juillet 3, 2008
Comment forme-t-on un apparatchik ?
Posted by cbergeron under Apparatchiks, Délire pédagogisteComments Off
juillet 3, 2008
juin 20, 2008
Voilà qui est amusant. Une “professionnelle de recherche” à l’Institut d’études féministes, qui est aussi mère de famille, se désole dans Le Devoir de ce matin de la médiocrité institutionnalisée au ministère de l’Éducation. Elle s’inquiète avec raison des effets de cette médiocrité sur ses filles qui, craint-elle, ne pourront tout simplement pas réviser correctement leur matière pour passer les examens de fin d’année, puisque personne, tant à l’école qu’au ministère de l’Éducation, n’est en mesure de lui expliquer la matière à réviser.
L’éducation des jeunes est désormais axée, n’est-ce pas, sur les “compétences” plutôt que les “connaissances”. On croit comprendre dans ce contexte que la “compétence” de savoir préparer un examen risque d’être bientôt matière à examen. On est “méta” ou on ne l’est pas…
Cela dit, c’est beau de voir ça. Le conflit entre le sens commun et le sur-moi de la caste intellectuelle… Entre la mère de famille et la féministe… C’est émouvant… On peut se demander ce que cette dame, en tant que “professionnelle de recherche”, aurait eu à dire des velléités d’infiltration du Conseil de statut de la femme, ainsi que du lobby homosexuel, au sein du système d’éducation, ceci afin de permettre de déployer encore davantage une rectitude politique dont elle se plaint par ailleurs en tant que mère de famille ?
Le ministère de l’Éducation est l’oeuvre d’une élite intellectuelle au pouvoir depuis quarante ans. Il est le reflet de leur projet, de leur pensée, de leurs désirs les plus fous de reconfiguration des cervelles. Pas étonnant que certains d’entre eux, une fois confrontés à leur création, finissent par reculer… Tout en n’admettant pas, bien entendu, que leur propre parcours, leurs propres affiliations intellectuelles aient quoi que ce soit à voir avec cet odieux ministère de l’Éducation dont ils sont pourtant les premiers inspirateurs.
On me dira que ça n’a rien à voir. Qu’une féministe peut se désoler de la médiocrité de l’Éducation sans renier pour autant ses convictions. Vraiment ? Il est certain qu’on peut broder ainsi longtemps… Tenir des positions vertueuses et alambiquées sans jamais faire face aux conséquences dans le monde réel…
La vérité est que ce ministère a été conçu pour fabriquer des soldats idéologiques. On en a la preuve aujourd’hui : le ministère dit mot pour mot que la connaissance ne fait plus partie de son projet “d’éducation”. C’est le prix à payer pour former des “citoyens” ouverts sur le monde, soucieux de l’environnement, progressistes et… égalitaires.
Cette pauvre mère de famille peut certes s’inquiéter de ce que ses enfants sortent abrutis de l’école québécoise. La ”professionnelle de recherche” en elle peut toutefois se rassurer : ils seront bel et bien féministes.
L’école québécoise, m’a-t-on dit, a un taux de réussite de 100% en ce domaine.
avril 24, 2008
Dans Le Devoir de ce matin, excellent texte de Mathieu Bock-Côté sur le vidéo de propagande récemment publié sur le site du MELS pour le monstrueux cours ”Éthique et culture religieuse”.
Le caractère totalitaire du MELS tient en effet à son désir de reconfigurer à la lettre les dispositions cognitives des jeunes pour les rendre étrangers à toute forme de jugement critique. Sous prétexte d’éliminer la discrimination et l’exclusion, on élimine dans les faits, dans les cervelles des jeunes, la faculté même de discriminer et d’exclure - ce qui les rend inaptes à procéder à une sélection ou à un filtrage de la réalité. Ils sont condamnés, pour ainsi dire, à rester toute leur vie au stade foetal de la pensée.
Les jeunes actuellement sous le joug du MELS sont des cobayes dans un Laboratoire où la possibilité même de la connaissance est éliminée.
