Pour l’observateur québécois, le passage du féminisme est obligé, tant il est vrai que cette idéologie — et c’en est une — est omniprésente dans le Québec d’aujourd’hui. Cette vitalité a quelque chose d’ambigu, dans la mesure où le féminisme tient sa force de l’inertie des institutions, qui ont eu l’imprudence de l’accueillir en son sein il y a quelques décennies. Il est certain que le féminisme, sans des organismes d’État comme le Conseil du statut de la femme et le Secrétariat à la condition féminine, verrait son pouvoir considérablement réduit. Bien que le rôle de ces organismes soit de plus en plus discuté, nous sommes encore loin d’une quelconque manoeuvre en ce sens. Avec la montée rapide de l’islamisme, il est même à parier que ces organismes trouveront de nouvelles raisons politiques de se perpétuer.
Il suffit de soulever la question du féminisme, parmi un cercle de personnes scolarisées, dites “intellectuelles” (à défaut d’être cultivées), pour voir soudain les mines se renfrogner, le regard bifurquer, les toussotements se multiplier. Le féminisme n’est pourtant pas différent, du point de vue du débat intellectuel, que d’autres courants idéologiques. Pourquoi donc qu’aussitôt le mot “féminisme” est évoqué sous un jour critique, un malaise surgit-il ? Au Québec, ce phénomène est patent : le féminisme serait chargé d’une immunité toute spéciale, qui auréolerait ses partisans d’une lumière pure et divine, tandis que ses contradicteurs seraient d’emblée placés du côté de la damnation.
Il faut d’abord distinguer plusieurs types de féminisme. Il y a celui des idéologues pures et dures, qui sont dans quelques rares — mais inoubliables – cas des hommes, pour qui le sexe féminin serait ontologiquement discriminé par l’homme, perçu comme animal prédateur et cruel, insensible à la fragilité innée des femmes. Ce premier féminisme n’est guère populaire dans la société civile, mais est très bien branché dans l’administration publique et les départements universitaires, notamment ceux des sciences sociales — où se concentrent d’ailleurs les Instituts d’études féministes.
Un second féminisme, plus populaire que le premier, consensuel et pratique, peut être ensuite distingué dans le préjugé favorable des Québécoises modernes pour l’évolution libérale des moeurs et du marché du travail. C’est le féminisme de celles qui se disent en accord avec la détraditionalisation du rôle de la femme, comme elles se disent d’accord, du reste, avec la détraditionalisation progressive de la société en général. Elles peuvent admettre, d’un côté, une anomalie inquiétante dans l’utilisation abusive de l’avortement par leurs compatriotes, mais restent attachées au droit à l’avortement, qui est considéré comme une conquête importante.
Enfin, un troisième féminisme, de type carriériste, peut être identifié principalement dans la sphère des médias. Ce féminisme, qui n’est pas militant, tire néanmoins sa légitimité des “acquis” du féminisme, et en assure le déploiement professionnalisé et publicitaire dans les journaux, les radios et les stations de télé. Ce féminisme chic se défend d’être rageur, préférant prendre une position en surplomb sur les luttes passées et présentes des “idéologues professionnelles”. Son influence est considérable, et structure le consensus médiatique de façon plus beaucoup plus marquée que d’autres courants idéologiques. Cette réussite tient en partie à la prédisposition québécoise pour la parole féminine, et en partie à la force d’intimidation que peut constituer, aux yeux de certains, une nébuleuse de 12 à 15 journalistes connues assurant une présence physique, régulière, palpable, dans la majorité des débats médiatiques.
Le féminisme, on le voit, est aujourd’hui décliné en plusieurs types et ne saurait être vu comme un phénomène monolithique. Il y a des féministes qui sont incapables de se parler, des féministes qui sont appelées à ne jamais se connaître, et pourtant toutes ces féministes se rejoignent dans l’appui stratégique qu’ellent puisent dans cette même idéologie, qui a la particularité d’avoir façonné, plus qu’aucune autre, le Québec moderne.
Comment le féminisme, qui est une idéologie qui se pose en porte-à-faux du “patriarcat”, ou de la domination de la femme par l’homme, a-t-il pu se développer autant dans une société où le “patriarcat” était pourtant vaporeux, voire inexistant ? Entendons-nous : les femmes québécoises étaient certes restreintes à un domaine précis de la vie quotidienne (tout comme l’homme d’ailleurs), mais on ne peut pas dire qu’elles étaient soumises et dépourvues de tout pouvoir, et certainement pas au profit exclusif, égoïste de leurs maris. Une fréquentation assidue de l’histoire canadienne-française, ainsi que de ses mythes populaires et fondateurs, nous renseigne rapidement sur l’assise matriarcale du foyer canadien-français. En outre, il est difficile d’imaginer un “patriarcat” oppressant dans un monde où les hommes canadiens-français étaient exclus des sphères de pouvoir économique et politique, depuis longtemps monopolisées par les élites anglo-saxonnes.
