Délire pédagogiste


La poursuite de l’objectif proprement communiste de l’égalité de fait, à travers une social-démocratie version hard renouvelée de fond en comble par le langage techno-progressiste (où se rencontrent l’idéologie managériale et les bons sentiments), ne semble pas piquer la curiosité de qui que ce soit au Québec, du moins si je me fie aux commentaires dans les médias ou les revues intellectuelles.

La Presse donnait pourtant une nouvelle matière à étonnement dans ses articles d’hier sur “l’intégration sauvage des handicapés” dans les classes ordinaires. “La Fédération des syndicats de l’enseignement, est-il écrit, réclame l’adoption d’une série de balises pour mettre fin à ce qu’elle considère être l’intégration “sauvage” des enfants handicapés ou en difficulté en classe régulière. Une intégration de plus en plus massive, qui épuise les profs et met en péril les apprentissages, tant des élèves intégrés que des autres.” Raisonnement qui laisse présager un certain bon sens, mais rendu dans un style si abscons et managérial que l’on est nullement surpris de lire plus loin, de la part de la présidente du syndicat : “Au sein de la société, il y a 10 ou 12% de personnes en difficulté. Dans la classe, on devrait avoir la même norme.” En régime techno-progressiste, on ne critique la technocratie que pour mieux y retourner. On se désole du chaos que pour ensuite réclamer une représentativité égalitaire au sein même du chaos, sans voir que c’est ce souci égalitariste impénitent qui est à la source du problème. De tout le problème.

Une partie de ce désordre viendrait d’ailleurs des parents des handicapés, qui exigeraient que leur enfant soit “intégré” à une classe régulière. La journaliste de La Presse écrit : “Il s’agit d’ailleurs d’un droit inscrit dans la Loi sur l’instruction publique, qui stipule cependant que l’intégration ne doit pas constituer une “contrainte excessive” ou porter atteinte aux droits des autres élèves.” Un droit? Ce n’est pas tout à fait exact. L’art. 235 de la Loi sur l’instruction publique affirme que les modalités de l’intégration des élèves handicapés sont à la discrétion de la commission scolaire, en collaboration avec tel ou tel comité consultatif, mais nulle part il est indiqué que les parents auraient un droit décisionnel.

Inutile de se tourner, comme le syndicat, vers la travailleuse sociale Michelle Courchesne pour y voir un peu plus clair. A-t-on vraiment besoin d’un autre “plan d’action”? (Selon La Presse, le nouveau “plan d’action” serait imminent.) La nature du problème est beaucoup plus simple et carrée que ce que les technocrates “experts” voudront jamais nous faire croire. Si les commissions scolaires ne veulent plus exclure les handicapés des classes régulières, c’est tout simplement parce qu’elles sont désormais incapables de discriminer qui que ce soit. De la même manière, elles sont inaptes à établir des moyennes de groupe dans les bulletins pour départager les élèves médiocres des élèves brillants. La hantise d’être discriminatoire, au-delà des bons sentiments habituels, commence ainsi à faire sentir ses effets inhibiteurs et paralysants dans les plus hautes instances institutionnelles.

Dans “mon temps” (qui était un temps où personne n’aurait songé à discuter les moyennes de groupe), les handicapés étaient cantonnés dans une classe à part, bénéficiant des services d’une poignée d’enseignants spécialisés. Toutes les classes régulières étaient composées à 100% d’élèves réguliers. S’il arrivait qu’un élève était trop faible, il était recalé ; et s’il était trop fort, il passait immédiatement au niveau suivant.

Il n’y avait pas “d’intégration sauvage”, parce que la maladie de l’égalité de fait ne s’était pas encore emparé de tous les esprits. Le noble principe de l’égalité formelle était respecté, par l’accès à l’enseignement public d’une partie tout particulièrement défavorisée de la population, et tout le monde, y compris les handicapés, ne s’en portait que mieux. Personne n’aurait songé à leur faire croire qu’ils étaient pareils aux autres, et personne ne songeait que cet oubli de “rééducation” attaquait leurs droits fondamentaux ou leur dignité.

Ce fut à cette condition d’ailleurs qu’une certaine affection en était venue à s’établir entre les handicapés de l’école et les élèves réguliers - des élèves pourtant à un âge (12-14 ans) où la méchanceté est le plus souvent la règle.

Je me souviens à ce sujet d’une belle scène, qui illustrera à merveille mon propos. L’action se passe en 1992-1993 dans la cour d’une école secondaire de Lauzon, un quartier ouvrier de Lévis. Il est 16h, et une armée d’adolescents prépubères excités sortent du sous-sol crasseux qui leur sert de vestiaire. On est en automne, en plein mois d’octobre. Des petits groupes se forment dans la cour, intriguent entre eux, se lancent joyeusement des injures. Toutefois, un peu plus loin, tout près des autobus, un attroupement plus important se forme.