À l’ère des “compétences” et de “l’ouverture face à la mondialisation”, on ne forme plus guère que des techniciens du pluralisme, formés pour être “flexibles”, “tolérants” et “ouverts”. Des idiots utiles en somme, rompus à la “gestion de conflits”, que le régime pourra déplacer d’un point à l’autre du territoire selon ses besoins.
Le but de la rééducation techno-progressiste est la “désin-formation”, alors que celui de l’éducation était la “formation”. Déconstruction plutôt que construction. Dialogue plutôt que discussion. Extériorité transparente plutôt qu’intériorité critique.
Le monde nouveau est à nos portes.
avril 21, 2008
L’expert a parlé : il n’y a pas de crise. Il n’y a pas de violence. Qu’importe que les enseignants disent tout le contraire? Qu’ils soient au bord du désespoir? Qu’importe que toute la putain de société soit en train de se fissurer et que les uns se dressent contre les autres dans un ultime sursaut? Qu’est-ce que cela fait, quand il y a la Chaire de recherche du Canada?
C’est le credo des “experts” techno-progressistes : rien ne change, vous n’en entendiez pas parler avant et vous en entendez parler maintenant, voilà pourquoi vous avez l’impression que ça va plus mal. D’accord, mais pourquoi la société d’avant était vivable et que celle où nous avons le malheur de “vivre” ne l’est plus? Simple question de perception?
Les “experts” du régime techno-progressiste n’existent que dans la mesure où la situation objective s’aggrave et que le besoin de cacher la réalité s’intensifie. Leur tâche est de rééduquer subjectivement les “citoyens” du régime pour que ceux-ci en viennent à renoncer à toute forme de liberté critique, à un point tel que le moindre problème de l’existence, dans leur esprit, ne puisse plus être soluble désormais que par le biais de l’État et de ses programmes expertifiés.
Pas de crise avec les accommodements raisonnables. Pas de crise à l’éducation. Pas de crise dans les affaires étrangères. Pas de crise de la santé. Pas de crise avec la démographie. Pas de crise avec l’analphabétisme institutionnalisé. Pas de crise avec l’université. Pas de crise nationale. Pas de crise de la famille. Pas de crise de l’autorité. Pas de crise d’incivisme. Pas de crise étatique.
PAS DE CRISE.
avril 14, 2008
Extrait de l’éditorial d’aujourd’hui de Nathalie Collard sur la “cyberintimidation”.
Ceux et celles qui n’ont pas d’enfants l’ignorent ou l’ont peut-être oublié: ces petits chéris peuvent être très méchants. Rien ne leur échappe. Le zézaiement d’un gamin, les dents croches de la maîtresse, la nervosité d’un élève à prendre la parole devant la classe. Plus l’autre est «différent», plus il représente une victime de choix. À l’école, et malgré le travail des enseignants, la différence n’est pas toujours bien acceptée. À l’âge où ils construisent leur estime d’eux-mêmes, les jeunes peuvent être d’un conformisme tyrannique.
Que peuvent faire les écoles face à ce fléau? La grande majorité se dit démunie. On comprend. C’est une chose de gérer les petits conflits entre élèves (et bien des classes ont mis en place des processus de médiation pour gérer la dispute) mais face aux tentacules de l’Internet, on perd le contrôle. Il serait illusoire de croire qu’on puisse éliminer la cyberintimidation, mais il est tout de même permis d’espérer qu’avec un soutien, les écoles pourront à tout le moins limiter les dégâts. Le très attendu Plan contre la violence qui doit être annoncé sous peu par la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, permettra sans doute la création de programmes semblables à celui de l’école Sainte-Germaine-Cousin, où avait lieu la conférence de presse de la CSQ. La directrice de cet établissement a mis sur pied un processus de médiation: deux élèves ont été choisies pour arbitrer les conflits entre leurs camarades. On a également organisé des jeux de rôle, pour que chaque élève puisse se mettre dans la peau d’une victime. Et ça donne des résultats. C’est ce genre d’approche, taillée sur mesure pour la clientèle d’une école, qu’il faut privilégier.
