Délire juridiste


Viol

Mali Ilse Paquin rend compte aujourd’hui d’une nouvelle mesure de “la” ministre pour la Femme et l’Égalité (!) britannique, Harriet Harman, qui impose aux patrons de privilégier les candidats de sexe féminin ou d’une minorité ethnique pour les postes à pourvoir. Mme Harman, nous dit-on, serait tourmentée par le fantasme numéro un des féministes : le fameux “boy’s club”, qui partout dans la ville tirerait les ficelles, maintenant les femmes dans une infériorité systémique humiliante.

La bonne Mali Ilse, souhaitant une lutte plus efficace au machisme systémique, propose plutôt d’obliger les entreprises cotées à la bourse de recruter 40% de femmes sur leur conseil d’administration.

Je lis souvent des âneries sous la plume des féministes, mais là, bravo : 40% de femmes dans les C. A., pour la simple raison que les femmes seraient “opprimées” (ce qui est faux), il faut le faire. Quand on est prêt à sacrifier la liberté d’entreprise de la sorte, c’est qu’on est sans doute très bien disposé à sacrifier la liberté de pensée et d’expression.

Une chose à préciser à propos de la supposée “inéquité salariale” : si les femmes — globalement — font moins d’argent que les hommes, c’est tout simplement parce qu’une partie d’entre elles travaillent à temps partiel, soit par choix, soit par obligation, parce qu’elles ont une famille et des enfants. Certaines d’entre elles, en tombant enceintes, freinent forcément l’essor de leur carrière, ce qui est parfaitement normal. Ce sont les aléas de la vie. On ne peut pas exiger de la Société toute entière qu’elle cesse de fonctionner sous prétexte que madame est tombée enceinte et qu’elle ne veut pas être “pénalisée”. Ce genre de raisonnement victimaire est obscène ; l’écho favorable que celui-ci rencontre dans la société ne l’est pas moins.

Le mythe de “l’inéquité salariale” cherche à entretenir la fibre victimaire des femmes — source de jouissance — au détriment de la vérité des faits. Pensez-vous vraiment qu’en 2008, une femme qui convoite le même emploi qu’un homme obtiendra un salaire moindre simplement parce qu’elle est une femme ? Bien sûr que non. Même que, en raison d’une oppression théorique, abstraite et éthérée, elle passera avant l’homme, justement parce qu’elle est une femme. “L’inéquité salariale” est une mystification statistique qui sert un lobby en particulier. “L’égalité” vertueuse des féministes n’a pas d’autre source que la haine des individualités et de l’excellence.

La foule des médiocres cherchera toujours un moyen d’arracher à l’État et à la Société un moyen d’assouvir son ressentiment. C’est la seule occupation, la seule mission des esprits mesquins. “L’inéquité salariale” n’est qu’un outil de plus dans leur arsenal, un sujet parmi d’autres que les idiots utiles ne demandent qu’à reprendre dans leur feuille de chou journalistique.

Le féminisme !… Combien de femmes n’auraient pas pu avoir de carrière sans cette idéologie de secours ? Combien de vocations usurpées, de postes volés, de mises à mort sociales expédiées ? Combien ?

Voilà qui, pour une fois, ferait un reportage intéressant dans La Presse.

Discrimination

Délire sérieux et gênant dans Le Devoir de ce matin. Une femme, qui se présente elle-même comme “adoptée et présidente du mouvement Retrouvailles”, plaide pour un projet de loi qui accorderait aux enfants adoptés le “droit aux origines et à l’identité”. Ce projet de loi serait nécessaire, paraît-il, pour redonner aux adoptés un statut “d’humains à part entière”. Elle écrit :

L’enfant qui n’a pas été confié à l’adoption connaît le nom de celle qui lui a donné la vie. Pourquoi cette information est-elle cachée à celui qui a été confié à l’adoption? Le droit à la vie privée des parents biologiques pourrait toujours être respecté, car, dans le cas de motifs sérieux, ils pourraient placer un veto d’informations au dossier d’adoption de leur enfant, justifier cette opposition et fournir un historique médical qui permettrait à l’enfant d’avoir une partie de son bagage génétique (par exemple: diabète, cancers, maladies cardiaques, etc.).