Une bagarre, semble-t-il, s’apprête à éclater. Or, cette bagarre n’a rien d’habituel : elle opposera apparemment un handicapé  - un handicapé mental, avec des déficiences physiques mineures - de l’école irrégulière et un élève régulier de l’école régulière. L’élève régulier se fait provoquer par l’handicapé, qui insiste pour en découdre là, maintenant, sous les yeux de la petite foule, dans la cour d’école. On ignore les motifs de l’indignation de l’handicapé, mais il semble délirer ferme, en regard du flegme de l’élève régulier, qui l’incite diplomatiquement à se calmer. Tous les témoins sont d’accord pour dire que l’handicapé cherche le trouble. L’élève régulier rigole, tourne sur lui-même, s’adresse à la foule, met les rieurs de son côté : il ne peut pas croire qu’il va se battre avec un handicapé. Et pourtant, l’handicapé n’entend pas à rire. Il profite de ce que son adversaire ait le dos tourné pour le frapper à la nuque, le désorientant pour un instant. Forcé de quitter la comédie où il se démenait, l’élève régulier se ressaisit, jette à la foule, à l’handicapé, à Dieu lui-même un chapelet de blasphèmes et flanque la volée qui s’impose au provocateur.

Voici enfin qu’au-delà du cercle où se déroule la rixe une protestation bruyante se fait entendre. C’est un “élève régulier”, mais plutôt irrégulier parmi les réguliers : un petit voyou bien connu de l’école. Il fend la foule d’un bras autoritaire et se place au centre de la scène, face à l’élève victorieux. Il se met à l’engueuler pour avoir mis au tapis l’handicapé, tout cela est complètement “malade”, selon lui, ça n’a pas de sens, c’est scandaleux. Une bousculade s’ensuit, aussitôt arrêtée par un enseignant accouru entre-temps, alerté par la rumeur. D’un côté, le petit voyou et l’handicapé secouru, et de l’autre, l’élève régulier qui plaide tant bien que mal l’autodéfense.

Puis, au centre, un professeur qui engueule les deux parties, assume l’ambiguïté de la bagarre sans chercher à moraliser, disperse la foule, fait embarquer tout le monde dans les autobus, sonne l’heure du retour à la maison.

Et alors? Alors rien. Le dossier était clos. Le lendemain, l’handicapé retrouva sa classe (avec un oeil au beurre noir en prime), et l’élève régulier la sienne. On parla de l’incident quelques jours, puis tout fut oublié.

Il n’y eut aucun “plan d’action”.

Finlande

Une idéologue des “sciences de l’éducation”, se réclamant du socio-constructivisme, signe aujourd’hui dans Le Devoir une apologie touristique de la Finlande comme modèle pédagogique par excellence.

L’Intelligence conséquente a déjà expliqué pourquoi il fallait se méfier du fameux progressisme scandinave.

Toujours est-il qu’une “universitaire” qui admet faire du tourisme à des fins de recherche ne manque pas de panache.

À quand un Gide publiant un Retour de Finlande, pour rompre enfin avec la soviétique fascination des “chercheurs” socio-constructivistes pour la Scandinavie?

Dialogue

Ce passage est extrait d’un “débat”, comme on dit, entre deux soldats de propagande de la feuille de chou gauchiste Presse-toi à gauche!. Ce qui est bien, avec ces écrits militants, c’est la candeur avec laquelle les soldats de propagande affichent leurs motivations les plus profondes, en lien avec les politiques de rééducation plus ou moins subtiles que l’État techno-progressiste a le génie, à tout le moins, d’attifer d’un jargon scientiste si opaque qu’aucun contribuable moyen ne pourrait y déceler ce qui pourtant s’étale à chaque phrase : la haine-type du révolutionnaire pour le bourgeois (donc pour le contribuable), l’impérieuse nécessité de la transformation radicale des rapports sociaux, l’utopie de la construction sociale (socio-constructivisme), etc.

L’État ne parle pas de “transformer les rapports sociaux“, il parle de favoriser “l’égalité des chances” ; l’État ne parle pas de ruiner “la vision élitiste de la connaissance“, il parle de mettre de l’avant une approche plus démocratique, “l’approche par compétences“. Le langage varie, mais le projet est le même.

On ne dit rien sur la réalité au Québec tant qu’on n’admet pas que l’extrême-gauche, qui a pris aujourd’hui valeur de norme (par son culte incessant de l’anti-norme), impose désormais à tous les niveaux de l’administration publique ses catégories de pensée. C’est pourquoi je ne parle, en toutes circonstances, non de l’administration publique, qui rappelerait le Service public (une notion beaucoup trop haute et trop noble pour les charognes gouvernantes), mais de l’État techno-progressiste, une bureaucratie centralisée vendue à l’action idéologique sur les contribuables massifiés.

HF

Certains esprits bouffons à la colonne vertébrale en caoutchouc me reprochent, paraît-il, dans le confort sordide de leur bureau d’université (qui leur sert en réalité d’entrepôt intellectuel), de ne pas aimer les féministes. J’en profite pour réaffirmer ici en toutes lettres ce que je suis prêt à répéter devant n’importe quelle caméra et n’importe quel micro : l’adhésion au féminisme chez un bipède de plus de quatorze ans est la preuve irréfutable d’une infirmité mentale extrêmement préoccupante. Il va de soi que je ne peux pas estimer intellectuellement, voire personnellement un individu se réclamant, de près ou de loin, du féminisme.

