nationale entre deux circonscriptions raflées par le Parti hellénique de l’av. du Parc, poursuivre sa quête de la justice sociale jusqu’au Parlement des choses… Au coeur du biopolitique proportionnel… En plein GIEC… Au Sénat pour les plantes… À la tête du Parlement intégral.

N’est-ce pas que c’est un beau projet, après tout ? Un projet emballant, qui se partage très vite - comme les bons sentiments ? Alors quoi ? Vous n’êtes pas certain ? Vous grimacez ? Mais ressaisissez-vous à la fin ! Pourquoi tout moquer, tout le temps ? Pour faire original peut-être ? Pour troubler le plaisir d’autrui ? Parce qu’on est méchant et que c’est comme ça ? Latour a parlé pourtant. Il a parlé du fond du coeur… À Fabien Deglise, le 20 mai 2008… Page couverture du Devoir…

De vous à moi - et vous me pardonnerez cette intimité soudaine, lecteur - j’ai comme l’impression que ça ne va plus du tout dans la tête de nos contemporains. Je dis ça comme ça, sans pathos… Les journaux… Les médias… Les universitaires, les journalistes, les hommes de leur époque : où sont-ils tous en train de nous mener ? Vers quel avenir abominable ?

Est-ce moi, où il est écrit dans le ciel (le vrai, pas l’océan inversé) que le Sénat devenu majoritaire des plantes et des écosystèmes votera une loi, un de ces jours, pour se débarrasser du Sénat humain ? Et que ce sont des humains représentant les plantes et les animaux qui finiront par se retourner contre leur propre espèce ?

François Cardinal, chroniqueur écologiste à La Presse, nous explique aujourd’hui que l’abrutissement physique et moral des enfants serait dû à un “déficit de contact avec la nature“.

Et si l’absence de contact avec la nature expliquait, en partie du moins, les nombreux maux qui affligent les enfants, de l’hyperactivité au déficit de l’attention en passant par l’obésité et l’agressivité ?

[...]

Plus encore, 270 experts de tous les horizons affirmaient, dans une lettre publiée en septembre dernier dans The Daily Telegraph de Londres, que l’absence de tout contact sérieux avec la nature participait à la «détérioration marquée de la santé mentale des enfants».

Et pourquoi pas en parler au Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport ? Je suis certain qu’il serait d’accord pour abolir les murs et les plafonds des écoles - de toute façon déjà en ruines - et de permettre des “classes vertes” à longueur d’année.

Laisser son enfant jouer dehors, bien sûr! Bien sûr que c’est bon! C’est le sens commun même! Mais comme tout cela est intellectualisé par les écologistes! Comme tout cela est idéologisé! Les écolos ne peuvent pas se contenter, dans les faits, de laisser les enfants jouer comme bon leur semble. Il leur faut rappeler à tous que le jeu en plein air s’inscrit dans un programme de mieux-être et de “réciprocité avec le monde qui entoure l’enfant”. Alors qu’une partie de l’éducation de l’enfant consiste précisément à comprendre l’indifférence absolue de la nature pour sa présence au monde. Le marmot doit ainsi finir par sentir que le sens à chercher n’est pas dans les épinettes et les canards mais dans les livres, les institutions, la cité, le politique : la culture.

Le problème avec ce genre de discours n’est pas ce qu’il prône en apparence, mais les tentations auxquelles il cède dans les faits. Et l’une des tentations majeures d’une société plongée en pleine crise culturelle est de s’en remettre à la nature pour “guérir ses plaies”. Or, la société n’est ni un corps qu’il s’agit de guérir, ni une plante qu’il s’agit d’arroser.

Les enfants d’aujourd’hui accusent les contrecoups tragiques de l’effondrement de la famille, de la nation, de l’autorité : de la réalité. Quand Cardinal évoque le nécessaire “contact avec la nature”, il voudrait dire sans doute “le contact avec la réalité”. Les enfants de 2008, comme les “adultes” d’ailleurs, lesquels se montrent de jour en jour incapables d’assumer leur fonction symbolique, souffrent d’un manque de réalité humaine. D’où l’abrutissement général, les crises de nerfs, les dépressions, l’hyperactivité, l’incivisme.

Le “contact avec la nature” avancé par les écologistes est un faux retour aux sources. Les écologistes parlent d’un retour aux sources par les forêts et les rivières pour ne pas parler d’un retour aux sources vitales du génie humain, auquel leur ressentiment interdit de croire.

C’est pourquoi chacune de ces utopies écologistes ne peut faire l’économie d’une complicité avec les théories pédagogistes les plus destructrices. Il ne suffit donc pas aux écologistes de laisser les enfants jouer au hockey dans la rue, il leur faut imposer des classes vertes dans les écoles, ou du “scoutisme” à chacune des années de l’école primaire.