Sur les maladies, elle continue, tentant de donner les apparences de la rationalité à ce qui n’est qu’un pathétique délire :

Il ne s’agit pas ici d’avoir accès au dossier médical complet, mais bel et bien à un résumé des antécédents médicaux familiaux fourni par la mère (par la famille, en cas de décès). Certaines maladies héréditaires se doivent d’être connues afin de faciliter la détection et les traitements, s’il y a lieu. [...] Nous n’avons aucunement l’intention de nous prévaloir de faveurs refusées aux personnes non adoptées, nous voulons simplement les mêmes droits que ceux accordés aux personnes non confiées à l’adoption. Pourquoi tant s’entêter à vouloir continuer à brimer les enfants confiés à l’adoption en les privant de ces informations essentielles?

Tout devient désirable, même les maladies, quand l’absence de nom et de reconnaissance filiale fait souffrir. Tous les principes démocratiques (droit à “l’égalité”, “transparence”, etc.) doivent être convoqués pour forcer l’État à compenser une souffrance individuelle jugée intolérable. Cette demande, comme c’est souvent le cas chez les victimes autoproclamées du régime techno-progressiste, se place bien entendu sous les auspices de la Justice. Quelqu’un, quelque part, aux prises avec les vicissitudes de la vie, avec une souffrance tragique, donne sa douleur en spectacle dans l’espace public, et s’autorise de cette douleur amplifiée par l’effet médiatique pour demander “réparation” à l’État. Tout cela au nom, bien sûr, de toutes les “victimes de l’adoption” au Québec, conscrites pour l’occasion par cette malheureuse.

Elle ajoute, puisant aveuglément à pleines mains dans l’actualité :

L’exemple de Stephen Harper, premier ministre du Canada, et de tous les chefs de parti au niveau fédéral, qui ont présenté publiquement des excuses aux pensionnaires autochtones, pourrait inciter le gouvernement québécois à poser des gestes pour corriger les erreurs du passé, soit celle d’handicaper une partie de sa population de leur identité et de leurs antécédents médicaux. Que le Québec se réveille, ma foi!

Je ne cherche pas à tourner en dérision la douleur de cette dame, mais seulement à mettre en relief le mécanisme victimaire qui fait que plus personne, aujourd’hui, en régime chartiste et techno-progressiste, n’est prêt à accepter de vivre ses souffrances dans la sphère privée. Surtout, et c’est le plus inquiétant, nos contemporains — encouragés en cela par les médias et les lobbys victimaires — s’enfoncent de plus en plus dans une révolte totale et instinctive contre leur état ontologique d’être fracturé, forcément incomplet, souffrant, subjectivé… Ils demandent réparation à l’État pour être en vie… Parce qu’on les a mis là, du côté de la vie, sans leur demander leur avis… Veulent être remboursés… Exigent l’impossible… La soumission de toute la filiation humaine à leurs caprices… N’en finissent plus d’exiger des preuves, d’obliger le passé filial et historique à la repentance.

Avouez, ancêtres ! AVOUEZ VOTRE INFAMIE ! Avouez que vous n’avez que des maladies à transmettre ! Que vous n’êtes rien et que je suis tout !

Cette soif insatiable de “justice” à la source de la plupart des lobbys victimaires d’aujourd’hui trahit surtout, sous les oripeaux de la vertu et du progrès (la signataire s’insurge d’ailleurs contre les “cachotteries” du passé chrétien), un violent désir de vengeance. Une volonté d’éclairer le passé par le néon médical de la transparence démocratique… Une volonté infantile de toute-puissance…

Ce n’est pas la raison lumineuse de la Justice qui s’exprime dans ces paroles, mais l’irrationalité d’un ressentiment qui se donne les apparences de la raison. Quand la société fait écho à ces réclamations furieuses, c’est contre elle-même qu’elle oeuvre en réalité.

Car une société ne peut tout simplement pas tenir dans ces conditions.

Australie

À lire : “Le radicalisme éthique : une rupture d’avec le réel, une négation du politique“, L’Intelligence conséquente, 24 mai 2008.