C’est qu’on n’a rien dit de valable sur l’État techno-progressiste, donc sur le nouveau régime politique dans lequel on vit (qui n’a plus rien à voir avec la démocratie parlementaire traditionnelle) tant qu’on ne porte pas sa critique sur le féminisme, une idéologie qui, sous couvert de vertu démocratique égalitaire, vise l’indifférenciation entre les sexes. Le féminisme n’a rien à voir avec le principe d’égalité, mais avec celui d’utopie ; ni même rien à voir, à tout prendre, avec l’attribution du droit de vote aux femmes, une conquête naturelle du libéralisme. Le féminisme est avant tout un prétexte à la tartufferie universitaire, au chantage communautariste, au délire technocratique et à la destruction acharnée de ce tout qui fait de l’homme et de la femme des créatures sexuées. Le féminisme, en somme, est un ressentiment. Et comme tous les ressentiments, il veut en finir avec l’érotisme, la liberté, l’ironie et l’écart critique.

Je fais ce petit préambule parce que j’ai lu un autre article complètement cinglé ce matin dans La Presse, cette fois sous la plume de Sylvia Galipeau. Comme à chaque année, une journaliste conscientisée, prise d’une fièvre d’originalité autour du 8 mars, “Journée internationale de la femme”, se dirige dans une école primaire pour voir comment se porte le dogme de l’égalité entre les hommes et les femmes - comme on dit chez les robots. Avec la complicité d’une enseignante comptant plusieurs décennies d’expérience, elle constate ce que d’autres journalistes avant elles ont constaté également : malgré les millions de dollars investis dans l’application des théories les plus rééducatrices qui soient, supposées délivrer les petites filles et les petits garçons de ces affreux stéréotypes dont ils souffriraient sans se rendre compte, les petites filles continuent à vouloir se comporter comme des petites filles, et les petits garçons comme des petits garçons. Alors, madame l’enseignante? Les jeux des enfants ont-ils changé depuis trente ans? Se comportent-ils de façon différente? “C’est pas mal pareil : les petites filles sont davantage attirées à jouer à la maman, les petits gars à faire du bruit.

Mon Dieu, comme c’est désolant. “Certaines filles jouent moins aux jeux de construction, d’autres beaucoup. Je dirais que ce qui est majeur, c’est plutôt que certains garçons ne vont JAMAIS à la cuisine.” Il y a quelque chose qui cloche, c’est certain. Ne faudrait-il pas forcer les garçons à jouer dans la cuisine? Hélas, selon l’enseignante, “les gars qui vont à la cuisine, ils ne vont pas pouponner. Ils vont sortir toute la vaisselle, faire du bruit.” Encore ce bruit différencié… Ce tapage sexué… Cette intimidation… Cette inégalité forcément…

Cela dérange beaucoup nos ingénieurs sociaux. Jocelyne Robert, la Mère supérieure des psychologues, “faisant allusion aux rangées rose bonbon de poupées, poussettes, dînettes“, déplore que les “étalages des magasins” renforcent les “stéréotypes“. Elle est secondée par l’idéologue d’extrême-gauche Francine Descarries (que l’on finance comme des imbéciles à raison de 120 000$ par année) : “Il y a 40 ans, il n’y avait pas de jeux de construction pour les filles, dit-elle. Aujourd’hui, il y a des Lego pour filles, mais ils servent à construire des châteaux de fées. Les stéréotypes sont toujours très présents.

Quelle profondeur intellectuelle, n’est-ce pas? Rappelez-vous que ces gens-là ont passé leur vie à sucer la moelle de l’État techno-progressiste et à jardiner leurs petites perversions personnelles à nos frais. En l’absence de toute critique et de toute résistance (merci aux professeurs aux vertèbres caoutchoutés), leur règne ubuesque continue. À un point tel qu’on peut dire de l’État québécois qu’il se confond avec le féminisme ; il en partage et les desseins et la nature fanatique. Il n’y a même plus de différence entre les deux, ils sont devenus un (ou une…).

Je comprends que des politiciens hésitent à attaquer de front le féminisme d’État. Pourtant, il me semble que certaines fenêtres politiques sont d’ores et déjà ouvertes et pourraient permettre aux conservateurs de faire des percées importantes. Que l’on pense seulement à la question de la mixité scolaire. Là se trouve une occasion en or de briser l’alliance funeste entre les féministes et les pédagogistes. Mettre fin à la mixité scolaire pour les féministes, c’est comme enlever cinq steaks saignants à un chacal habitué d’en manger quatre… Ce serait un coup mortel. En séparant les garçons des filles, vous compromettez sérieusement l’agenda de rééducation pédagogique de nos ingénieurs sociaux progressistes.

Ce qui vaut pour les féministes vaut également pour les “dialogueurs” interculculralistes du type Georges Leroux. Imposer un “diâlôôôgue” doucereux et res-pec-tu-eux à toute une classe (oops, pardon, à toute une communauté de recherche), c’est toujours possible quand il y a 50% de filles et 50% de garçons, mais serait-ce possible s’il n’y avait que des garçons? J’en doute. Le tapage viendrait vite à s’installer. Une concentration de jeunes garçons dans une même institution forcerait les autorités à se réaligner sur les savoirs fondamentaux et la compétition sportive, faisant sauter le schème de pensée dominant, qui relie l’égalitarisme à l’apaisement maternel des comportements.

