Délire juridiste


Chiens

Voici un autre épisode savoureux de la saga techno-progressiste : la Cour suprême a statué que les chiens renifleurs ne pouvaient fouiller n’importe qui, poussés par le seul “flair” de leur maître policier. Eh bien ! Après ça on viendra dire qu’on s’emmerde en régime techno-progressiste ! N’est-ce pas qu’on s’amuse ?

Dans les deux cas étudiés par la Cour, le suspect s’est avéré coupable de possession de drogue, après avoir été “piffé” par les chiens renifleurs. Et les deux accusés se retrouvent néanmoins dans une position de victimisation, grâce aux juges de la Cour suprême, qui ne reconnaissent pas l’instinct policier comme une prérogative acceptable : “La cour a statué que ‘l’impression qu’un individu se livre à une activité criminelle’ et la ’seule intuition du policier, basée sur son expérience’ ne suffisaient pas à entamer une fouille.

Autrement dit, les policiers ne peuvent plus travailler. Ils doivent impérativement se transformer en préposés à la gestion sociale ou en agent sociocommunautaire, et rester dépendants de la bonne volonté citoyenne pour faire leur travail. Pour le reste, c’est bel et bien fini : les véritables policiers sont menottés.

Dans le premier cas, un agent de la GRC repère un voyageur louche dans un terminal d’autobus de Calgary : il décide de lui poser quelques questions et lui demande d’ouvrir son sac. Le suspect refuse, en proie à la panique. L’agent revient avec un chien renifleur, qui confirme ses appréhensions : il y a bel et bien de la drogue à l’intérieur. De fait, la récolte ne fut pas mince : 17 onces de cocaïne.

Dans le deuxième cas étudié par la Cour, un directeur d’école secondaire lance une invitation aux policiers après avoir instauré une politique de tolérance zéro en matière de drogue. Les policiers débarquent avec des chiens renifleurs, tandis que les jeunes restent dans les classes. Dans le gymnase, le chien renifleur découvrira de la marijuana et des champignons magiques dans un sac à dos.

La justification de la Cour pour le deuxième cas ne manque pas de piquant, il faut l’avouer. Les magistrats écrivent : “Il n’y a aucun doute que les hommes et les femmes d’affaires ordinaires qui utilisent les transports en commun ou les ascenseurs des tours à bureaux seraient outrés si on laissait entendre que la police peut inspecter au hasard le contenu de leurs serviettes même en l’absence de soupçons raisonnables qu’un acte illégal est commis.

Premièrement, il est étonnant que des magistrats aussi sages mettent sur le même niveau des adultes et des enfants. Aux dernières nouvelles, les jeunes de l’école secondaire étaient à l’école secondaire pour être éduqués, ce qui n’est pas le cas des “hommes et des femmes d’affaires ordinaires” qui utilisent les transports en commun. Que les jeunes sentent que la police est du côté du directeur d’école ne me semble pas une mauvaise chose, surtout quand il s’agit de leur faire comprendre que la possession ou la consommation de drogue n’est pas sans conséquence dans la société.

Mais non. Il faut désormais se “mettre dans la peau des jeunes”. Attendez un instant, je crois que je vais pleurer. Ils font tellement pitié. A-t-on idée de brimer ainsi leurs droits fondamentaux ?

Si j’avais une formation en droit, j’intenterais un recours collectif au nom des chiens renifleurs pour discrimination. Ce serait magnifique. Je me ferais accompagner en cour par les deux charmants cabots ci-dessus, l’un à ma droite et l’autre à ma gauche. Et je commencerais ma plaidoirie en invoquant toute la galerie de chiens glorieux qui, au cours de l’Histoire, ont jalonné le long parcours de l’émancipation canine. Je présenterais comme discriminatoire le jugement de la Cour suprême puisqu’il heurterait le droit des chiens à exercer leur profession à égalité avec l’espèce humaine.

Que va-t-on faire de ces chiens renifleurs ? J’invite tous les lecteurs de L’Intelligence conséquente à écrire à leur député, à faire des méchouis, à harceler leurs voisins, à organiser des soupers spaghettis, tout le nécessaire enfin pour que la communauté appuie correctement nos compatriotes les chiens renifleurs.

Nos compatriotes et amis, oui. Car dans toute cette histoire vaudevillesque, parmi les juges et les éditorialistes, les chiens renifleurs sont probablement les seuls qui font la preuve d’un certain sens commun.