Leur passion reste l’intellectualisation (qui est toute autre chose que la réflexion) et l’idéologie à outrance. Même quand ils ont les deux mains dans la terre humide et un sourire béat collé au visage.

Les gens sont en train de devenir fous avec ces histoires de SAQs en plastique. Allez lire les commentaires des lecteurs sur le blogue de l’édito sur Cyberpresse, cela en vaut la peine : “Un p’tit sac écolo avec ça ?“.

Soit dit en passant, je reviens de chez Olivieri où les tables débordaient des niaiseries habituelles sur la “déconstruction des genres”, ”le métissage des cultures”, en plus des revues littéraires et des “oeuvres” des “professeurs-écrivains” québécois. Il y aurait dans ce poulailler de la graphomanie québécoise de quoi sauver une vingtaine de forêts chaque année. Où sont les écologistes ?

Le côté maniaque, et complètement irrationnel de “la lutte contre les sacs” me fait penser au délire des bonnes femmes dans les années 70-80 sur la vaisselle. Leur satanée vaisselle, en ont-elles assez parlé (elles en parlent encore) ! À croire que toute l’existence reposait sur un torchon et des assiettes. Eh bien, vous savez quoi ? Aujourd’hui elles ont des think thanks, financés par l’État, qui ont fait des torchons et des assiettes une AFFAIRE D’ÉTAT. Des millions sont consacrés chaque année au sexe de la vaisselle. Pas un document produit par la machine à propagande MCCCF/SCF qui ne fasse référence à la putain de vaisselle.

Idem pour les sacs en plastique, qui sont en train d’être élevés à la dignité de l’AFFAIRE D’ÉTAT. Pas de doute, la manne à venir est pour les écolos. Le Ministère du Développement durable est appelé à une croissance exponentielle. Le ministre qui dans quinze ans sera nommé à la tête de ce giga-ministère raflera le gros lot.

Fourchettes, vaisselle, égalité des sexes, sacs en plastique, délation citoyenne, Mère Gaïa.

Quel monde.

(À lire : “Le salut public par les sacs” et “L’Expérience SAQ“, L’Intelligence conséquente, 7 février et 13 mars 2008.)

STM

Nouveau partenariat entre l’État québécois et Équiterre, annonce Radio-Canada. On savait l’organisme Équiterre déjà infiltré au Ministère de l’Éducation (notamment dans les cafétérias des écoles et des garderies), mais alors là, vraiment, avec la STM il fait vraiment très fort. Des kilomètres de voie réservée seront désormais à la disposition des idéologues écologistes pour appliquer les plus récentes et extravagantes théories de l’urbanisme “socialement équitable”. Beaucoup de plaisir en perspective…

En concluant un partenariat avec Équiterre pour s’occuper d’environnement, l’État confirme qu’à ses yeux expertise et idéologie ne font plus qu’un.

C’est à une véritable guerre idéologique contre la voiture que se livre Équiterre, sans se douter des impacts réels sur la vie des contribuables réels qu’auront leurs éventuelles politiques de transport révolutionnaires. Il faut lire la Trousse Cocktail Transport (!) pour comprendre à quel point ces gens-là sont singulièrement étrangers à la vie concrète. On y invite les citoyens à se transformer en technocrates de leur propre vie. Des technocrates qui finiront, après avoir laborieusement rempli des tableaux Excel tous plus farfelus les uns que les autres, par concocter une politique de transport domestique…

Un exemple tiré de la Trousse :

Nous vous proposons l’exercice suivant. Sur une carte de votre ville ou région, dessinez, à l’aide d’un compas, des cercles ayant votre maison comme centre. Ces cercles devraient représenter des distances que vous pouvez facilement marcher (0 à 2 km) ou pédaler (0 à 10 km). Ensuite, identifiez à l’intérieur de ces cercles les endroits où vous devez vous rendre fréquemment comme votre travail, l’épicerie, le CLSC, la garderie ainsi que les stations de métro ou arrêts d’autobus. Il vous sera ensuite plus facile de décider si vous êtes en mesure de vous séparer de votre voiture. Si vous constatez qu’il vous est impossible de vous rendre quelque part sans voiture, peut-être devriez-vous envisager un déménagement vers une ville ou un quartier aménagé autrement.

Un compas, une feuille de papier, une calculatrice, un verre de lait. Allez, essayez vous-même à la maison. Vous allez en arriver aux mêmes conclusions.

Tout est si limpide quand c’est Équiterre qui nous parle.