J’irais même jusqu’à dire que la mixité scolaire est la pierre angulaire politique de la crise entourant la réforme scolaire. Restez sur le terrain de la critique centriste et modérée, celle qui déplore sagement les écarts “transversaux” de la réforme, et vous perdrez une fois de plus devant les idéologues du Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport. Poussez l’idée de la non-mixité, et vous mettez de l’avant non pas un gigantesque projet de renversement du MELS, mais une idée concrète susceptible de recevoir rapidement l’aval du sens commun.

Collegiens

 Sous la supervision d’un jury (le même qu’en 2006) composé de Stanley Péan, de l’UNEQ ; de Danielle Laurin, Jean-François Nadeau et Christian Desmeules du Devoir ; ainsi que de Gilles Dupuis, du Centre de recherche en littérature québécoise, les “délibérations” autour du Prix littéraire des collégiens édition 2008 ont commencé. En liste, Lise Tremblay, Stéfani (sic) Meunier, Pierre Samson, Élise Turcotte et Robert Lalonde. Bref, rien de bien dangereux.

Le Prix littéraire des collégiens, officiellement, sert à “promouvoir la littérature québécoise“, un peu à la manière de Tourisme Québec faisant la promotion de Destination Québec. Il sert surtout, on s’en doute, à renforcer le régime techno-progressiste, donc à fournir un terrain d’application aux théories rééducatrices les plus débiles du progressisme pédagogique. Pour l’essentiel, le Prix, qui a d’ailleurs obtenu un financement de la Fondation Marc Bourgie pour cette raison, témoigne de la prétention humaniste de notre intelligentsia étatisée à transmettre ainsi aux jeunes la passion pour la culture. Lyrique depuis 1534, disait déjà Tourisme Québec…

Dans la fascinante Trousse d’animation de lecture et de soutien pédagogique disponible sur le site web, on peut lire sous la décoiffante plume de Bruno Lemieux, professeur-animateur au Collège de Sherbrooke, que le Prix littéraire des collégiens permet aux élèves - tenez-vous bien - de s’ouvrir sur le monde… Le “monde” étant bien sûr, dans ce cas-ci, le monde-laboratoire du techno-progressisme, où gambadent des gentils immigrés, tous imaginatifs et rigolos, ainsi que des jeunes passionnés voulant faire leur place par le dialogue dans le respect de toutes et de tous. Aux pages 16-17 de la Trousse, on peut lire un résumé délirant du cadre idéologique dans lequel s’inscrit le Prix littéraire des collégiens, simple extension conceptuelle de la folie pédagogiste patiemment mise au point par les technocrates du Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport.

Le Prix présenterait trois avantages fondamentaux. Le premier : les élèves, étant invités à lire des oeuvres contemporaines plutôt que classiques, sont susceptibles d’être davantage intéressés par la lecture, parce que n’est-ce pas, “les textes récents participent à l’actualité littéraire et sociale“. Des oeuvres, donc, collées au présent et sur les problématiques sociales, propres à justifier dans le futur d’autres politiques publiques en matière de rééducation. Hadassa, de Myriam Beaudoin, récipiendaire du Prix de 2007, n’abordait-il pas la problématique interculturelle entre Juifs hassidiques et le Québec outremontais? Art-thérapie, art-social, art au service du régime.

Deuxième avantage : le Dialogue. Le dialogue de la cité communicationnelle, de la bien-pensance georgeslerouxnesque, le dialogue niais des idéologues égalitaristes, le dialogue pour le simple plaisir de voir 25 jeunes se raconter des histoires sur leur originalité critique ; le dialogue, enfin, pour en finir une bonne fois pour toutes avec l’autorité professorale et le silence obligé des ignorants. Le dialogue de la réforme scolaire et de tous les Plans d’action ministériels imaginables. Avec le dialogue, nous dit Lemieux, “la lecture cesse alors d’être un acte égoïste pour devenir une occasion de mieux comprendre la part humaine qui réside en soi et en chacun, pour devenir une passerelle vers les autres et la société.

Troisième avantage : par son importance symbolique artificiellement maintenue, le Prix fait jaillir sur ses participants un prestige favorable au développement de leur estime de soi. L’impayable Lemieux s’explique : “Ainsi publiquement reconnus comme des lecteurs crédibles, ces collégiens peuvent plus facilement se percevoir comme des actants sociaux (sic) importants. Le PLC peut [...] contribuer à la valorisation - souvent déficitaire - de l’apport des jeunes à la société. Cette valorisation du jugement critique des jeunes peut avoir à son tour des retombées dans des domaines aussi variés que la poursuite d’études supérieures, la participation à la vie culturelle, l’engagement communautaire ou l’action civique et politique.” Où l’on voit que le Prix contribue surtout à perpétuer le régime et à le nourrir en petits soldats culturels de propagande.

J’invite quiconque s’intéressant de près à la folie pédagogiste à lire le tableau comparatif de la page 21 de la Trousse : s’y étale la niaiserie idéologique dominante de la façon la plus ostentatoire et vaniteuse, réduisant la crise culturelle à une opposition binaire entre passé et présent, attitude passive et attitude active. La fatuité de ce tableau dépasse l’entendement, et il faut l’imprimer, l’accrocher en évidence sur un mur de son bureau pour avoir constamment en tête l’abyssale bêtise de ceux qu’il est de notre devoir de renverser.