(…)
Les parents ont un autre devoir: celui d’éduquer leurs enfants à la différence. Une tâche délicate qui peut être facilitée par de nombreux outils culturels: livres, voyages, cinéma. Belle coïncidence, au moment même où la CSQ parle de cyberintimidation, le film Ben X sort sur nos écrans. L’histoire de ce jeune autiste victime de l’intimidation de ses pairs devrait être présentée dans les écoles québécoises, question de montrer aux élèves tout le mal qui peut être fait.
Premièrement, je n’ai pas d’enfant et je n’ai jamais oublié à quel point les enfants sont de sales petits pervers. S’il m’arrive de céder quelques secondes devant le charme d’un poupon, je prends soin de me rappeler ce jour d’été de 1988 quand, à l’âge de huit ans, frappé par la grâce enfantine, j’avais eu l’idée de génie de concocter une “soupe au WD-40 et à la ciboulette” à l’attention d’un “ami” du voisinage. Une soupe pleine de “féérie” toute juvénile, que cet ami a eu - Dieu merci - le bon sens de refuser. Sans quoi j’aurais passé toute ma jeunesse à la DPJ, et probablement toute ma vie avec un mort sur la conscience…
Tout ça pour dire que la plupart des adultes oublient l’effrayant abîme qui est constitutif de la réalité de l’enfance, un abîme d’indifférenciation et de meurtre duquel il est du devoir de la société civilisée de délivrer l’enfant. Deux minutes auparavant, l’enfant est adorable, et puis en un clin d’oeil il se transforme en véritable monstre. Il n’y a pas d’incohérence ou de “problème de personnalité” dans cette vérité si coutumière. L’enfance est un enfer, et notre société est bien la première dans l’histoire à trouver désirable d’y rester le plus longtemps possible.
“L’éducation à la différence” n’a rien à y voir : comme si les enfants étaient nés “intolérants” plutôt que simplement méchants… (Les enfants ne vivent pas la réalité de la “différence”, même devant un petit gros ou un gamin avec des broches. ”Enfants”, ils sont tous pareils : c’est bien là leur drame. De la même façon, ce n’est pas leur “conformisme” qui est cause de tyrannie, mais leur absence de normes, de repères : d’éducation.) Ce qui se vit à travers le massacre d’un souffre-douleur nous ramène plutôt à la réalité de la meute. Nul besoin “d’éducation à la différence” et de “management de l’altérité” pour dire à l’enfant ce que nos grand-mères analphabètes savaient pourtant d’instinct, et qui relève du savoir-vivre le plus élémentaire. “Tu ne tabasseras point ton prochain”, ça ne vous dit rien? Si, si : le christianisme… De fait, la vraie profondeur de la “morale judéo-chrétienne” (dans son sens le plus théologique), c’était exactement cela : sortir l’homme de la meute. Faire oeuvre de civilisation. Et rappeler que le lynchage n’est pas une méthode d’accès à la connaissance et à la vérité.
Nos sociétés “post-modernes” sont confrontées à ce paradoxe : d’un côté, elles disposent de moyens matériels et financiers faramineux ; et de l’autre, jamais elles n’ont semblées si démunies face à l’enfance et à la jeunesse, ainsi qu’à la demande existentielle que celles-ci leur adresse. De quel désarroi inouï, de quelle faillite anthropologique sont nés ces “processus de médiation“, qui demandent aux élèves de ”gérer leurs conflits” entre eux, sans l’intervention d’un adulte? Évidemment, les techno-progressistes se convainquent qu’ils apprennent ainsi aux jeunes à se responsabiliser. Une pantalonnade honteuse. Le propre de l’enfant est de ne pas savoir ce qu’il fait ni ce qu’il dit : comment pourrait-il être en mesure d’arbitrer les conflits de ses “camarades”?