Historiquement, l’homme canadien-français était soit un paysan, soit un notable, soit un curé. Dans tous les cas, il était socialement castré. C’est pourquoi la représentation sociale d’un Canada français, puis d’un Québec patriarcal, relève plus du délire fantasmatique que de la réalité sociologique.
Le féminisme d’ici ne s’est pas bâti dans une logique d’émancipation, mais dans une logique de compensation. Avec son essor accéléré durant la période contre-culturelle des années soixante et soixante-dix, il a profité de l’avènement du Québec moderne pour s’institutionaliser. Cette particularité mérite d’être soulignée et analysée plus finement. On l’oublie souvent : le Canada français, en l’espace d’une dizaine d’années, a rompu avec l’Église catholique, qui était le socle sociologique de son existence nationale depuis trois siècles, pour devenir “le Québec”, lieu de fermentation d’une identité nationale en pleine modernisation et parallèlement confronté à une révolution contre-culturelle occidentale. Le Québec était ainsi appelé à se constituer, à s’institutionaliser dans sa pleine souveraineté dans un contexte où les notions même de nation, de souveraineté et d’autorité étaient la cible d’une contestation générale dans tous les pays industrialisés.
On s’est donc retrouvés dans une situation tout à fait unique, où les idéologies contre-culturelles (dont le féminisme), ont été appelées à s’instituer — contre toute logique — comme normes culturelles et politiques. Sans doute, les défaites référendaires successives de 1980 et de 1995 ont renforcé la confusion préexistante entre identité nationale et contre-culture, une confusion qui est peut-être, soit dit au passage, la véritable clé de l’histoire québécoise des quarante dernières années. La confusion entre identité nationale et contre-culture, qui témoignerait d’un noeud historique et sociologique extrêmement singulier, structure pour une bonne part l’espace politique québécois en 2008. L’indépendantisme québécois, qui carbure de façon presque caricaturale à la doctrine gauchiste, en est un excellent exemple. De fait, les indépendantistes ne sont pas que des indépendantistes, ils sont également féministes, égalitaires, pacifistes et écologistes. Ils ne veulent pas un pays pour des raisons politiques et historiques, mais pour des raisons sociales et idéologiques. Ce qui est pour le moins particulier.
Dans un pareil contexte, n’est-ce pas, le féminisme n’est pas seul. Et il faut se pencher de plus près sur le pacifisme québécois, par exemple, pour comprendre dans quel cadre ces idéologies diverses se rejoignent pour former une même conjoncture idéologique, qui en est venue avec le temps à se confondre avec l’identité nationale. Dans un vidéo disponible sur le site lesdentsduquebec.tv, Pierre Falardeau, représentant de l’indépendantisme gauchiste, illustre malgré lui les contradictions flagrantes d’une partie des Québécois, en témoignant à la fois d’une aspiration à la souveraineté nationale et d’une impuissance à formuler en termes politiques l’inscription du Québec dans l’espace occidental. Falardeau, interviewé sur le thème des “accommodements raisonnables”, après avoir servi une critique du politiquement correct multiculturaliste, bifurque soudainement sur la question islamiste, où il se permet de mettre en garde les Québécois contre leurs sentiments arabophobes et pro-américains. Banalisant visiblement la portée géopolitique d’un événement comme le 11 septembre 2001, Falardeau ridiculise le discours critique sur l’islamisme, rappelant à qui veut bien l’entendre qu’il a des amis personnels musulmans “tout à fait corrects” qui “prient régulièrement sans que cela fasse de problème”. Passons sur des exemples épars, tirés de la vie intime, et érigés à la dignité de l’argumentation politique. Le procédé est trop vulgaire pour être dénoncé. Ce qui, en revanche, doit tout de suite mériter toute notre attention, est l’argument avancé par Falardeau pour justifier politiquement sa posture : à trop critiquer l’islam, à trop affirmer une solidarité occidentale avec Israël et les États-Unis, les Québécois risquent tôt ou tard “d’avoir des problèmes”. Ces paroles, qui dénotent un sens de la capitulation consternant, éclairent d’une lumière inattendue ce pacifisme qu’on ne cesse pourtant de nous présenter comme une vertu “distincte”.
Le pacifisme québécois, pourrait-on dire, est le pacifisme de ceux “qui ne veulent pas de problème”, et qui consentent à accorder leur appui au groupe ethnico-religieux qui aura démontré la plus grande force de terreur sur le territoire national. S’arranger pour ne pas avoir de problème chez soi, quitte à créer des problèmes chez nos alliés et à falsifier les principes fondateurs de notre démocratie : il est difficile d’imaginer une pensée plus collabo. On pense ici à Falardeau défilant dans les rues de Montréal aux côtés de militants du Hezbollah, au mépris de la plus élémentaire décence. “Nous, on n’a pas été attaqués, ce sont les Américains qui l’ont été”, de se justifier Falardeau, comme si une attaque frontale contre les États-Unis d’Amérique n’avait pas de signification plus large et ne touchait pas directement le Québec. Comme si le Québec ne faisait pas aussi partie de cet Occident judéo-chrétien ciblé par les terroristes islamistes.