Eh bien ça y est : Bernard Bigras, député du Bloc québécois, est désormais certifié “Carbone zéro”. Selon le communiqué émis par Arbres Canada (!), “M. Bigras s’est engagé à planter 77 arbres dans sa circonscription”, ce qui lui permettra, nous dit-on, ”d’effacer son empreinte carbonique d’ici 20 ans.”

Bernard Bigras : “Je conduis un véhicule hybride depuis déjà plusieurs années et bien sûr nous recyclons, autant à la maison qu’à notre bureau de comté, mais je cherchais le moyen d’en faire plus… Je suis donc très heureux de participer au programme Compagnies et Organisations Carbone Zéro de l’organisme Arbres Canada. Nous enjoliverons le quartier tout en aidant l’environnement!

* * *

BERNARD BIGRAS INAUGURE LE PROGRAMME “DOUBLE INTERLIGNE ZÉRO”

(publié dans L’Intelligence conséquente, 22 avril 2028)

Montréal, Destination Québec, planète Terre - Le député de la circonscription Jacques-Languirand/Rosemont-Grande patrie, M. Bernard Bigras, a annoncé aujourd’hui son intention d’aller de l’avant avec le nouveau projet de loi “Double Interligne Zéro”. “Je conduis une trottinette à propulsion aquatique depuis plusieurs années, explique-t-il, et bien sûr nous recyclons la luminosité cathodique de nos écrans autant à la maison qu’au bureau de comté, mais je cherchais un moyen d’en faire plus…

Rappelons que le programme “Double Interligne zéro” est une nouvelle initiative du député Bigras, qui  fait équipe plus que jamais dans cette aventure avec la cheffe en chef de son parti, Laure Waridel. L’ambitieux projet de loi, qui promet d’occuper pour plusieurs années les gestionnaires de l’État, entend systématiser - à l’échelle de toute l’Administration publique fédérale - la réutilisation des pages imprimées en double interligne afin de regagner un espace depuis trop longtemps gaspillé. “Cela s’inscrit parfaitement dans le cadre de notre politique nationale de développement durable : l’espacement d’un centimètre entre les deux lignes d’un double interligne doit être utilisé plus écologiquement“, renchérit M. Bigras.

Le nouveau programme exigera des fonctionnaires une fouille complète de leurs classeurs pour retrouver tous les documents inutiles imprimés en double interligne, et susceptibles de servir à nouveau. ”On est conscient que certains de ces documents ont été réutilisés une première fois, par exemple sur le recto ou le verso, et que ça commence à faire beaucoup de contenus différents sur une même feuille. Mais on demande aux gens de faire un effort“, dit-il. Quant à l’impression de documents futurs en double interligne, elle sera désormais proscrite et impossible sur le système informatique de l’Administration. “Idéalement, on aimerait étendre cette interdiction à tout le secteur privé, mais on n’en est pas encore là…“, ajoute M. Bigras, rêveur.

Contrairement à ce que l’on aurait pu croire, cette annonce n’a pas provoqué de remous dans les rangs du Syndicat de la fonction publique. “Bien sûr, affirme le président Yves Gingras, il faudra reconfigurer toutes les imprimantes et logiciels de l’Administration pour rendre possible l’impression entre les lignes de pages déjà imprimées“. Le président reconnaît la complexité de la tâche, mais assure que son Syndicat est prêt à relever le défi. “Nous sommes un Syndicat du XXIe siècle et soucieux d’innovation“, tranche-t-il.

Questionné à savoir si un tel chambardement technique ne risquait pas de compliquer la lisibilité de documents gouvernementaux par ailleurs déjà illisibles, entraînant parfois la superposition involontaire de deux contenus sémantiquement incompatibles, M. Gingras a dit ne pas comprendre la question. “L’important pour nous, rétorque-t-il, c’est le développement durable et l’invention de solutions porteuses, ce n’est pas de regarder en arrière. Le double interligne en 2028, c’est inadmissible.

On dit que le programme “Double Interligne Zéro”, s’il devait trouver sa pleine vitesse de croisière, effacerait théoriquement, au bout de vingt ans, l’abattage des quelques quinze forêts de 100 hectares chacune qu’aura exigé la documentation technocratique reliée à sa mise en place initiale par l’Administration.

- 30 -

 

Eco

Au nouveau peuple correspond un nouveau calendrier, utile pour maintenir une réalité de substitution à des fins de propagande. Le saviez-vous : hier, le 21 mars, était la Journée “journées sans sac” du Festival Mondial de la Terre?