Garderies

Je ne sais pas si, comme moi, vous êtes un fan des éditoriaux vidéo de La Presse. L’un des derniers (”Dumont à côté de la plaque !”), par Alain Dubuc, mérite véritablement le détour. Choqué comme tous les commentateurs attitrés par la proposition adéquiste sur la famille, une proposition qui ne peut être que fatale au règne des CPE, Dubuc tente une fois de plus de faire passer pour irrationnelle une aspiration on ne peut plus légitime et terre-à-terre.

Premièrement, sur le plan économique, on ne verrait pas pourquoi les 900 millions $ exigés par la proposition de Dumont seraient moins justifiables que les 1,3 milliards$ de l’odieux réseau de garderies, puisque comme Dubuc le souligne lui-même le réseau des CPE ne rejoint, malgré ses objectifs d’une nationalisation totale de l’enfance québécoise, que 50% des familles. Cette mesure technocratique appliquée au nom du féminisme d’État, qui consiste à permettre aux femmes de continuer à travailler temps plein tout en ayant une famille, est une mystification justement très coûteuse qui crée un désordre malheureux dans l’éducation des enfants.

Cela encourage aussi les gens à maintenir un mode de vie consumériste pas nécessairement en phase avec leur nouvelle réalité familiale. Or, avoir une famille, c’est renoncer à travailler, à dépenser et à se comporter comme un célibataire. Le refus de certaines femmes de voir leur retrait du marché du travail autrement que comme une défaite amère de l’égalité des chances relève du déni de réalité le plus primaire et le plus narcissique. Inéquitable, rester à la maison pour éduquer ses enfants? Ça n’a rien à voir. L’enfant, plus prosaïquement, a besoin de sa mère pour vivre et non d’une connasse de gardienne syndiquée, un point c’est tout. Si cette vérité n’est plus dite, c’est parce qu’elle est culpabilisante pour les femmes, un crime passible de mort sociale par le MCCCF et le Gouvernement du Québec.

Imposer de cette manière une nationalisation de l’enfance, et ce dès le plus jeune âge, ne peut être que favorable au démantèlement des familles et à l’érosion de l’autorité parentale. Donc à une extension infinie du pouvoir de l’État sur les âmes.

À entendre Dubuc, les enfants ne pourraient survivre sans les CPE. Laissés trop libres, à l’écart de l’État, entre les mains familiales, les enfants ne pourraient suivre le catéchisme du nouveau régime en matière de tolérance, de respect et de dialogue interculturel, sous la supervision syndiquée de nos gardiennes en sarrau. Les technocrates appellent ça “un déficit de la maturité scolaire“. Ça tombe bien parce qu’une étude vient de sortir, comme par hasard, pour confirmer le désastre du modèle familial et la nécessité urgente de déployer les ressources technocratiques de rééducation dans tous les foyers de la ville.

La défense invoquée pour les CPE procède souvent des bons sentiments. Il faudrait “socialiser” l’enfant le plus rapidement possible pour développer chez lui des “habiletés sociales”, sinon il serait condamné à la solitude et à l’exclusion sociale… Langage puant digne de la réforme scolaire. Autrement dit, il faut tuer toute forme d’intériorité dès le plus jeune âge et transformer les humains en sujets sociaux. C’est à se demander si les politiques du Gouvernement du Québec n’émanent pas toutes d’un Plan d’action global, d’une sorte de Macro-Réforme transversale faisant de la folie furieuse techno-progressiste le critère de référence exclusif pour l’allocation des fonds publics.

Chaque dollar que l’on donne au Gouvernement du Québec sert à embaucher quelqu’un qui va venir nous réclamer un deuxième dollar tout en expliquant qu’on ne sait pas vivre et qu’on ne sait pas comment éduquer nos enfants. Or, pour le savoir, que faudra-t-il faire croyez-vous?

Débourser un troisième dollar. Puis un quatrième. Et un cinquième. Et ainsi de suite jusqu’à la faillite.

De grace

 L’éditorialiste Jean-Robert Sansfaçon fait une crise d’urticaire aujourd’hui dans un éditorial foireux coiffé d’un titre soixante-huitard, “Plus flyé, tu meurs!“, dont on ne sait s’il est censé être drôle ou même moqueur. C’est que l’humour est d’abord une affaire d’humeur chez nos scribes décadents, d’où la teinte grisâtre qui imprègne la moindre syllabe de leur prose poussive, même quand ils essaient, comme c’est le cas avec Sansfaçon dans ce texte, de lui donner un aura “pamphlétaire” (ne riez pas).

Sansfaçon est outré que l’ADQ évoque la possibilité d’accorder de l’argent aux familles qui ne bénéficieraient pas des calamiteux services de garde de l’État techno-progressiste. Dangereux précédent. Vous n’y pensez pas! Que ferait-on si les gens reprenaient goût à la vie en marge de l’État? S’ils se mettaient à réfléchir par eux-mêmes? À vivre dans un confort relatif, cessant de courir à gauche et à droite pour regarnir un portefeuille constamment vidé par l’État?