Le pacifisme québécois est le pacifisme d’une nation qui n’a pas dépassé la guerre, et qui se fait d’autant plus une fierté de lui tourner le dos qu’elle renonce d’emblée à toute forme de conflit politique sérieux sur son territoire. Qu’est-ce que le pacifisme chez un peuple qui de toute façon n’opposera aucune résistance à l’occupant ? Qu’est-ce que le pacifisme quand il ne s’agit, au fond, que s’en remettre au plus fort et de capituler dès le départ ?
De manière à peu près identique au pacifisme, le féminisme québécois emprunte les traits de l’héroïsme émancipateur sans jamais avoir à les éprouver dans la réalité historique. Le féminisme québécois se nourrit donc d’une mythologie de la “victoire” et de la “bataille”, faisant de chaque Québécoise une “battante” qui doit rester vigilante pour se “faire respecter” dans une société où “rien n’est acquis pour elle”. Il n’y a pourtant aucun “patriarcat” visible contre lequel se battre – il suffit d’ouvrir les yeux pour le comprendre. Ainsi les féministes sont-elles condamnées à renouveler la mise en scène de leur récit d’émancipation, sans jamais le confronter à la réalité. Le féminisme, comme le pacifisme, comme les idéologies contre-culturelles des années soixante et soixante-dix, se voit surinvesti par des forces de contestation politique qui, on le sent, s’abîment dans une caricature d’elles-mêmes à défaut de pouvoir buter contre les limites sociales de la cité constituée.
L’État québécois, et cela est dû pour une bonne part à la question nationale (qui reste irrésolue), a pris en charge la constitution de l’identité nationale québécoise, qui passait de la diaspora canadienne-française à la nation québécoise, d’une présence communautaire diffuse à une fondation politique délimitée géographiquement. Or, cet État, aussi indispensable fut-il, n’en avait pas moins une action politique circonscrite aux médiations maternelles. La santé, l’éducation, les routes, les ressources naturelles : l’État québécois n’a jamais vraiment pu se déprendre de ces ”petites affaires” que l’on déléguait jadis aux religieux. Les médiations paternelles (armée, monnaie, affaires étrangères, etc.) demeurent encore aujourd’hui largement inconnues de l’État québécois, ainsi que de l’identité nationale qui s’est cimentée sous sa protection. De sorte que les conflits internationaux qui ne sont pas auparavant désamorcés par la pensée magique pacifiste figurent littéralement une menace identitaire pour un nombre considérable de Québécois. Ce n’est pas au nom de la paix qu’ils sont systématiquement contre la guerre, mais au nom de leur identité.
Le féminisme “victorieux”, dans une telle société, apparaît comme la force du faible, la médaille par défaut que le perdant affiche devant les siens, silencieux puisque complices dans la défaite et la honte. Indifférent à ces médiations essentielles qu’il n’a pas su acquérir, et qu’il dénigre d’autant plus ouvertement, le Québec moderne n’arrive pas à se déprendre de la prosmiscuité cosanguine et à engendrer une éthique du débat et de la polarité politique.
Ce constat se vérifie partout dans la culture québécoise, dans les oeuvres comme dans les moeurs. D’où vient l’omniprésente esthétique romantique dans les oeuvres sinon que de cet échec ? Culte effréné de la nature, de la terre, de la mère, du sentiment : il suffit d’ouvrir un roman québécois pour être aussitôt plongé malgré soi dans une mare amniotique répugnante. Tendez l’oreille, la noyade québécoise s’entend tout de suite. Dans la rue, les syllabes languides et le tutoiement font la non-loi, tandis que dans les livres, le lyrisme spéculatif des écrivains fait ployer le style, occulte le sens, empêche la réciprocité, embrume l’intelligence du réel. La langue québécoise, si tant est qu’une telle chose ait jamais existé, ne doit pas être défendue : c’est une langue de l’impuissance. Sur cette question, la posture nationaliste, qui est francophobe, doit être battue en brèche. Plusieurs intellectuels québécois de la Révolution tranquille, qui se sont longtemps réclamés des socialistes français, saluaient avec chaleur le soutien intégral de l’État dans le domaine de la culture. Ils ne se doutaient pas, pourtant, que la “culture” qu’il s’agissait ici de soutenir — peut-être pas au départ, sous la direction de Guy Frégault, mais ensuite avec l’arrivée des boomers, certainement — était une culture avortée, une culture de l’amputation. Financer les castrés, est-ce vraiment une solution pour venir à bout de la castration ? Pas si sûr…
Dans les moeurs, le féminisme triomphant sert également à dissimuler des béances importantes. Très peu de gens en parlent, mais l’un des phénomènes sociaux les plus marquants des dernières décennies, ce n’est pas le droit à l’avortement, ce n’est pas l’”équité salariale” : c’est l’effondrement du mariage. Chez l’élite, on ne se marie plus que cyniquement, ou par dérision, tandis que le peuple continue de croire à ce serment de la loyauté et de l’honneur. Or, les mariages se défont, dans les classes aisées comme dans les classes populaires, comme s’il était devenu strictement impossible pour quiconque, en 2008, de fonder ainsi un couple, un foyer, une famille. Ici le féminisme, sur la pente libérale, s’est allié avec le contractualisme contemporain pour déspiritualiser le mariage et le ramener à une manoeuvre pratico-juridique au service des intérêts et des désirs.