Passager

Tribunal

 Il faut lire ce courrier du lecteur dans Le Devoir d’aujourd’hui pour saisir la profondeur du ressentiment de l’époque. “Indépendamment de la suspension qu’imposera peut-être la Ligue de hockey junior, le procureur général devrait intenter des poursuites. Qu’il donne l’exemple. C’est la seule façon, ultime, de policer ces poltrons matamores et leurs gérants d’estrade excités par la bière tiède” juge cet homme pas du tout gérant d’estrade lui-même, qui a eu la singulière idée, en début de texte, de citer Amir Khadir.

Les choses se gâtent au paragraphe suivant, quand il est dit que Patrick Roy est une personnalité “antisociale et impulsive“, et que ce diagnostic pourrait être ”validé” (quel vocabulaire effarant!) par n’importe quel psychologue de l’État. Selon notre techno-progressiste, cette détestable tendance à la combativité témoignerait d’un désir latent chez Patrick Roy d’être le roi du monde et d’humilier tous ceux à qui son excellence porterait ombrage.

Conséquence? Que lui et son fils aillent en prison! L’un ou l’autre, n’est-ce pas la même chose? Le même nom de famille? “Que les sentences soient exemplaires. Qu’ils soient poursuivis dans un procès.” Oui, qu’ils paient! Qu’ils expient!

Et notre bien-pensant de rajouter que le “hockey est le sport national qu’il veut voir à la télévision, pas le combat de lutte extrême où on procède à la mise à mort de martyrs, pour le plaisir sadique de Patrick Roy.

Je ne sais pas si le spectacle de Jonathan Roy, se précipitant sauvagement sur Bobby Nadeau, avait pour but de satisfaire le seul plaisir sadique de Patrick Roy. En revanche, on peut se douter que le spectacle extrêmement violent, depuis quelques jours, du fils et du père lynchés par une foule se réclamant de la plus haute vertu se déroule, lui, pour le plaisir sadique de bien des personnes, à commencer par “Sébastien Bouthillier, Montréal“…

Gouvernement

Voilà ce qui arrive lorsqu’une société agonise : le Gouvernement ne se mêle de rien de ce qui importe (réduire le fardeau fiscal, enseigner les savoirs fondamentaux à l’école, protéger les citoyens ordinaires dans les villes, s’occuper des affaires étrangères), et se mêle de tout ce qui n’importe pas (tourisme, algues bleues, garderies et bagarres au hockey).

Apparemment, la travailleuse sociale Michelle Courchesne, ainsi que le psychologue en chef Jean Charest, n’ont pas du tout aimé ce qu’ils ont vu de Jonathan Roy, samedi dernier à l’aréna de Chicoutimi. Je vous rappelle pour information que Courchesne est ministre et que Charest est premier ministre. Et les voilà en train de commenter une bagarre au hockey! Rien que ça! Et pourquoi pas commenter - ce qui ne saurait tarder - les bagarres dans les cours de récréation?

Le plus intéressant dans tout ce vaudeville étant bien entendu l’empressement avec lequel un peu tout le monde espère voir l’État pondre l’un de ces fameux plans d’action dont il a le secret. D’ailleurs, n’est-il pas remarquable de voir que personne ne semble las de cette nouvelle intervention de l’État, tant cette omniprésence est devenue la norme?

Pas d’inquiétude, amis concitoyens. L’État va intervenir. Oui, il va interdire les bagarres au hockey, et non, il ne tiendra pas compte de la moindre objection. Pourquoi? Parce que ça relève de santé publique et de bien-être citoyen, deux thèmes qui figurent au coeur même de sa mission de rééducation. Et l’État ne souffre aucune opposition en ces matières. Aucune.

Tolérance

 À l’heure où toute la “communauté médiatico-artistique” (un peu comme on dirait : la “communauté porcine”) s’excite bruyamment sur l’inoffensif projet de loi C-10, la véritable censure opère et jette sous nos yeux, dans la plus parfaite indifférence, les fondations de son empire.