Mais l’école n’est plus un lieu d’éducation, c’est-à-dire un lieu d’autorité et de connaissance, où les enfants viendraient se former au contact de la société et de ses représentants institués. La novlangue managériale y est entrée. D’ailleurs, Nathalie Collard n’hésite pas à parler d’une “clientèle” pour désigner les “écoliers”, “d’estime de soi”, de “gestion des conflits”, etc. - tous des termes sortis tout droit du monstre managérial. Qu’est-ce que cela a à voir avec l’éducation? Rien du tout. Là, d’ailleurs, n’est pas le point. Il est d’abord et avant tout question de rééducation. De techno-progressisme (management + bons sentiments). D’éducation à la différence…
Mme Collard parle du “Plan contre la violence” de Michelle Courchesne comme s’il s’agissait d’un document au contenu imprévisible (”Le très attendu Plan contre la violence”). On sait déjà pourtant ce qu’il contiendra : “gestion des conflits”, résolution “ab initio” de toutes les divisions, indifférenciation forcée entre les sexes, psychologisation démentielle des moindres facettes de l’existence, moraline multiculturelle, tolérance féérique, etc. On sait tout ça. Tout, tout, tout. Et si on le sait c’est que le Gouvernement ne parle qu’une langue : la novlangue managériale, une langue d’ailleurs partagée par un nombre croissants d’éditorialistes et de journalistes.
À lire : La castration transversale et La nationalisation de l’enfance, L’Intelligence conséquente, 12 février et 29 février 2008.
avril 10, 2008
Le management est une psychologisation, ou ce que devient le sentimentalisme une fois érigé unilatéralement à la “dignité” du jargon pseudo-scientifique. Dans Le Devoir d’aujourd’hui, Céline Giroux, “directrice générale de l’Office des handicapés du Québec”, répond sur le mode managérial aux enseignants qui ont remis en question, plutôt timidement il faut le dire, l’intégration des handicapés dans les classes régulières (cf. lire le texte de L’Intelligence conséquente sur la notion d’égalité de fait).
La réponse est simple, nette et prévisible comme peut l’être celle de tout idéologue : “la position de l’Office des personnes (sic) handicapées a toujours été très claire : l’éducation doit être inclusive“. Séparer les handicapés des classes régulières serait “exclusif”, donc condamnable par la vigile du politiquement correct. Il ne serait même plus permis de penser qu’il est du meilleur intérêt des handicapés d’être éduqués dans des classes ou des écoles séparées.
Or, l’Office des handicapés a-t-il seulement encore quoi que ce soit à voir avec le “meilleur intérêt” des handicapés? Ou l’Office est-il d’abord un lobby d’État, avec ses intérêts propres, sa logique, ses rapports de force, ses emboîtements ministériels? Il semblerait, à lire le discours de la directrice générale, que la première appartenance de l’Office serait bien davantage du côté du techno-progressisme que celui des handicapés réels de la société réelle.
Relisez bien l’extrait ci-haut. “C’est le système éducatif qui doit s’adapter aux élèves et non l’inverse” est un postulat théorique tiré de la Politique d’évaluation des apprentissages du Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport : cela n’a strictement rien à voir avec les handicapés. De même, “repenser l’enseignement et l’organisation scolaire” n’est pas du ressort d’un Office qui devrait se concentrer sur les détails concrets de la vie des handicapés plutôt que de s’aventurer dans les utopies éducatives.
En outre, la “conception” des classes “aux plans de l’aménagement physique, de l’organisation des services, des programmes d’enseignement et de l’attitude du personnel” est un sujet qui devrait passionner, respectivement : l’architecte de métier, le gestionnaire, le pédagogue et le psychologue. Rien à voir avec Céline Giroux et l’Office des handicapés.
L’utopie égalitariste a gagné tous les organismes d’État, et fait travailler les ministères dans une débauche d’innovation managériale qui tyrannise des contribuables transformés entre-temps en cobayes. Dans les faits, les handicapés ne sont pas plus défendus par l’Office des handicapés que ne l’est l’éducation par le Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport.
La novlangue managériale, c’est le langage que tout le monde utilise pour combler le vide sidéral d’une mécanique nihiliste désormais généralisée à tout l’État ; pour masquer, en somme, l’indifférenciation en cours de tous les ministères et organismes d’appoint sous l’égide d’un seul et unique Supra-Ministère : celui de la Rééducation intégrale.
La seule mission de l’État techno-progressiste, c’est de renouveler indéfiniment sa légitimité en puisant constamment aux sources du sentimentalisme victimaire. Au mépris, bien sûr, de toutes les victimes réelles (et des contribuables qui se font ainsi flouer), mais au profit d’une clique d’apparatchiks installés, qui ne demandent pas mieux que de continuer à encaisser leur salaire de 75 000 $ par année, à accumuler leur pécule de retraite et à se faire rembourser toutes leurs prescriptions de Xanax.