On ne souligne pas assez qu’au-delà du kitsch romantique que notre époque lui accole, le mariage était avant tout, dans le monde historique, la construction anthropologique qu’avait élaborée la civilisation pour transmettre aux hommes le sens du mot “sacrifice”, qui est la notion fondatrice sans laquelle aucune cité digne de ce nom ne saurait être constituée. Chez les mariés, du moins chez ceux d’avant la révolution contre-culturelle des boomers, on ne se disait “je t’aime” qu’après quelques années de mariage, presque sans le dire, en chuchotant. Rien à voir avec le “je t’aime” que se lancent à tout bout de champ les couples d’aujourd’hui, et qui se séparent après deux ou trois ans, non sans avoir éprouvé sur l’autre une cruauté qui aurait effrayé nos grand-parents. Le romantisme kitsch de notre époque, derrière ses airs sucrés et festifs, est une barbarie, en ce qu’il ne reconnaît pas les nécessités de la différenciation et de la distance. Les lyriques mêlent tout, veulent tout vivre, sont instables et finissent par épuiser tout le monde sans rien créer. À l’opposé, dans le monde historique du mariage, on savait distinguer l’amour de la passion, l’amour s’inscrivant dans la durée et le sacrifice ; la passion se consumant dans l’éphémère. L’un appelait une patiente construction, le second une destruction immédiate — d’où sa séduction.
La principale imposture du féminisme, face au mariage, a été de transformer le divorce en rite d’initiation à la modernité. Il n’y a pas si longtemps, lorsqu’une femme divorçait, ou faisait part d’un désir de divorcer, une communauté d’amis et de proches se pressait autour d’elle pour l’entourer, engager la discussion, l’appeler à s’expliquer. Car le divorce n’était pas naturel. C’était littéralement, à l’échelle de la cellule familiale, un appel à l’éclatement, un acte de désespoir en vertu duquel une femme ou un homme recouvrait une liberté toute relative, peu désirable au fond, puisque celle-ci témoignait d’un échec dont il convenait de ne pas se faire une fierté. Or, transformer la honte en fierté, sous prétexte de délivrer les femmes de la “culpabilisation judéo-chrétienne”, ce fut exactement le renversement produit par le féminisme. Avec pour résultat, aujourd’hui en 2008, qu’une mère de famille qui divorce est aussitôt félicitée pour son “courage”, sans qu’il vienne à l’esprit de personne que cette femme pourrait très bien, ce faisant, céder au contraire à la lâcheté et fuir ses responsabilités. Divorcer, comme avorter, équivaut à s’émanciper. À agir “pour soi” et pour son petit bonheur.
Et pourtant ! Être malheureux ou heureux n’est pas l’affaire des parents et ne devrait jamais l’être. Le rôle fondamental du mariage était d’inculquer ce renoncement précieux à la majorité de la population. La fierté des honnêtes gens, ce ne peut pas être le divorce demandé au nom de désirs primitifs, égoïstes et passagers. Leur fierté, c’est d’élever des enfants qui leur succéderont, et auxquels ils auront transmis quelque chose comme une “modestie admirable”, une moralité, une force tranquille : une volonté de faire le bien dans la continuité plutôt que dans la rupture. Combien de couples, de foyers, de familles prématurément défaits parce que la femme ou l’homme, c’est selon, a voulu se remettre sur le marché pour jouer à la bourse du narcissisme sexuel ? Simplement pour “vérifier” ?
On ne bâtit pas une société sur la spéculation, en jouant son va-tout, sans réfléchir, sur des coups de tête suicidaires. On bâtit une société sur le sens du sacrifice et de l’héritage. Ceux qui, divorçant par caprice, sont enclins à dilapider l’héritage symbolique (la famille, ainsi que l’éducation et la sécurité qui en découlent) sont les mêmes qui n’auront aucun remords à ne laisser aucun héritage matériel à leurs enfants. L’important n’est-il pas de jouir et de “profiter de la vie” (quelle formule !) ? Là où il y a profit, il y a abus. Aux dépens de qui ces “jouisseurs” profitent-ils de la “vie”, telle est la question que personne ne pose et ne veut poser. Celle-ci est pourtant au coeur de la problématique de la transmission et du lien social.