Je n’ai aucune sympathie particulière pour Jean-Marie Le Pen. Ce n’est pas tant le personnage qui m’intéresse que le rôle que nos contemporains veulent lui faire jouer. Banal national-populiste, chauvin et protectionniste, Jean-Marie Le Pen est un type bouffon et gueulard, qui n’a pas, à strictement parler, quoi que ce soit à voir avec le “fascisme”. Il est néanmoins fascinant de voir l’acharnement de l’ordre établi (le vrai, le techno-progressiste) sur son compte, comme si Le Pen représentait, contre toute logique, la résurgence de la Bête immonde ; et surtout comme si le moindre des propos de Le Pen sur l’immigration devait être récupéré pour être aussitôt puni de façon exemplaire.

Voilà donc JMLP condamné à payer 10 000 euros d’amende et à verser 5 000 euros de “dommages et intérêts” - mais surtout “intérêts” -  à la “Ligue des droits de l’Homme, partie civile” (y aurait-il une partie militaire?) pour “provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence raciale”. Imaginez-vous donc que Le Pen prétendait, en avril 2003, que les musulmans, en nombre croissant en France, gouverneraient bientôt le pays, et que cette situation créerait un climat de guerre civile. Telle est donc “la provocation à la haine” de Le Pen : “Son propos, a tranché la cour, instille dans l’esprit du public la conviction que la sécurité des Français passe par le rejet des musulmans et que l’inquiétude et la peur, liées à leur présence croissante en France, cesseront si leur nombre décroît et s’ils disparaissent.

Autrement dit, la cour de France a tout simplement, avec ce jugement, condamné l’architecture déductive qui constitue les bases du sens commun. Ce n’est pas parce que Le Pen aurait tenu des propos haineux en soi qu’il a été condamné, mais bien en raison de son recours à la discrimination pour jauger la réalité. La faculté de discriminer (le rouge n’est pas le noir, la France n’est pas le Royaume d’Arabie, le ciel n’est pas la terre, Le Pen n’est pas Hitler), sans quoi il n’y aurait tout simplement pas de jugement possible, donc de rapport avec la réalité, est désormais tenue pour haineuse.

Selon cette même logique, tous ceux qui ont été accusés par notre intelligentsia progressiste de maintenir, dans la foulée de la Commission Bouchard-Taylor, un “clivage intolérant” entre “nous” et “eux”, devraient être condamnés à l’instar de Jean-Marie Le Pen à verser des “dommages et intérêts” à la Commission des droits de la personne. C’est donc dire qu’une majorité de Québécois devrait s’excuser d’exister en versant un certain montant d’argent à l’État pour la blessure identitaire infligée à autrui.

Or, cette procédure existe déjà. Ça s’appelle l’impôt. À 50% du salaire.

J’observe avec beaucoup de délectation la Comédie qui se déroule ces temps-ci au sujet de l’avortement tardif (intéressante formule : y aurait-il des avortements prématurés?). Alain Gravel, de l’émission Enquête, s’est dit “très troublé” après avoir vu un reportage de la télé danoise sur l’avortement tardif pratiqué sur un foetus de 32 semaines. Même si notre législation ne prévoit aucun limite à la pratique d’un avortement, aucun avortement tardif ne serait pratiqué au Québec, tous les cas étant référés aux États-Unis, aux frais des contribuables.

M. Gravel affirme qu’un “vif débat au sein du monde médical a lieu sur la pratique éventuelle, ici aussi, des avortements tardifs.” Or, cette froideur scientifique, qui considère, comme l’a dit avec justesse l’un des médecins interrogés, “que le foetus n’ayant pas de droit“, on n’a pas à tracer quelque ligne que ce soit, rendrait mal à l’aise plusieurs personnes, surtout ceux qui ont vu la femme enceinte de 32 semaines, au ventre bien rond, disparaître derrière la porte close de la clinique comme si de rien n’était.

Malaise ou pas, on ne peut reprocher au médecin et à ses patientes d’être inconséquents. Ils se comportent comme le leur autorise l’époque.

Je sens, écrit Gravel, qu’un nouveau débat autour de l’avortement est en train de poindre. Où donc tracer la ligne? Douze semaines, 16, 24 ou 30?“. C’est pourtant mal poser le problème. Il ne s’agit pas, comme tout le monde le croit, d’une reprise du vieux “débat” sur l’avortement d’il y a vingt ans, qui fut d’abord et avant tout d’ordre moral : or, il n’est plus question de signification morale ici, mais de statut juridique. Ce n’est pas plus un “débat”, puisqu’aucun vision contraire ne s’affronte : seul domine, sous une apparence de conflit, le juridisme contemporain, qui se partage ici entre le sujet enfant et le sujet femme.