L’État s’est retourné contre le peuple. L’État veut achever le peuple. L’État veut régner seul sur le corps, le sexe et l’esprit de sujets réduits à la condition d’esclaves et d’avortons lyriques.
L’État est contre nous.
avril 5, 2008
La poursuite de l’objectif proprement communiste de l’égalité de fait, à travers une social-démocratie version hard renouvelée de fond en comble par le langage techno-progressiste (où se rencontrent l’idéologie managériale et les bons sentiments), ne semble pas piquer la curiosité de qui que ce soit au Québec, du moins si je me fie aux commentaires dans les médias ou les revues intellectuelles.
La Presse donnait pourtant une nouvelle matière à étonnement dans ses articles d’hier sur “l’intégration sauvage des handicapés” dans les classes ordinaires. “La Fédération des syndicats de l’enseignement, est-il écrit, réclame l’adoption d’une série de balises pour mettre fin à ce qu’elle considère être l’intégration “sauvage” des enfants handicapés ou en difficulté en classe régulière. Une intégration de plus en plus massive, qui épuise les profs et met en péril les apprentissages, tant des élèves intégrés que des autres.” Raisonnement qui laisse présager un certain bon sens, mais rendu dans un style si abscons et managérial que l’on est nullement surpris de lire plus loin, de la part de la présidente du syndicat : “Au sein de la société, il y a 10 ou 12% de personnes en difficulté. Dans la classe, on devrait avoir la même norme.” En régime techno-progressiste, on ne critique la technocratie que pour mieux y retourner. On se désole du chaos que pour ensuite réclamer une représentativité égalitaire au sein même du chaos, sans voir que c’est ce souci égalitariste impénitent qui est à la source du problème. De tout le problème.
Une partie de ce désordre viendrait d’ailleurs des parents des handicapés, qui exigeraient que leur enfant soit “intégré” à une classe régulière. La journaliste de La Presse écrit : “Il s’agit d’ailleurs d’un droit inscrit dans la Loi sur l’instruction publique, qui stipule cependant que l’intégration ne doit pas constituer une “contrainte excessive” ou porter atteinte aux droits des autres élèves.” Un droit? Ce n’est pas tout à fait exact. L’art. 235 de la Loi sur l’instruction publique affirme que les modalités de l’intégration des élèves handicapés sont à la discrétion de la commission scolaire, en collaboration avec tel ou tel comité consultatif, mais nulle part il est indiqué que les parents auraient un droit décisionnel.
Inutile de se tourner, comme le syndicat, vers la travailleuse sociale Michelle Courchesne pour y voir un peu plus clair. A-t-on vraiment besoin d’un autre “plan d’action”? (Selon La Presse, le nouveau “plan d’action” serait imminent.) La nature du problème est beaucoup plus simple et carrée que ce que les technocrates “experts” voudront jamais nous faire croire. Si les commissions scolaires ne veulent plus exclure les handicapés des classes régulières, c’est tout simplement parce qu’elles sont désormais incapables de discriminer qui que ce soit. De la même manière, elles sont inaptes à établir des moyennes de groupe dans les bulletins pour départager les élèves médiocres des élèves brillants. La hantise d’être discriminatoire, au-delà des bons sentiments habituels, commence ainsi à faire sentir ses effets inhibiteurs et paralysants dans les plus hautes instances institutionnelles.
Dans “mon temps” (qui était un temps où personne n’aurait songé à discuter les moyennes de groupe), les handicapés étaient cantonnés dans une classe à part, bénéficiant des services d’une poignée d’enseignants spécialisés. Toutes les classes régulières étaient composées à 100% d’élèves réguliers. S’il arrivait qu’un élève était trop faible, il était recalé ; et s’il était trop fort, il passait immédiatement au niveau suivant.