Enfin, un bousculement notable dans les moeurs, apporté en partie par le féminisme mais pas seulement, fut la sacralisation du sexe. L’omniprésence de la doxa féministe, dans les écoles, dans les médias, les gouvernements, a stimulé ce vice si féminin de vouloir parler de tout. De fait, la prétention pédagogique du féminisme a coïncidé avec l’arrivée des cours d’éducation sexuelle, et de cette manie de parler de sa vie sexuelle en public, de façon décomplexée, impudique. Bien entendu, les fonctionnaires féministes entendaient ainsi “démystifier” la sexualité et “détraditionnaliser” les rôles sexuels, en se moquant des précautions catholiques autour du corps de la femme. Les partenaires doivent dialoguer, parler de leurs besoins respectifs, l’homme doit être à l’écoute, ne pas penser qu’à son plaisir, etc. Sous des airs scientifiques de pédagogie avancée, l’éducation sexuelle égalitaire n’a fait que renforcer, en réalité, la “mystification” de la sexualité si vertement dénoncée chez les religions en général, et chez la catholique en particulier. Classifier et vitrifier la sexualité à la manière d’un entomologiste retraité qui disposerait d’une quinzaine d’heures de temps libre par jour revient à sacraliser ce que l’on entendait au départ désacraliser. Il y a maniaque et maniaque. Parler de sexe ainsi, tout le temps et en toutes circonstances, n’est guère moins fétichiste que de se refuser en parler, comme le font les bigots bornés. Le pédagogisme post-moderne a sa liturgie.
Le sexe a toujours intrigué, bien sûr. Mais avant le féminisme, il n’était venu à l’idée de personne que le sexe pourrait devenir un jour matière à débat, comme on dit. Le sexe, comme le crime, a toujours fait partie de l’histoire cachée, de cette histoire qu’on ne raconte pas et dont on soupçonne cependant l’influence. Cette idée d’en faire un sujet de discussion démocratique, de faire sortir la psychanalyse des cabinets de consultation, de mêler le peuple à ces histoires de jouissance et d’insconscient était de la pure folie. Freud l’avait bien vu : le sexe est une sujétion. Fallait-il absolument ouvrir la boîte de Pandore ? Faire croire au bon citoyen qu’il pouvait lui aussi, s’il s’y mettait, se délivrer de la sujétion et jouir sans complexe (une fiction !) ? Mettre le sexe au coeur de la “délibération” ? Tout “démystifier” une bonne fois pour toutes ?
Dans une société égalitariste où tous sont rivaux, y compris à l’intérieur même du couple (ainsi que nous l’enseigne le féminisme), la jouissance tant vantée par les idéologies contre-culturelles puise sa source essentiellement dans l’amertume et l’envie. On ne jouit pas de la présence charnelle de l’amant, de la maîtresse, de l’aimée ; on jouit de se savoir en acte, en retrait de la masse tourmentée et masturbatoire. On ne jouit pas de la beauté de sa femme, mais de l’envie qu’elle inspire à autrui ; d’où l’absence de protestation chez les hommes féministes, lorsque d’aventure leur femme se promène en public dans une tenue vulgaire. L’idée n’est plus, comme auparavant, de jouer finement sur la marge entre séduction et sexe, entre espace public et espace privé, entre civilisation et fornication. Ce n’est plus d’exprimer l’éros par les médiations codifiées de la culture, et d’en jouir charnellement chez-soi, derrière des volets clos. L’idée, désormais, est de s’en tenir à l’idée que l’on se fait de soi, et de transformer en événement érotique ce qui n’est plus que la rencontre furtive, sans sublimation, d’affects narcissiques dispersés et primitifs.
La contre-culture a voulu faire du sexe ce qu’il n’était pas : un instrument de libération, un moyen d’affirmation libertaire. De telle sorte que le pédagogisme féministe a très logiquement fusionné avec la doxa progressiste, incitant les gens à percevoir le sexe comme un terrain d’exercice de l’utopie politique. Il faut avoir lu les documents produits sur le sujet par le Conseil du statut de la femme pour comprendre que la vie sexuelle des gens n’a jamais autant intéressé l’État, et pour cause. Dans nos sociétés idéologisées à fond, le sexe est le dernier lieu de liberté où les adultes peuvent encore se retrouver au-delà de toute partisanerie, le corps et l’esprit pour un temps délivrés de la pression consensuelle. C’est pourquoi il importe de produire des plans d’action, d’ébaucher des politiques publiques, de financer des campagnes publicitaires qui viendront une fois de plus brouiller les représentations que l’homme et la femme se font d’eux-mêmes en tant que genres sexués, complémentaires et irrémédiablement dissemblables. Un homme poilu, une femme aux cheveux longs, tous les deux entrelacés, contemplant leur nudité dans le silence serein des êtres sûrs de leur différence : voilà ce qui est insupportable. Cet homme, cette femme, cette scène doivent s’animer ; ils doivent parler, discuter de quelque chose qui ne va pas ; trouver un problème quelque part, le disséquer ; et finir par se détester à mort. Car si tous les hommes, toutes les femmes s’aimaient ainsi, naturellement et en toute douceur, que deviendrait le régime ? Que deviendraient les technocrates sociaux ? Il faut rééduquer tout le monde, c’est la seule solution.