Troisieme

Le Système a une santé excellente. Son embonpoint est celui des bien portants. Un peu de diabète, de la raideur dans les muscles (on le voit aux sondages, où le PLQ est en avance), mais sinon ça va. Les cartilages sont intacts, la machine est huilée, enfin la routine a repris ses droits. Bouchard et Taylor ne sont même pas encore partis pour leurs chalets dans les Cantons de l’Est que d’autres apparatchiks veillent déjà au grain…

Les noms changent, mais les sarraus restent les mêmes. Voyez, le 26 mai dernier, il y avait un colloque techno-progressiste à l’Université de Sherbrooke. Sur le programme, des acronymes inconnus du contribuable… SVR-IRSC ! FQRSC ! SoDRUS ! En somme : de l’argent public. Des impôts. Redistribués de façon équitable comme on dit. Tandis que sous les acronymes, on retrouve des signatures, beaucoup de signatures… Des professeurs adjoints, des professeurs titulaires, des titulaires de recherche, des post-doctorants… Eux aussi payés par l’État pour remplir le programme du colloque.

L’État, par l’État, pour l’État.

Et de quoi était-il question à ce colloque, intitulé “Sexualité et démocratie” ? Le vaillant Albert Bérubé, de La Tribune (Sherbrooke), a fait ce travail pour nous. Pauvre Albert. Qu’est-ce qu’il a fait pour mériter ça ? Le voici dépêché à l’Université de Sherbrooke pour entendre Laure Murat, “professeure (sic) de la University of California à Los Angeles”, lui expliquer que le “troisième sexe” existe, et qu’il est celui qui “défierait la loi du genre masculin ou féminin”.

Où se situent ces gens dans leur orientation sexuelle ? Homosexuels, invertis, transexuels, intersexués, ou travestis, ils refusent une forme de conformisme sexuel qui ne les attire pas, et ce sont pour les autres des gens “bizarres, étranges, en dehors des normes”, explique Mme Murat.

Pauvre, pauvre Albert. Combien d’années avant la retraite ? Merde, Albert, j’aurais bien voulu te voir la face quand la rédactrice en chef t’a dit : “Mon cher Albert, tu vas aller nous couvrir un colloque à l’Université” — “Un colloque de quoi ?” — “Tut-tut. On ne dit pas un colloque de, Albert, mais un colloque sur. Ce n’est pas la première fois que je relève cette faute, et la prochaine fois je risque de me fâcher… — “C’est vrai…” — “C’est donc un colloque sur la diversité, mon Albert, un colloque sur la richesse de la différence, un grand dialogue sur la diversité sexuelle…” — “Diversité sexuelle ?” — “400 mots d’ici demain 13h.”

C’est du sérieux, “Sexualité et démocratie“. Ça l’air de rien comme ça, mais le colloque est parrainé par la Faculté de droit. Son organisatrice est Marie-France Bureau, prof depuis 2007. Elle est de cette nouvelle génération de juristes : décomplexés, désenclavés, émancipés de leur domaine, “ouverts sur le monde”… Copains-copains avec les idéologues des sciences sociales, d’anthropologie, de philosophie, de science politique… Des apparatchiks “interculturalisés” faits sur mesure pour le nouveau régime…

Toujours est-il qu’avec toute cette foutaise autour des “transgenres” et de la “troisième voie sexuelle” le vocabulaire managérial revient comme par magie, appliquant en matière d’identité sexuelle la même grille techno-progressiste qu’en matière d’immigration. Ce qui est assez intéressant, il faut l’avouer. Ainsi, il y a une “majorité” et des “minorités” ; des “frontières” et des “étrangers” ; des “esprits homogènes” et des “esprits hybrides” ; de la “fermeture” et de “l’ouverture” ; de la “méfiance” et de la “tolérance”. Il y a donc - mes salutations au petit bonhomme D. - des “réactionnaires” et des progressistes. Comme toujours.