Il n’y avait pas “d’intégration sauvage”, parce que la maladie de l’égalité de fait ne s’était pas encore emparé de tous les esprits. Le noble principe de l’égalité formelle était respecté, par l’accès à l’enseignement public d’une partie tout particulièrement défavorisée de la population, et tout le monde, y compris les handicapés, ne s’en portait que mieux. Personne n’aurait songé à leur faire croire qu’ils étaient pareils aux autres, et personne ne songeait que cet oubli de “rééducation” attaquait leurs droits fondamentaux ou leur dignité.
Ce fut à cette condition d’ailleurs qu’une certaine affection en était venue à s’établir entre les handicapés de l’école et les élèves réguliers - des élèves pourtant à un âge (12-14 ans) où la méchanceté est le plus souvent la règle.
Je me souviens à ce sujet d’une belle scène, qui illustrera à merveille mon propos. L’action se passe en 1992-1993 dans la cour d’une école secondaire de Lauzon, un quartier ouvrier de Lévis. Il est 16h, et une armée d’adolescents prépubères excités sortent du sous-sol crasseux qui leur sert de vestiaire. On est en automne, en plein mois d’octobre. Des petits groupes se forment dans la cour, intriguent entre eux, se lancent joyeusement des injures. Toutefois, un peu plus loin, tout près des autobus, un attroupement plus important se forme.
Une bagarre, semble-t-il, s’apprête à éclater. Or, cette bagarre n’a rien d’habituel : elle opposera apparemment un handicapé - un handicapé mental, avec des déficiences physiques mineures - de l’école irrégulière et un élève régulier de l’école régulière. L’élève régulier se fait provoquer par l’handicapé, qui insiste pour en découdre là, maintenant, sous les yeux de la petite foule, dans la cour d’école. On ignore les motifs de l’indignation de l’handicapé, mais il semble délirer ferme, en regard du flegme de l’élève régulier, qui l’incite diplomatiquement à se calmer. Tous les témoins sont d’accord pour dire que l’handicapé cherche le trouble. L’élève régulier rigole, tourne sur lui-même, s’adresse à la foule, met les rieurs de son côté : il ne peut pas croire qu’il va se battre avec un handicapé. Et pourtant, l’handicapé n’entend pas à rire. Il profite de ce que son adversaire ait le dos tourné pour le frapper à la nuque, le désorientant pour un instant. Forcé de quitter la comédie où il se démenait, l’élève régulier se ressaisit, jette à la foule, à l’handicapé, à Dieu lui-même un chapelet de blasphèmes et flanque la volée qui s’impose au provocateur.
Voici enfin qu’au-delà du cercle où se déroule la rixe une protestation bruyante se fait entendre. C’est un “élève régulier”, mais plutôt irrégulier parmi les réguliers : un petit voyou bien connu de l’école. Il fend la foule d’un bras autoritaire et se place au centre de la scène, face à l’élève victorieux. Il se met à l’engueuler pour avoir mis au tapis l’handicapé, tout cela est complètement “malade”, selon lui, ça n’a pas de sens, c’est scandaleux. Une bousculade s’ensuit, aussitôt arrêtée par un enseignant accouru entre-temps, alerté par la rumeur. D’un côté, le petit voyou et l’handicapé secouru, et de l’autre, l’élève régulier qui plaide tant bien que mal l’autodéfense.
Puis, au centre, un professeur qui engueule les deux parties, assume l’ambiguïté de la bagarre sans chercher à moraliser, disperse la foule, fait embarquer tout le monde dans les autobus, sonne l’heure du retour à la maison.
Et alors? Alors rien. Le dossier était clos. Le lendemain, l’handicapé retrouva sa classe (avec un oeil au beurre noir en prime), et l’élève régulier la sienne. On parla de l’incident quelques jours, puis tout fut oublié.
Il n’y eut aucun “plan d’action”.
avril 1, 2008
Une idéologue des “sciences de l’éducation”, se réclamant du socio-constructivisme, signe aujourd’hui dans Le Devoir une apologie touristique de la Finlande comme modèle pédagogique par excellence.
L’Intelligence conséquente a déjà expliqué pourquoi il fallait se méfier du fameux progressisme scandinave.
Toujours est-il qu’une “universitaire” qui admet faire du tourisme à des fins de recherche ne manque pas de panache.