Évidemment, dans le monde humain, quand il y avait encore des hommes et pas que des lavettes lyriques ipodées, des techno-progressistes bien-pensants et des grévistes de l’UQAM, la seule évocation d’un “Festival Mondial de la Terre” aurait suffit à déclencher l’hilarité générale. Plus maintenant. Dans le néo-monde techno-progressiste, l’hilarité n’est possible que si elle est programmée par les apparatchiks de l’industrie culturelle.

En régime techno-progressiste, le “Festival Mondial de la Terre” est cité comme une autorité valable parmi d’autres dans un article de grand quotidien. Ce qui permet aux lecteurs de lire comme si de rien n’était que “tous les marchands devraient cesser d’offrir des sacs de plastique“ pour obliger les gens à “utiliser pendant des années” le même sac de tissu.

Le président de cet organisme si crédible - dénommé, je vous le rappelle, FESTIVAL de la Terre du Canada - espère que le “gouvernement votera une loi afin d’interdire la distribution de sac de plastique“.

“Journée des journées” sans sac (un affolant contresens qui, soit dit en passant, n’est seulement possible que dans des sociétés idéologisées à mort), Journée de l’eau, Journée de la femme, Mois de l’Histoire des Noirs - le régime n’en finit plus d’imposer son nouveau calendrier à l’ancienne réalité vécue du monde humain et non-idéologique.

Cette nouvelle bulle amniotique, qui le protège de la vieille réalité dégueulasse, discriminatoire et réactionnaire, enchante le nouveau peuple. Ce qui se comprend : ses attentes n’ont-elles pas été programmées en ce sens par le Ministère des apparatchiks pédagogistes? Par les garderies? Par l’État?

Nouveau peuple, nouveau calendrier, nouvelle patrie : nouveaux traîtres. Le nouveau peuple a déjà commencé à criminaliser les comportements déviants en regard des nouvelles idoles. Il est à prévoir que de plus en plus, ceux qui ne voudront pas participer à la Journée thématique en vigueur seront étiquetés comme des criminels, ou à tout le moins comme des dissidents. Avec les conséquences que l’on sait, en régime ultra-idéologique : mise à mort sociale définitive, si ce n’est la mise à mort physique.

Les années risquent d’être longues, n’est-ce pas, avec de l’idéologie 365 jours par année, 24 heures sur 24. En tout temps, le calendrier du régime fera autorité - maintenant c’est dans l’actualité, demain ce sera dans vos vies privées.

SAQ

Je reviens de la SAQ épuisé. J’étais précédé au comptoir par un type, doté d’un sac écolo estampillé SAQ, qui s’est assuré à deux reprises que le commis avait bel et bien enlevé le 0,05$ qui lui était dû pour sa bonne action. Mon tour venu, le commis me demande si je veux un sac, une question d’une rare stupidité qu’on ne se fait poser par aucun autre commerçant dans la ville lorsqu’on fait des achats, surtout quand il y a une pile de sacs en plastique tout juste devant, comme c’était le cas. Mais ce commis n’est pas un commerçant comme les autres, c’est un commis au service de l’État, ce qui n’est pas du tout la même chose. Il a donc tout son temps pour emmerder les honnêtes gens : il est même payé pour cela.

Ma réponse ironique me coûta un sermont écologiste de tout premier ordre, où je me vis incité à me procurer un sac écologiste à l’instar de la personne qui me suivait : je constatai en effet en me retournant que la personne qui me suivait, de même que la personne qui m’avait précédé un instant plus tôt, avait également un sac écolo.

Bref, tout le monde semble se plier sans trop de problème aux nouvelles conditions d’existence. Déjà qu’ils acceptent de se faire escroquer par ce monopole d’État où l’on paie le vin beaucoup trop cher, pourquoi rechigneraient-ils à se faire endoctriner et à se transformer en de petits soldats en mission pour emmerder, à leur tour, les récalcitrants?

La SAQ a déjà annoncé qu’elle ne donnerait plus de sac en plastique à partir du 31 décembre. À mon avis, elle pourrait devancer la date très facilement. Elle pourrait commencer dès demain matin et il n’y aurait pas de résistance. Se faire mettre au pas et rejoindre le troupeau, nos contemporains n’attendent que ça.

J’ai été frappé par l’absence de complicité de mes “concitoyens” quand j’ai confronté le commis-idéologue. Ils avaient tous les yeux baissés. Ils étaient tous occupés, comme par hasard, à faire quelque chose d’autre à ce moment. Tous occupés à ne pas être témoin de la scène.

Tous occupés à porter un intérêt extraordinaire à leur sac écolo, et à fouiller, fouiller et encore fouiller, pour y retrouver on ne sait quoi au juste.

Next Page »