C’est la même chose, exactement. D’un côté, une majorité de contribuables, de l’autre une minorité d’apparatchiks. D’un côté, quelqu’un qui paie ; de l’autre, quelqu’un qui encaisse. Le premier payant le second pour se faire raconter combien il est ringard, coincé et parfaitement débile… Et surtout pour se faire dire qu’il n’a pas les compétences requises pour la “délibération éthique” ; c’est pourquoi il a besoin des apparatchiks savants, qui savent, eux, l’essentiel plus que quiconque, à savoir que la “troisième voie sexuelle” constitue le pilier du nouveau régime pluralistique. Les travelos en tant que nouvelle chance pour la tolérance…

Dans la présentation du colloque, il est écrit :

L’idée de démocratie sexuelle et notamment l’idée d’égalité entre les hommes et les femmes est souvent mise de l’avant par les États occidentaux comme représentant une valeur fondamentale de «nos sociétés» comme en témoignent les discours récents des politiciens au Québec comme en Europe. Dans ce contexte, on voit aisément la difficulté de traiter de questions telles que port du hidjab, la polygamie ou l’éducation religieuse des jeunes filles sans tomber dans une forme de post-colonialisme. La démocratie sexuelle a le potentiel d’opérer des frontières entre ceux qui adhèrent au modèle libéral et les «autres», les musulmans, les africains etc… qui refusent de se plier au nouvel ordre sexuel.

Je goûte beaucoup ces guillemets mis à “nos sociétés” ; on voit tout de suite où se situent les responsables du colloque. Ce sont “nos sociétés”, mais en même temps elles ne le sont pas ; ce sont “celles” de “celui” qui voudra bien s’en réclamer. Bref, on est sur du solide. L’absolutisme relativiste des apparatchiks leur interdit jusqu’à l’enracinement de leur pensée - ce qui est tout le contraire de la liberté d’esprit.

Il faut lire le programme du colloque, ça en vaut le coup. Retenez les noms, vous risquez de les retrouver dans une quinzaine d’années sur le comité-conseil de je ne sais quelle Commission de consultation sur les accommodements, créée à l’improviste au milieu d’une crise de la “gestion de la diversité sexuelle”. Face à la montée du nouveau peuple intersexué, une bourgade beauceronne adoptera un Code de vie qui interdira la sodomie et le travestissement sur son territoire, entraînant la panique chez les élites québécoises. On imagine alors aisément Jean Charest, vieillard toujours au pouvoir, annoncer la nomination de “deux de nos plus grands intellectuels” - puisés dans la banque à apparatchiks - à la tête de cette Commission chargée de “gérer” le “malaise identitaire” des “Québécois hétérosexuels d’origine canadienne-française” au regard du “défi de la diversité sexuelle” … Je suis certain qu’avec un peu d’effort on pourra trouver dans l’histoire des Québécois assez d’exemples “d’homophobie” et de “malaise atavique” pour montrer que, quoi qu’on en dise, les “Québécois hétérosexuels d’origine canadienne-française” ont plus besoin des “minorités intersexuées” que l’inverse.

5M$ ? 10$M ? 15M$ pris à même nos impôts ? Tout ça pour conclure - on parie combien ? - à une “crise des perceptions” plutôt qu’à une “crise réelle”. J’entends déjà les applaudissements des éditorialistes du Devoir et de La Presse, deux quotidiens que l’on dit antagonistes en théorie, mais qui sont indifférenciés dans les faits. Comment pourrait-il en être autrement dans un pays de myopes où toutes les “crises” sont dues à des problèmes de lunettes ?

Vive le pluralisme culturel ! Vive le pluralisme sexuel !

VIVE LE PLURALISME INTÉGRAL !

Toute cette histoire a commencé dans La Presse. Évidemment. Un directeur de l’information peu scrupuleux a jugé utile, voire même d’intérêt public (et ici il faut retenir notre dentier, tant le rire est violent), de souligner la parution d’un texte de Victor-Lévy Beaulieu sur Michaëlle Jean, “La Reine-Nègre”, dans le dernier numéro de L’Aut’journal. Ce titre fait référence à l’appellation historique “les rois-nègres”, qui désignait jadis les autorités locales complices des colonisateurs.

Dany Laferrière, avec son sens coutumier du politiquement correct, a relancé le procès en signant un texte dans La Presse, où il qualifie l’intervention de VLB “d’insultante“.