À quand un Gide publiant un Retour de Finlande, pour rompre enfin avec la soviétique fascination des “chercheurs” socio-constructivistes pour la Scandinavie?
mars 7, 2008

Ce passage est extrait d’un “débat”, comme on dit, entre deux soldats de propagande de la feuille de chou gauchiste Presse-toi à gauche!. Ce qui est bien, avec ces écrits militants, c’est la candeur avec laquelle les soldats de propagande affichent leurs motivations les plus profondes, en lien avec les politiques de rééducation plus ou moins subtiles que l’État techno-progressiste a le génie, à tout le moins, d’attifer d’un jargon scientiste si opaque qu’aucun contribuable moyen ne pourrait y déceler ce qui pourtant s’étale à chaque phrase : la haine-type du révolutionnaire pour le bourgeois (donc pour le contribuable), l’impérieuse nécessité de la transformation radicale des rapports sociaux, l’utopie de la construction sociale (socio-constructivisme), etc.
L’État ne parle pas de “transformer les rapports sociaux“, il parle de favoriser “l’égalité des chances” ; l’État ne parle pas de ruiner “la vision élitiste de la connaissance“, il parle de mettre de l’avant une approche plus démocratique, “l’approche par compétences“. Le langage varie, mais le projet est le même.
On ne dit rien sur la réalité au Québec tant qu’on n’admet pas que l’extrême-gauche, qui a pris aujourd’hui valeur de norme (par son culte incessant de l’anti-norme), impose désormais à tous les niveaux de l’administration publique ses catégories de pensée. C’est pourquoi je ne parle, en toutes circonstances, non de l’administration publique, qui rappelerait le Service public (une notion beaucoup trop haute et trop noble pour les charognes gouvernantes), mais de l’État techno-progressiste, une bureaucratie centralisée vendue à l’action idéologique sur les contribuables massifiés.
mars 3, 2008

Certains esprits bouffons à la colonne vertébrale en caoutchouc me reprochent, paraît-il, dans le confort sordide de leur bureau d’université (qui leur sert en réalité d’entrepôt intellectuel), de ne pas aimer les féministes. J’en profite pour réaffirmer ici en toutes lettres ce que je suis prêt à répéter devant n’importe quelle caméra et n’importe quel micro : l’adhésion au féminisme chez un bipède de plus de quatorze ans est la preuve irréfutable d’une infirmité mentale extrêmement préoccupante. Il va de soi que je ne peux pas estimer intellectuellement, voire personnellement un individu se réclamant, de près ou de loin, du féminisme.
C’est qu’on n’a rien dit de valable sur l’État techno-progressiste, donc sur le nouveau régime politique dans lequel on vit (qui n’a plus rien à voir avec la démocratie parlementaire traditionnelle) tant qu’on ne porte pas sa critique sur le féminisme, une idéologie qui, sous couvert de vertu démocratique égalitaire, vise l’indifférenciation entre les sexes. Le féminisme n’a rien à voir avec le principe d’égalité, mais avec celui d’utopie ; ni même rien à voir, à tout prendre, avec l’attribution du droit de vote aux femmes, une conquête naturelle du libéralisme. Le féminisme est avant tout un prétexte à la tartufferie universitaire, au chantage communautariste, au délire technocratique et à la destruction acharnée de ce tout qui fait de l’homme et de la femme des créatures sexuées. Le féminisme, en somme, est un ressentiment. Et comme tous les ressentiments, il veut en finir avec l’érotisme, la liberté, l’ironie et l’écart critique.