S’il y a bel et bien un “risque” de recriminalisation de l’avortement, il faut l’imputer à la religion de l’époque bien plus qu’à un “retour du refoulé religieux” ou à une “Restauration réactionnaire” qui n’existe que dans l’imaginaire aride de quelques techno-progressistes incultes. Luc Gagnon, de Pro-vie, parle cyniquement lorsqu’il se réjouit de l’éventualité d’une judiciarisation du foetus autour du projet de loi C-484. Encourager une telle judiciarisation, et aux sources même de la vie biologique, n’est pas ce que j’appelle une excellente façon de brider plus largement la judiciarisation effrénée de la société. Le “droit à la vie” pour le foetus n’est pas contradictoire, bien au contraire, avec un document débilitant comme la Charte des droits de l’enfant, par exemple. La vieille distinction entre la gauche et la droite perd ici son sens pour se diluer dans une même Comédie, la Comédie des droits.

L’avortement ne sera jamais recriminalisé pour cause d’immoralité, car cela remettrait la femme au banc des accusés et l’époque en est bien incapable. S’il doit l’être, ce sera par une ironie de notre époque légaliste, qui aura fait se retourner l’un contre l’autre deux “ayant droits” qui cohabitaient jusque-là dans une paix relative, parce que non-judiciarisée. Les droits de l’enfant demanderont un “accommodement” aux droits des femmes, le Barreau des Femmes répliquera au Barreau des Enfants, enfin un médiateur sera nommé par le Gouvernement pour trancher la délicate question…

Beaucoup de plaisir en perspective.

L’événement s’est produit en Ontario, mais qu’importe, ce n’est qu’une question de temps avant que le Québec ne se mette au diapason. Le gouvernement ontarien présentera un projet de loi à l’Assemblée législative, le 17 mars prochain, pour interdire de fumer en voiture en présence d’un enfant. “Je cherchais un équilibre entre les droits des personnes d’exercer leur liberté personnelle et notre responsabilité, en tant que société, de protéger la santé de nos enfants“, a expliqué le premier ministre Dalton McGuinty. Grand humaniste, va!

Preuve que le lavage de cerveau des quinze dernières années a porté fruit : 66% des Ontariens seraient en faveur de la mesure.

Fort heureusement, nous dit-on, l’Ontario n’aurait pas encore l’intention d’interdire la cigarette dans les maisons. Gageons cependant que ça ne saurait tarder. Il y a dix ans à peine, la simple évocation de cette possibilité aurait fait hurler tout le monde. Plus maintenant. C’est une possibilité parmi d’autres, qui mérite d’être examinée “sérieusement” par les technocrates attitrés, qui sauront sans doute mettre la main sur les études nécessaires pour justifier “scientifiquement” leur répression hygiéniste.

Dans toute cette histoire sordide, la perle revient au NPD, qui dit “avoir décelé des faiblesses dans le projet de loi“. Ce n’est pas une blague, les néo-démocrates ont vraiment demandé une campagne de sensibilisation pour prévenir les fumeurs que la fumée secondaire s’incruste dans les sièges des voitures ; aucun fumeur, par conséquent, tout prévenant fût-il, ne saurait se soustraire à sa culpabilité au regard de la santé des enfants. Fumer seul en auto ne serait même plus acceptable.

Dira-t-on bientôt, puisque la fumée s’incruste aussi dans les vêtements, que les fumeurs ne devraient approcher leurs enfants que s’ils sont nus, ou mieux encore vêtus d’un pyjama Calinours?

*

Tabac

Simple remarque, en passant, sur la publicité anti-tabac : admirez la mutation, des débuts de cette offensive hygiéniste il y a une dizaine d’années, quand on s’attardait à convaincre les fumeurs des méfaits du tabac sur leur propre santé, jusqu’à aujourd’hui, où l’on verse dans l’analyse sociologique en parlant du “mimétisme” néfaste des adultes sur les enfants. L’annonce ci-dessus est l’une des plus récentes conçues par Santé Canada.

Difficile de ne pas croire que ce stratagème ne mènera pas, après le tabac, à une criminalisation progressive de l’alcool. Après tout, boire un verre devant un enfant pourrait lui donner de mauvaises idées et l’exposer précocement à l’alcoolisme… Ne riez pas! Bientôt (d’ici dix ans), c’est exactement le discours que tiendra l’État, et à sa suite toute la “société civile” rééduquée.