Aujourd’hui, bien sûr, le lobby féministe légitime l’éducation sexuelle en évoquant “l’hypersexualisation”, les grossesses non-désirées en bas âge, la “violence conjugale”, toute une série de problèmes qui seraient imputables à une pédagogie déficiente insensible aux “besoins des femmes”. Pourtant, jamais la “pédagogie” d’État n’a été aussi répandue, et les problèmes aussi nombreux. Tout est remis en question par les administrations successives, des “plans d’action” aux procédures ministérielles, des codes de règlement des écoles aux campagnes publicitaires. Personne, évidemment, ne suggère la possibilité que cette pédagogie démentielle soit justement la cause des problèmes. Or, au nom des idéaux supérieurs de l’utopie, l’État techno-progressiste n’a pas hésité à retirer aux honnêtes gens les repères moraux qui leur étaient familiers. Et l’on s’étonne ensuite du désastre ainsi créé ?
Ce qui est en place doit être nécessairement changé, ce qui relève du passé est forcément une aberration, le présent est une célébration perpétuelle de l’innovation : le techno-progressisme, dont le féminisme, repose sur quelques mythes très simples. L’éducation sexuelle, dont se réclame le consensus québécois à la suite des idéologues féministes, se spécialise certes aujourd’hui dans les problématiques plus pointues, comme les MTS, l’avortement, les “stéréotypes”. Mais on oublie qu’elle a des racines féministes, et qu’elle a d’abord été lancée pour “libérer” la femme. Nos contemporains aiment se représenter leurs ancêtres comme des arriérés qui ne connaissaient rien au sexe, et voir leur pédagogisme sexuel comme une avancée de la science sur l’obscurantisme. Pourtant, dans les deux cas, il ne s’agit encore et toujours que d’apprentissage. Seulement, d’un côté vous avez un apprentissage laissé à l’initiative des individus, et de l’autre, un apprentissage entièrement dépendant de l’État. C’est vrai, nos grand-parents se mariaient souvent vierges (mais pas toujours), et apprenaient ensemble, patiemment sous les couvertures, ce qu’il convenait de faire. Quel est le problème ? Est-ce si grave ? Cet apprentissage par frétillement, par tâtonnements, n’est-il pas plus humain que nos stupides “plans d’action” égalitaires ?
Le pédagogisme sexuel de l’État cherche à persuader les masses qu’il leur faut absolument penser au sexe de façon obsessionnelle, et dans le bon sens politique, pour exister — un techno-progressiste étant quelqu’un qui baise beaucoup, beaucoup, beaucoup, n’est-ce pas, et un ”réactionnaire” quelqu’un qui ne baise pas. Placer la “jouissance” et “l’épanouissement” au coeur de leur “projet de vie”. Apprendre à “négocier” leurs besoins et à “dialoguer” dans la créativité égalitaire. Pure foutaise ! La majorité de la population n’attend qu’une chose de la société : qu’elle lui confirme que le sexe, ce n’est pas la fin du monde ; que ne pas parler de sexe, c’est bien ; et que le sexe n’est pas toute la vie. La passion du sexe, l’authentique libertinage, l’oisivité de la séduction n’ont jamais concerné qu’une infime partie de la population. Pour la plupart des honnêtes gens, il fut certes un temps, vers la fin de l’adolescence et au début de la vie adulte, dans la prime vingtaine, où le sexe était une aventure, un tumulte, un jeu constant ; mais cette période trouve vite son terme. Vers 27, 28 et 30 ans, il est normal de vouloir de s’inscrire dans une durée, et le mariage a toujours été, dans notre civilisation, le moyen indiqué pour satisfaire cette aspiration légitime, profonde, qui doit être d’autant plus respectée qu’elle est nécessaire au maintien de l’ordre social. L’adulescence, les saouleries et les histoires de bar à 30 ans, c’est d’un pathétique absolu. Une société qui entreprend de ridiculiser le mariage et la famille, pour mieux célébrer, chez les jeunes trentenaires, ce mode de vie adulescent, est une société qui souhaite à voix haute son anéantissement.
L’un des meilleurs moyens de comprendre l’emprise d’une idéologie, ou d’une conjoncture idéologique, est d’étudier la réception des critiques qui lui sont adressées. De fait, ces dernières années, le consensus médiatico-étatique québécois a autorisé l’émergence, dans l’espace public, d’une certaine critique du féminisme, appelée “masculinisme”. On parle de “critique”, mais il serait sans doute plus juste de parler de “réaction” — car le “masculinisme” n’est qu’une réaction symétrique au “féminisme”, rien de plus. Tout comme son pendant féministe, le travail critique est étranger au “masculinisme”, la présence médiatique de ces deux courants étant toutefois nécessaire au consensus québécois pour se donner l’illusion d’une vie démocratique stimulante, composée d’antagonismes furieux, de conflits, “d’enjeux de société”. Seul triomphe pourtant, dans cette mise en scène, le Show techno-progressiste, qui se nourrit de l’émotion ainsi fabriquée.