Je fais ce petit préambule parce que j’ai lu un autre article complètement cinglé ce matin dans La Presse, cette fois sous la plume de Sylvia Galipeau. Comme à chaque année, une journaliste conscientisée, prise d’une fièvre d’originalité autour du 8 mars, “Journée internationale de la femme”, se dirige dans une école primaire pour voir comment se porte le dogme de l’égalité entre les hommes et les femmes - comme on dit chez les robots. Avec la complicité d’une enseignante comptant plusieurs décennies d’expérience, elle constate ce que d’autres journalistes avant elles ont constaté également : malgré les millions de dollars investis dans l’application des théories les plus rééducatrices qui soient, supposées délivrer les petites filles et les petits garçons de ces affreux stéréotypes dont ils souffriraient sans se rendre compte, les petites filles continuent à vouloir se comporter comme des petites filles, et les petits garçons comme des petits garçons. Alors, madame l’enseignante? Les jeux des enfants ont-ils changé depuis trente ans? Se comportent-ils de façon différente? “C’est pas mal pareil : les petites filles sont davantage attirées à jouer à la maman, les petits gars à faire du bruit.“
Mon Dieu, comme c’est désolant. “Certaines filles jouent moins aux jeux de construction, d’autres beaucoup. Je dirais que ce qui est majeur, c’est plutôt que certains garçons ne vont JAMAIS à la cuisine.” Il y a quelque chose qui cloche, c’est certain. Ne faudrait-il pas forcer les garçons à jouer dans la cuisine? Hélas, selon l’enseignante, “les gars qui vont à la cuisine, ils ne vont pas pouponner. Ils vont sortir toute la vaisselle, faire du bruit.” Encore ce bruit différencié… Ce tapage sexué… Cette intimidation… Cette inégalité forcément…
Cela dérange beaucoup nos ingénieurs sociaux. Jocelyne Robert, la Mère supérieure des psychologues, “faisant allusion aux rangées rose bonbon de poupées, poussettes, dînettes“, déplore que les “étalages des magasins” renforcent les “stéréotypes“. Elle est secondée par l’idéologue d’extrême-gauche Francine Descarries (que l’on finance comme des imbéciles à raison de 120 000$ par année) : “Il y a 40 ans, il n’y avait pas de jeux de construction pour les filles, dit-elle. Aujourd’hui, il y a des Lego pour filles, mais ils servent à construire des châteaux de fées. Les stéréotypes sont toujours très présents.“
Quelle profondeur intellectuelle, n’est-ce pas? Rappelez-vous que ces gens-là ont passé leur vie à sucer la moelle de l’État techno-progressiste et à jardiner leurs petites perversions personnelles à nos frais. En l’absence de toute critique et de toute résistance (merci aux professeurs aux vertèbres caoutchoutés), leur règne ubuesque continue. À un point tel qu’on peut dire de l’État québécois qu’il se confond avec le féminisme ; il en partage et les desseins et la nature fanatique. Il n’y a même plus de différence entre les deux, ils sont devenus un (ou une…).
Je comprends que des politiciens hésitent à attaquer de front le féminisme d’État. Pourtant, il me semble que certaines fenêtres politiques sont d’ores et déjà ouvertes et pourraient permettre aux conservateurs de faire des percées importantes. Que l’on pense seulement à la question de la mixité scolaire. Là se trouve une occasion en or de briser l’alliance funeste entre les féministes et les pédagogistes. Mettre fin à la mixité scolaire pour les féministes, c’est comme enlever cinq steaks saignants à un chacal habitué d’en manger quatre… Ce serait un coup mortel. En séparant les garçons des filles, vous compromettez sérieusement l’agenda de rééducation pédagogique de nos ingénieurs sociaux progressistes.
Ce qui vaut pour les féministes vaut également pour les “dialogueurs” interculculralistes du type Georges Leroux. Imposer un “diâlôôôgue” doucereux et res-pec-tu-eux à toute une classe (oops, pardon, à toute une communauté de recherche), c’est toujours possible quand il y a 50% de filles et 50% de garçons, mais serait-ce possible s’il n’y avait que des garçons? J’en doute. Le tapage viendrait vite à s’installer. Une concentration de jeunes garçons dans une même institution forcerait les autorités à se réaligner sur les savoirs fondamentaux et la compétition sportive, faisant sauter le schème de pensée dominant, qui relie l’égalitarisme à l’apaisement maternel des comportements.
J’irais même jusqu’à dire que la mixité scolaire est la pierre angulaire politique de la crise entourant la réforme scolaire. Restez sur le terrain de la critique centriste et modérée, celle qui déplore sagement les écarts “transversaux” de la réforme, et vous perdrez une fois de plus devant les idéologues du Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport. Poussez l’idée de la non-mixité, et vous mettez de l’avant non pas un gigantesque projet de renversement du MELS, mais une idée concrète susceptible de recevoir rapidement l’aval du sens commun.