Et voici qu’aujourd’hui, toute une bande de caniches, probablement excités par la posture victimaire de Laferrière, se jettent à leur tour sur VLB : la “Table ronde du mois de l’histoire des Noirs”, le “CONACOH” et la “Ligue des Noirs du Québec” ont publié un communiqué où ils demandent “solennellement à M. Victor-Lévy Beaulieu de présenter ses excuses à la Gouverneure générale, ainsi qu’à tous ceux de près ou de loin qui ont été offusqués et atteints par ses paroles disgracieuses“. Nos caniches associatifs se justifient en évoquant la “dignité de la personne” garantie par “les deux Chartes des droits, autant canadienne que québécoise” (ils connaissent leurs classiques), ainsi que le rapport de la Commission Bouchard-Taylor sur les fameux ”risques de dérapage” encourus récemment par le Québec autour des accommodements raisonnables.

On ne sait pas trop si on doit rire ou s’effarer de la grandiloquence épouvantable avec laquelle les caniches associatifs présentent leur affaire. Il faut voir comment ils parlent de Michaëlle Jean ! “Intelligente, sensible, radieuse, avec une aura qui transcende les frontières“, “suscitant l’admiration, éloges et reconnaissance de la nation canadienne“. Un aura onusien ! Un Messie multiculturel ! Descendante de “Mathieu Da Costa, homme noir, libre et polyglotte, interprète auprès des Mics Macs pour Champlain, fondateur de Québec” ! Eh bien dites donc. En voilà bien de la salive. À vrai dire, le piédestal doré sur lequel les caniches mettent leur vice-reine a moins à voir avec la fonction de gouverneur général - toute monarchique soit-elle - qu’avec une sorte de fierté ethnique aveugle, assez épaisse merci, pour ne pas dire tribale. “Son Excellence la Très Honorable Michaëlle Jean” est par ailleurs une formulation quelque peu loufoque lorsqu’employée en-dehors du protocole diplomatique. Et ici elle est employée dans le titre comme dans le contenu du communiqué.

Séduit par cet appel au lynchage, le député libéral Emmanuel Dubourg, lui-même d’origine haïtienne, en a rajouté une couche en plaidant pour “restreindre la liberté d’expression”, estimant que “Victor-Lévy Beaulieu n’avait pas le droit de s’attaquer à Michaëlle Jean, qui selon lui est “plus qu’une reine”, mais un “modèle, un modèle d’excellence”, une icône intouchable dans la communauté haïtienne”.

Intouchable. Sacrée. On comprend aisément cela en effet après avoir lu le communiqué de La Ligue des Noirs et les propos de Dany Laferrière. “Je vais voir s’il y a un vide juridique quelque part.” Bien sûr ! Allez, renifle, mon gars ! Surtout n’hésite pas ! Va voir dans les coins ! Il faut absolument combler le vide juridique ! Et ajouter un amendement aux deux chartes des droits : art. 1. point 4.9., section 2.3 : tout écrit ironisant sur la contextualisation historique d’un mot préalablement désigné comme problématique par l’Office de la surveillance de la langue doit passer par le Comité de régulation du débat citoyen. Alors ? Qu’est-ce que vous en dites ? Enfin la tolérance intégrale ! Fini les dérapages ! Le double sens ! L’ironie ! Les écarts ! Et surtout ! SURTOUT : fini les écrivains…

Selon le député communautariste Dubourg, le texte de VLB est un “appel à la violence et à la haine“. Si, si. Rien que ça. Relisez le texte de VLB et les commentaires du député communautariste et dites-moi qui est violent ? Le texte de VLB n’est PAS un appel à quoi que ce soit. Ce qui est tout le contraire de Dubourg, qui, en tant que député de l’Assemblée nationale, lance carrément un appel au lynchage juridique et institutionnel.

Appel à la haine” ! Il faut quand même le faire ! S’il y en a un qui devrait être immédiatement désavoué et démis de ses fonctions, c’est bien Dubourg. Un pareil excité n’a pas sa place à l’Assemblée nationale. Les “citoyens” doivent-ils prendre exemple sur lui et comprendre qu’il s’agit là du bon comportement à adopter à l’égard des institutions publiques ?