Au fond, qu’est-ce qu’un “masculiniste” ? Un adulescent de 34 ans, père de famille divorcé, qui aimerait voir sa fille une semaine sur deux plutôt qu’une semaine par mois, en plus de bénéficier de quelques aménagéments spéciaux sur la pension alimentaire. De ce point de vue, vous pensez bien que ce n’est pas avec le “masculinisme” que le “féminisme” sera discuté sérieusement. Le masculiniste ne cherche qu’une chose : participer aux côtés de la féministe au travail de destruction anthropologique général.
C’est en se mettant en retrait du Show, en refusant les faux antagonismes du Système, que l’on est mieux à même de mesurer le problème. Décaler le regard de nouveau vers le pacifisme québécois est peut-être ce qui convient le mieux, puisque c’est à travers la critique pacifiste qui a été faite de l’intervention militaire en Afghanistan que s’est révélée, à mon avis, le schisme le plus notable entre le féminisme du consensus et les moeurs des classes populaires, d’où proviennent l’essentiel des soldats. Les techno-progressistes aiment présenter l’armée, surtout l’armée américaine, comme une école d’éducation au meurtre, au service des intérêts mesquins des multinationales et de l’Occident “impérialiste”. Ainsi n’ont-ils pas hésité à ridiculiser l’engagement des hommes québécois dans l’armée, sous prétexte que ceux-ci ne seraient “que des gamins”, ignorants des véritables enjeux de la guerre où on les plongeait. Je mets l’accent sur les hommes, car la campagne de salissage qui a eu lieu dans les médias sur l’engagement des soldats ciblait les hommes et les hommes seulement : aucune femme n’était nommément désignée, en partie parce que la figure qu’il s’agissait de tourner en dérision était celle du jeune homme bestial, amoureux de la guerre, trop aveuglé par ses bas instincts pour distinguer la réalité des jeux vidéos. Comme dans la police, on ne parle des femmes dans l’armée que pour les idolâtrer, ou pour applaudir à je ne sais quel concours “Chapeau les filles”. Jamais pour les critiquer.
La manoeuvre était risquée, car s’il y avait certes des jeunes hommes parmi les soldats québécois impliqués en Afghanistan, il y avait aussi plusieurs pères de famille. Difficile, en l’occurence, de tout réduire à la figure du joueur de jeu vidéo immature, ou à celle, plus empathique mais non moins condescendante, du jeune orphelin égaré à la recherche d’un clan. Le monde des opérations de combat, plus simplement, est un monde d’hommes. Comme si cela ne suffisait pas à le rendre insupportable, ce milieu, ce regroupement d’hommes réunis sous un drapeau prétend assumer entièrement le fardeau de la défense nationale et de l’intégrité des valeurs occidentales. C’est trop. Visiblement, quelque chose n’a pas fonctionné dans le Programme. Les Québécois rééduqués ne sont pas censés réagir ainsi aux stimulis de la politique internationale : ils doivent au contraire se réfugier dans un agiotage victimaire infini, et s’identifier “par solidarité” avec le clan le plus anti-américain, le plus anti-israëlien et le plus anti-occidental possible. Ne pas respecter les injonctions du consensus ne devrait pas faire partie de leur mince éventail de possibilités cognitives.
Nos élites dédaignent et dénigrent l’aspect militaire de la vie politique. C’est une grave erreur. Vous rendez-vous compte, pour la première fois peut-être dans notre histoire, nous ne disposons pas d’une masse d’hommes suffisante pour assurer la défense de notre territoire. La très grande majorité des jeunes hommes, qu’ils proviennent des classes aisées ou des classes moyennes supérieures, sont aspirés par l’adulescence et les mirages de la modernité coolissime, montrant peu de signes encourageants en termes de sens commun, de vitalité, et de sens du devoir. Un signe fatal de décadence, puisqu’historiquement ces milieux ont toujours fourni l’armée en officiers de haut rang, donnant aux forces de la défense un lustre et un prestige qui rejaillissaient ensuite sur les troupes subalternes. L’armée ne tient plus qu’avec les pères de famille des classes populaires, qui y trouvent un prolongement naturel de leurs responsabilités dans la vie civile. Une guerre devait-elle éclater demain sur notre territoire, et nous serions en mesure de mobiliser quelques milliers d’hommes à peine, tandis qu’une simple allusion à la conscription suffirait à déclencher des révoltes à Montréal. Dans les faits, notre pays voit sa souveraineté défendue par la supériorité technologique occidentale beaucoup plus que par son armée.