Equite


Dix ans après l’adoption de l’absurde et coûteuse Loi sur l’équité salariale, les différents acteurs de la Comédie technocratique admettent non seulement que cette loi serait sans effet sur les résultats escomptés, mais qu’elle entraînerait une série de problèmes bureaucratiques et de coûts disproportionnés pour les PME. “L’écart salarial entre les hommes et les femmes“, en supposant que ce concept purement fabriqué ait un sens, se serait rétréci - toujours selon les critères très abstraits du techno-progressisme dominant - d’environ 2% depuis dix ans. Or, moins de la moitié de ce pourcentage, nous dit-on, serait dû à la Loi sur l’équité salariale.

Pour expliquer cela, la firme chargée de l’étude, Groupe d’analyse, affirme que “la place croissante des femmes sur le marché du travail, les forces du marché, les changements de mentalité ou d’autres facteurs non observables ont pu influencer l’évolution des écarts salariaux“. Tiens donc. On ne serait plus dans l’absolu d’une discrimination systémique intégrale? La vieille analyse ne tiendrait plus? Il y aurait des “facteurs” qui échapperaient à la main toute-puissante du sexisme sociétal? La situation n’est pas sans comique. L’écart salarial entre les sexes, une vue de l’esprit technocratique, se déroberait aux moyens de coercition sophistiqués de la machine technocratique. Preuve par l’absurde que notre État, qui est complètement cinglé, crée des outils dysfonctionnels pour régler des problèmes qui n’existent pas…

Mais le plus comique sans doute est de voir nos vertueux gens d’affaires défiler au micro de la Commission pour se plaindre de cette Loi dont ils reconnaissent par ailleurs le bien-fondé. Ainsi Simon Prévost, vice-président de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), “appuie le principe d’équité salariale entre les hommes et femmes“, tout en réclamant une “application moins rigide de la Loi“.

Nous avons ici l’exemple le plus patent de la naïveté politique de nos contemporains qui croient contre toute logique faire face, en l’État québécois, à une instance rationnelle où la délibération est possible. Simon Prévost rêve en couleurs. IL N’Y AURA PAS d’assouplissement de la Loi sur l’équité salariale, car le propre de ce genre de loi fondée sur des principes entièrement idéologiques est de se déployer indéfiniment dans les moindres recoins et facettes des institutions, de la société et des individus. Quand, par manque de courage et de flair politique, on se refuse à tuer dans l’oeuf ce type de loi et à anéantir les adversaires idéologues qui en sont les principaux instigateurs, il ne faut pas ensuite venir pleurer à tous les micros parce qu’on a perdu le contrôle, parce qu’on est la victime d’un bourreau technocratique qui n’a cure de la vie réelle des entreprises réelles du monde réel.

La Loi sur l’équité salariale ne s’inscrit pas dans une délibération démocratique normale, mais dans une guerre idéologique totale, dont l’issue ne peut être que la victoire totale de l’un contre la défaite totale de l’autre. En l’occurence, la victoire de l’État, de ses think tank affiliés (”Le Conseil du statut de la femme a plaidé hier pour un renforcement de la législation“) et des syndicats (”La FTQ et la CSN ont elles aussi demandé que la Loi soit dotée de plus de dents“), contre les Simon Prévost de ce monde, petits travailleurs et entrepreneurs éternellement baisés pour ne pas avoir compris qu’on ne dialogue pas avec des idéologues : on doit au contraire, et dès le début, les attaquer sur les principes.

Charte

Le projet de loi 63 du MCCCF, qui entend inscrire dans la Charte dite des droits et libertés l’égalité entre les hommes et les femmes comme “valeur fondamentale“, est actuellement en consultation générale auprès de la Commission des affaires sociales. Ce projet de loi, on s’en souvient, a été évoqué pour la première fois par les autorités lors de la crise des accommodements raisonnables. Le premier ministre, ayant voulu poser un geste fort, comme on dit dans la novlangue, a tout simplement, comme ça, de but en blanc, proposé de modifier la Charte et d’y inclure l’égalité entre les hommes et les femmes, ceci afin de souligner, auprès de la population mais surtout auprès des juges, la préséance symbolique que le Québec accorderait à cette “valeur“.