* * *

Ces récentes tribulations tribales autour de l’utilisation d’un mot historiquement chargé ne sont pas surprenantes. Elles sont la conséquence logique d’un monde converti à la fragmentation ethnique, où les “communautés d’origine machin” sont condamnées à partager l’espace commun sur un mode féodal et éthico-juridique. Dubourg, de même que les caniches associatifs et Laferrière, ne se sont pas exprimés à titre de Québécois mais comme “Québécois d’origine haïtienne” ; de la même manière, ils n’ont pas réagi à un texte d’un Québécois, mais à celui d’un “Québécois d’origine canadienne-française”. Voilà pour le pluralisme.

Cette controverse est typique du nouveau régime, et il est à parier qu’il y en aura de nouvelles. De nouveaux appels au lynchage médiatique et juridique seront lancés, et par des personnes de plus en plus connues et respectées, jugées jusqu’ici “raisonnables”. Les accusations porteront non pas sur les actes mais sur les pensées. Comme dans police de la pensée.

Et la police de la pensée commence toujours par la police de la langue.

Pourquoi ne pas en profiter pour lire La Tache, de Philip Roth ? L’histoire est similaire : un crétin qui ne comprend rien à la langue, obsédé par son statut historique de victime devant l’éternel, dépose une plainte pour racisme contre un prof d’université au sujet de l’emploi d’un mot “problématique” ; celui-ci perd ensuite son job et sa réputation dans toute la ville. J’imaginerais bien Laferrière prendre prétexte de ce livre brillant dans l’une de ses chroniques pour tourner en dérision ce qu’il appellerait sûrement le “puritanisme américain, type George W. Bush”. Sans voir que le puritain dans le cas qui nous occupe n’est pas l’Américain “électeur de Bush”, mais bien Dany Laferrière, M. Progressisme en personne.

Et sans voir, bien sûr, que le véritable écrivain est Philip Roth. Mais ça c’est une autre histoire.

1800

Voici donc que le nouveau règne du “dialogue” s’affiche, transformant les citoyens en “interlocuteurs éthiques” à la solde des “experts chartistes” payés par l’État. Magnifique.

Le nouveau régime politique sous lequel on nous force de vivre désormais signe la fin du sens commun, c’est-à-dire de l’indépendance du citoyen. L’emploi exagéré et hypnotique du terme “citoyen” ces dernières années, et à toutes les sauces, témoigne de la disparition effective de la citoyenneté dans la réalité. On n’a mis de l’avant la “citoyenneté”, on l’a enrobée des guirlandes du progressisme festif que pour mieux célébrer son anéantissement à ras les pâquerettes.

Le régime techno-progressiste, qui se réclame des chartes des droits pour “gérer” nos vies, n’a que faire des individus. Le techno-progressisme est un collectivisme.

Comme il est dit dans le rapport Bouchard-Taylor, le Québec est “une société de droit” - par opposition à un ”État de droit” - remarquez la nuance. Le droit doit infiltrer toutes les strates de la société plutôt que d’être un fait d’institution. Le droit doit se détacher de la Loi instituée pour devenir Gestion intégrale.

Gestion intégrale comme dans “pluralisme intégral”…

Feminisme

À lire également: “Deux sexes, deux factures ?“, de la même journaliste.

Je ne sais que dire. La lecture de ces deux articles m’a abasourdi. Écoutez, je crois que je vais aller prendre un verre. Je dois réfléchir. Pour les nécessaires travaux de la Comédie, une pareille stupidité est tout de même un défi de taille… Comment brocarder une bêtise aussi parfaite d’opacité ? Le génie de notre temps me laisse pantois.

Dire que l’Ontario - qui a adopté un projet de loi pour interdire la fumée dans les automobiles, parmi bien d’autres horreurs - est pire que le Québec en terme de rééducation techno-progressiste…

Je n’en reviens pas.

Chiens

Voici un autre épisode savoureux de la saga techno-progressiste : la Cour suprême a statué que les chiens renifleurs ne pouvaient fouiller n’importe qui, poussés par le seul “flair” de leur maître policier. Eh bien ! Après ça on viendra dire qu’on s’emmerde en régime techno-progressiste ! N’est-ce pas qu’on s’amuse ?