Le féminisme, dans sa vanité, s’est longtemps chargé de relativiser, voire d’humilier cette fonction protectrice de l’homme de sens commun, père de famille, naturellement bon et dévoué, auprès de ses proches et de son pays. L’un des plus bels exemples de cette figure est sans doute le personnage de Tom Hanks dans Il faut sauver le soldat Ryan : un simple professeur d’anglais dans son pays, que les circonstances forcent à s’engager dans l’armée pour combattre la démence fasciste. À un autre niveau dans la hiérarchie, c’est Eisenhower, qui à la veille de planifier le débarquement de Normandie, regrette de ne pouvoir être présent à la graduation de son fils aux États-Unis. C’est De Gaulle qui, à la veille du déclenchement des hostilités, explique à son fils qu’il devra oublier la préparation de ses examens au Bac ; que la vie ne sera plus la même ; et qu’il lui faudra être à la hauteur de la situation, quoi qu’il arrive. L’honnête homme, on le voit, n’aime pas la guerre — ce qui le place à l’opposé des fous furieux type SS et martyrs d’Allah qui ne vivent, eux, que de cela.
Ceux qui savent ce qui se passe actuellement en Europe et en Australie, au-delà de la propagande bien-pensante que l’on veut bien nous montrer, comprennent que l’ère de la paix perpétuelle est un mythe qui risque d’être démenti dans un avenir à très court terme. La montée de l’islamisme confrontera à nouveau les nations occidentales à leur destin, les obligeant à se ressassir et à se positionner face à une nouvelle expression théopolitique du Mal radical. La multiplication ahurissante des signes d’appartenance aux courants les plus radicaux de l’islam, ici même à Montréal, annonce une modification majeure des enjeux géopolitiques pour les dix à quinze prochaines années. L’islam s’accommode mal, contrairement au christianisme, de la séparation du spirituel et du politique : du point de vue de la démocratie libérale, on ne voit pas, par conséquent, comment le conflit pourrait être esquivé.
Les homosexuels et les femmes sont les deux catégories de la population qui sont prioritairement visées par la violence de l’islamisme. Les femmes en particulier, qui ont l’habitude de la liberté absolue depuis de nombreuses décennies, seront les premières à répudier hardiment la montée de l’islamisme, même si certaines d’entre elles — mystère féminin oblige — se laisseront séduire par une conversion. Celles qui ne se convertiront pas, qui tiennent à rester occidentales et à défendre leur pays, devront se retourner, c’est inévitable, vers ces hommes ordinaires autrefois jugés si “banals et petit-bourgeois” pour assurer leur défense. Malheureusement, avec l’effondrement du mariage et de la famille, les bouleversements anthropologiques inouïs induits par la révolution contre-culturelle, il est à craindre que l’appel des femmes aux hommes du pays n’entraînera pas dans ce cas une réponse aussi vive qu’elles le souhaiteraient.
Il y a quelque chose qui n’est pas assez pris au sérieux au Québec, et c’est l’immense exaspération des hommes pour le féminisme. Et quand je dis “immense”, je pèse mes mots. Quelques années de parade libertaire, cela peut aller, même que c’est plutôt distrayant, mais quarante ans de victimocratie éhontée, c’est dépasser les bornes au-delà du raisonnable. Le hold-up de l’équité salariale, une mystification statistique qui a coûté 2 milliards au Trésor public, a été un sommet dans le cirque du féminisme d’État. Le féminisme aura peut-être réussi à transformer les femmes en créatures intouchables, profitant d’une immunité symbolique et légale, mais ce faisant il aura également réussi à rompre l’espèce de serment intime qui unissait, dans le monde civilisé, l’homme à la femme. Ce serment, il serait périlleux de le détailler, mais il réfère clairement à un engagement profond de l’un pour l’autre, à un respect inné, une tendresse originelle pour l’autre sexe. Les hommes qui sont allés en Afghanistan, ces pères de famille qui ont été ridiculisés par nos médias étaient encore les dépositaires résiduels de ce serment.
Aucun homme digne de ce nom n’acceptera de risquer sa vie ou d’aller en guerre pour défendre le droit des femmes à se promener en lingerie fine en pleine rue. L’Occident, ce ne devrait pas être le droit absolu de se moquer de l’autre sexe en se promenant à poil, au mépris de la décence et du savoir-vivre le plus élémentaire. On peut bien dire si l’on veut que l’Occident, c’est la quintessence de la raison politique et scientifique, mais dans les faits, l’Occident c’est plutôt la musique techno, les lobbys victimaires et la pornographie au quotidien.
Pour que l’Occident soit défendu, il doit redevenir défendable. En l’état, c’est un non majusculaire. La part de responsabilité des femmes d’aujourd’hui, du moins celles qui se revendiquent du féminisme, est importante. Dans tous les cas, à défaut d’une mise à mort définitive, le féminisme devrait voir son immunité médiatique et académique retirée, pour être ramené à un objet d’étude critique — comme toutes les autres idéologies.
Le Québec, pour autant qu’il fasse partie de l’Occident, n’a tout simplement pas les moyens d’échapper à cet examen critique.