Les services de garde n’ont pas été créés comme mesure de réduction des impôts : ils sont là pour permettre aux femmes de travailler tout en offrant un encadrement formateur aux enfants.” Et pour procréer de moins en moins, devrait-on ajouter. Quant au supposé encadrement formateur, qu’il suffise de rappeler que nos ingénieurs sociaux, responsables du désastre que l’on sait dans l’école québécoise, sont justement en train de se pencher de très près sur le nouveau créneau des CPE.

Et de grâce, s’exclame notre pré-retraité de la pensée unique, qu’on n’incite pas les familles, surtout les moins fortunées et les moins instruites, à retirer leurs enfants des garderies en leur faisant miroiter un chèque de 5 000$, 10 000 $ ou 15 000 $! Ce serait complètement irresponsable!” Le peuple a besoin d’être protégé de lui-même. Ce n’est pas lui qui saurait comment dépenser correctement l’argent pour élever ses enfants. L’État le fait pour lui, c’est beaucoup plus sûr - et surtout beaucoup plus payant pour la technocratie, les faux-culs et les profiteurs de tout acabit.

Dans tous les dossiers politiques qui passent dans l’actualité, il n’y a qu’à poser la question : “où va l’argent?” pour comprendre rapidement les enjeux. Que l’argent reste entre les mains des technocrates et que les honnêtes gens soient en tout temps dépendants de la Machine techno-progressiste pour vivre est dans l’intérêt de nos élites. Proposez de transférer l’argent d’un pôle à l’autre, de la Machine abstraite et dévorante aux gens réels de la vie réelle, et c’est la fureur qui se déchaîne dans la voix pathétique de nos apparatchiks.

Autonomie, esprit critique, liberté : ce n’est jamais bon pour notre caste de diplômés en sciences sociales, dont le pouvoir ne peut se maintenir que dans un contexte où domine l’inertie générale. Une seule manifestation de vitalité et d’opposition, et c’est la panique chez nos gouvernants et commentateurs attitrés. C’est la Loi du cadenas version progressiste. L’appel à la mise à mort sociale de toute personne refusant de s’aligner sur les préceptes prescrits.

Chef d’oeuvre de dogmatisme idéologique aujourd’hui dans Le Devoir, alors qu’un certain Clément Laberge (”directeur des développements numériques pour Éditis“), y va d’une charge contre les “réactionnaires” qui auraient tous le défaut, selon lui, de ne pas aller dans le sens de la réforme scolaire : “Je me désole, confie-t-il à haute voix, de la tournure que prend le dossier du renouveau pédagogique depuis quelques semaines. Entre les revendications de la coalition Stoppons la réforme, le plaidoyer de Bernard Landry et le discours opportuniste de Mario Dumont… l’espace public apparaît monopolisé par les réactionnaires.” Oui, vous avez bien lu : réactionnaires. Inutile de demander à Laberge ce qu’il veut dire par là, il ne le sait pas lui-même. La majeure partie des gens d’ailleurs qui utilise ce terme depuis un ou deux ans dans les médias pour disqualifier leurs adversaires ne le savent pas.

Réfractaires au “changement“, ces grands réactionnaires que sont Bernard Landry, Jean-François Lisée et Joseph Facal, en n’acceptant pas de cautionner la poursuite du massacre, ne proposent rien d’autre que “l’arrêt ou le simple retour en arrière“. Crime très grave de lèse-progressisme. Qu’est-ce donc en effet un progressiste qui n’avance plus, si ce n’est un réactionnaire? Trop attachés au “confort de notre tradition éducative” (sic), les opposants à la réforme ne voient pas que “le développement de la capacité du travail collectif” (sic), “le difficile exercice de la démocratie et l’exigence de solidarité” (?) et le “développement d’une vision du monde avec une place pour l’Europe, le Brésil, l’Inde et la Chine” (hein?) sont indispensables à la formation de nos jeunes dans le “monde d’aujourd’hui“. Vous y comprenez quelque chose? Non? Eh bien! ce n’est pas grave. L’important à retenir, c’est qu’il faut bouger, et par conséquent cesser de défendre la réforme ; phénomène “irréversible“, la réforme ne mériterait désormais que des “nouvelles propositions” à l’infini. Car se contenter de défendre la réforme, n’est-ce pas, serait trop conservateur… Trop réac…

Je souhaite, écrit notre bien-pensant technophile, que Pauline Marois, Mario Dumont et Jean Charest s’entourent rapidement de gens ambitieux pour traiter les questions éducatives ; de personnes capables de propositions, de personnes qui savent que le monde change très vite, notamment sous l’influence de la mondialisation et du développement des technologies.” Allez! Un peu de courage! Débarrassez-vous des ringards de l’ancienne orthographe! De la grammaire de l’ancien monde! Nous sommes dans le nouveau. Et le nouveau a besoin de soldats du nouveau, qui ne peuvent être que “des gens qui ont voyagé, des gens qui ont occupé plusieurs emplois, des gens qui s’intéressent à la géopolitique, des gens créatifs et ouverts d’esprit.” Un prof qui aurait fait le tour du monde avec son sac à dos, un Guide Routard sous le bras comme le dernier des prépubères, est forcément plus apte à enseigner aux jeunes d’aujourd’hui qu’un autre qui se serait contenté de rester chez lui à lire et à mener une vie d’honnête homme.