Dans les deux cas étudiés par la Cour, le suspect s’est avéré coupable de possession de drogue, après avoir été “piffé” par les chiens renifleurs. Et les deux accusés se retrouvent néanmoins dans une position de victimisation, grâce aux juges de la Cour suprême, qui ne reconnaissent pas l’instinct policier comme une prérogative acceptable : “La cour a statué que ‘l’impression qu’un individu se livre à une activité criminelle’ et la ’seule intuition du policier, basée sur son expérience’ ne suffisaient pas à entamer une fouille.

Autrement dit, les policiers ne peuvent plus travailler. Ils doivent impérativement se transformer en préposés à la gestion sociale ou en agent sociocommunautaire, et rester dépendants de la bonne volonté citoyenne pour faire leur travail. Pour le reste, c’est bel et bien fini : les véritables policiers sont menottés.

Dans le premier cas, un agent de la GRC repère un voyageur louche dans un terminal d’autobus de Calgary : il décide de lui poser quelques questions et lui demande d’ouvrir son sac. Le suspect refuse, en proie à la panique. L’agent revient avec un chien renifleur, qui confirme ses appréhensions : il y a bel et bien de la drogue à l’intérieur. De fait, la récolte ne fut pas mince : 17 onces de cocaïne.

Dans le deuxième cas étudié par la Cour, un directeur d’école secondaire lance une invitation aux policiers après avoir instauré une politique de tolérance zéro en matière de drogue. Les policiers débarquent avec des chiens renifleurs, tandis que les jeunes restent dans les classes. Dans le gymnase, le chien renifleur découvrira de la marijuana et des champignons magiques dans un sac à dos.

La justification de la Cour pour le deuxième cas ne manque pas de piquant, il faut l’avouer. Les magistrats écrivent : “Il n’y a aucun doute que les hommes et les femmes d’affaires ordinaires qui utilisent les transports en commun ou les ascenseurs des tours à bureaux seraient outrés si on laissait entendre que la police peut inspecter au hasard le contenu de leurs serviettes même en l’absence de soupçons raisonnables qu’un acte illégal est commis.

Premièrement, il est étonnant que des magistrats aussi sages mettent sur le même niveau des adultes et des enfants. Aux dernières nouvelles, les jeunes de l’école secondaire étaient à l’école secondaire pour être éduqués, ce qui n’est pas le cas des “hommes et des femmes d’affaires ordinaires” qui utilisent les transports en commun. Que les jeunes sentent que la police est du côté du directeur d’école ne me semble pas une mauvaise chose, surtout quand il s’agit de leur faire comprendre que la possession ou la consommation de drogue n’est pas sans conséquence dans la société.

Mais non. Il faut désormais se “mettre dans la peau des jeunes”. Attendez un instant, je crois que je vais pleurer. Ils font tellement pitié. A-t-on idée de brimer ainsi leurs droits fondamentaux ?

Si j’avais une formation en droit, j’intenterais un recours collectif au nom des chiens renifleurs pour discrimination. Ce serait magnifique. Je me ferais accompagner en cour par les deux charmants cabots ci-dessus, l’un à ma droite et l’autre à ma gauche. Et je commencerais ma plaidoirie en invoquant toute la galerie de chiens glorieux qui, au cours de l’Histoire, ont jalonné le long parcours de l’émancipation canine. Je présenterais comme discriminatoire le jugement de la Cour suprême puisqu’il heurterait le droit des chiens à exercer leur profession à égalité avec l’espèce humaine.

Que va-t-on faire de ces chiens renifleurs ? J’invite tous les lecteurs de L’Intelligence conséquente à écrire à leur député, à faire des méchouis, à harceler leurs voisins, à organiser des soupers spaghettis, tout le nécessaire enfin pour que la communauté appuie correctement nos compatriotes les chiens renifleurs.

Nos compatriotes et amis, oui. Car dans toute cette histoire vaudevillesque, parmi les juges et les éditorialistes, les chiens renifleurs sont probablement les seuls qui font la preuve d’un certain sens commun.

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