L’égalité entre les hommes et les femmes n’est évidemment pas une valeur. Il s’agit d’une simple et très vulgaire construction technocratique, censée perpétuer l’illusion bouffonne, aujourd’hui en 2008, d’une oppression générale de la femme. Ce que les technocrates appellent l’égalité entre les hommes et les femmes n’a de pertinence théorique qu’en tant que la femme reste éternellement une victime. Dans le couple, victime de violence conjugale ; au travail, victime d’inéquité salariale ; dans la langue, victime du genre masculin ; dans la loi biologique, victime de la maternité ; dans la société de consommation, victime de la publicité ; dans le lit, victime de ne pas avoir de pénis. Victime avec un grand V.

Le ministre St-Pierre aurait reçu 29 mémoires, “dont la majorité souligne l’initiative gouvernementale” : “Le projet de loi 63, peut-on lire dans le communiqué, est une affirmation solennelle que l’égalité entre les sexes est un pilier de notre société et une valeur partagée par toutes et tous. Cette mesure vient s’ajouter à de nombreuses autres mesures prises depuis plus de trente ans, lesquelles confirment le statut du Québec à titre de chef de file dans le monde.” Ces mots feraient sourire, s’ils n’étaient aussi bêtes. Comment croire qu’une “valeur” est universelle lorsqu’elle n’est partagée non pas de tous, mais par toutes et tous? Ce poison qu’est l’égalité entre les hommes et les femmes est une négation du politique, en tant qu’il insinue au coeur de l’État un précepte idéologique forcément biaisé, qui désavoue et humilie l’égalité juridique constitutionnelle, garantie à tous les citoyens, que l’Occident a mis des siècles à conquérir. L’égalité entre les hommes et les femmes, dans une société où l’égalité est déjà garantie, constitue un supplément technocratique de contrôle social, et ne doit en aucun moment être confondue avec un supplément de justice.

A-t-on vu des hordes de femmes opprimées envahir le Parlement, pleines de reconnaissance, lors de la conférence de presse du ministre St-Pierre? Qui s’émeut de cette modification dans la Charte? La Charte n’ayant jamais eu à voir qu’avec la liberté des technocrates, on peut comprendre que le peuple se contente d’approuver passivement par voie de sondage téléphonique. En réalité, le projet de loi 63 ne peut qu’exciter la soif des chacals habituels de l’antichambre de l’État. Ainsi les a-t-on vu, après l’émission du communiqué du MCCCF, rapidement manifesté leur intérêt pour cette nouvelle ouverture stratégique : Fédération des femmes, Conseil québécois des gais et lesbiennes et Commission sur l’équité salariale se sont relayés pour y aller de leurs commentaires et surtout de leurs suggestions.

Le Conseil québécois des gais et lesbiennes, notamment, entend profiter de la commission pour “rappeler au gouvernement que par-delà l’égalité des sexes, il existe encore des personnes qui sont peu ou pas protégées par la Charte car elles ne peuvent s’identifier en fonction de leur sexe de naissance“. Le CQGL demande par conséquent au MCCCF de poursuivre sur sa folle lancée et de modifier l’article 10 de la Charte pour “interdire la discrimination fondée sur l’identité de genre“, ce qui reviendrait à reconnaître les “personnes transsexuelles et transgenres comme des citoyennes et citoyens à part entière“.

Chaque avancée féministe dans la technocratie progressiste est l’occasion d’une désymbolisation accentuée de la société, c’est-à-dire d’une ouverture à tous les groupes organisés qui prétendent, par leur nature identitaire et communautariste, remplir le vide symbolique ainsi créé. Or, on ne bâtit pas une société sur la revendication, et encore moins sur la désymbolisation.

La pente actuelle nous mène tout droit à un authentique programme totalitaire de type socialiste, déjà en cours à bien des égards, comme il a été relevé dans les précédents billets. Le seul but des manoeuvres technocratiques des dernières années en matière de lutte “antidiscriminatoire” est de nous faire avaler une bonne fois pour toutes que la Charte est l’assise de la démocratie et de nos libertés. C’est grâce à cette imposture qu’il ne sera bientôt plus permis ne serait-ce que de critiquer la Charte. Chaque offensive critique sera perçue comme un désir de renverser le nouveau régime.

Notre liberté réelle ne repose que sur des résidus d’un monde écroulé. Ne doutez pas que le monde que nous préparent les technocrates chartistes ne laissera pas de place à la liberté, et encore moins au monde écroulé.

L’homme nouveau ne peut habiter qu’un monde nouveau.

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