La réforme scolaire nous l’a appris : les connaissances ne valent plus rien, seules comptent les “compétences”. Vous avez voyagé? C’est donc que vous avez développé la compétence de la “flexibilité”. Et si vous avez la compétence de la flexibilité, vous êtes plus disposé à rendre les jeunes à l’aise par votre présence conviviale qu’un stupide xénophobe, trop encroûté dans son érudition sédentaire pour “s’ouvrir au monde” comme le reste de la néo-société.

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Cette intervention me rappelle un billet du journaliste Pierre Cayouette sur son blogue, le 5 février dernier. Cayouette commentait la sortie de Jacques Folch-Ribas, qui s’inquiétait d’une réduction éventuelle de l’enseignement de la littérature française dans les cégeps. Ce vieux réactionnaire de Folch-Ribas prétendait qu’en privant les jeunes d’un solide héritage culturel, on les rendrait “incultes et satisfaits“. Ce à quoi Cayouette s’empresse de répondre que les jeunes évoluent dans un nouveau monde, où “on lit Roméo et Juliette en cinq minutes sur Sparks Notes“.

C’est ça, la nouvelle réalité, s’exclame notre grand-lucide-en-avance-sur-son-temps. La révolution Internet, peut-être la plus importante depuis l’imprimerie, a transformé radicalement la culture des jeunes. La question n’est plus de savoir s’ils vont lire québécois ou français. La question est de savoir s’ils vont encore lire des livres. Se raccrocher à la bonne vieille culture dite classique et croire en sa suprématie, c’est faire fi des profonds changements dans le cerveau des jeunes.” Le cerveau des jeunes aurait donc changé. Incapables de lire plus de deux pages sans être saisis par le démon du zapping, les jeunes ne pourraient désormais fonctionner qu’avec des blogues et des portables. Et toute la société serait sommée d’en prendre acte.

Selon Cayouette et un nombre grandissant d’intelligences moyennes, c’est-à-dire médiocres, ce serait à l’école de s’adapter aux enfants, et non pas aux enfants de s’adapter à l’école. Ce sont les enfants, en définitive, qui enseigneraient aux adultes et à l’école, lesquels seraient trop déphasés par rapport au “nouvel univers des jeunes“.

Il est à remarquer que chez les progressistes, les approches pédagogiques, de préférence enrichies de toutes les simagrées technologiques à la mode, sont tôt ou tard appelées en renfort pour compenser leur carence d’autorité naturelle. Ne sachant pas transmettre leur propre héritage civilisationnel, s’en sachant d’ailleurs parfaitement incapables, ils mettent au même niveau “la culture dite classique” (Molière, Corneille, Racine…) et la “culture jeune” (Facebook, MySpace et YouTube). Prétendre à la suprématie de l’une sur l’autre serait une façon, selon Cayouette, de se montrer “inculte et satisfait” à son tour.

Nous ne sommes pas loin du moment où lire un livre sera considéré comme une activité réactionnaire en soi, donc punissable en vertu du Code d’éthique publique.

Quelque chose me dit que le bannissement des livres aura quelque chose à voir avec la protection de nos forêts.

Police-maman

Pas d’inquiétude, amis citoyens : notre police maternelle s’occupe de tout. Le Devoir nous apprend aujourd’hui, dans un article fracassant, que le président de la Commission de la sécurité publique, le technocrate Claude Dauphin, ne se remet pas de son chagrin après avoir reçu les plus récents rapports de son service statistique sur la sécurité routière. “Globalement, le nombre de décès a chuté de 32%, constate-t-il. C’est très bien, mais cette baisse ne se reflète pas chez les piétons, auprès de qui il faudra intensifier nos efforts.” Sur 38 personnes ayant succombé à une collision, 24 étaient des piétons, comparativement à 27 l’année dernière. Trois piétons de moins seulement. Déception immense chez les ingénieurs sociaux. Eux qui ont les yeux fixés à longueur d’année sur la courbe de leur graphique Excel, pensez donc! A-t-on prévu une intervention psychologique pour les consoler de leur piètre performance statistique? Ce serait un minimum.

Grave problème que la “délinquance” des piétons! Autrement plus grave que les gangs de rue qui font la loi! Qui intimident les honnêtes gens! Mais le SPVM reste de glace face à ces préoccupations. Il n’est pas là pour incarner la Loi, mais pour appliquer les nouvelles lois matrifiantes du “Code d’éthique publique” de la néo-société. Un credo : il faut modifier les comportements. Quadriller toute la ville, appliquer à la lettre le Programme de progressisme urbain. “Éducation, réaménagement et contrôle”, dixit Claude Dauphin. Tout ça pour quoi? Pour tromper l’ennui technocratique en faisant passer de 24 à 14 le nombre de victimes chez les piétons, quitte à persécuter deux millions de contribuables dans leurs déplacements quotidiens. Pour l’État techno-progressiste, rien n’est jamais assez net, assez transformé, javellisé, essoré. Rien n’est assez parfait pour ses tableaux Excel.

De nouvelles campagnes de sensibilisation seront lancées notamment pour contrer l’alcool au volant, qui a conduit à 2024 arrestations l’an dernier. La Ville poursuivra aussi ses démarches auprès du gouvernement du Québec afin de réduire la vitesse en milieu municipal. ‘Idéalement, nous aimerions réduire la norme à 40km/h partout sur l’île’, a dit M. Dauphin.

Voilà qui annonce des lendemains qui chantent. Traverser l’île de Montréal à 40km/h sur un territoire sans autoroute, complètement sobre… À gauche et à droite, de temps à autre, se faire dépasser par un cycliste… Un vrai paradis…

Une charte de piétons est aussi attendue sous peu“, conclut la journaliste au nom ultra-égalitaire de “Louise-Maude Rioux Soucy”. Il fallait bien s’y attendre. Là où il y a de la Charte, il y a toujours du contrôle social.

Police

La Sûreté du Québec annonçait aujourd’hui son association avec un organisme idéologique, l’Institut Pacifique, “pour combattre la violence en milieu scolaire“. Marrainé par Fabienne Larouche et Stéphanie Crête-Blais, de l’émission de télé Virginie, le Défi pacifique se déroulera du 18 au 24 février 2008 sous le thème Un 2$ pour la paix!. Puisque l’événement est commandité par Ultramar, on devine qu’il s’agit pour le grand public de manifester son adhésion - “je suis contre la violence en milieu scolaire, oui monsieur!” - par un don dans les stations-services indiquées.

Deux questions se posent : 1- que fait la SQ avec des crétins de pacifistes? 2- que font des crétins de pacifistes à l’école? Nos institutions montrent en effet des signes d’affaiblissement et de décadence par leur recours systématique à des organismes militants spécialisés pour assurer telle ou telle partie de leurs activités. Ainsi Équiterre, un organisme très marqué idéologiquement, veut-il profiter de la faveur écologique actuelle pour s’immiscer dans le réseau scolaire québécois. On dit également que des techniques de psycho-pop, parfois aux limites de l’occultisme, sont en prolifération dans les écoles québécoises, que l’on pense au yoga ou au massage. Les écoles étant en pleine défaillance pédagogique, les organismes militants bénéficient d’une occasion en or, c’est tout naturel, de stimuler leur propagande. Il est à craindre que cette tendance empirera dans les prochaines années.

Or, la réforme scolaire elle-même invite à un tel éparpillement : n’insiste-t-elle pas sur la nécessité d’acquérir des compétences plutôt que des connaissances? Des habiletés plutôt qu’un savoir? N’importe quoi est justifiable au regard de “l’approche par compétences” : les idéologues pacifistes sont utiles pour enseigner “l’habileté de la paix” ; les massothérapeutes, “l’habileté à la communication par le toucher” ; les professeurs de yoga, “l’habileté à se détendre”. Ainsi le Défi pacifique n’apprend strictement rien aux enfants, si ce n’est une habileté à substituer la grille pacifiste à la première réalité conflictuelle venue. Nier aux enfants l’éventualité même d’un affrontement ne revient-il pas à les fermer complètement à l’altérité, un crime pourtant passible de lynchage dans notre société?

Il suffit de consulter le programme Vers le Pacifique, conçu par l’Institut du même nom, pour comprendre qu’il s’inscrit à merveille dans l’esprit de la réforme du Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport. Deux volets sont prévus : la résolution de conflits d’abord, qui consiste en “une série d’ateliers [visant] à développer chez les jeunes des habiletés sociales permettant l’établissement de relations interpersonnelles pacifiques“. Ensuite, la médiation par les pairs, où les jeunes apprennent à se servir d’un “service de pairs médiateurs“, complément apparemment nécessaire à la “méthode de gestion de conflits” apprise au volet numéro un.

Qui ne voit pas que les nouvelles “habiletés” des jeunes en matière de médiation sociale les prédisposent surtout au rôle que veut leur assigner le Système : celui de vigiles zélés, toujours pressés de nier un conflit entre deux individus au nom d’un pacifisme qui n’admet la sortie de l’impasse que par le tiers, c’est-à-dire le fonctionnaire, le technocrate, le psychologue… ou le policier?

L’Institut Pacifique prétend ainsi “responsabiliser les enfants“. C’est tout le contraire. Laissés à eux-mêmes, n’existant que par et à travers le Système, ils en seront les plus ardents soldats, les fonctionnaires les plus fanatiques. Ces enfants, tels qu’ils sont actuellement rééduqués dans les CPE et les écoles québécoises, nés pour ainsi dire avec l’État techno-progressiste, seront effrayés par la liberté, ou par l’absence de médiation par les pairs, comme nous le sommes aujourd’hui par la mort. N’abandonnons-nous pas le rituel funéraire du corps chrétien pour l’incinération païenne? L’entreprise d’éradication des traces témoigne de nos angoisses les plus vives. Si les cadavres sont éradiqués, c’est que notre époque entend bouter la mort hors de sa vue. Le même sort sera réservé à moyen terme aux traces écrites du monde libre. C’est la culture elle-même bien entendu qui sera alors nettoyée de la surface de ce monde.

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